Thierry Zarcone

Les Kadizadeli : Le mouvement de la revivification islamique de la Turquie Ottomane !

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411CC8CSXJL« Les docteurs-philosophes, les théologiens et les soufis ne sont pas les seuls à se plaindre de l’intransigeance des oulamas et du conservatisme de la medrese, ils sont imités, mais pour des raisons différentes, par les oulamas extrémistes. Ceux-ci s’efforcent de radicaliser l’institution et incite le sultan et les jugent à imposé la loi de Prophète avec la plus grande rigueur. Le chef de file de cette aile radicale de l’islam turc, Imam Birgivi (mort en 1573), se dresse contre toutes les formes religieuses qu’il juge déviantes, contre la philosophie, le kelam et également contre le soufisme et les confréries auxquelles il a adhéré dans un premier temps, puis qu’il a rejeté. Pour lui tout vérité se trouve dans le Coran et dans les traditions, la sunna. L’imam Birgivi est clairement sous l’influence de l’école de droit rigoriste des hanbalites et il se réfère constamment à Ibn el-Kayyum el-Djavziyye (Ibn Qayyim al-Jawziyya), l’élève d Ibn Taymiyya (mort en 1328) qui sera tant influent chez les wahhabites, radicaux parmi les radicaux de l’islam.

Son principal ouvrage, « La Voie Muhammadienne » (el-Tarikatü l-Muhammeddiyye), prône que la seule voie à suivre est celle du Prophète et non les voies (tarikat) des soufis. Il se dresse aussi, dans ce livre, à l’image d’Ibn Taymiyya, contre les formes de dévotions populaire : le culte des saints et des tombeaux, l’usage de bougies en ces lieux et la tradition de baiser les tombes, autant de pratiques pourtant solidement suivies par les Turcs. La pensée de l’Imam Birgivi traversera les siècles jusqu’à l’époque contemporaine puisque son livre se trouve aujourd’hui entre les mains de nombreux religieux et qu’il es même étudié dans les mosquées. L’imam Birgivi a sans aucun doute permis à l’orthodoxie ottomane, dès le XVIe siècle, de structurer sa pensée et son action, comme il le fait encore de nos jours.

Les écrits de l’Imam Birgivi inspirent, au début du XVIIe siècle, Kadizade Mehmed (mort en 1635) et le courant puritain des Kadizadeli, ses partisans. Soutenu par le sultan Murad IV qui le nomme sermonnaire de la Mosquée Sainte Sophie à Istanbul, Kadizade Mehmed propose au souverain un projet de réforme religieuse et politique emprunté à Ibn Taymiyya. Kadizade Mehmed fanatise les foules et gagne aussi de nombreux partisans au palais qui l’aident à concrétiser son projet. Il encourage le peuple et les étudiants à rejeter toute science qui ne serait pas liée au Coran et à la tradition musulmane et se heurte violemment aux soufis que les Kadizadeli, après sa mort, persécuteront. Enfin, devant le risque d’une guerre religieuse entre partisans et opposants de Kadizade Mehmed qui pourrait mettre en péril la stabilité du pays, le pouvoir impérial prend des mesures drastiques contre les Kadizadeli qui sont exilés ou emprisonnés.

Les démêlés de Kadizade Mehmed avec les cheikhs soufis, principalement de la confrérie halveti, mais aussi mevlevi, concernent la doctrine, la pratique et les usages de l’islam turc. Leurs poins de désaccord révèlent où se situe la frontière exacte entre l’islam rigoriste turc et l’islam des cheikhs soufis qui incarne, à côté de l’institution des medrese, la deuxième grande mouvance de la religion du Prophète, dominante dans l’islam populaire. Ces points de fracture sont presque identiques à ceux qui séparent aujourd’hui l’islam radical des autres mouvances de cette religion. Il faut noter en effet qu’un rapport logique lie, par de la les siècles, Ibn Taymiyya, au XIVe siècle, l’Imam Birgivi et Kadizade Mehmed, au XVIe et au XVIIe siècle, et ces derniers à Ibn Wahhab, au XVIIIe siècles, et aux courants wahhabites et radicaux au XXe et du début du XXIe siècle. Parmi ces points de désaccord, les principaux se réduisent aux questions suivantes : l’étude des sciences rationnelles est-elle conforme à la loi du Prophète ? La danse extatique des soufis est-elle licite ? Est-il interdit ou non de fumer du tabac et de boire du café ? Ibn Arabi est-il un impie ? Doit-on rejeter les coutumes, les usages et les traditions qui se sont développés après la mort du Prophète ? Est-il permis de se rendre en pèlerinage sur les tombaux et les mausolées ? Kadizade Mehmed répond par la négative à toutes ces questions, comme son prédécesseur Ibn Taymiyya et leurs successeurs, les wahhabites. »

[Thierry Zarcone – La Turquie Moderne et l’Islam – Pages 53 et 54]

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Note Islam Réinformation : L’auteur qualifie le mouvement Kadizadeli d’extrémiste, cela n’est pas péjoratif car tout au long de son ouvrage, il classifie les différentes « tendances » de l’islam en fonction de leur volonté à intégré ou non des croyances étrangères à l’islam. Donc lorsqu’il qualifie les Kadizadeli d’extrémistes, cela signifie qu’ils refusent toute intégrations étrangères à l’islam, contrairement aux soufis et aux alévis à cette époque.

