Soufisme

Ibn Taymiyya : La mauvaise définition du Tawhid chez les rationalistes et les soufis qui s’affilient à l’Islam !

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3156064630_1_6_QfSRQOrQ« Le mot « dieu » ne désigne pas « celui qui possède la puissance créatrice » comme le pensent à tort les théologiens rationalistes. Ils considèrent que la déité n’est autre qu’une capacité de création, et qu’en conséquence celui qui reconnaît à Allah seul cette capacité a bien attesté « qu’il n’est d’autre dieu qu’Allah ». Pourtant, les polythéistes reconnaissaient parfaitement cela et demeuraient polythéistes. En réalité, la vraie définition fr « Dieu » est celui qui mérite d’être adoré : il est ilâh (divinité) dans le sens de malûh (celui qui est adoré). « Il n’est d’autres dieu » signifie que rien d’autre n’est digne de recevoir un culte. Le Tawhid signifie donc qu’Allah doit être adoré seul et sans associé, et le polythéisme consiste à reconnaître d’autres divinités qu’Allah. On comprend alors que ce que ces théologiens appellent [tawhid] se limite chez les tendance qui ont foi au Destin et qui s’affilient à la Sunna, à « l’unicité régalienne » (tawhid ar-rububiyya) qui considère qu’Allah est le Souverain de toute chose. Les polythéistes attestaient de cette forme d’unicité tout en demeurant païens. 

Il en est de même pour les groupes se réclamant du soufisme qui invoquent initiation, gnose et unicité de l’être : la définition du tawhid chez eux se limite à contempler l ‘unicité divine, à témoigner qu’Allah est le Souverain de toute, Roi et Créateur. Ils disent que l’initié (‘ârif) disparaît de l’existence avec l’Existant, de la contemplation avec le Contemplé, du connu avec la Connaissance, et qu’ils atteignent ainsi l’extinction (fanâ) dans l’unicité régalienne, en s’éteignant dans l’Essence de l’Éternel. Or, il est évident qu’il s’agit encore une fois du tawhid que les païens reconnaissent sans pour autant devenir musulmans, « dévots » (walî) et encore moins appartenir à l’élite des saints. Une autre tendance soufie initiatique définit ainsi le Tawhid tout en reconnaissant les attributs divins. Ils disent s’éteindre dans l’unicité régalienne tout en reconnaissant que le Créateur du monde est bien distinct des êtres crées. D’autres en revanche appliquent [l’unicité régalienne] en reniant les attributs divins et commettent ainsi une forme d’abstractionnisme, tombant dans un excès pire que beaucoup de païens. »

[Ibn Taymiyya – La Lettre Palmyrienne – Éditions Nawa – Pages 198 et 199]

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Téléchargement : Les Schismes dans l’Islam de Henri Laoust

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Les Schismes dans l’Islam de Henri Laoust est un livre qui traite des différentes sectes qui se rattachent à l’Islam depuis les origines jusqu’à nos jours. Il s’agit de l’oeuvre la plus complète sur le sujet en langues française.

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LES CHAPITRES DU LIVREScan0001

