Sayyid Qotb

Histoire de l’Egypte Partie 11 : Les Frères Musulmans sous Hosni Moubarak

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Farag Foda (1945/1992)

Ne pouvant pas agir sur le terrain politique, les Frères Musulmans vont investir les syndicats professionnels comme la médecine, les pharmaciens, les ingénieurs, les avocats et les scientifiques. Il vont toutefois essayer d’influencer la politique du pays mais de manière discrète. ‘Omar al-Tilmisani fait l’éloge de Hosni Moubarak lors de son entré en fonction. En 1984, l’organisation passe une alliance avec le Parti Wafd et obtiennent huit députés au Parlement. Le leader des Frères meurt le 22 mai 1986, il est remplacé par Mohammed Abou al-Nasr. Ce dernier suit la même politique que son prédécesseur et en 1987, il passe une alliance avec le Parti des Libéraux et le Parti du Travail et 36 députés appartenant à la confrérie sont élus. Ils demandent la révision de la Constitution, l’annulation de l’état d’urgence, des élections libres, ainsi que l’application de la shari’a. 

Le 8 juin 1992, l’écrivain laïque Farag Foda est assassiné par deux membres du groupe jihadiste al-Jama’ah al-Islamiyah, fondée par Cheikh ‘Omar Abdel Rahman et Cheikh Abd al-Hamid Kishk, et dont le but était de renverser le régime pour le remplacer par un État Islamique. Le mouvement est fortement influencer par Sayyid Qotb. Le grand Cheikh d’al-Azhar, Jadd al-Haqq, avait émit une fatwa stipulant que Farag Foda et d’autres écrivains laïques étaient des ennemis l’islam. Le groupe al-Jama’ah al-Islamiyah a fait référence à cette fatwa lorsqu’il a revendiqué l’assassinat. Farag Foda avait notamment maudit le Prophète Mohammed (Sala Llahou Aleyhi wa Salam) et ses épouses.

Nasr Abou Zayd (1943/2010)

De son côté le Cheikh Youssef al-Badri déclare un jihad intellectuel contre tous ceux qui attaquent l’islam et pour cela, il fonde le Front de la Hisbah. La Hisbah est une institution religieuse qui contrôle la bonne application de la shari’a. Elle fut créer par le Calife ‘Omar Ibn al-Khattab (Radia Llahou Anhou). Le Front de la Hisbah va s’en prendra notamment à Nasr Abou Zayd qui a écrit le livre « Le Concept du texte » où il réinterprète le Coran avec une vision humaniste. Il est attaquer en justice pour apostasie, ce que le tribunal confirme. Il est dans l’obligation de divorcer pour respecter la shari’a car un mécréant ne peut épouser une musulmane. Le groupe Jihad Islamique déclara que Nasr Abou Zayd devrait-être exécuté pour apostasie. Ce dernier fut mis sous protection policière mais se dernier refusa. Le 23 juillet 1995, il quitta l’Égypte avec sa femme et se rendit aux Pays-Bas.

Quelques cheikhs de l’université d’al-Azhar se joignent aux attaquent du Front de la Hisbah. C’est ainsi que Ahmed Sohby Mansour fut renvoyé par al-Azhar. Ce dernier fait parti de la secte des coranistes, une secte qui ne reconnaît que le Coran et rejette la Sunna du Messager d’Allah (Sala Llahou Aleyhi wa Salam). Il travaillait avec Farag Foda pour établir un nouveau parti politique du nom de Mostakbal. Un parti qui avait pour but de mettre en place un État laïque et démocratique mais aussi de défendre les coptes d’Égypte. L’Université d’al-Azhar le renvoya pour avoir renier la Sunna et écopera d’une peine de six mois de prison.

Ahmed Sohby Mansour (1949/????)

Les Frères Musulmans se gardent bien d’intervenir pour condamner les intellectuels laïques. Toutefois, le Cheikh Mohammed al-Ghazali, prend la défense des assassins de Farag Foda en affirmant que se dernier était un ennemi de l’islam. Une nouvelle vague d’arrestations va frapper la confrérie peu avant les élections de 1995 et le siège de l’organisation sera fermé.

Cheikh Mohammed al-Ghazali(1917/1996)

Une fracture entre les générations se fait sentir au sein de la confrérie, l’ancienne génération qui a connu Hassan al-Banna, les persécutions de Nasser et Sadate leur font adopter une position de prudence et de défense de la confrérie. Fidèles à Hassan al-Banna en ce qui concerne l’éducation de la société en commençant par l’individu, puis la famille, la société jusqu’à la création d’un État islamique. La génération intermédiaire est plus portée vers la politique et est prête à remettre en cause la shari’a pour une réelle démocratie. Enfin, la nouvelle génération est adepte de la démocratie. Cette génération se reconnaît à travers le secrétaire général de l’Union médicale arabe, le Dr. Abou al-Foutouh qui, lors d’une interview en mai 2004, annonce qu’il est favorable pour l’instauration d’une démocratie qui se soit pas liée à l’Islam et que le président de la République ne doit pas forcément être un musulman, ni un homme. Il fait parti de l’aile « ouverte » des Frères Musulmans*.

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* Autrement dit aux ennemis de l’Islam qui se cachent sous les traits du musulman pour corrompre la communauté car Islam et démocratie sont incompatibles. Et nous ne parlons pas du fait que la démocratie est une religion à par entière comme toute les idéologies modernes, ce qui revient à dire que celui qui adopte la démocratie est un apostat car seul le système qu’Allah a mis en place à travers le Coran et la Sunna est valable, le reste n’est qu’innovations et égarements d’Iblis le maudit.

Histoire de l’Egypte Partie 6 : Anouar al-Sadate

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Anouar al-Sadate

Anouar al-Sadate est désigné président de la République égyptienne le 5 octobre 1970. Il hérite de la situation catastrophique laissée par Gamal Abdel Nasser : le pays est endetté, la situation « ni guerre, ni paix » avec Israël étouffe le pays. Anouar al-Sadate décide de faire bouger les choses en provoquant un conflit avec Israël. Obtenir une victoire et une défaite importe peu, ce qu’il veut c’est avoir accès à des négociations, ce qu’Israël lui refuse. Sadate va faire part de son plan au roi Fayçal Ibn ‘Abdel ‘Aziz al-Saoud qui lui apporte son soutient. Sadate va s’allier avec le président syrien Hafez al-Assad mais se cache bien de lui dévoiler ses plans car Hafez al-Assad souhaite une guerre totale contre Israël dans le but de récupérer le Golan et les terres arabes occupés par le colonisateur israélien.

Le 7 octobre 1973, la coalition syro-égyptienne attaque Israël par surprise alors que les israéliens célèbrent Yom Kippour et fort de leur intervention militaire lors de la Guerre des Six Jours, Israël ne s’attend pas une nouvelle attaque des pays arabes. L’attaque se situe sur deux fronts :

  1. L’armée égyptienne attaque les position israélienne au niveau du canal de Suez.
  2. L’armée syrienne pénètre dans le plateau du Golan.

Les armées arabes avancent de manière fulgurante et l’armée israélienne est dépassée car mal préparés mais aussi parce que les soldats arabes sont mieux entraînés et mieux équipés que lors de la Guerre des Six Jours. L’armement moderne a été fournie par l’URSS, ce qui permet aux armées arabes de faire des dégâts dans le camps adverses mais une fois les israéliens repoussée du canal de Suez, Anouar al-Sadate demande à ses troupes de stopper son avancée. Son objectif était simplement d’obtenir des négociations avec Israël et non pas une guerre totale. Cette attitude va permettre à Israël de se ressaisir et va concentrer l’essentiel de son armée contre la Syrie qui perd tout le terrain qu’elle a réussie à conquérir jusqu’ici au point où Damas risque d’être prise par les israéliens. Israël riposte aux égyptiens en contournant le Sinaï par voie maritime et débarque en Égypte. Ils finissent par encerclé l’armée égyptiennes stationnée de l’autre côté du Canal de Suez. Sadate demande un cessez-le-feu, mais Israël refuse mais ils seront forcés d’accepter car craignant une intervention de l’URSS, allié de la Syrie et de l’Égypte, les États-Unis les menacent de suspendre leur aide, ainsi que le pont aérien qui les ravitaillent sans quoi ils auraient déjà perdu la guerre.

Sadate obtient ce qu’il souhaite : des négociations avec Israël. Un accord de paix est signé et permet à Sadate de sortir de l’étouffant « ni paix ni guerre » et reprendre le contrôle du canal de Suez. L’accord met aussi en place une zone tampon, contrôlée par l’ONU, entre l’Égypte et Israël.

