Soufisme

Histoire de Libye Partie 3 : Les années Mouammar Kadhafi

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L’idéologie de Mouammar Kadhafi est basée sur l’anti-impérialisme, l’anti-colonialisme, le nationalisme arabe, la référence à l’Islam, à la révolution permanente du peuple, au pouvoir du peuple et à la négation de l’idée d’État. Il prononce un discours à Zwara en 1973, où il appelle à la révolution populaire et au pouvoir du peuple. Ce discours avait pour but de gagner le cœur de la population, farouchement hostile à l’idée d’un État centralisé. Connaissant les structures sociales et mentales de son pays, Mouammar Kadhafi a jouer la carte du pouvoir au peuple. Il légitime le recours à la violence envers ceux qu’il appelle les « malades ». Il s’agit de ceux qui s’opposent au nationalisme arabe, aux communistes, aux frères musulmans et aux partisans de l’ancien régime. Il fait fermer les bases britanniques et américaines sur son territoire et prend le contrôle des revenus du pétrole et entreprend l’expulsion des italiens.

En 1975, Mouammar Kadhafi publie le Livre Vert où il explicite la troisième théorie politique qui s’oppose au capitalisme et au communisme. Le cœur de cette théorie est la révolution permanente du peuple.

 

Le 2 mars 1977, Mouammar Kadhafi instaure le pouvoir du peuple à travers le Parlement libyen : le Congrès Général du Peuple. L’État appartient au peuple et est représenté par le peuple. Il porte le nom de Grande Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire et Socialiste.

Une tentative de coup d’État à l’encontre de Mouammar Kadhafi est déjouée en 1975. Le colonel Kadhafi en profitera pour mettre en place des Comités Révolutionnaires dont l’objectif est de prendre le contrôle des universités dans le but de défendre la Révolution et en exerçant un contrôle idéologique sur la population, principalement les étudiants. Ces Comités Révolutionnaires ne sont pas des organes gouvernementaux car le pouvoir appartient en théorie au peuple. Les universités ont été choisie par Mouammar Kadhafi car il s’agit d’un lieu propice à la naissance de vagues contestant le pouvoir en place. Pour limiter ces contestations et pour être cohérent avec la théorie politique qu’il propose, Mouammar Kadhafi utilise le peuple contre lui en assurant la réussite des études et l’obtention des diplômes à ceux qui dénonce les contestataires du système en place, qu’ils soient étudiants ou professeurs qui s’écarterait de l’idéologie officielle.

Mouammar Kadhafi annonce que l’Islam est compatible avec son idéologie, ce qui lui vaudra l’hostilité des savants qu’il n’hésitera pas à neutralisé et affirmera que l’interprétation des textes n’est pas seulement le monopole des savants. L’objectif de cet action est de permettre une interprétation de l’Islam qui soit compatible avec son idéologie pour promouvoir cette dernière tout en obtenant le soutien de la majorité musulmane qui compose le pays. Ainsi, il affirme que la polygamie est illicite, ce qui n’est pas le cas puisque le Prophète (Sala Llahou Aleyhi wa Salam) était polygame et que rien dans le Coran l’interdit. Il affirme aussi que les peines corporelles comme l’amputation ne peuvent-être appliquée et interdit à tout groupe d’utiliser l’Islam pour une quelconque action politique.

L’Islam est placé sous le contrôle de l’Etat et les savants, imams, associations caritatives sont toutes sous son contrôle. Les savants et imams sont formés à l’université al-Asmariya à Zliten. A la fin de leur cursus, ils ne peuvent prendre leur fonctions que si les comités révolutionnaire, les services de sécurité et les représentants des chefs tribaux les y autorises. Le soufisme est encré au sein des diverses tribus libyenne, ce qui explique l’implication de ces dernières dans le contrôle de l’Islam par l’Etat mais aussi à la naissance d’un faux islam qui colle avec leur vision déviante de la religion d’Allah. Le soufisme libyen se trouve être en très bonne relation avec le pseudo-islam promu par l’Etat libyen.