  • Le califat des compagnons et les schismes
    • Les quatre premiers califes
    • Le califat de Mu’awiya
  • Le développement des schismes sous les Omeyyades après Mu’awiya
    • Le chiisme
    • Le khârijisme
    • Les nouveaux partis d’opposition
    • La propagande et l’avènement des Abbassides
  • La consolidation du califat Abbasside et les débuts du sunnisme
    • La lutte du califat pour l’unité
    • Les débuts et les divisions du sunnisme
  • Le califat mu’tazilite et la réaction sunnite
    • La révolte d’Abu-l-Saraya et le réveil du zaïdisme
    • Bâbak et les khurramîya
    • La politique chiite d’al-Ma’mun
    • L’inquisition mu’tazilite
    • La réaction sunnite d’al-Mutawakkil
    • Ahmad Ibn Hanbal et le hanbalisme
    • Le soufisme
  • La crise du califat
    • Le sunnisme traditionaliste
    • Le mu’tazilisme et l’acharisme
    • Les progrès du zaïdisme
    • L’ismaélisme : Qarmates et Fatimides
    • L’imamisme, les Hamdanides et les Bouyides
    • Les variations de la politique califienne
    • La philosophie et le soufisme
  • La prépondérance chiite et les débuts de la restauration sunnite
    • L’essor et la décadence des Bouyides
    • Le sunnisme traditionaliste
    • L’acharisme
    • Ibn Hazm et le zâhirisme
    • L’imâmisme
    • L’ismaélisme
    • Le mu’tazilisme et la philosphie
  • La restauration sunnite
    • La fin des Fâtimides et la lutte contre l’ismaélisme
    • L’essor de l’acharisme
    • La résistance du hanbalisme
    • Le sunnisme nord-africain : Almoravides et Almohades
  • Le dernier siècle du califat
    • Les derniers califes
    • Le sunnisme des Ayyoubides
    • Le sunnisme nord-africain et la fin des Almohades
    • La Littérature doctrinale sur la fin du califat
  • Le renforcement et les divisions du sunnisme sous les Mamelouks
    • Les Mamelouks et les premiers Ottomans
    • Le néo-hanbalisme
    • La théologie dogmatique
    • Les confréries et le soufisme
  • La renaissance du chiisme et le sunnisme Ottoman
    • Les Ottomans et les Safavides
    • L’essor doctrinal et les divergences du chiisme
    • La prépondérance du hanafisme
    • Le sunnisme en Afrique du Nord
  • Les formations postérieurs
    • Le wahhabisme
    • La crise ottomane et les tanzimât
    • Afghani, Abdouh et le réformisme égyptien
    • La mahdîya
    • La sanûsîya
    • Les mouvements réformistes dans l’Islam indien
    • Les mouvements dérivés du chiisme
    • Le laïcisme et les résistances du réformisme
  • Divergences et convergences
    • Les voies de l’Islam
    • L’idée de Dieu
    • Le prophète et ses Compagnons
    • Le califat et le problème de l’ Etat
    • La foi et ses degrés
    • L’excommunication et ses limites

 

Aïssam Ait Yahya : Abd al Malik en métropole et Tintin au Congo !

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livre-d-abd-al-malikL’investissement français dans toutes les idéologies cherchant à transformer l’Islam pour le vider de sa substance est très évident. Cela passe par la promotion de prétendus intellectuels, imams et recteurs Béni oui-oui, jusqu’à certaines figures du monde « artistique », qui par leurs origines sociales et ethniques peuvent encore compléter cette stratégie en ciblant tout spécialement la jeunesse musulmane des quartiers dit « sensibles ».

Nous avons dans ce dernier cas de figure, un véritable exemple académique avec le dénommé Abd el Malik, soufi et slameur. On savait que Rousseau avait contribué à développer le mythe du bon sauvage dans la littérature française, or son héritière directe, la France laïque et jacobine a retrouvé en Abd el Malik la rassurante figure banania du bon africain.

Le problème pour nous n’est pas tant qu’il est le représentant le plus symbolique du « traître social » comme l’ont dit certains. Car ayant selon eux « vendu le rap hardcore antiflic de la cité pour le flow policé du slam boboïsé » passant ainsi de la scène underground antiflic à la variété française version Pascal Sevran négrophilisée. En illustrant au passage, la trajectoire de la racaille karchérisée des cités dortoirs ne rêvant que d’intégrer le bling-bling du show bizz parisien.