Anouar al-Sadate libère les membres des Frères Musulmans qui ont été incarcérés par Nasser, dont le frère de Sayyid Qotb : Mohammed Qotb. Ce dernier s’exile en Arabie Saoudite où il mourra le 4 avril 2014. Le leader de la confrérie Hassan al-Hudaybi est libéré en 1971 mais il mourra en 1973. Il sera remplacé par ‘Omar al-Tilmisani qui suit les traces de Hassan al-Hudaybi. La confrérie est de nouveau refondée de manière officielle en 1974 mais Sadate ne légalise pas la confrérie qui est toujours interdite mais tolérée. Les Frères Musulmans qui étaient exilés retournent en Égypte. Sadate souhaite utiliser la confrérie comme contre poids au communisme après avoir pris ses distances avec l’URSS pour se rapprocher des Etats-Unis sous l’impulsion du roi Fayçal Ibn ‘Abdel ‘Aziz al-Saoud. ‘Omar al-Tilmisani condamne violemment les groupes islamiques qui cherchent à prendre le pouvoir par la force et non pas comme le souhaitait Hassan al-Banna, c’est-à-dire par l’éducation graduelle de la société en commençant par les individus. Il vise par là directement les musulmans qui se réclament de Sayyid Qotb. La confrérie se met volontairement en retrait pour ne pas s’attirer les foudres de Sadate.

En 1977, le président américain Jimmy Carter décide de mener des négociations de paix entre la Syrie, l’Égypte et Israël. Pour se faire, il rencontre les différents présidents des pays concernés. Le président israélien, Menahem Begin, est prêt à rendre le Sinaï à l’Égypte mais refuse de rendre la Cisjordanie aux palestiniens. En novembre 1977, Sadate se rendit en Israël sur invitation de Begin, ce fut le premier président arabe à se rendre en Israël se qui mis un terme à l’unité arabe contre l’entité sioniste.

Anouar al-Sadate, Jimmy Carter et Menahem Begin (Camp David)

En 1978, les Accords de Camp David furent signés. Ces accords permirent à l’Égypte de reprendre possession du Sinaï dès 1979, ainsi qu’une garantie de libre passage vers la Jordanie. Israël obtient en contre parti une normalisation de la diplomatie israélo-égyptienne et la liberté de passage sur le Canal de Suez et le détroit de Tiran. Les deux pays se mirent d’accord pour ne plus approcher leur armées respectives de leur frontières communes. Suite à cet accord, L’Égypte perdit le prestige construit par Nasser et fut exclu de la Ligue Arabe en 1979. Les Frères Musulmans, qui jusque là avaient éviter de s’attirer les foudres de Sadate, critiquèrent les Accords de Camp David.

Ayman al-Zawahiri

En 1977, le groupe Jihad Islamique est créer par la branche qotbiste des Frères Musulmans. Leur objectif est de remplacer le gouvernement mécréant d’Égypte par un Califat où la shari’a serait appliquée. L’objectif est aussi de lutter contre les États-Unis et Israël. En 1977, le groupe assassine le ministre des Waqf. En 1979, Ayman al-Zawahiri, futur bras droit de Oussama Ben Laden et actuelle numéro un d’Al-Qaïda, rejoint le groupe Jihad Islamique. Il avait la charge de l’organisation et du recrutement.

En 1981, des affrontements entre chrétiens et musulmans ont lieu au Caire et Sadate fait arrêter 1500 personnes, aussi bien des chrétiens que des musulmans mais aussi des nasséristes, des communistes et des féministes. La crise économique touche durement le pays, ce qui fait que Sadate perd le soutient du peuple.

Le 6 octobre 1981, lors de la commémoration de guerre de Kippour, Sadate est assassinés en plein défilé par Khalid Islambouli, un officier faisant parti du groupe Jihad Islamique et dont le frère, Mohammed Islambouli, avait été incarcéré un mois plus tôt par le gouvernement. Un fatwa ordonnant la mise à mort de Sadate avait été émise par le Cheikh ‘Omar Abdel Rahman qui sera arrêté, ainsi que Ayman al-Zawahiri. Ces derniers seront relâchés faute de preuves mais Khalid Islambouli sera exécuté le 15 avril 1982. Son frère Mohammed Islambouli réussi à s’enfuir en Afghanistan où il deviendra un membre important de la résistance islamique. De même après avoir été relâché, le Cheikh ‘Omar Abdel Rahman et Ayman al-Zawahiri partent en Afghanistan rejoindre Oussama Ben Laden et ‘Abdallah ‘Azzam.

Aucun présidents arabes n’assistèrent aux funérailles de Sadate. Cependant, les anciens présidents américains Gerald Ford, Jimmy Carter et Richard Nixion étaient présent mais le président en fonction, Ronald Reagan, évita d’y participer pour des raisons de sécurités. Le 13 octobre 1981, le vice-président Hosni Moubarak devient le nouveau président de la République.

Khalid Islambouli

 

Histoire de l’Egypte Partie 5 : Gamal Abdel Nasser, le Panarabisme et les Frères Musulmans

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Gamal Abdel Nasser

Le Mouvement des Officiers Libres est créer après la guerre israélo-arabe en 1948 par Gamal Abdel Nasser. L’objectif du mouvement était de mettre fin à la présence britannique en Égypte et d’abolir la monarchie mise en place depuis Mohammed Ali. Le 23 juillet 1952, le Mouvement des Officiers Libres effectue un coup d’État à l’encontre du roi Farouk. Celui-ci quitte le pays à bord de son yacht et son fils Fouad II prend sa place sur le trône alors qu’il est âgé de six mois. Un Conseil Révolutionnaire est créer et son président est Mohammed Naguib, membre du Mouvement des Officiers Libres, mais c’est Gamal Abdel Nasser qui conserve réellement le pouvoir. Un autre membre du Mouvement, Anouar al-Sadate, annonce à la radio égyptienne que « des hommes dignes de confiance se sont chargés de la direction des affaires. » Les Frères Musulmans ont soutenu le Mouvement des Officiers Libres lors de sa prise de pouvoir, sans eux Nasser n’aurait pas pu bénéficier de la base populaire pour le soutenir. C’est Sayyid Qotb qui a permit à Nasser de jouir du soutient des Frères Musulmans.

Le 18 juin 1953, la monarchie est officiellement abolie et Mohammed Naguib devient président de la République et Nasser son vice président. Cependant, Naguib prendra ses distances avec Nasser et se rapproche du parti Wafd et des Frères Musulmans. Nasser décide de faire pression sur Naguib et le force à démissionner, ce qu’il fait le 24 février 1954. Le 26 février, Nasser remplace Naguib à la présidence. Des partisans de Naguib exigèrent que ce dernier retrouve ses fonction et se mutinèrent, mais le 27 février, les partisans de Nasser au sein de l’armée firent cesser la révolte. Les Frères Musulmans prirent la place des partisans de Naguib et exigèrent le retour de ce dernier et l’arrestation de Nasser. Ce dernier est forcé d’accepter suite à l’intervention des membres du Comité Révolutionnaire mené par Khaled Mohieddin. Toutefois, Naguib ne retrouvera sa place que le 4 mars 1954, ce qui permettra à Nasser de placer Sirri Amer à la tête des forces armées pour empêcher Naguib d’avoir la main mise sur l’appareil militaire.

Le Comité Révolutionnaire autorise le pluralisme et le Mouvement des Officiers Libres se retire de la politique, mais les paysans et les ouvriers, qui ont largement profité de la montée au pouvoir des Officiers Libres, s’y oppose. Naguib décide de réprimer la population mais ne contrôlant plus l’appareil militaire, il ne peut s’opposer au refus de ces derniers. Nasser en profite pour mettre fin au Comité Révolutionnaire en raison de la protestation du peuple et les partisans de Naguib dans l’armée son arrêtés.

Le 26 octobre 1954, Gamal Abdel Nasser est victime d’une tentative d’assassinat de la part des Frères Musulmans, mais le tireur, Mohammed Abdel Latif, rate son coup et la confrérie sera durement réprimée par Nasser. Des milliers d’opposants à Nasser sont arrêtés, principalement des Frères Musulmans mais aussi des partisans de Naguib et des communistes. Huit chefs de la confrérie sont exécutés et l’idéologue des Frères Musulmans, Sayyid Qotb, et son frère, Mohammed Qotb, sont emprisonnés.

Sayyid Qotb

Sayyid Qotb reprocha à Nasser d’avoir adopter le socialisme au lieu de l’islam pour gouverner l’Égypte car l’islam ne permet pas l’application d’un loi forgée par les humains en replacement des Lois qu’Allah révélées dans le Coran et la Sunna.

Avec la dissolution du Nizam al-Khass par Cheikh Hassan al-Baquri, les Frères Musulmans ne purent pas riposter aux attaques de Nasser, ce qui confirma les craintes des Frères qui s’opposaient à sa dissolution. La confrérie est désormais illégale dans le pays.