Mouammar Kadhafi (1942/2011)

Sur le plan internationales, Mouammar Kadhafi s’opposa à l’impérialisme américain. A cet effet, il acheta des armes à l’Union Soviétique mais refusa toutes installation de bases soviétique en Libye au nom de son anti-impérialisme. A la suite de l’effondrement de l’Union soviétique, Mouammar Kadhafi demanda au prince Abdallah Ibn Abdel ‘Aziz al-Saoud et à Nelson Mandela d’intervenir auprès des Etats-Unis pour lever l’embargo envers la Libye pour que les sociétés américaines puissent remettre en état ses installation pétrolières. Il accepta toutes les conditions imposées par l’ONU pour sa réintégration au sein de la communauté internationale. Le 12 septembre 2001, Mouammar Kadhafi condamna l’action d’al-Qaïda et échangera avec la CIA des informations sur les moudjahidin.

Suite à l’invasion de l’Irak par les troupes américaines en 2003, Mouammar Kadhafi fait détruire ses armes chimiques et abandonne ses recherches sur la mise au point d’armes nucléaires et balistiques. Il fit détruire ces armes sous le contrôle des Etats-Unis.

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Histoire de Libye Partie 2 : La colonisation franco-britannique

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Idriss Ier (1889/1983)

A la fin de la seconde guerre mondiale, la France et la Grande Bretagne se partagèrent la Libye. La Tripolitaine et la Cyrénaïque pour les britanniques et le Fezzan pour la France. En 1947, l’émir Idriss Ier de retour en Cyrénaïque, fut accueilli triomphalement par la population et s’installa à al-Bayda. Il réprima toute opposition et déclara l’indépendance de la Cyrénaïque le 1er mars 1949. Il unifia la Tripolitaine et le Fezzan à la Cyrénaïque mais le peuple de ces régions ne furent pas enthousiaste face à cet événement. L’indépendance de la Libye fut proclamée le 24 décembre 1951 à Benghazi. 

Perdant les élections, le Parti du Congrès National de Tripolitaine affirma qu’il y avait eu des fraudes et appela à la manifestation. Idriss Ier réprima violemment les manifestants et utilisa cet événement pour interdire tous les partis. La découverte du pétrole en Cyrénaïque, à partir de 1959, obligea le roi à abandonner le système fédéral et à unifier réellement la Libye. Pour cela, il utilisa le nationalisme arabe et fit adopter une nouvelle Constitution en 1963. Malgré cela, la Libye demeure un État fondé sur l’appartenance tribale.

Le 1er septembre 1969, douze officiers de l’armée libyenne profite de l’absence du roi pour prendre le contrôle des points stratégiques du pays. Ils affirment appartenir au Conseil de Commandement de la Révolution (CCR). A leur tête, le colonel Mouammar Kadhafi, alors âgé de 27 ans, lit le premier communiquer du Conseil de Commandement de la Révolution.

Mouammar Kadhafi (1942/2011)

 

Histoire de Libye Partie 1 : La colonisation italienne

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Benito Mussolini (1883 / 1945)

Le 29 septembre 1911, l’Italie envahie la Libye dans le but de se constituer un empire colonial comme le reste des puissances européenne à l’époque. Elle prendra définitivement le contrôle totale de la bande côtière libyenne en 1912 où l’armée ottomane sera définitivement mise hors d’état de nuire. Un traité sera signé à Ouchy (Quartier de Lausanne en Turquie) le 17 octobre 1912, où l’Empire Ottoman renonce à sa souveraineté en Libye. En contre partie, l’Italie cède l’île de Rhodes et les îles aux alentours aux ottomans.