Non, ce n’est absolument pas ceci qui nous importe, mais plutôt la teneur de son discours et de sa posture soi-disant islamique dans les débats sur la question de l’intégration des musulmans et de l’Islam en France. Qu’il intervienne en sa qualité de chanteur issu du prolétariat des HLM qui œuvre à divertir le-Tout-Paris est une chose : dés lors, il peut danser et chanter en tant que nouvelle Joséphine Baker ceinturé de banane aussi pourrie que consensuelle à défaut d’explosif intellectuel…

Mais le fait qu’il s’affiche dans le rôle du grand frère donneur de leçon façon TF1, et expert des questions liées à l’Islam en est une autre. Et si nous voulions être provocateurs, nous dirions que son acharnement à reproduire, comme un servile larbin digne de la case de l’oncle Tom, le discours stéréotypé sur l’Islam banlieusard, montre qu’il est le parfait « house negro » version française que nous avait déjà décrit notre prédécesseur Hajj Malik Shabbaz, plus connu sous le nom de Malcolm X : « Les nègres domestiques, ce sont ceux qui vivaient dans la maison du maître; ils étaient bien vêtus, ils mangeaient bien parce qu’ils mangeaient comme le maître, ce dont il ne voulait pas. Ils vivaient au grenier ou dans la cave, mais ils vivaient près du maître ; et ils aimaient le maître plus que le maître ne s’aimait lui-même. Si le maître disait : “Nous avons une belle maison”, le nègre domestique disait : “Ouais, nous avons une bonne maison.” Lorsque le maître disait « nous” il disait “nous”. C’est à cela que se reconnaît un nègre domestique… »

Ayant ensuite accompli son pèlerinage à Auschwitz dans l’euphorie du post-11 septembre, son opportunisme démagogique fut très largement récompensé. Adoubé par le monde du spectacle, il peut collectionner dès lors, autant les victoires de la musique que les invitations sur la scène télévisée, dont on ne se sait plus dire, si elle est artistique ou intellectuelle.

abd-al-malik-livre-flammarionAprès la « racaille sort un disque » c’est le zouave qui écrit un livre… Comme Abdennour Bidar avec « Self Islam », Abd el Malik est l’auteur d’une œuvre qui se veut autobiographique intitulé : « Qu’Allah bénisse la France ! »

Véritable nouvelle récitation du « nos ancêtres les gaulois » remastérisé, il démontre que pour exister médiatiquement il faut avoir assimilé parfaitement les leçons de l’intégration française à la sauce post coloniale. Et comme Abdelweheb Meddeb avant lui, il reproduit toute l’attitude méprisante à l’encontre des jeunes musulmans résistants et contestataires qui subissent de plein fouet la croisade intérieure laïco-jacobine : « Je remarquais aussi que bon nombre de mes aînés musulmans, pourtant bardés de diplômes, se métamorphosaient en abrutis lorsqu’on abordait la religion, comme si le simple fait d’évoquer l’islam inhibait toutes leurs capacités intellectuelles… »

Il faut dire qu’il s’est lancé dans l’écriture avec autant de talent qu’il en avait pour déblatérer ses prêches I-slamisées. Là encore, c’est le rôle du soufisme innovateur qui nous permet de comprendre toute la rhétorique du gentil africain néo-muz de service.

En mettant la laïcité en musique, peut-être que ces « bêtes » cher à Meddeb et ces « abrutis » d’Abd el Malik -assurément les mêmes- pourront l’accepter si ont la mettait tout simplement en musique :

« Après ça fallait qu’on montre aux yeux du monde que nous aussi nous n’étions que des hommes…Que s’il y avait des fous, la majorité d’entre nous ne mélangeait pas la politique avec la foi… »

« Ne pas mélanger la politique avec la foi » martelé près de cinq fois sans en être le refrain pourrait même passer pour une tentative de manipulation subliminale.

