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Abou Soleiman al-Kaabi : Raison et Révélation chez Ibn Taymiyya et Averroès !

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Sans_titre_11Article rédigé en réponse à la question d’un lecteur :

Salam, j’aurais une question importante à poser svp :
Comme vous pouvez l’écrire vous même :  » En mettant ainsi en reflet Raison et Révélation, nous espérons redonner vie à la véritable méthodologie islamique, celle que revendiquait Ibn Taymiyya ». Cette citation vient de votre « Livre Pourquoi Jésus doit-il revenir ? » Mais au demeurant, et si je ne me trompe pas, c’est un fil conducteur qui traverse l’ensemble de vos oeuvres (vous et Ait Yahya) cette revendication « taymiyyanne » en terme de méthodologie, mais comme je ne connais pas explicitement et dans ses détails ce que dit Ibn Taymiyya sur le sujet, je reste malheureusement « frustré » disons.

En fait, dire ceci, ne m’éclaire pas d’avantage sur la méthodologie à proprement parler qu’il faut s’efforcer de mettre en pratique. Je veux dire, dans la vie de tous les jours, moi par exemple je suis étudiant en histoire et en sociologie, que dois-je faire exactement lorsque je dois étudier un sujet particulier pour appliquer cette méthodologie islamique ? J’ai bien lu « Fiqh al waqi », mais comment dire, je suis resté un peu perplexe à la fin, et je me suis dis : d’accord mais comment dois-je appréhender mon objet d’étude quel qu’il soit ?

Aussi, ne maîtrisant pas l’arabe, que dit vraiment Ibn Taymiyya sur cette non-contradiction entre Raison et Révélation comment en arrive-t-il à ce constat là ? Si il n’y a pas de contradiction entre Raison et Révélation, y a-t-il équivalence entre les deux notions ? Et aussi je me demandais quelle différence pouvait-il y avoir entre ce que dit Ibn Taymiyya sur le sujet et Ibn Rushd par exemple, dont j’avais lu l’un des livres il y a quelques années ?

J’ai commencé votre dernier Livre, la traduction que vous avez faite d’Ibn Taymiyya, vous abordez un peu le thème, mais pas assez je trouve (ce qui est normal). Disons que lorsqu’on dit : « point de contradiction entre raison et révélation », on a tout dit et rien à la fois. Lorsque j’ai lu Ibn Rushd, j’ai vraiment compris ce qu’il en était, quelle manière d’aborder les choses que faire de manière concrète etc. Je ne suis pas pro-Averroès, mais simplement j’ai compris de quoi il en retournait concrètement, mais là avec Ibn Taymiyya j’ai encore du mal à tout bien saisir…
Barak’Allah u fik, et bonne continuation, salam.

Cette question revient effectivement de manière récurrente dans toutes nos publications. Je ferais remarquer pour commencer, et pour bien poser problématique, qu’Ibn Rushd (Averroès) et Ibn Taymiyya disaient tout deux « Raison et Révélation ne sont pas contradictoires ». Cette formulation en apparence similaire devrait susciter des interrogations chez beaucoup, car si l’un (Averroès) est adulé par les Occidentaux et par les Arabes qui cherchent l’agrément des Occidentaux et qu’il est considéré unanimement comme un esprit « libéral et ouvert », le second (Ibn Taymiyya) est tout aussi unanimement détesté par les Occidentaux et une grande partie des Musulmans (ce qui est déjà suffisant pour susciter notre sympathie et le valoriser dans nos écrits), et considéré comme un ennemi de la Raison et le père de l’obscurantisme , etc. Pourtant, Ibn Taymiyya était loin d’être un conservateur fermé à tout ce qui serait étranger aux textes révélés. Il faisait du slogan « Raison et Révélation ne se contredisent pas » le fil rouge de toute son œuvre, jusqu’à en faire le titre de l’un de ses ouvrages (dar’ ta’ârudh al’aql wa an-naql).

Cela signifierait-il qu’Averroès et Ibn Taymiyya partageaient la même conception du savoir ? Absolument pas, ils professaient au contraire deux doctrines épistémologiques totalement opposées. Si leurs formules se ressemblaient, leur désaccord portait en fait sur la définition des mots, plus précisément sur la définition des deux volets de ce slogan, ce qui soulève deux questions : qu’est-ce que la Raison (1) et qu’est-ce que la Révélation (2) ?