La première guerre mondiale, qui débute le 28 juillet 1914, oblige l’Italie à rapatrier une grande partie de ses troupes stationnées en Libye. Les différentes tribus en profite pour se révolté contre le colonisateur et lui arrache la Cyrénaïque et le Fezzan. Seul la Tripolitaine reste sous le contrôle italien. La Grande Bretagne soutiens Idris Ier, futur émir de la Cyrénaïque, et membre de la confrérie soufi al-Sanoussiya qui aura un rôle centrale dans la résistance face au colonisateur. Il faudra attendre la montée au pouvoir de Benito Mussolini en 1922, pour que l’invasion italienne soit relancée. Pour se faire, il nomme le Maréchal Rodolfo Graziani à la tête des opérations et lui donne carte blanche pour reprendre le contrôle de la Cyrénaïque. Ce dernier utilisera tout les moyens nécessaires pour atteindre son objectif, notamment la construction d’une barrière de barbelée le long de la frontière avec l’Égypte pour couper l’arrivée d’éventuelle renforts, mais aussi la déportation massive dans des camps de concentration. Il réussi à faire fuir l’émir Idriss Ier et les chefs de la confrérie soufi al-Sanoussiya, qui trouvèrent refuge au Caire (Égypte). La rébellion prit fin en 1932, lors de la chute de la ville de Koufra et la mort du leader de la résistance : Omar al-Mokhtar.

Contrairement à la Tripolitaine, la Cyrénaïque à souffert de la violence de l’armée italienne dirigée par le Maréchal Rodolfo Graziani, avec l’extermination de plus de la moitié de sa population. Cet épisode marquera le renforcement de l’identité de la région qui déjà s’est démarquée de elle de la Tripolitaine depuis l’antiquité. Une fois l’ordre rétablie en Cyrénaïque, l’Italie entama sa colonisation de peuplement et ce n’est pas moins de 100 000 italiens, majoritairement de pauvres agriculteurs, qui s’installèrent en Libye, dont plus de la moitié en Cyrénaïque. Les terres furent arrachées à leur propriétaires légitime pour être léguée aux colons.

 

Ibn Taymiyya : La mauvaise définition du Tawhid chez les rationalistes et les soufis qui s’affilient à l’Islam !

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3156064630_1_6_QfSRQOrQ« Le mot « dieu » ne désigne pas « celui qui possède la puissance créatrice » comme le pensent à tort les théologiens rationalistes. Ils considèrent que la déité n’est autre qu’une capacité de création, et qu’en conséquence celui qui reconnaît à Allah seul cette capacité a bien attesté « qu’il n’est d’autre dieu qu’Allah ». Pourtant, les polythéistes reconnaissaient parfaitement cela et demeuraient polythéistes. En réalité, la vraie définition fr « Dieu » est celui qui mérite d’être adoré : il est ilâh (divinité) dans le sens de malûh (celui qui est adoré). « Il n’est d’autres dieu » signifie que rien d’autre n’est digne de recevoir un culte. Le Tawhid signifie donc qu’Allah doit être adoré seul et sans associé, et le polythéisme consiste à reconnaître d’autres divinités qu’Allah. On comprend alors que ce que ces théologiens appellent [tawhid] se limite chez les tendance qui ont foi au Destin et qui s’affilient à la Sunna, à « l’unicité régalienne » (tawhid ar-rububiyya) qui considère qu’Allah est le Souverain de toute chose. Les polythéistes attestaient de cette forme d’unicité tout en demeurant païens. 

Il en est de même pour les groupes se réclamant du soufisme qui invoquent initiation, gnose et unicité de l’être : la définition du tawhid chez eux se limite à contempler l ‘unicité divine, à témoigner qu’Allah est le Souverain de toute, Roi et Créateur. Ils disent que l’initié (‘ârif) disparaît de l’existence avec l’Existant, de la contemplation avec le Contemplé, du connu avec la Connaissance, et qu’ils atteignent ainsi l’extinction (fanâ) dans l’unicité régalienne, en s’éteignant dans l’Essence de l’Éternel. Or, il est évident qu’il s’agit encore une fois du tawhid que les païens reconnaissent sans pour autant devenir musulmans, « dévots » (walî) et encore moins appartenir à l’élite des saints. Une autre tendance soufie initiatique définit ainsi le Tawhid tout en reconnaissant les attributs divins. Ils disent s’éteindre dans l’unicité régalienne tout en reconnaissant que le Créateur du monde est bien distinct des êtres crées. D’autres en revanche appliquent [l’unicité régalienne] en reniant les attributs divins et commettent ainsi une forme d’abstractionnisme, tombant dans un excès pire que beaucoup de païens. »