Ces démocrates « musulmans » qui craignent plus le Front National que Allah !

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Cet article est une réponse à Lounès A. de Havre de Savoir. Ce dernier a déjà rédigé un article qui portait le nom de « Préserve l’islamophobie : ne vote pas » en réponse à la campagne initié par l’association Anâ-Muslim qui elle avait pour slogan «Préserve ta foi : ne vote pas». Dans cette article, Lounès A. calomnie gravement l’association Anâ-Muslim ainsi que tout les musulmans qui sont contre le vote. Il n’a pas hésité à les qualifier d’«imposteurs», d’être des «personnes qui ne sont pas soucieuses de l’avenir de la communauté», qui «n’ont pas le moindre sens des priorités», etc… J’ai répondu à cette calomnie manifeste dans une vidéo portant le titre « Réponse à l’article calomnieux de Havre de Savoir !« . Réponse que j’ai pris soin de publier sur leur page Facebook, dans les commentaires de l’article en question. Résultat, la vidéo a été supprimer et j’ai vu mes droits de commenter la page Havre de Savoir disparaître. Drôle de procéder pour des individus qui osent publier le hadith suivant :

« Le musulman est le frère du musulman, il ne fait pas preuve d’injustice envers lui et ne l’abandonne pas » (rapporté par al-Boukhari) »

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D’ailleurs, peu avant la censure opéré par Havre de Savoir, j’avais pris soin de commenter cette dernière publication, où j’avais affirmer qu’il n’était pas suffisant de publier un tel hadith mais qu’il serait mieux de l’appliquer. En l’occurrence, de ne pas qualifier les musulmans qui sont contre le vote d’être des «imposteurs», des «personnes qui ne sont pas soucieuses de l’avenir de la communauté» et qui «n’ont pas le moindre sens des priorités». Bien sur, suite à la censure de la vidéo et les restriction concernant la possibilité de commenter les publications de la page, mon commentaire est lui aussi passé à la trappe. Aucun échange, cela en dit long sur les personnes qui se trouvent derrière Havre de Savoir.

Cette petite introduction était nécessaire pour comprendre ce qui va suivre, à savoir ma réponse au nouvel article de Havre de Savoir, toujours sous la plume de Lounès A., qui porte le nom de «Ces musulmans qui offrent la victoire au Front National».Pour l’occasion, j’ai décidé d’intituler le mien «Ces démocrates « musulmans » qui craignent plus le Front National que Allah». Cet intitulé n’est pas provocateur mais réaliste, car ces démocrates « musulmans » sont prêt à associer à Allah et entraîner toute la communauté musulmane avec eux, pour la simple et bonne raison qu’ils ont peur du Front National. Pourtant Allah a dit dans Son Saint Livre :

« Ne redoutez donc pas les hommes, mais redoutez-Moi ! Ne troquez pas Mes enseignements à vil prix ! Ceux qui ne jugent pas d’après ce que Dieu a révélé sont de véritables négateurs ! »

[Coran, Sourate 5 verset 44]

Malgré l’existence de ce verset et de bien d’autres qui interdisent de juger ou de légiférer à la place d’Allah :

« Ou bien auraient-ils des associés qui leur auraient établi des lois religieuses qu’Allah n’a jamais permises ? »

[Coran, Sourate 42 verset 21]

« N’as-tu pas vu ceux qui prétendent croire à ce qu’on a fait descendre vers toi (Prophète) et à ce qu’on a fait descendre avant toi ? Ils veulent prendre pour juge le Tâghoût, alors que c’est en lui qu’on leur a commandé de ne pas croire. Mais le Diable veut les égarer très loin, dans l’égarement »

[Coran, Sourate 4 verset 60]

Lounès A. et par ricochet Havre de Savoir, osent poser, aux musulmans qui sont contre le vote, les questions suivantes :

« Aux prédicateurs et médias qui ont appelé à l’absentéisme, il faut maintenant prendre vos responsabilités. Les musulmans de Mantes la ville qui se sont abstenus ont ils préservé leur foi ? Préserveront ils leur foi quand le nouveau maire leur mettra des bâtons dans les roues pour la construction de la nouvelle mosquée ? Ont ils préservé leur foi en restant spectateur de ce drame ? Vraiment je vous invite à vous remettre en question sur le vote. »

La ville de Mantes la ville, qui possède une population majoritairement musulmane, s’est abstenue de voté. Le Front National ayant gagner le siège de la Mairie, Lounès A. s’en prend aux musulmans qui ont appelés à ne pas voter mais bizarrement il n’évoque pas les arguments théologiques qui interdisent de voter dans un système démocratique. Il préfère apporter des arguments matérialistes qui ne justifient en aucun car de transgresser les interdits décrétés et légiférés par Allah, Le Seigneur de l’Univers. Depuis quand la foi d’un musulman est lié à la construction d’une mosquée ?

