Smyrne

Sabbataï Tsevi partie 14 : L’arrestation de Sabbataï par les autorité turcs

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624px-Dardanelles_carteLe Grand Vizir, Ahmed Köprülü, ordonna l’arrestation de Sabbataï. Il était connu comme un homme qui refusait de verser le sang inutilement. Les autorités turcs se rendirent à Smyrne pour arrêter Sabbataï, mais ce dernier avait déjà embarqué pour Constantinople. Le navire de Sabbataï fut abordé par deux navires turcs près du détroit des Dardanelles et Sabbataï fut arrêté.

Ce qui inquiétait le Grand Vizir, n’était pas le mouvement sabbataïste en lui-même, mais la cessation des activités commerciales de la communauté juive qui jouait un rôle extrêmement important dans le commerce Turc. De plus, le nombre important de juifs se rendant en Palestine en abandonnant leur famille créa un grave problème social. A Constantinople, le fond de charité ne répondait plus aux besoins réels.

Sabbataï fut amener devant le Divan (= conseil du Sultan Ottoman) présidé par le Grand Vizir. Contre toute attente, Sabbataï ne fut pas exécuté comme le pensait les chrétien et les musulmans mais il fut emprisonné à la prison de Gallipoli. Les juifs voyaient cela comme un signe de la messianité de Sabbataï et continuèrent à lui rendre visite dans sa prison après avoir versé 100 000 réaulx au Grand Vizir. Ce dernier leur proposa même de relâcher Sabbataï, s’ils lui versaient 100 000 réaulx de plus mais Sabbataï refusa l’offre car il ne voulait pas utiliser ce moyen « car de grandes choses devait se produire dans quelques jours ». Le refus de Sabbataï augmenta sa réputation ainsi que le désir de rédemption des juifs.

Sabbataï ne s’étonna pas de son emprisonnement car selon lui, bien qu’il s’était extrait de la prison des qelipots (= sephirots maléfiques dans la Kabbale), ces derniers pouvaient encore se saisir de lui et donc ralentir l’accomplissement de sa mission. Sabbataï fut emprisonné et non exécuté pour la simple et bonne raison que le Sultan et le Grand Vizir allaient devoir s’absenté pour diriger les troupes ottomans contre les tatares et le Sultan ne désirait aucun affrontement à Constantinople en son absence.

Les Juifs dans l’Empire Ottoman de 1492 à Sabbataï Tsevi : Terre d’Accueil et d’Espoirs Messianiques

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Conférence de Gilles Veinstein qui est un historien français, spécialiste d’histoire turque et ottomane sur le thème : « L’Empire ottoman de 1492 à Sabbataï Tsevi : Terre d’accueil et d’espoirs messianiques ».

Sabbataï Tsevi partie 13 : Sabbataï se rend à Constantinople, la capitale de l’Empire Ottoman

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aivazovsky-constantinople.1214285040Sabbataï se proclama Messie le lundi 14 décembre 1665. Il changea la date du Shabbat du samedi au lundi. Il se rendit chez le Cadi turc (= juge musulman) et calomnia ses trois principaux adversaires puis les accusa du crime de lèse-majesté (= attentat contre la personne du prince ou contre son autorité). Le Cadi le laissa reparti parce qu’il le croyait fou ou idiot.

Le mouvement prophétique s’étendit de Smyrne à d’autres communautés d’Asie mineure, des îles Égée et de Grèce. Le négoce et le commerce à Smyrne en vinrent au point mort. La ville s’abandonnait à une atmosphère de fête, de réjouissance et d’exaltation. Les banquets, les danses, les processions alternaient avec l’accomplissement des pénitences prescrites par Nathan. Même dans la froideur des mois d’hiver, nombreux sont ceux qui se rendaient à la mer pour se livrer à des immersions rituelles alors que d’autres se soumettaient à la flagellation.

Après qu’il eut la haute main sur sa ville natale, Sabbataï sentit qu’il n’y avait pas lieu de s’y attarder. Toutefois, une baisse notable de sa tension psychologique s’opéra à la fin de son séjour. Il embarqua sur un navire le 30 décembre 1665 avec 3 ou 4 rabbins qui figuraient sur la liste des rois. L’épouse Sabbataï, Sarah resta à Smyrne pendant que son époux se dirigea vers Constantinople, la capitale de l’Empire Ottoman.