S’étant débarrasser de ses opposants, Nasser devient alors le seul leader du pays. Le 28 février 1955, Israël attaque la Bande de Gaza qui est sous le contrôle de Nasser mais se dernier n’engage pas les troupes égyptiennes car il estime qu’elles ne possèdent pas le matériel militaire pour combattre les sionistes. C’est pourquoi il décide de se rapprocher de l’Union Soviétique qui lui fourni l’armement nécessaire. Nasser dénonça le colonialisme franco-britannique, ce qui irrita énormément ces deux puissances coloniales. De même, les États-Unis n’ont pas apprécié le rapprochement de Nasser avec l’Union Soviétique et décident, avec les britanniques, de retirer leur proposition de financement du barrage d’Assouan. La France et la Grande-Bretagne étant les principaux actionnaires du Canal de Suez, Nasser décida de le nationaliser, ce qui entraîna l’intervention militaire de la France, de la Grande-Bretagne et d’Israël, malgré la reconnaissance par l’ONU du droit de Nasser de contrôler le canal. La coalition prit d’assaut le port Saïd mais le président américain Eisenhower fit pression sur l’alliance franco-britanico-israélienne pour qu’elle se retire.

Le premier février 1958, la République Arabe Unie, avec Nasser à sa tête, fut proclamée. Nasser plaça Abdel Hamid Sarraj à la tête de la Syrie et se dernier mis en place un État policier. Le mécontentement va alors en grandissant en Syrie et l’opposition à la République Arabe Unie monte. Le 28 septembre 1961, un coup d’État a lieu à Damas et Nasser accepte l’échec de la République Arabe Unie et reconnaît le nouveau gouvernement syrien comme indépendant.

Le 27 septembre 1962, le roi du Yémen du nord, Mohammed al-Badr est renversé par Abdallah as-Sallal, un nassériste. De ce fait, Nasser lui accorde son aide militaire car le roi déchue a obtenu l’appui de l’Arabie Saoudite. Un bras de fer va s’engager entre Nasser et le prince héritier Fayçal, alors en charge du dossier yéménite.

Fayçal Ibn AbdelAziz al-Saoud

Sur le plan interne, Nasser introduit la théorie de l’évolution dans le milieu scolaire et permit l’ouverture d’écoles mixtes. Il fusionna les tribunaux islamiques et civils, il obligea les oulamas de l’université d’Al-Azhar d’émettre une fatwa permettant une meilleurs intégrations des chiites, des alaouites et des druzes au sein de la société musulmane sunnite qui les voient (à juste titre) comme des mécréants. L’armée, avec Abdel Hakim Amer à sa tête, se montra de plus en plus indépendant vis-à-vis de Nasser qui tenta d’en reprendre le contrôle mais il dû abandonner cet idée suite aux menace de rébellion de la part des officiers.

En 1964, Sayyid Qotb est libéré suite à la demande du président irakien, Abdel Salam Aref, nassériste, auprès de Gamal Abdel Nasser. Sayyid Qotb estime que la non application de la shari’a (loi islamique) par les différents pays arabes faisaient de leur dirigeants des mécréants qu’il fallait destitués au moyen du jihad. Le fait de ne pas gouverné avec les lois d’Allah, c’est revenir à la période de la jahiliya (période pré-islamique). C’est ce qu’il avait reproché à Nasser lorsque se dernier adopta le socialisme à la place de la shari’a. Depuis l’arrestation des Frères Musulmans en 1954, la confrérie est divisée en deux : d’un côté les Frères qui prône la modération, cette frange est dirigée par le Cheikh Hassan al-Hudaybi, qui a été placé en prison pendant la purge de la confrérie en 1954, qui prône la modération. De l’autre côté, il y a les partisans de Sayyid Qotb.

Une fois libéré, Sayyid Qotb va publier les écrits qu’il a rédigés en prison et vont avoir un succès monumental dans le monde musulman jusqu’à nos jours. Ces écrits sont considérés comme un danger pour le gouvernement et en août 1965, Nasser va accuser les Frères Musulmans de comploter contre lui. Il va ordonner l’arrestation et la torture de nombreux membres de l’organisation dont Sayyid et Mohammed Qotb, mais aussi de Zaynab al-Ghazali, la fondatrice de la section féminine des Frères Musulmans. Elle sera torturée en prison (fouet, eau froide, morsure de chiens, brûlures, décharges électriques, isolement, etc…), ainsi que Sayyid Qotb et les autres membres de l’organisation qui ont été emprisonnés. Sayyid Qotb est accusé d’avoir constituer un groupe armé charger d’assassiner Nasser mais Sayyid Qotb s’en défend. Il sera condamner à mort par pendaison le 29 août 1966.

Les divisions sont croissantes entre les membres qui se réclament de Sayyid Qotb et ceux qui se réclame du successeur de Hassan al-Banna : Hassan al-Hudaybi. Ce dernier, incarcéré depuis 1954, rédige l’ouvrage « Prédicateurs, pas juge », dans lequel il s’oppose aux idées de Sayyid Qotb, bien qu’il se garde de le nommer. Contrairement à Qotb, al-Hudaybi ne considère pas Nasser comme un mécréant pour ne pas avoir appliquer la shari’a. Il prône une islamisation pacifique de la société musulmane et non pas la lutte armée comme le prônait Sayyid Qotb. Enfin, il réfute la notion de Tawhid al-Hakimiyya (souveraineté d’Allah dans le domaine temporel) en prétextant que le mot al-Hakimiyya ne se trouve pas dans le Coran. Une affirmation qui n’a aucune valeur puisque ce qui compte en islam, ce n’est pas le terme en lui-même mais ce qu’il recouvre. Le livre de Hassan al-Hudaybi est rédiger en 1969 mais il ne sera publié qu’en 1975.

Le 2 mai 1967, Abdel Hakim Amer reçoit un message d’une attaque israélienne contre l’Égypte, ce dernier déploya l’armée dans le Sinaï. Nasser ne fut informé que le 14 mai par le roi Hussein de Jordanie et demanda à Amer de ne pas attaquer Israël car l’armée égyptienne n’était pas de taille. Amer ne tînt pas compte des avertissements de Nasser et ordonna l’occupation du détroit de Tiran, ce qui donna une excuse à Israël pour intervenir militairement.

Abdel Hakim Amer

Le 5 mai 1967, l’armée israélienne attaqua par surprise l’aviation arabe (coalition de l’Égypte, Syrie et de la Jordanie) et les blindés israéliens réussirent à percé les défenses égyptiennes, ce qui força le retrait de l’armée égyptienne du Sinaï. Israël s’empara du Sinaï, de la bande de Gaza (sous contrôle égyptien), de la Cisjordanie (contrôlé par la Jordanie) et le plateau du Golan. Le 9 juin Nasser annonça la défaite de la coalition arabe, ainsi que sa démission mais des nassériste se réunirent dans tout le monde arabe manifestèrent pour qu’il reste à la tête du pays. Le comité exécutif suprême de l’armée attribua la défaite égyptienne aux tensions entre Nasser et Amer, ainsi qu’à l’incompétence d’Amer. Nasser remplaça Amer par Mohammed Fawzi mais Amer et les officiers qui lui sont restés fidèles préparèrent un coup d’État qui fut évité par Nasser. Amer fut arrêté et se suicida le 14 septembre 1967.

 

Suite à la Guerre des Six Jours, Nasser perdit sa place de leader arabe et Fayçal Ibn ‘Abdel ‘Aziz Ibn Saoud le remplaça dans cette tâche. L’économie égyptienne étant au plus bas depuis la fin de la guerre et la perte du contrôle du canal de Suez obligea Nasser à demander l’aide financière de son ennemi Fayçal. Ce dernier accepta au nom de la fraternité arabe mais cette position permis à Fayçal d’obtenir le retrait des forces égyptienne du Yémen qui soutenait la République Yéménite contre la Monarchie du Yémen du Nord soutenue par l’Arabie Saoudite. En décembre 1969, Nasser nomma Hussein el-Safei et Anouar al-Sadate vice-président. Nasser mourut d’une crise cardiaque le 28 septembre 1970 après une réunion de la Ligue Arabe. Nasser avait un mauvais état de santé mais cela avait été caché au publique, ce qui accentua la surprise. Tous les chefs d’État arabes participèrent à ses funérailles hormis le roi Fayçal. Après le début de la procession, les nasséristes venu assistés aux funérailles se jetèrent sur le cercueil en chantant « Il n’y a d’autre Dieu qu’Allah et Nasser est Son bien-aimé… Et chacun de nous est Nasser ». N’arrivant pas à calmer la foule, les chefs d’État étrangers furent évacués et le cercueil placé dans la Mosquée al-Nasr dont le nom deviendra Mosquée Abdel Nasser.