[Ibn Taymiyya – La Lettre Palmyrienne – Éditions Nawa – Pages 198 et 199]

Téléchargement : Les Schismes dans l’Islam de Henri Laoust

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Les Schismes dans l’Islam de Henri Laoust est un livre qui traite des différentes sectes qui se rattachent à l’Islam depuis les origines jusqu’à nos jours. Il s’agit de l’oeuvre la plus complète sur le sujet en langues française.

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LES CHAPITRES DU LIVREScan0001

  • Le califat des compagnons et les schismes
    • Les quatre premiers califes
    • Le califat de Mu’awiya
  • Le développement des schismes sous les Omeyyades après Mu’awiya
    • Le chiisme
    • Le khârijisme
    • Les nouveaux partis d’opposition
    • La propagande et l’avènement des Abbassides
  • La consolidation du califat Abbasside et les débuts du sunnisme
    • La lutte du califat pour l’unité
    • Les débuts et les divisions du sunnisme
  • Le califat mu’tazilite et la réaction sunnite
    • La révolte d’Abu-l-Saraya et le réveil du zaïdisme
    • Bâbak et les khurramîya
    • La politique chiite d’al-Ma’mun
    • L’inquisition mu’tazilite
    • La réaction sunnite d’al-Mutawakkil
    • Ahmad Ibn Hanbal et le hanbalisme
    • Le soufisme
  • La crise du califat
    • Le sunnisme traditionaliste
    • Le mu’tazilisme et l’acharisme
    • Les progrès du zaïdisme
    • L’ismaélisme : Qarmates et Fatimides
    • L’imamisme, les Hamdanides et les Bouyides
    • Les variations de la politique califienne
    • La philosophie et le soufisme
  • La prépondérance chiite et les débuts de la restauration sunnite
    • L’essor et la décadence des Bouyides
    • Le sunnisme traditionaliste
    • L’acharisme
    • Ibn Hazm et le zâhirisme
    • L’imâmisme
    • L’ismaélisme
    • Le mu’tazilisme et la philosphie
  • La restauration sunnite
    • La fin des Fâtimides et la lutte contre l’ismaélisme
    • L’essor de l’acharisme
    • La résistance du hanbalisme
    • Le sunnisme nord-africain : Almoravides et Almohades
  • Le dernier siècle du califat
    • Les derniers califes
    • Le sunnisme des Ayyoubides
    • Le sunnisme nord-africain et la fin des Almohades
    • La Littérature doctrinale sur la fin du califat
  • Le renforcement et les divisions du sunnisme sous les Mamelouks
    • Les Mamelouks et les premiers Ottomans
    • Le néo-hanbalisme
    • La théologie dogmatique
    • Les confréries et le soufisme
  • La renaissance du chiisme et le sunnisme Ottoman
    • Les Ottomans et les Safavides
    • L’essor doctrinal et les divergences du chiisme
    • La prépondérance du hanafisme
    • Le sunnisme en Afrique du Nord
  • Les formations postérieurs
    • Le wahhabisme
    • La crise ottomane et les tanzimât
    • Afghani, Abdouh et le réformisme égyptien
    • La mahdîya
    • La sanûsîya
    • Les mouvements réformistes dans l’Islam indien
    • Les mouvements dérivés du chiisme
    • Le laïcisme et les résistances du réformisme
  • Divergences et convergences
    • Les voies de l’Islam
    • L’idée de Dieu
    • Le prophète et ses Compagnons
    • Le califat et le problème de l’ Etat
    • La foi et ses degrés
    • L’excommunication et ses limites

 

Aïssam Ait Yahya : Abd al Malik en métropole et Tintin au Congo !