Dès lors, la foi soufie syncrétique d’Abd el Malik peut s’accommoder de n’importe quelle pouvoir temporel, car elle s’est vidée pour devenir un simple récipient pseudo-spirituel pouvant servir de contenant à n’importe quelle idéologie séculière, et surtout de celles qui dominent effectivement la temporalité. Avec cette originalité chez Abd el Malik, lorsque l’on remarque que sa vision de la foi « musulmane » est en adéquation avec la fonction sociale de sa musique : « Pour moi, le rap est la musique du 21e siècle. Elle est totalement en phase avec son époque. Même le gangsta rap, avec son consumérisme, sa misogynie et ainsi de suite, nous en apprend sur notre époque. Il ne faut pas s’arrêter à la pointe de l’iceberg. Il faut aussi prendre en compte sa facette conscientisée. »

malik_dernier_fr_1En effet, le rap consumériste et individualiste est à la subversion politique ce que le soufisme innovateur est à la spiritualité : une dégénérescence pathologique qui n’a pas d’autre but que d’être plaisant et conforme aux exigences du système Dominant. Cela dit, ce sont tous ces éléments qui nous expliquent et nous font comprendre pourquoi Abd el Malik peut stigmatiser le fait de faire de la politique dans une liaison avec l’Islam, mais aucunement quand il s’agit de prêcher ostensiblement pour la démocratie laïque…

Alors que s’il était réellement objectif ou cohérent avec certains de ses propos, soit il se serait abstenu de tout discours politisé, soit il ne refuserait pas ce droit aux autres.

Car quant à lui, ses prêches politiciens dépassent même le cadre national, étant donné qu’il est bien connu que lorsque la maison France brûle, c’est toujours ses pompiers-tirailleurs coloniaux que l’on envoie en première ligne éteindre l’incendie, en chantant un « c’est nous les africains… » remixé par son slam laïque. Il témoignait en effet : « Aujourd’hui, la France a une carte cruciale à jouer, en montrant au reste du monde comment elle va gérer la crise [Soulèvement des banlieues de 2004, NDA] grâce aux outils républicains, démocratiques, laïques, qu’elle a inventés. En novembre, j’ai été interviewé par de nombreux médias anglais et américains pour qui, unanimement, la révolte des banlieues est la preuve de l’échec du fameux modèle laïque des Français. Je leur dis : “Non, ce n’est pas parce que la personne qui tient l’outil est momentanément incompétente qu’il faut jeter l’outil. Il faut changer la personne, ou la former.” »

Pourtant les faits sont clairs, la France qui a -selon elle- les plus beaux, plus grands et profonds principes philosophiques politiques, est le pays occidental où justement les musulmans rencontrent le plus grand nombre de difficultés à surmonter (nous avons déjà vu pourquoi et comment). Pour un arriviste sur la scène intellectuelle comme Abd Al Malik on peut comprendre qu’il ait pu répéter bêtement le discours conformiste et avec son habituelle démagogie : « La France a toujours été précurseur. L’idée universaliste vient de chez nous… »

Avec plus de nuance et surtout plus d’études objectives, nous savons désormais pertinemment le contraire. Comme d’ailleurs tout honnête historien qui n’hésite pas à dire les vérités qui fâchent : « L’universalisme à la française est, historiquement, la source de discrimination »

Or si l’on rajoute à cela, les constatations d’un récent rapport de la French-American Foundation et de Sciences-Po certifiant : « Nos résultats soulignent donc une réalité dérangeante : dans la République française théoriquement laïque, les citoyens musulmans issus de l’immigration rencontrent, toutes choses égales par ailleurs, des obstacles à l’intégration par l’accès à l’emploi bien plus élevés que leurs homologues chrétiens. »

Comment expliquer la persistance de l’aveuglement d’Abd al Malik ? Peu importe, car quoiqu’il en soit, il va sans dire qu’en France, cette alliance stratégique entre soufisme innovateur et laïcité dogmatique rencontre en Abd el Malik un hôte particulièrement acharné et obstiné, envers et contre toute rationalité objective, à vouloir défendre un modèle archaïque, certainement le plus utopique du monde occidental.