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Anâ-Muslim : Combattre et détruire l’état baassiste nossaïrite en Syrie : Avis aux complotistes musulmans s’affiliant à l’islam sunnite

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« Il est toujours étrange de constater que parfois les évidences les plus simples et les positions qui doivent en découler, soient rejetées avec vigueur par des individus qui prétendent à la réflexion et à l’analyse pure et objective.« 

بسم الله الرحمن الرحيم

Au nom d’Allah, Le Tout-Miséricordieux, Le Très-Miséricordieux

Il est toujours étrange de constater que parfois les évidences les plus simples et les positions qui doivent en découler, soient rejetées avec vigueur par des individus qui prétendent à la réflexion et à l’analyse pure et objective.
Pire quand ces individus qui se prétendent de l’islam et du sunnisme, prennent leurs réflexions directement de non-musulmans, ex-dandis de la mode convertis à la religion de la judéophobie antisioniste, blasés d’errer dans les cercles de la boboattitude parisienne, et se recyclant dans le patriotisme nationaliste pour se refaire une virginité, puisque eux-mêmes assurent avoir goutté à tout ce qu’il était possible, jusqu’à la lie….
Le profil de ces néo-muz adeptes des théories complotistes est très souvent le même, ré-islamisés sur le tas, avec une très faible maîtrise des sciences du dogme musulman, en quête de spiritualité mystique, perdus dans leur double identité dans une société qui exige tout d’eux, une chose et son contraire, des devoirs sans avoir les droits.
Pour beaucoup d’entre eux, la porte d’entrée dans l’Islam est d’ailleurs très souvent celle dont les sujets tournent autour de l’eschatologie musulmane et les signes de la fin des temps. Ils finissent alors toujours automatiquement par sombrer dans le messianisme apocalyptique qui de tout temps a été et est le territoire sacré, la chasse gardée des adeptes de l’innovation, des hérétiques en tout genre, des faux prophètes et des imams infaillibles. Et surtout le domaine de leurs maîtres à tous, incontestés et incontestables en la matière*: les chiites imamites duodécimains, puisque toute leur religion et leur dogme ont été bâtis sur des croyances complotistes et messianiques.

Et quand les esprits atteints de la pathologie complotiste s’emparent de la géopolitique, c’est comme l’astrologue qui se fait astronome voire astrophysicien… Quand l’un explique les phénomènes terrestres par les apparitions stellaires et leurs augures, l’autre calcule mathématiquement les orbites par l’observation de leurs cycles. Inutile donc de vouloir débattre puisque les termes du débat ne se font pas sur les mêmes bases : l’une métaphysique utilise tout ce qui lui passe par la tête pour se créer sa propre vérité, l’autre cherche par raisonnement logique à atteindre la position la plus proche de la juste vérité.

L’affaire syrienne est l’exemple le plus significatif :
De toute évidence, nous avons là-bas une très grosse part de musulmans sunnites qui combattent un état monopolisé par une minorité religieuse appelée alaouite-nossaïrite à sa tête Bachar al Assad, et faisant de l’idéologie baathiste les bases fondamentales de son fonctionnement politique et social.
Or si l’on sait ce que signifie l’Islam, ce que signifie «être musulman», ce que signifie la Foi-imane selon le consensus de l’orthodoxie sunnite, et que l’on connait en parallèle ce qu’est le Ba’ath et la secte nossaïrite, il est inimaginable de pouvoir soutenir, de près ou de loin, ces derniers si l’on se revendique de l’Islam. Bien entendu si l’on se trouve dans le cas contraire et que l’on s’affilie à une autre religion que celle des gens de la sunna, alors tout est possible et la question ne se pose même pas.
Pourtant c’est ce que fait une frange importante de Français d’origine maghrébine, et se revendiquant de l’Islam sunnite [orthodoxe].
Et ce n’est pas un problème d’ignorance pour la majorité d’entre eux, car lorsque l’on ne sait pas l’on s’instruit pour savoir, mais c’est bel et bien un problème d’honnêteté, d’hypocrisie, une volonté surtout de suivre un berger qui semble leur donner une once d’importance et de l’intérêt vicieux, à eux pauvres âmes perdues qu’ils sont, et dès lors, ils se sentent très bien dans ce nouveau troupeau de brebis égarées rassemblé par les prêcheurs de l’universalisme français…
Pourtant il est de notre devoir encore et toujours d’essayer de soustraire ceux qui véritablement ont été dupés et manipulés par le faux maître du  « Logos gréco-chrétien » et dont les logarithmes sont ceux de la IIIe république. Alors qu’ils devraient plutôt se pencher et méditer sur le kalam divin, s’ils sont musulmans comme ils le prétendent.

Les nossaïrites : le pire du pire…

Pour qui est sincère la moindre petite recherche et étude sur cette secte née au moyen-âge, serait en soi très suffisante pour se faire une idée de leurs croyances à l’extrême antipode de l’Islam sunnite. Et l’on se rendrait compte que cette croyance est déjà une hérésie issue de l’ismaélisme, lui-même hérésie issue du chiisme imamite, lui-même hérésie issue du parti (chi’at) qui prétendait suivre et soutenir amir al Moumine ‘Ali Ibn Abi Talib, et dont ‘Ali avait fait brûler vif la tête pensante Abdallah Ibn Sabah (ex-juif  «converti» à l’Islam).
Et il est d’ailleurs étonnant que ces adeptes amoureux des thèses du complot, qui n’ont pris l’habitude que de fouiller dans les archives marginales de l’Histoire, ne remontent pas à cette source historiquement vérifiable dans les chroniques authentifiées, eux qui font de l’antisionisme judéophobe une religion censée tout expliquer. Mais il est vrai que le complot est à géométrie variable chez eux, et nous nous en apercevrons à de nombreuses reprises ici.
De très nombreuses fatawa, de savants de toutes écoles confondues, sont très explicites et sans ambigüité pour qualifier de non-musulmans les nossaïrites. La plus célèbre -car issue d’un pilier du militantisme orthodoxe sunnite est celle de l’imam savantissime de Damas Taqqidine Ahmed al Harani Ibn Taïmiyya. Honni, il est vrai, par les chiites, certains soufis, et les laïques contemporains, ce qui est en soi un gage suffisant d’éloges à son égard.
Il écrit*dans son recueil de Fatawa : «Ces gens nommés « Al nousaïriyya » et autres groupes parmi les Qarmates et Batinites sont de plus grands mécréants que les Juifs et les Chrétiens. Non, ils sont des plus grands mécréant que la plupart des polythéistes et leur mal envers la Oumma de Mouhammad , est plus grand que le mal des mécréants qui sont en guerre avec les Musulmans, comme les Tatars, les mécréants d’Occident [croisés] et les autres.».
Rappelons sans ouvrir la porte de la polémique sur un sujet complexe, qu’il existe des divergences sur le fait de considérer musulmans, les simples gens du commun affiliés au chiisme imamite duodécimain alors qu’il y a un avis majoritaire (joumhour) pour considérer non-musulman leurs cheikhs et imams, cela même chez Ibn Taïmiyya.
Mais concernant la secte nossaïrite, ultime déviation d’hérétiques issus eux mêmes d’innovateurs de la pire espèce, les choses sont sans aucune ambigüité possible que cela concerne le simple affilié par  »naissance », le dévot ou l’insouciant parmi eux, le savant ou l’ignorant : «Ils se présentent devant des Musulmans ignorants comme les partisans et avocats de la famille du prophète, tandis qu’en réalité ils ne croient pas en Allah, au Messager, au Livre, aux prescriptions religieuses, aux interdits, à la récompense, au châtiment, au Paradis, au Feu, ou dans un des Messagers qui a précédé Mouhammad, ou dans une religion parmi les religions précédentes. Plutôt, ils prennent les paroles d’Allâh et de Son Messager, connu des savants Musulmans et ils les interprètent en se basant sur leur fabrication, prétendant que leurs interprétations sont « la connaissance cachée » […] Les savants musulmans ont écrit des livres, dévoilant leurs secrets, exposant leurs voiles, expliquant qu’ils sont branchés de l’incrédulité, l’infidélité et l’athéisme, par lesquels ils sont des plus grands mécréants que les Juifs, les Chrétiens et les Brahmanes indiens adorant les idoles.».
Finalement pouvoir les considérer comme musulmans, c’est donc pouvoir considérer musulmans les Ahmadis-qadianites croyant à un nouveau prophète, comme aux Bahaïs, et même pouvoir accorder la qualité de musulman à n’importe qui d’autre… D’ailleurs quitte en arriver là, autant considérer les juifs orthodoxes comme musulmans, puisqu’ils sont beaucoup plus proches de l’Islam que ne le sont les nossaïrites…
Le problème est que très souvent, le délire est tel chez les complotistes pro-Bachar, qu’ils seraient capables de faire passer, par ignorance et anachronisme, Ibn Taïmiyya pour un «salafo-wahhabite».
Malgré qu’ils soient férus d’histoire et de politique (mais en réalité que de la crypto-histoire) inutile de leur présenter quantité de textes issus des grandes chroniques historiques de nos savants et historiens (Bidaya wa nihaya d’ibn Kathir, Tarikh Dimachk d’Ibn Assaker, et Al kamil d’Ibn al Athir) qui montrent comment les Nossaïrites furent actifs dans le soutien aux forces croisées et plus tard mongoles, d’ailleurs comme leurs  « grand-pères » ismaéliens et aussi comme leurs très lointains  «arrière-cousins» chiites.
Ils furent collaborateurs, espions et informateurs pour les grands ennemis de l’islam et traîtres à la cause de l’Islam. Tous les grands noms du sunnisme, d’Imadouddine Zenki à Salah Dine Ayyoubi jusqu’à Baybar ont d’ailleurs compris que pour mettre fin aux invasions et restaurer l’ordre islamique, il fallait d’abord en finir avec eux…