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livre-d-abd-al-malikL’investissement français dans toutes les idéologies cherchant à transformer l’Islam pour le vider de sa substance est très évident. Cela passe par la promotion de prétendus intellectuels, imams et recteurs Béni oui-oui, jusqu’à certaines figures du monde « artistique », qui par leurs origines sociales et ethniques peuvent encore compléter cette stratégie en ciblant tout spécialement la jeunesse musulmane des quartiers dit « sensibles ».

Nous avons dans ce dernier cas de figure, un véritable exemple académique avec le dénommé Abd el Malik, soufi et slameur. On savait que Rousseau avait contribué à développer le mythe du bon sauvage dans la littérature française, or son héritière directe, la France laïque et jacobine a retrouvé en Abd el Malik la rassurante figure banania du bon africain.

Le problème pour nous n’est pas tant qu’il est le représentant le plus symbolique du « traître social » comme l’ont dit certains. Car ayant selon eux « vendu le rap hardcore antiflic de la cité pour le flow policé du slam boboïsé » passant ainsi de la scène underground antiflic à la variété française version Pascal Sevran négrophilisée. En illustrant au passage, la trajectoire de la racaille karchérisée des cités dortoirs ne rêvant que d’intégrer le bling-bling du show bizz parisien.

Non, ce n’est absolument pas ceci qui nous importe, mais plutôt la teneur de son discours et de sa posture soi-disant islamique dans les débats sur la question de l’intégration des musulmans et de l’Islam en France. Qu’il intervienne en sa qualité de chanteur issu du prolétariat des HLM qui œuvre à divertir le-Tout-Paris est une chose : dés lors, il peut danser et chanter en tant que nouvelle Joséphine Baker ceinturé de banane aussi pourrie que consensuelle à défaut d’explosif intellectuel…

Mais le fait qu’il s’affiche dans le rôle du grand frère donneur de leçon façon TF1, et expert des questions liées à l’Islam en est une autre. Et si nous voulions être provocateurs, nous dirions que son acharnement à reproduire, comme un servile larbin digne de la case de l’oncle Tom, le discours stéréotypé sur l’Islam banlieusard, montre qu’il est le parfait « house negro » version française que nous avait déjà décrit notre prédécesseur Hajj Malik Shabbaz, plus connu sous le nom de Malcolm X : « Les nègres domestiques, ce sont ceux qui vivaient dans la maison du maître; ils étaient bien vêtus, ils mangeaient bien parce qu’ils mangeaient comme le maître, ce dont il ne voulait pas. Ils vivaient au grenier ou dans la cave, mais ils vivaient près du maître ; et ils aimaient le maître plus que le maître ne s’aimait lui-même. Si le maître disait : “Nous avons une belle maison”, le nègre domestique disait : “Ouais, nous avons une bonne maison.” Lorsque le maître disait « nous” il disait “nous”. C’est à cela que se reconnaît un nègre domestique… »

Ayant ensuite accompli son pèlerinage à Auschwitz dans l’euphorie du post-11 septembre, son opportunisme démagogique fut très largement récompensé. Adoubé par le monde du spectacle, il peut collectionner dès lors, autant les victoires de la musique que les invitations sur la scène télévisée, dont on ne se sait plus dire, si elle est artistique ou intellectuelle.

abd-al-malik-livre-flammarionAprès la « racaille sort un disque » c’est le zouave qui écrit un livre… Comme Abdennour Bidar avec « Self Islam », Abd el Malik est l’auteur d’une œuvre qui se veut autobiographique intitulé : « Qu’Allah bénisse la France ! »