A Constantinople, la tension grandissait dans l’attente de Sabbataï. Les nouvelles extraordinaires de Smyrne avaient divisé la communauté en deux et le nombre d’opposants étaient loin d’être négligeable. Ceux qui doutaient de la messianité de Sabbataï et de la prophétie de Nathan, n’attendaient aucunement la passation du pouvoir du Sultan turc aux mains de Sabbataï et ne pouvaient qu’attendre le pire pour la communauté juive. Les révoltes étaient fréquentes dans l’Empire Ottoman et quand elles échouaient, elles étaient l’objet d’une répression impitoyable.

Les dirigeants de la communauté juive de Constantinople savaient que les autorités turcs les tiendraient pour responsables de la conduite de la communauté juive. Le souci de la communauté en plus de leur propre sort les poussa à agir, surtout que les autorités turcs avaient reçu des informations au sujet de l’agitation révolutionnaire régnant chez les juifs.

Les sabbataïstes de Constantinople se préparaient à la rencontre avec le Messie et se laissèrent aller à des conversation dangereuses et provocatrices :

« Ces abusés ne parlaient que de guerres et de l’établissement prochain de leur monarchie qui devait renverser le croissant et fouler aux pieds toutes les couronnes de la chrétienté ».

Sabbataï Tsevi partie 12 : Sabbataï émancipe la femme de son rôle traditionnel

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Shabbatai6Sabbataï introduisit une nouvelle innovation : il appela les femmes à la lecture de la Torah. Il envisageait un changement du statut des femmes. Il rêvait d’une réforme radicale de la condition de la femme. Sabbataï commença à s’opposer, ouvertement et délibérément, à la distribution traditionnelles des rôles dans le comportements des deux sexes. Il bafoua toutes les règles de décence en offrant un banquet au cours duquel hommes et femmes dansèrent ensemble alors que lui-même se retira dans une autre pièce avec sa première femme avec qui il avait divorcé (= il ne s’agit pas de Sarah avec qui il était encore marié). Il leur promettait de les délivrer de la malédiction d’Ève :

« Malheur à vous, misérable femmes à cause du pêché d’Ève devez enfanter dans la douleur, qui êtes assujetties à vos époux qui décident de tout ce que vous faites. Bénies soyez-vous car je suis venu vous rendre libres et heureuses comme vos époux; car je suis venu pour éliminé le pêché d’Adam ».

Ces paroles étaient révolutionnaires pour un juif de Smyrne en 1665 et ce discours n’est pas sans rappeler les propos avancé par les ennemis de l’islam qui parlent de libérer la femme du joug de son mari musulman, etc…

Il semble qu’une nouvelle façon d’aborder la chose et une vision utopiste de l’égalité des sexes avaient pris place dans l’esprit de Sabbataï. C’est peut-être là que nous devrions chercher la motivation de son mariage avec Sarah qui était une femme de mauvaise réputation. Sabbataï a pu être attiré par l’audace de Sarah, la prostituée, dans la mesure où il rêvait d’une réparation du pêché d’Adam et du rétablissement de la femme dans sa liberté originelle.

Sabbataï semble avoir été le premier à vouloir l’émancipation de la femme, bien qu’il n’avait pas la capacité de donner à cet idéal une forme et un contenu définis.

Sabbataï Tsevi partie 11 : La violente réaction de Sabbataï envers les non croyants

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Quand Sabbataï appris que les rabbins de Smyrne avaient délibéré à son sujet, il devint furieux. Il réagit en proclamant un jour de prières publiques. Ses disciples passèrent une journée entière dans la synagogue où Sabbataï adopta le comportement en phase avec ses illuminations. Les rabbins étaient divisés au sujet de Sabbataï et les rabbins non croyant voulaient exercer leur colère contre le Messie mais les sabbataïstes étaient prêt à défendre Sabbataï.

Le 11 décembre 1665, Hayim Peña, un des plus riche marchand juif de Smyrne et non croyant eu un vif échange avec les sabbataïstes. En résultat de violente échauffourées mais comme le Shabbat commençait la foule se dispersa. La synagogue portugaise était le quartier général des non croyant, Sabbataï eu une réaction violente à leur égard le lendemain matin. Sabbataï abrégea les récitations du matin à la synagogue et se rendit à la synagogue portugaise avec ses disciples. Les non croyant de la communauté portugaise avaient fermé les portes par peur d’une attaque des sabbataïstes. Sabbataï demanda une hache et brisa les portes. La foule ravagea la synagogue mais Hayim Peña s’était enfui. Sabbataï interrompit leur prière et annonça :

« Aujourd’hui, vous êtes exempts de l’obligation de la prière » et il prit dans son sac une édition imprimée du Pentateuque déclarant qu’elle était plus sacré que les rouleaux de la Torah, ce qui est contraire à la loi rabbinique. Il la lu et nomma son frère aîné Elie roi de Turquie. Son autre frère fut nommé Empereur de Rome. Il distribua des nombreux royaumes à ses disciples, hommes et femmes, et les obligea à prononcer le nom ineffable de Dieu. Le grand rabbin Aaron Lapapa fut démis de ses fonctions et il fut remplacé par Hayim Benveniste qui reconnut et honora Sabbataï. Il réussi à entraîner de nombreuses personnes à en faire autant. Sabbataï exposa les raisons kabbalistique de son action : en brisant les portes, de « nombreuse qelipot des forces maléfiques furent cassés ».