Leur haine de l’Islam et de son orthodoxie est tellement de notoriété publique que les Nossaïrites ont toujours attiré l’attention des non-musulmans, des croisés du Moyen-âge jusqu’aux colonisateurs du 19e siècle. Notamment dans la communauté des orientalistes occidentaux dont les travaux avaient été d’une utilité capitale pour les impérialistes cherchant à contrôler l’Orient musulman.
Dès lors si les complotistes pro-Bachar ne croient pas dans les paroles d’Ibn Taïmiyya, peut-être croiront-ils les paroles de ces orientalistes, puisqu’ils ont l’habitude de prendre pour évangile la parole de non-musulmans et se méfier de celle issue de l’Islam authentique.
Ainsi pouvait-on lire en 1879 dans une célèbre revue orientaliste :
«les Nosaïris sont un des peuples qui ont eu le privilège d’exciter au plus haut point la curiosité scientifique de l’Europe» [Journal asiatique] [1].
Pourquoi cet intérêt ?
«L’aspect archaïque des doctrines ainsi que leur caractère syncrétique, alimentaient leurs questionnements sur les origines religieuses et ethniques des nossaïrs, chercher à quoi les rattacher. Un rattachement qui pourrait aussi bien servir les missionnaires chrétiens agents des empires coloniaux que directement les politiques coloniales elle-mêmes.»
Les européens du 19e siècle savaient, sentaient par intuition perverse toutes les potentialités qu’ils pouvaient tirer et espérer des Nossaïrites, qui leur semblaient plus proches de leurs religions, le christianisme surtout, mais aussi de toute la mystique gnostique et initiatique reprise par les courants modernistes franc-maçons (Vous avez dit complot ?). Mais ces orientalistes étaient aussi très souvent des érudits et eux, contrairement à nos amis, savaient très bien que les nossaïrites n’avait rien à avoir avec l’Islam. Déjà un voyageur français qui visita le pays des nossaïris dans les montagnes près de Lattaquié en Syrie en 1780 écrivait qu’ils se divisaient en trois sectes.
Il les classe donc : «les chamsié adorateurs du soleil ; les kelbié ou adorateurs du chien ; et les Qadmousié, qu’on assure rendre un culte particulier à l’organe qui dans les femmes correspond à priape [le phallus] »
Ce qui attirait les missionnaires, les évangélisateurs et les futurs agents du colonialisme, c’est bien entendu leur grande proximité avec le christianisme :
«Les croyances et les pratiques nossaïries avait en effet des points communs avec le christianisme. Ainsi ils vénéraient une trinité : l’essence (ma’na), le nom (ism) et la porte (bab) ; ils célébraient des fêtes chrétiennes et avaient adopté des rites chrétiens. […] Enfin, leurs croyances étaient parcourues d’idées gnostiques et certaines de leurs pratiques renvoyaient à l’ancien paganisme local.»
Le célèbre jésuite Belge Henri Lammens avait la ferme conviction que les Nossaïrites étaient des ex-chrétiens ayant survécu au milieu de la civilisation islamique et transformant leur dogme par de multiples et syncrétiques croyances :
« Nous croyons donc être dans le vrai en affirmant que la religion nossairie est une déformation non du dogme coranique mais de la vérité chrétienne. Les nossaïries ont certainement été chrétiens : ils ont dû le demeurer même après la conquête musulmane. Privé d’un sacerdoce constitué, ils auront peu à peu mêlé à leurs croyances primitives, pour les voiler peut-être d’éléments chiites».
Relisons comment un non-musulman témoigne avec intelligence de la manière dont les nossaïrites sont plus proches de la pseudo-vérité chrétienne que de celle professée par l’Islam ! Dès lors nous comprenons non seulement le pourquoi de l’intérêt occidental mais aussi de l’hostilité dont font preuve les nossaïrites à l’égard de l’Islam. En 1903, le même Lammens rendit visite à un chef religieux nossaïri. Espérant profiter de leur marginalité pour les convertir et motiver le droit d’intervention des puissances européennes pour la protection des minorités chrétiennes en terre d’Islam (Nous sommes en 2013 et vous aurez noté la réactualisation totale de cette politique coloniale). Le jésuite demanda alors au chef nossaïrite :
«Si vous devenez chrétiens ? Cette démarche conférerait aussitôt à la France le droit d’intervenir en votre faveur » devant les hésitations du cheikh, Lammens lui demanda s’il préférait se dissoudre dans la communauté musulmane, et ce dernier lui rétorqua alors : «Jamais ! Nous détestons les musulmans…» !!!!
Cette haine viscérale des nossaïrites à l’égard des musulmans était encore rapportée près de 10 plus tard en pleine Première Guerre Mondiale par le père Jausen qui notait que les nossaïris portaient de la haine «à tout ce qui est turc ou mahométan»… Comprenons bien que dans la littérature européenne du 18e et début du 19e le terme turc est très souvent synonyme de musulman et de sunnite puisque les ottomans avaient la charge du califat islamique. Tout ceci était parfaitement compris de ces orientalistes et des politiques pour lesquels ils travaillaient directement ou non :
«La politique française, quant à elle, s’attachait à défendre les particularismes locaux. La littérature orientaliste, comme les rapports produits par les consulats, avaient préparé le terrain en soulignant la haine que les nossaïris éprouvaient pour les Turcs. Déjà en 1824, Félix Dupont, le drogman du consulat de France à Lattaquié, avait adressé un mémoire à Sylvestre de Sacy où il notait que les nossaïris détestaient les Turcs dont ils étaient les ennemis jurés, mais qu’ils aimaient assez les chrétiens et accueillaient les étrangers avec hospitalité.».
Ce n’est qu’à la fin du 19e siècle et début 20e que les chefs nossaïrites décidèrent que leurs communautés devaient sortir de leur isolement et pouvoir profiter des politiques et de l’ingérence des puissances européennes ainsi que de la réforme de l’Empire ottoman (tanzimat). C’est ainsi qu’ils commencèrent à se rattacher à l’Islam par la voie chiite (en recevant parfois de très vives réserves voire de l’hostilité chez les Imams chiites) mais ils ne dupaient de toute façon presque personne. Même s’ils se déclaraient musulmans, un géographe français Vital Cuinet écrivait que pour lui, ils n’étaient que «des idolâtres des pires et ignobles catégories». Mais peut-être que Cuinet n’était-il, lui aussi, qu’un vulgaire wahhabo-salafiste…