Véritable nouvelle récitation du « nos ancêtres les gaulois » remastérisé, il démontre que pour exister médiatiquement il faut avoir assimilé parfaitement les leçons de l’intégration française à la sauce post coloniale. Et comme Abdelweheb Meddeb avant lui, il reproduit toute l’attitude méprisante à l’encontre des jeunes musulmans résistants et contestataires qui subissent de plein fouet la croisade intérieure laïco-jacobine : « Je remarquais aussi que bon nombre de mes aînés musulmans, pourtant bardés de diplômes, se métamorphosaient en abrutis lorsqu’on abordait la religion, comme si le simple fait d’évoquer l’islam inhibait toutes leurs capacités intellectuelles… »

Il faut dire qu’il s’est lancé dans l’écriture avec autant de talent qu’il en avait pour déblatérer ses prêches I-slamisées. Là encore, c’est le rôle du soufisme innovateur qui nous permet de comprendre toute la rhétorique du gentil africain néo-muz de service.

En mettant la laïcité en musique, peut-être que ces « bêtes » cher à Meddeb et ces « abrutis » d’Abd el Malik -assurément les mêmes- pourront l’accepter si ont la mettait tout simplement en musique :

« Après ça fallait qu’on montre aux yeux du monde que nous aussi nous n’étions que des hommes…Que s’il y avait des fous, la majorité d’entre nous ne mélangeait pas la politique avec la foi… »

« Ne pas mélanger la politique avec la foi » martelé près de cinq fois sans en être le refrain pourrait même passer pour une tentative de manipulation subliminale.

Dès lors, la foi soufie syncrétique d’Abd el Malik peut s’accommoder de n’importe quelle pouvoir temporel, car elle s’est vidée pour devenir un simple récipient pseudo-spirituel pouvant servir de contenant à n’importe quelle idéologie séculière, et surtout de celles qui dominent effectivement la temporalité. Avec cette originalité chez Abd el Malik, lorsque l’on remarque que sa vision de la foi « musulmane » est en adéquation avec la fonction sociale de sa musique : « Pour moi, le rap est la musique du 21e siècle. Elle est totalement en phase avec son époque. Même le gangsta rap, avec son consumérisme, sa misogynie et ainsi de suite, nous en apprend sur notre époque. Il ne faut pas s’arrêter à la pointe de l’iceberg. Il faut aussi prendre en compte sa facette conscientisée. »

malik_dernier_fr_1En effet, le rap consumériste et individualiste est à la subversion politique ce que le soufisme innovateur est à la spiritualité : une dégénérescence pathologique qui n’a pas d’autre but que d’être plaisant et conforme aux exigences du système Dominant. Cela dit, ce sont tous ces éléments qui nous expliquent et nous font comprendre pourquoi Abd el Malik peut stigmatiser le fait de faire de la politique dans une liaison avec l’Islam, mais aucunement quand il s’agit de prêcher ostensiblement pour la démocratie laïque…

Alors que s’il était réellement objectif ou cohérent avec certains de ses propos, soit il se serait abstenu de tout discours politisé, soit il ne refuserait pas ce droit aux autres.

Car quant à lui, ses prêches politiciens dépassent même le cadre national, étant donné qu’il est bien connu que lorsque la maison France brûle, c’est toujours ses pompiers-tirailleurs coloniaux que l’on envoie en première ligne éteindre l’incendie, en chantant un « c’est nous les africains… » remixé par son slam laïque. Il témoignait en effet : « Aujourd’hui, la France a une carte cruciale à jouer, en montrant au reste du monde comment elle va gérer la crise [Soulèvement des banlieues de 2004, NDA] grâce aux outils républicains, démocratiques, laïques, qu’elle a inventés. En novembre, j’ai été interviewé par de nombreux médias anglais et américains pour qui, unanimement, la révolte des banlieues est la preuve de l’échec du fameux modèle laïque des Français. Je leur dis : “Non, ce n’est pas parce que la personne qui tient l’outil est momentanément incompétente qu’il faut jeter l’outil. Il faut changer la personne, ou la former.” »