Si nous nous intéressons à cette posture jusqu’au-boutiste d’Abd al Malik, celle qui consiste à ne vouloir voir dans cette France qui sent le brûlé qu’une simple défaillance humaine, notre analyse liant psychologie des origines ethniques et sociales, héritage coloniale, aliénation identitaire et ses nombreux complexes, ne pourra que nous faire rappeler ce discours de Malcolm X, extrêmement révélateur de cette maladive obstination : « Si la maison du maître brûlait, le nègre domestique combattait le feu avec plus d’énergie que le maître n’en mettait lui-même. Si le maître tombait malade, le nègre domestique disait : “Qu’y a-t-il, patron, nous sommes malade ? Nous sommes malades”. Il s’identifiait au maître plus que son maître ne s’identifiait à lui-même. Lorsqu’ils voient brûler la maison de ce blanc, vous n’entendez pas les petits noirs [pour Malcolm X, ceux qui ne font pas partie des house nigger, NDA] dire : “Notre gouvernement a des ennuis”, mais : “Le gouvernement ! ” J’en ai même entendu parler de “nos astronautes”, “notre marine de guerre !” Voilà un noir qui a perdu l’esprit. Tout comme le maître, en ce temps-là, se servait de Tom, le nègre domestique, pour maintenir les nègres des champs sous sa domination, le vieux maître se sert de nègres qui ne sont rien d’autre que les Oncle Tom du vingtième siècle, pour nous tenir en échec et nous garder en main, vous et moi, pour nous garder pacifiques et non-violents…»

Joignons pour accompagner ce percutant discours, un refrain très approprié d’Abd el Malik lui-même, qui sonne désormais très agréablement à nos oreilles : « Ça c’est du lourd…»

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En France, toutes ses prises de positions, ses paroles et actes, lui valent personnellement de rafler quantité de médailles et de distinctions qu’il peut fièrement épingler sur son burnous de tirailleur congolais pour service rendu à la mère patrie. Et après avoir obtenu de Juliette Gréco qu’elle fasse la préface de son dernier livre, il est probable qu’Abd el Malik suscite l’intérêt de Mylène Farmer ou Didier Barbelivien pour lui produire son prochain Album, et il pourra continuer à dire avec un grand sourire banania : «Ce que je fais finalement c’est être subversif à l’extrême…»

Et nous espérons que cet Omar Bongo national ne jouera plus de la confusion entre son slam soufi laïque et l’Islam avec sa spiritualité authentique.

Mais connaissant la nature de cette néo-religion et de son prosélytisme, nous ne faisons aucune illusion…

Les Kadizadeli : Le mouvement de la revivification islamique de la Turquie Ottomane !

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411CC8CSXJL« Les docteurs-philosophes, les théologiens et les soufis ne sont pas les seuls à se plaindre de l’intransigeance des oulamas et du conservatisme de la medrese, ils sont imités, mais pour des raisons différentes, par les oulamas extrémistes. Ceux-ci s’efforcent de radicaliser l’institution et incite le sultan et les jugent à imposé la loi de Prophète avec la plus grande rigueur. Le chef de file de cette aile radicale de l’islam turc, Imam Birgivi (mort en 1573), se dresse contre toutes les formes religieuses qu’il juge déviantes, contre la philosophie, le kelam et également contre le soufisme et les confréries auxquelles il a adhéré dans un premier temps, puis qu’il a rejeté. Pour lui tout vérité se trouve dans le Coran et dans les traditions, la sunna. L’imam Birgivi est clairement sous l’influence de l’école de droit rigoriste des hanbalites et il se réfère constamment à Ibn el-Kayyum el-Djavziyye (Ibn Qayyim al-Jawziyya), l’élève d Ibn Taymiyya (mort en 1328) qui sera tant influent chez les wahhabites, radicaux parmi les radicaux de l’islam.