L’état alaouite-nossaïrite : création coloniale française

L’intérêt occidental pour les nossaïris est en très grande majorité un intérêt strictement français. Rappelons qu’entre 1870 et 1918, la rivalité avec l’ennemi allemand se joue aussi dans les politiques impérialiste et coloniale : or l’Empire Ottoman qui gouverne la Syrie se tourne de plus en plus vers l’Allemagne jusqu’à devenir son allié.
Faire des Nossairites la cinquième colonne, une base d’appui pour la France est donc un objectif stratégique. Les Nossairites vont donc alors bénéficier d’un soin plus que particulier de la part des Français. Ces derniers vont donc tout entreprendre pour les soustraire à l’autorité ottomane, mais aussi protéger leurs particularités religieuses bien après la fin du Califat quand Français et Anglais se partagent comme un gâteau le Proche-Orient.
Aujourd’hui encore cela n’est un secret pour personne : «C’est la France, lors du Mandat, qui donne à cette communauté une nouvelle conscience d’elle-même».
Après avoir appris à les connaître, et surtout après la chute du califat ottoman, les Français vont s’attacher à en faire des alliés contre le bloc arabe-sunnite viscéralement hostile à la présence française en Syrie. La première étape sera de consolider la présence nossairite appelée désormais Alaouite pour les rattacher la dévotion qu’ont les chiites envers ‘Ali. «La création d’une entité alaouite est propre au mandat » écrivait l’intellectuel syrien Edmond Rabbath. Le démantèlement de l’Empire ottoman et le traçage des frontières par la France et l’Angleterre, en 1920, entraînèrent en effet la naissance de quatre « entités » dans la zone sous mandat français.».
Le but de cette division administrative était de construire et bâtir une identité nossairite non plus sur des bases uniquement religieuses mais surtout politiques contre les éternels ennemis sunnites : «Ainsi fut crée le Territoire des Alaouites qui fut ensuite érigé en Etat des Alaouites, avec Lattaquié pour capitale en 1922. Ces frontières avaient été créées en vue d’un but politique précis, celui de séparer les populations minoritaires alaouites des musulmans sunnites et de créer un territoire aussi homogène que possible où les premières deviendraient la majorité » Jacques Weulerss.
Pour cela, il a fallu les faire descendre de leurs montagnes, les former, les ouvrir à la Modernité et à ses dogmes*: les écoles et missions françaises s’en sont chargé avec plein de zèle.
Mais ce sont surtout les académies militaires qui ouvriront leurs portes aux jeunes nossaïrites. La France va former des générations d’officiers et de militaires d’obédience alaouite-nossaïrite, conscients que face à la force du nombre sunnite il fallait donner la force à cette minorité. Si bien que lorsque la Syrie devient indépendante, son armée compte déjà bizarrement une proportion d’officiers alaouite-nossaïrites supérieure à leur poids dans l’ensemble de la population du pays…
On peut lire sur le site officiel du Sénat français : «Les autorités françaises créent, en effet, un Etat alaouite autonome et ouvrent largement les portes de l’armée française du Levant à ses ressortissants, comme à ceux des autres minorités : Arméniens, Chrétiens arabes… Peu à peu, de jeunes officiers alaouites voient leur influence grandir au sein du Baas. Avec le coup d’état de 1963, le Comité militaire du Baas, majoritairement alaouite, met à l’écart de nombreux officiers sunnites. L’arrivée au pouvoir du général Jedid en 1966 et surtout du général al-Assad en 1970 est comme le point d’orgue de cette revanche d’une communauté longtemps exclue.»
Ce qui nous amène donc au parti Ba’ath.

Le ba’ath : athéisme, laïcité, socialisme et nationalisme ou l’universalisme français arabisé

Ce sujet mériterait un article à lui seul, mais il est quand même de plus en plus évident aux musulmans que l’idéologie du Ba’ath est de la mécréance pure et simple. Dans le sens que, s’affilier à cette idéologie est suffisant en soi pour être déchu de sa qualité de musulman.
Le ba’ath est directement lié au modernisme européen importé par la colonisation. Progressiste, laïque et nationaliste. Dire que cette idéologie est issue d’un arabe chrétien, Michel Aflaq, naturellement attiré par les idées européennes, est encore insuffisant pour pouvoir la discréditer. D’autant plus que la place et l’importance de l’islam chez Aflaq dans l’idéologie baathiste qu’il a créée, est beaucoup plus importante que ce qu’en feront plus tard les Alaouite-nossaïrites viscéralement opposés à l’Islam…
Les alaouite-nossaïyrites notamment les officiers et les militaires ont vu dans le ba’ath, la parfaite idéologie pouvant servir de masque à leur future mainmise sur la Syrie, via les slogans nationalistes et surtout l’arabisme : le pseudo-trait commun qui pouvait les lier avec les sunnites arabes.
Mais le ba’ath version nossaïrite sera donc très naturellement en guerre totale contre l’islam. Un article d’une revue militaire baathiste décrit d’ailleurs tout le programme et sa vision de la future société syrienne désislamisée :
«Le moyen de créer un homme arabe nouveau, un homme socialiste arabe nouveau devant rejeter toutes les valeurs qui ont prévalues dans les sociétés précédentes et ne sont plus que des momies embaumées.. ces valeurs avaient fait de l’homme arabe un être démissionnaire et désemparé un être agi par Dieu qui ne savait que répéter  «la hawla wala qouwatta ila billah»» [2]. On reconnaît là très bien, l’idéologie messianique de l’humanisme prométhéen issue des Lumières françaises… Suite à cette provocation, des manifestations à Damas furent organisés, les auteurs de l’article furent le disjoncteur et condamnés. Mais comme le note Bernard Botiveau : «c’était bien là le projet de Hafez al Assad» le père du Bachar. Rappelons qu’en 1963 à la prise de pouvoir définitive du Ba’ath, les alaouite-nossaïrites ont proclamé à la radio de Damas :

آمنت بالبعث رباً لا شريك له
وبالعروبة ديناً ماله ثانٍ

«Je crois dans le Ba’ath comme un Dieu sans aucun associé et en l’Arabisme comme religion sans aucune autre religion qu’elle» Voulant imiter en cela, la profession de foi attestée par tous les musulmans et confirmant l’apostasie claire, la mécréance absolue de tous les baathistes.
Il n’est pas nécessaire de retracer ici toute l’histoire tumultueuse de la résistance islamique en Syrie des années 70 et 80.
Quand en 1971, Hafez al Assad modifie la constitution en vigueur en la laïcisant et qu’il supprime les références à l’Islam, il alluma lui-même les feux de la lutte (jihad) contre l’Etat syrien. Et à cette époque, ce sont très souvent les activistes proches du militantisme des Frères musulmans qui portaient et défendaient le sunnisme.
Il faut dire que la Syrie n’était alors même pas comme les autres pays arabes, lesquels réservent très souvent dans leur constitution taghoutiya, un article aussi hypocrite que contradictoire :  «L’Islam est la religion de l’Etat». Encore plus évident et révélateur : la première grande et fondamentale constitution syrienne écrite par les baathistes alaouites, celle de 1973, ne mentionnait même pas l’obligation minime signifiant que le chef d’état devait être un  «musulman». Il semblerait que les baathistes alaouites connaissaient alors bien mieux la définition de la foi chez les sunnites que nos actuels amis complotistes. Ce n’est qu’avec les troubles, émeutes et insurrections des mouvements armés issus de  «l’islamisme radical» (tel celui du cheikh Marwan Al Hadid rahimaoullah) [3] qu’à chaque fois les baathistes furent contraints de modifier leur constitution.
Hier comme aujourd’hui rien n’a changé, la dernière grande modification, celle de 2012 sous l’actuel président Bachar ne fut réalisée qu’après le début de la révolte et de la guerre contre le baathisme.
Dans cette Constitution de 2012, il y a encore une incohérence évidente entre l’article 3 qui affirme : «La religion du président de la République est l’Islam» et l’article 84 qui ne cite pas l’islam parmi les 5 conditions obligatoires pour prétendre à la présidence. L’article 3 vise donc simplement à établir de fait la légitimité du président nossaïrite actuel et assoir sa prétention d’appartenir à l’Islam. C’est donc pourquoi la qualité effective et réelle d’être musulman est inutile et n’est toujours pas une condition requise par la Constitution pour occuper ce poste de Président comme la constitution de 1973 élaborée par son père Hafez.

Où étaient donc les complotistes lors du massacre de la ville de Hama en 1982 qui firent entre 50 et 80 000 morts ? Les insurgés étaient-ils financés par le Qatar ? Ah oui par les Saoudiens, pourront-ils rétorquer !!… [quid d’une princesse saoudiennee mariée à un neveu d’Al Assad alors que le «Wahhabite» Ibn Taïmyya interdisait toute relation matrimoniale avec les nossaïrites?]
Où étaient les complotistes lorsque Hafez al Assad lança ses troupes au Liban contre les Palestiniens? Qu’ils y soutinrent pendant 10 ans, les milices et partis chrétiens, les mouvements hérétiques dissidents du sunnisme tel celui des habaches [dont les moufti feront des fatwas sur commande pour faire considérer les nossaïrites-alaouites comme musulmans par les sunnites], puis favorisèrent l’émergence du Hezbollah, tous aussi différents soient-ils, fermement unis contre l’émergence d’une véritable force sunnite ?
Certes nos jeunes complotistes n’étaient pas nés, mais curieusement cette histoire là ne les intéresse pas…
Pourtant l’histoire et la théologie ne sont jamais bien loin, car quand actuellement les vidéos odieuses récurrentes montrent comment les chabiba du régime obligent les prisonniers sunnites à se prosterner devant l’effigie de Bachar avec des  «Bachar Akbar», le musulman instruit sait que pour les alaouite-nossaïrites qui ont divinisé ‘Ali, cette pratique païenne idolâtre est une norme. Il sait que leur propension à diviniser des humains qu’ils prennent pour idole est une constante chez eux jusque il y a moins d’un siècle encore avec le courant des mourchidites : «Le mouvement fut crée par un berger, Sulayman Murchid, nouveau prophète qui se déclara dieu, mais ne renonça pas pour autant à la vie matérielle, ni aux biens de ce monde, ni au pouvoir puisqu’il fut aussi député. Au vu de son succès auprès de ces coreligionnaires, les Français avaient rapidement choisi de s’en faire un allié»
Qui ose se prétendre musulman de la sunna et défendre l’indéfendable ? Non, celui qui polémique d’une seule lettre en leur faveur fait décidément bel et bien partie d’eux….

Défendre l’état baathiste nossaïrite face à Israël et à l’Occident ?