Pourtant les faits sont clairs, la France qui a -selon elle- les plus beaux, plus grands et profonds principes philosophiques politiques, est le pays occidental où justement les musulmans rencontrent le plus grand nombre de difficultés à surmonter (nous avons déjà vu pourquoi et comment). Pour un arriviste sur la scène intellectuelle comme Abd Al Malik on peut comprendre qu’il ait pu répéter bêtement le discours conformiste et avec son habituelle démagogie : « La France a toujours été précurseur. L’idée universaliste vient de chez nous… »

Avec plus de nuance et surtout plus d’études objectives, nous savons désormais pertinemment le contraire. Comme d’ailleurs tout honnête historien qui n’hésite pas à dire les vérités qui fâchent : « L’universalisme à la française est, historiquement, la source de discrimination »

Or si l’on rajoute à cela, les constatations d’un récent rapport de la French-American Foundation et de Sciences-Po certifiant : « Nos résultats soulignent donc une réalité dérangeante : dans la République française théoriquement laïque, les citoyens musulmans issus de l’immigration rencontrent, toutes choses égales par ailleurs, des obstacles à l’intégration par l’accès à l’emploi bien plus élevés que leurs homologues chrétiens. »

Comment expliquer la persistance de l’aveuglement d’Abd al Malik ? Peu importe, car quoiqu’il en soit, il va sans dire qu’en France, cette alliance stratégique entre soufisme innovateur et laïcité dogmatique rencontre en Abd el Malik un hôte particulièrement acharné et obstiné, envers et contre toute rationalité objective, à vouloir défendre un modèle archaïque, certainement le plus utopique du monde occidental.

Si nous nous intéressons à cette posture jusqu’au-boutiste d’Abd al Malik, celle qui consiste à ne vouloir voir dans cette France qui sent le brûlé qu’une simple défaillance humaine, notre analyse liant psychologie des origines ethniques et sociales, héritage coloniale, aliénation identitaire et ses nombreux complexes, ne pourra que nous faire rappeler ce discours de Malcolm X, extrêmement révélateur de cette maladive obstination : « Si la maison du maître brûlait, le nègre domestique combattait le feu avec plus d’énergie que le maître n’en mettait lui-même. Si le maître tombait malade, le nègre domestique disait : “Qu’y a-t-il, patron, nous sommes malade ? Nous sommes malades”. Il s’identifiait au maître plus que son maître ne s’identifiait à lui-même. Lorsqu’ils voient brûler la maison de ce blanc, vous n’entendez pas les petits noirs [pour Malcolm X, ceux qui ne font pas partie des house nigger, NDA] dire : “Notre gouvernement a des ennuis”, mais : “Le gouvernement ! ” J’en ai même entendu parler de “nos astronautes”, “notre marine de guerre !” Voilà un noir qui a perdu l’esprit. Tout comme le maître, en ce temps-là, se servait de Tom, le nègre domestique, pour maintenir les nègres des champs sous sa domination, le vieux maître se sert de nègres qui ne sont rien d’autre que les Oncle Tom du vingtième siècle, pour nous tenir en échec et nous garder en main, vous et moi, pour nous garder pacifiques et non-violents…»

Joignons pour accompagner ce percutant discours, un refrain très approprié d’Abd el Malik lui-même, qui sonne désormais très agréablement à nos oreilles : « Ça c’est du lourd…»

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En France, toutes ses prises de positions, ses paroles et actes, lui valent personnellement de rafler quantité de médailles et de distinctions qu’il peut fièrement épingler sur son burnous de tirailleur congolais pour service rendu à la mère patrie. Et après avoir obtenu de Juliette Gréco qu’elle fasse la préface de son dernier livre, il est probable qu’Abd el Malik suscite l’intérêt de Mylène Farmer ou Didier Barbelivien pour lui produire son prochain Album, et il pourra continuer à dire avec un grand sourire banania : «Ce que je fais finalement c’est être subversif à l’extrême…»

Et nous espérons que cet Omar Bongo national ne jouera plus de la confusion entre son slam soufi laïque et l’Islam avec sa spiritualité authentique.

Mais connaissant la nature de cette néo-religion et de son prosélytisme, nous ne faisons aucune illusion…