Son principal ouvrage, « La Voie Muhammadienne » (el-Tarikatü l-Muhammeddiyye), prône que la seule voie à suivre est celle du Prophète et non les voies (tarikat) des soufis. Il se dresse aussi, dans ce livre, à l’image d’Ibn Taymiyya, contre les formes de dévotions populaire : le culte des saints et des tombeaux, l’usage de bougies en ces lieux et la tradition de baiser les tombes, autant de pratiques pourtant solidement suivies par les Turcs. La pensée de l’Imam Birgivi traversera les siècles jusqu’à l’époque contemporaine puisque son livre se trouve aujourd’hui entre les mains de nombreux religieux et qu’il es même étudié dans les mosquées. L’imam Birgivi a sans aucun doute permis à l’orthodoxie ottomane, dès le XVIe siècle, de structurer sa pensée et son action, comme il le fait encore de nos jours.

Les écrits de l’Imam Birgivi inspirent, au début du XVIIe siècle, Kadizade Mehmed (mort en 1635) et le courant puritain des Kadizadeli, ses partisans. Soutenu par le sultan Murad IV qui le nomme sermonnaire de la Mosquée Sainte Sophie à Istanbul, Kadizade Mehmed propose au souverain un projet de réforme religieuse et politique emprunté à Ibn Taymiyya. Kadizade Mehmed fanatise les foules et gagne aussi de nombreux partisans au palais qui l’aident à concrétiser son projet. Il encourage le peuple et les étudiants à rejeter toute science qui ne serait pas liée au Coran et à la tradition musulmane et se heurte violemment aux soufis que les Kadizadeli, après sa mort, persécuteront. Enfin, devant le risque d’une guerre religieuse entre partisans et opposants de Kadizade Mehmed qui pourrait mettre en péril la stabilité du pays, le pouvoir impérial prend des mesures drastiques contre les Kadizadeli qui sont exilés ou emprisonnés.

Les démêlés de Kadizade Mehmed avec les cheikhs soufis, principalement de la confrérie halveti, mais aussi mevlevi, concernent la doctrine, la pratique et les usages de l’islam turc. Leurs poins de désaccord révèlent où se situe la frontière exacte entre l’islam rigoriste turc et l’islam des cheikhs soufis qui incarne, à côté de l’institution des medrese, la deuxième grande mouvance de la religion du Prophète, dominante dans l’islam populaire. Ces points de fracture sont presque identiques à ceux qui séparent aujourd’hui l’islam radical des autres mouvances de cette religion. Il faut noter en effet qu’un rapport logique lie, par de la les siècles, Ibn Taymiyya, au XIVe siècle, l’Imam Birgivi et Kadizade Mehmed, au XVIe et au XVIIe siècle, et ces derniers à Ibn Wahhab, au XVIIIe siècles, et aux courants wahhabites et radicaux au XXe et du début du XXIe siècle. Parmi ces points de désaccord, les principaux se réduisent aux questions suivantes : l’étude des sciences rationnelles est-elle conforme à la loi du Prophète ? La danse extatique des soufis est-elle licite ? Est-il interdit ou non de fumer du tabac et de boire du café ? Ibn Arabi est-il un impie ? Doit-on rejeter les coutumes, les usages et les traditions qui se sont développés après la mort du Prophète ? Est-il permis de se rendre en pèlerinage sur les tombaux et les mausolées ? Kadizade Mehmed répond par la négative à toutes ces questions, comme son prédécesseur Ibn Taymiyya et leurs successeurs, les wahhabites. »

[Thierry Zarcone – La Turquie Moderne et l’Islam – Pages 53 et 54]

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Note Islam Réinformation : L’auteur qualifie le mouvement Kadizadeli d’extrémiste, cela n’est pas péjoratif car tout au long de son ouvrage, il classifie les différentes « tendances » de l’islam en fonction de leur volonté à intégré ou non des croyances étrangères à l’islam. Donc lorsqu’il qualifie les Kadizadeli d’extrémistes, cela signifie qu’ils refusent toute intégrations étrangères à l’islam, contrairement aux soufis et aux alévis à cette époque.