Le dernier bastion mental de nos amis est l’argument de l’antisionisme et de l’anti-impérialisme occidental. Puisqu’il est impossible de prétendre défendre les nossaïrites baathistes par des arguments musulmans, le seul recours est celui de la géopolitique complotiste.
Curieusement, eux qui sont devenus des spécialistes attentifs de toutes les informations qui viennent d’Israël, ils ferment les yeux sur les dizaines de déclarations très officielles venant des plus éminentes autorités juives énonçant que le régime de Bachar était un facteur de stabilité pour Israël…
Ces complotistes musulmans ferment les yeux sur les éloges du régime par les partisans de cette laïcité qui les opprime en France*: et le berger savoyard de ces moutons maghrébins ose même l’affront d’attaquer la laïcité maçonnique en France qui a détruit le catholicisme, mais de la louer pour le régime de Bachar, véritable insulte à la (petite) intelligence des complotistes musulmans. Ce qui est mauvais pour nous, patriotes français, est très bon pour vous arabo-musulmans…
Ces complotistes devenus des experts en crypto-analyse de données vidéos sur youtube (!!!) capables de forger des théories les plus farfelues pour donner à la réalité les traits qu’ils restent incapables de voir en direct comment les chiens du régime exécutent leurs anciens rabbins enturbannés, comme Al Bouti dès qu’il a semblé vouloir s’en défaire [4].

De plus qu’a fait l’état syrien contre Israël ? Pas une seule balle tirée pour récupérer le Golan en plus de trente ans…
La Guerre du Kippour ? Hafez al Assad a été quasi contraint par Anouar Sadate d’accepter cette idée de guerre purement égyptienne, et de se joindre à l’expédition de 1973. Il a envoyé ses divisions de l’armée populaire (sunnite) chair à canon prêtes à en découdre avec les Israéliens sur le Golan alors que les troupes d’elite nossaïrites se terraient à Damas et que l’Aviation totalement en leurs mains ne joua pratiquement aucun rôle, ni même pour appuyer l’offensive…
Son aide aux Palestiniens ? Après les avoir directement massacrés au Liban et les laisser se faire massacrer par les phalangistes chrétiens dans les années 80, ce n’est qu’après la première intifada que les baathistes ont utilisé dans leur intérêt le levier international que pouvait être la cause palestinienne..
Ces esprits complotistes ne se demandent pas pourquoi le Baathisme panarabiste a échoué dans ses prétentions d’unification du monde arabe ?
Pourquoi jamais la Syrie baathiste de Hafez al Assad et l’irak baathiste de Saddam Hussein n’ont réalisé cette union, ce serait-ce qu’économique et militaire ?
Non car Hafez al Assad est un alaouite-nossaïrite avant d’être baathiste et Saddam Husseïn [d’origine sunnite] a témoigné des multiples trahisons, des multiples bassesses et hypocrisies en face d’Israël et de l’Occident des alaouite-nossaïrites du Ba’ath syrien [5]. Et nous témoignons tous que Saddam [exécuté par des chiites] fut bien plus un fervent antisioniste et antiaméricain que la raclure nossaïrite des Al Assad… Même le champion de l’arabisme par excellence le taghout égyptien Gamal Abdel Nasser le bourreau de Sayyid Qotb a témoigné de la traitrise du Ba’ath alaouite-nossaïrite de Syrie et sa duplicité face à Israël. [6]
Ce qui nous rappelle à nous adeptes de l’orthodoxie sunnite, que lorsqu’on avait posé la question il y a près de 7 siècles à Ibn Taïmiyya sur l’opportunité de laisser les nossaïrites à la lisière des pays musulmans pour en garder les frontières face à l’ennemi non-musulman, celui-ci avait répondu* que c’était là une folie comparable à faire garder des moutons par des loups, car : «ces gens sont plus traîtres à l’égard des musulmans et de leurs chefs, les plus acharnés à la subversion de la religion et de l’état…»…

Finalement, le seul mot d’ordre risible chez les complotistes pro-bachar est de vouloir: «Préserver un état syrien fort face à Israël, car c’est le projet sioniste de détruire les nations arabes fortes.».
Et de les voir citer telle ou telle parole expliquant le projet de morcellement du monde arabo-musulman comme preuve de leurs délires.
Certes quand on fouille l’histoire, notamment celle du Moyen-Orient depuis le 19e siècle, il n’est pas rare de tomber sur ce genre de parole explicitant ces projets qui ne datent pas d’aujourd’hui : «La paix du monde serait en somme mieux assurée s’il y avait en Orient un certain nombre de petits Etats dont les relations seraient contrôlées ici par la France et là par l’Angleterre, qui s’administreraient avec le maximum d’autonomie intérieure, et qui n’auraient pas les tendances agressives des grands États nationaux unitaires» [lettre de Robert de Caix, Avril 1920, Diplomate français]
Dès lors pour les complotistes pro-Bachar nous nous devons de défendre ces grands états unitaires arabes car la division ne profite qu’à l’ennemi…
Oui mais le problème est que ces états arabes, leur très grande majorité, sont déjà nés du morcellement voulu et planifié par l’impérialisme occidental. Ce sont eux qui sont issus de cette politique déjà mise en place par le  «complot» : l’ETAT FORT ET UNITAIRE QUE JUIFS SIONISTES ET IMPÉRIALISTES OCCIDENTAUX CHERCHENT A FAIRE DISPARAÎTRE EST DÉJÀ DÉTRUIT : C’ÉTAIT LE CALIFAT !!!
Et on comprend mieux toutes ces manigances, de la déclaration Balfour aux accords Sykes-picot et toutes les paroles de diplomates allant dans ce sens, d’hier et d’aujourd’hui, si on les remet en perspective avec la fin du califat musulman et leur de volonté actuelle ne plus jamais le voir réapparaître*: nous les comprenons mieux.
La Syrie actuelle est déjà le fruit de ce partage, l’état  »fort et unitaire » n’est désormais que celui du baathisme nossaïrite à détruire !!! Car tous ces états arabes ne sont que les gardiens et les protecteurs des frontières créées par l’Occident. D’ailleurs quand on posa la question à l’intellectuel juif américain Noam Chomsky, s’il pensait que le Moyen-Orient passait actuellement par une phase de réécriture de l’accord Sykes-Picot, il répondit très justement que :  «l’accord Sykes- Picot est en train de s’effondrer, ce qui est un phénomène intéressant. Et il a un siècle. Mais, l’accord Sykes-Picot n’était qu’une imposition impériale qui n’a aucune légitimité, et il n’y a aucune raison pour une seule de ses frontières – sauf les intérêts des puissances impériales.»
Mais Bizarrement Chomsky n’est pas tenu en estime par les gourous français du complotisme qui défendent très justement les frontières mises en place par leurs ancêtres, les mêmes qui combattent encore et toujours le retour du califat islamique, en justifiant tout par la magie de leur logos qui ensorcelle les faibles d’esprits parmi ceux qui osent s’affilier à l’Islam, comme les magiciens de Pharaon devant son peuple…