Sabbataï Tsevi partie 10 : L’hostilité s’installe entre les croyants et les infidèles

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L’hostilité des rabbins de Jérusalem n’avait pas décru. Des lettres de Sabbataï à ses fidèles arrivèrent à Jérusalem portant la signature suivante : « Je suis le Seigneur votre Dieu, Sabbataï Tsevi ». C’était la formulation qu’utilisa désormais Sabbataï pour indiquer sa nature supérieur et divine. Les protestations de certains rabbins de Jérusalem na parvinrent pas à la Diaspora.

Sabbataï arriva à Smyrne sans Nathan. Contrairement à Gaza, Smyrne était un centre commercial important et très peuplé qui comprenait une communauté juive de plusieurs milliers d’âmes et une colonie de négociants européens chrétiens.

La famille de Sabbataï le reçurent avec enthousiasme. Les rabbins qui avaient prit des mesures contre Sabbataï en 1648 ne firent rien. Sabbataï arriva en septembre 1665 et resta silencieux jusqu’en décembre de la même année. La situation se transforma et les symptômes familiers de l’illumination réapparurent. Une délégation venue d’Alep arriva à Smyrne pour rendre hommage au Messie. La combinaison de la venue de la délégation et la phase d’illumination de Sabbataï provoqua une explosion d’hystérie collective. Sabbataï prêchait en public et poussait les autre à faire de même sous prétexte mystico-kabbalistique.

Les rabbins de Smyrne avaient des doutes sur la messianité de Sabbataï et la prophétie de Nathan. Les disciples des rabbins déclarèrent ouvertement que les écrits de Nathan n’étaient pas inspirés par Dieu mais par les forces des ténèbres. Parallèlement, l’enthousiasme des sabbataïstes ne faisait que s’accroître. La « bonne nouvelle » avait ouvert dans leur vie une source de joie et d’exaltation. Cette excitation amenait à un point critique la tension qui se développait entre les deux camps formé au sein de la communauté juive. Les croyants et les infidèles ne parlaient pas la même langue. Les croyants voyaient un monde nouveau devant leur yeux et ils acceptaient toutes les nouvelles messianique littéralement et sans aucune réserve. Leur foi immense en Sabbataï avait fait de leur univers un miracle au sein duquel tout était possible.

Sabbataï Tsevi partie 8 : Nathan prédit la conquête de l’Empire Ottoman par Sabbataï

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can-stock-photo_csp6316917Les mois qui suivirent le départ de Sabbataï, Nathan continuait à recevoir des révélations de Maguidim et à entendre des voix céleste. Le 5 septembre 1665, Nathan entendit une « voix dans l’académie céleste proclamant que le Messie, fils de David, se révélera au monde dans un an et quelques mois », c’est-à-dire que « le royaume du Messie se révélera ».

Nathan prédit que Sabbataï prendra le pouvoir en Turquie à la place du Sultan musulman sans guerre et que ce dernier sera son serviteur. Ceci est sensé se passer un an après l’écriture de cette lettre.

Nathan annula toutes les dévotions de la Kabbale lourianique car l’aube de l’ère du Shabbat cosmique était arrivé et nécessitait de nouvelles lois. Pour Nathan, seul la croyance au Messie était nécessaire, plus besoin des actes comme preuve de sa foi.

Ceci s’explique par le faite que tous les kabbalistes s’accordent à reconnaître que la Torah est essentiellement immatérielle. A la suite du péché d’Adam et du veau d’or, la Torah se serait matérialisée et les hommes devaient accomplir des commandements matériels. A l’âge messianique, quand le tiqoun (= rédemption) sera accompli et les effets du pêché dissipés, toutes choses seront rétablies dans leur spiritualité initiales et l’application pratique et « matérielle » de l’observance traditionnelle des commandements cessera automatiquement. La Torah sera défaite de son enveloppe matérielle et une nouvelle Torah sera révélée à Sabbataï qui sera la Torah originelle, céleste, celle de l’Arbre de vie. Sa révélation implique l’abolition des normes du permis et de l’interdit, du pur et de l’impur.