Il affirme aussi que la Turquie est le seule pays « où l’islam et la démocratie ont réussit là ou aucun pays musulman n’a réussit« , pourtant une simple étude de l’histoire de l’islam politique turcs, des origines à nos jours, suffit à nous convaincre que l’islam politique est un échec car les « musulmans » démocrates comme l’AKP se sont convertis à la religion démocratie et de ce fait ne peuvent-être considérés comme musulmans. Encore une fois, Lounès A. évite d’entrer dans le champ théologique, pourtant tant de sources provenant du Coran et de la Sunna démontrent que l’islam et la démocratie sont incompatibles et que celui qui légifère et qui jugent avec une autre loi que celle d’Allah n’est plus musulman. D’ailleurs même des mécréants comme Thierry Zarcone, auteur de l’excellent « La Turquie Moderne et l’islam« , que je recommande à Lounès A., affirme que l’islamisme politique qui joue le jeu de la démocratie n’a plus rien avoir avec l’islam authentique car paradoxalement, ces « musulmans » deviennent les garant d’une démocratie et d’une laïcité qui les as combattus, eux et leurs pères, et a détruit simultanément l’Empire Ottoman et le Califat islamique. Cette histoire, Lounès A. ne vous en parlera jamais, car se serait vous empêcher d’adopter son culte à sa divinité qu’est la démocratie, véritable religion séculière. [1]

Lounès A. nous demande de prendre notre responsabilité quant à l’abstention des musulmans, nous la prenons volontiers car nous ne craignons pas le Front National et nous refusons de vendre notre foi à vil prix pour la construction d’une mosquée de la République athée et maçonnique. Ces mêmes mosquées qui sont incapables d’obtenir des maires de leur ville de prendre des sanctions contre ceux qui agressent lâchement nos sœurs, n’est-ce pas Mr. Lounès A., vous qui affirmez que si la mairie de Mantes la ville avait accueilli un autre candidat que le Front National, cela aurait permis de protéger nos sœurs. Depuis quand les électeurs du Front National sont les seules à agresser nos sœurs ? Depuis quand les maires des autres partis politique (PS et UMP) protègent les musulmanes ? Philippe Doucet, maire socialiste de la ville d’Argenteuil, a-t-il levé le petit doigt lors des agressions d’une musulmane par les forces de l’ordre (désordre) dans sa ville malgré ses promesses ? J’attends vos réponses Mr. Lounès A. et non pas un mur de silence et de censure de votre part.

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[1] Lire « De l’idéologie islamique française » de Aissam Aît-Yahya pour comprendre ce qu’est une religion séculière.

IslamRéinfo TV : L’islam sunnite orthodoxe face aux sectes : De l’Empire Seldjoukide à l’apogée de l’Empire Ottoman

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Première épisode de la série « histoire de l’islam et des musulmans sous l’Empire Seldjoukide, l’Empire Ottoman et la Turquie Moderne ». Cet épisode se concentre sur les relations historique entre l’islam sunnite orthodoxe et les différentes sectes affiliés au sunnisme ou au chiisme, à l’époque de l’Empire Seldjoukide jusqu’à l’apogée de l’Empire Ottoman.

Conseil de lecture : La Turquie Moderne et l’Islam de Thierry Zarcone

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411CC8CSXJLThierry Zarcone, historien français spécialisé dans la franc-maçonnerie, le soufisme et la Turquie, est l’auteur du livre « La Turquie Moderne et l’Islam ».

Contrairement à ce que laisse transparaître le titre, il n’est pas question ici d’une étude sur la Turquie moderne et sa relation avec l’islam uniquement, mais bien d’une analyse qui a pour point de départ l’arrivée des tribus turcomanes en Anatolie et leur conversions à l’islam jusqu’à la Turquie moderne sous la présidence de Recep Tayyip Erdoğan. Ce livre est très intéressant car il permet de faire un tableau de l’évolution de la société islamique turc jusqu’à nos jours et nous apporte diverses informations comme les relations entre l’islam sunnite orthodoxe et les sectes présentes dans cette région, l’apogée et le déclin de l’Empire Ottoman, la révolution des Jeunes Turcs, la trahison de Mustafa Kemal Atatürk, l’abolition du Califat ou encore les différents courants de l’islam politique turc. Tout ceci nous permet de dresser un bilan assez complet de la société turc et de constater que les erreurs commises par les musulmans dans l’histoire et d’en tirer profit pour ne pas les répéter.

On y voit clairement les manœuvres des ennemis de l’islam (franc-maçon, sabbataïstes/dönmeh, sionistes, occidentaux, sectes « musulmanes », etc…) pour détruire la Califat car ce dernier était un obstacle majeur à la diffusion de leur croyances hérétiques et surtout qu’ils ont usés de la force pour imposer la laïcité et la démocratie en Turquie (ce que les Turcs musulmans qui participent à la politique islamo-démocratique, ne semble pas avoir compris).

Un livre dont je recommande vivement la lecture.