Il faut dire que l’analyse historique n’est pas vraiment pas leur fort car au lieu d’analyser et de contextualiser ce genre de paroles de la crypto-histoire qu’ils aiment dévoilant projet et plan judéo-maçonnique pour le monde musulman, ils devraient chercher à analyser l’histoire et ses lois immuables. Car très souvent la résistance face à l’ennemi s’est justement réalisée par de petites entités de petits groupes extrêmement déterminés et unis, comme on peut en voir un peu partout dans les zones chaudes du monde musulman.
Tel ce qu’en disait l’un des maitres de l’analyse islamique contemporaine, notre cheikh Mahmoud Abou Omar : «La plupart de ceux qui se sont penchés sur cette période [les croisades] ne l’ont fait qu’en s’attachant à un petit nombre de personnes qui les avaient précédés. Ainsi y a-t-il une étude qui traite du sujet en mettant en éclairage sur le Leader Nur al Din Zanki ou le leader Salah al Din al Ayyoubi. A la lecture de tels textes ; les lecteurs ignorants pensent que cette partie de l’histoire islamique concernant les croisades fut le fait d’un Etat uni pour commander les musulmans. C’est une erreur évidente. Les lecteurs avertis savent que les musulmans qui s’empoignèrent avec les croisés le firent par petits groupes divisés et disparates. Il y avait, par exemple, une forteresse contrôlée par une famille et sous l’autorité de laquelle les gens se rassemblaient. Ou un village qui reconnaissait le leadership d’un chef éclairé, ou un érudit que ses élèves acceptaient et ralliaient, etc. Peut-être que la meilleure façon d’expliquer les réalités de cet état de fait est contenue dans l’ouvrage al I’tibar de l’émir Oussama Ibn Munqidh. Cet Oussama était de la citadelle de Sayzar et sa famille les Al Munqidh étaient les seigneurs de cette citadelle. Ils jouèrent un rôle important contre les croisés et Oussama fut un témoin de la guerre des musulmans contre les Croisés. Avant d’aller plus loin, il est important de noter que le rôle des Leaders majeurs comme la famille des Zanki et les Ayyoubides, fut d’unir les factions et les organisations en une seule et même force de combat. Il n’empêche que le plus grand rôle fut joué par ces petits factions qui, en vérité, eurent à faire face aux croisés»
Dès lors, oui, sans aucun doute nous préférons voir l’état lybien de Kadhafi détruit qui en 60 ans de règne n’a absolument compté aucune réalisation islamique à son actif, nous préférons voir détruit l’état alaouite-nossaïrite baathiste des Al Assad en Syrie et les voir tous remplacés par des autres structures, plus islamiques, qui elles seront plus à même d’être des moteurs purifiés et purificateurs en marche vers la réalisation d’un nouvel ordre islamique en Terre d’Islam.
Car telle est l’histoire de l’islam et les règles de réalisation et de création des Califats et des empires islamiques quand nous étudions l’histoire.
Comme il est étrange de voir ces cerveaux complotistes se gaver de textes et de hadiths liés à l’eschatologie mais n’utilisant pas leur raison pour les indexer aux lois historiques passées et en cours ? Tel que l’annonçait le Prophète lui-même : «L’affaire en viendra à ce que vous serez plusieurs groupes constitués : un groupe à ash-Shâm, un groupe au Yémen et un groupe en Irak. – Choisis pour moi, ô Messager de Dieu, si je parviens à cette (situation). – Choisis ash-Shâm, car elle est ce que Dieu a choisi de Sa terre, Il y attirera ceux qu’Il a choisis parmi Ses serviteurs. Si vous refusez, alors choisissez le Yémen. Et donnez à boire de vos bassins. Dieu a pris la garantie pour moi de ash-Shâm et de ses habitants» [7] 
Ces groupes ou leurs prédécesseurs, nous les voyons tous actuellement à l’œuvre et nous connaissons la couleur de leurs bannières… Et à chaque fois que ces groupes rétablissent l’ordre dans une région qu’ils contrôlent, les drones, les Rafales et les F-17 s’empressent de les bombarder, de Mogadiscio à Kidal en passant par Abyan, ayant peur non pas de leurs échecs (il les laisseraient prendre le pouvoir…) mais au contraire de leurs réussites : ce que Chomsky appelait encore la  «menace d’un bon exemple» version islamo-wahhabo-salafiste [8].

D’ailleurs, il est intéressant de noter que le virus du complotisme a parfois atteint une petite minorité de ceux qui se réclament très très officiellement du salafisme «wahhabite», comprenez ici : made in saoud et pro-saoud…
Leur argumentaire est quasi identique à celui des complotistes que l’on vise ici, mais la réflexion en moins et des prétentions en plus : ce qui est encore pire vous en conviendrez…
Les fatawa du clergé d’État saoudien sont une mine d’or de contradictions, les obligeant à faire des contorsions idéologiques et dogmatiques quasi-intenables. Certaines de leurs fatawa sont des plus étonnantes et même risibles : il faut dénoncer à la police ceux qui s’engagent militairement en faveur de leurs frères syriens [9], pour d’autres, les Syriens n’ont besoin que d’invocations [10]….
Alors que le cheikh Ibn Baz, lors de la révolte de la ville de Hama en 1982 était pourtant clair quand on lui posa la question de ce qu’il convenait alors de faire pour les soutenir : «Ce que nous savons au sujet de leur situation, c’est qu’ils sont opprimés, et ils méritent aide et assistance, car cet État les tue cruellement, et ils (les rebelles) ne demandent que l’application de l’Islam et rien d’autre en dehors de cela. Et cet État est un Etat mécréant Nussayrite Alaouite Rafidite Baathiste. Ils doivent donc être aidés et assistés jusqu’à ce qu’ils sauvent leur pays des mains de ces ennemis athées et mécréants qui n’ont épargnés ni mal ni tourments aux musulmans…»
La solution  «jihadiste» était alors très claire chez lui :  «Oui il [le jihad] devient fard ayn [obligation individuelle] selon la capacité de chacun. Chaque personne fait le jihad selon sa capacité. Il lutte de lui-même par son corps ou ses biens dans le Sentier d’Allah – ou les deux – et ceci qu’il soit seul ou avec ses frères toujours selon sa capacité. […] Cela est Fard ayn selon la capacité de chacun car ils sont combattus et n’ont aucun soutien. Ils ont donc besoin d’aide de la part de leurs frères musulmans par le biais de leurs biens, leurs personnes ainsi que leur da’wa et leurs bons conseils» [11].
Oui mais voilà, c’était une autre époque, celle des années 80 quand les cheikh du  «wahhabisme» n’avaient de compte à rendre à personne (ou presque) rien à voir donc avec les fonctionnaires d’aujourd’hui qui suivent le madhab et le fiqh de la Maison Blanche : les moujahidines étaient des freedom fighters quand on avait besoin d’eux et quand ils étaient plus ou moins contrôlables, aujourd’hui ce sont des  «irhabi» car ils suivent leurs propres plans et projets, pour leurs seuls intérêts et causes.
Et heureusement que la véritable science islamique légiférée n’est pas tributaire de ces savants de cour car à force de suivre aveuglément ces rabbins cela fait longtemps que certains seraient devenus juifs…
La version complotiste d’une partie du salafisme pro-saoud est donc une espèce d’hybridation schizophrénique très rare mais particulièrement virulente à la fois anti nossayrite alaouite baathiste dans le fond mais allié objectif dans la forme. Elle reprend les contradictions du régime saoudien qui veut la chute de la Syrie et faire barrage à l’Iran mais sans autoriser l’envoi de moujahidines : c’est d’ailleurs pourquoi l’État saoudien pleurniche actuellement [refus de siéger au conseil de sécurité de l’ONU] car leurs grand frères américains qui ont toujours si bien réglé tous les problèmes refusent de s’engager…

Conclusion :

Qu’un complotiste français non musulman, nationaliste, fervent défenseur de l’œuvre française, adepte de son pseudo-universalisme défende l’état alaouite-nossaïrite baathiste est extrêmement cohérent, voir complètement logique, puisque :

– Les alaouites-nossaïrites ont été formés et aidés par la France, des alliés historiques. 

– La Syrie actuelle est issue du mandat français dont les frontières ont été voulues par la France.

– Le parti ba’ath recycle des idéologies séculières issues des Lumières françaises.

Mais que dire de ces maghrébins  «musulmans» éternels manipulés qui suivent les gourous de la pseudo-subversion qui masque très mal la réalité de leurs logiciels mentaux ?

Nous ne parlons pas ici des harkis du patriotisme, des innovateurs coranistes pro-chiites, des adeptes du soufisme et des marabouts, des bico-bobos, des collabeurs schizo, non.
Mais avant tout de ceux qui se réclament de l’islam sunnite, qui ont compris certains mécanismes que nous avons décrits, mais qui ont juste peur de poursuivre jusqu’au bout leur réflexion, de peur [comme certains qui ont vu juste] de voir pleuvoir sur eux des accusations ad-jihadisteram…
Quel ersazt de musulman sunnite serait capable de relever ici le défi de défendre ce régime à détruire par des preuves historiques, logiques et islamiques ?
Détruire cet état c’est détruire un reliquat de l’impérialisme occidental et l’œuvre française
Détruire cet état c’est réparer l’humiliation de la destruction du Califat par les laïques judéo-maçons
Détruire cet état c’est en finir avec le passé et ouvrir la possibilité d’un nouvel horizon
Détruire cet état c’est réécrire notre propre histoire avec l’encre des nôtres qui se sont sacrifiés, qui se sacrifient et qui se sacrifieront.

Puisse Allah précipiter sa chute et faire de nous des causes dans celle-ci et dans le renouveau de l’Islam !

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Notes :

[1] la plupart des citations reprises dans cet article sont tirées du livre Le choc colonial et l’islam : Les politiques religieuses des puissances coloniales en terres d’islam, de Pierre-Jean Luizard, dans le chapitre intitulé : L’entité alaouite une création française.

[2] Loi Islamique et droit dans les société arabes, de Bernard Botiveau.

[3] http://www.youtube.com/watch?v=LFV1GhH3FNI

[4] http://www.youtube.com/watch?v=ZeyWBkB3jZo

[5] http://www.youtube.com/watch?v=6Pfxt5YBS2M

[6] http://www.youtube.com/watch?v=sf1UTqV9xqE

[7] Rapporté par Abou Daoud N°2473.

[8] http://www.dailymotion.com/video/xcd…?search_algo=2

[9] http://www.youtube.com/watch?v=zPGh3YUPGXI

[10] http://www.youtube.com/watch?v=0VDX4dtCLyc

[11] http://www.youtube.com/watch?v=4fhDuZ6dROk

Source : Anâ-Muslim