1.0 LA RAISON

Concernant la Raison : Ibn Rushd utilise indifféremment dans ses textes les concepts de « raison » (‘aql), « philosophie » (falsafa) et « sagesse » (hikma), qui sont pour lui de simples synonymes. Cette imprécision dans les termes lui permet de trouver dans les versets du Coran une justification à l’activité philosophique, puisque certains versets évoquent la nécessité de raisonner et réfléchir (« voilà des signes pour un peuple qui raisonne ? » Coran 2.164) et d’autres versets évoquent le concept de sagesse (« Il lui enseigna le Livre et la Sagesse » Coran 2.129), ce qui permet à Ibn Rushd de créer un lien avec l’étymologie grecque du terme philosophie (sophia = sagesse). Si la Philosophie et la Raison désignent la même chose, alors dans ce cas les versets qui incitent à « raisonner » feraient effectivement l’apologie de la philosophie. Il fusionne donc Raison et Philosophie et les considère comme des termes synonymiques et interchangeables, car la Raison, pour lui, n’est rien d’autre que la production écrite des philosophes grecs. En conséquence, quand Ibn Rushd dit : « la Raison et la Révélation ne sont pas contradictoires », il faut comprendre « la philosophie d’Aristote et les contraintes dogmatiques de l’Islam ne sont pas contradictoires (quand on manipule les textes révélés) ». Il s’agit bien évidemment de graves confusions sémantiques qui s’expliquent soit par une manipulation délibérée des mots afin de convaincre un public sensible au vocabulaire religieux, (c’est l’avis de certains auteurs occidentaux, tel Léo-Strauss, qui affirmait qu’Ibn Rushd dissimulait derrière des références islamiques un profond mépris pour la religion), soit il s’agit d’une incapacité à faire des distinctions sémantiques élémentaires (je penche pour cette deuxième explication).

Ibn Taymiyya s’oppose à lui sur ce point en distinguant nettement Raison et Philosophie, selon deux argumentations :

1.1 Il rappelle premièrement cette évidence : les philosophies peuvent se tromper. C’est à dire que se réclamer de la Raison, en faire même un objet de culte, ne suffit pas à éviter les erreurs de raisonnement et à incarner réellement « la Raison ». Alors qu’Ibn Rushd lit Aristote avec une ferveur naïve et quasi-religieuse, Ibn Taymiyya lit et étudie les textes philosophiques mais avec prudence et esprit critique, ce qui peut l’amener à valider certains de leurs raisonnements lorsqu’ils sont corrects, mais aussi à critiquer les erreurs logiques.

Contrairement aux vrais traditionnalistes, Ibn Taymiyya ne recours pas systématiquement à des arguments religieux dans cette critique de la philosophie, car il sait que ses adversaires n’y sont pas sensibles. Il se contente de pointer les erreurs « rationnelles » des textes. Dans la « lettre palmyrienne », il consacre par exemple un long passage à contester la typologie des contradictoires présente dans la logique aristotélicienne. Les rationalistes musulmans utilisaient cette classification forgées par les philosophes grecs, dans le but de nier certaines descriptions de Dieu dans le Coran (Lettre palmyrienne. Epitre I, chapitre 3). Ibn Taymiyya démontre point par point les erreurs logiques présentes dans cette classification et propose même une autre classification logique qui prouve que les noms et attributs divins présents dans la révélation sont parfaitement rationnels. De ce fait, quand ce dernier affirme que la Raison est conforme à la Révélation, il signifie qu’un raisonnement correct amène à confirmer la véracité des textes révélés, alors que les philosophies et les rationalistes opposent à la religion des thèses philosophiques qui reposent sur des raisonnements fallacieux.

Pour transposer à notre époque la différence entre Ibn Rushd et Ibn Taymiyya et pour exposer toute la pertinence de ce dernier dans notre contexte, on dirait que le premier est semblable aux Arabes laïcs qui manifestent une admiration béate envers la production intellectuelle occidentale comme si la science sous sa forme actuelle était une vérité incontestable. Ils transfèrent paradoxalement envers des auteurs séculiers une foi toute « religieuse », tandis que nous, en tant que musulmans occidentaux (convertis ou natifs d’occident), n’éprouvons aucun complexe d’infériorité vis-à-vis des auteurs occidentaux, ce qui nous permet de reconnaître leurs qualités quand il y en a, mais aussi d’appréhender leurs productions avec un regard distant et critique (ce qui est justement peu apprécié par les intéressés). D’ailleurs, Ibn Taymiyya était originaire de la ville Harrân, centre des études philosophiques dans la région, ce qui explique sa double érudition : islamique et philosophique, et son sens critique.
1.2 Par ailleurs, Ibn Rushd utilise la définition « populaire » de la philosophie, qui consiste à considérer la philosophie comme le simple fait de réfléchir. « La philosophie n’est rien d’autre que le fait d’étudier les choses existantes » affirme-t-il dans Fasl al-Maqâl . Dans ce cas en effet, la philosophie ne serait pas contradictoire avec la religion. Cependant, Ibn Taymiyya démontre que la philosophie n’est pas le simple fait de réfléchir, mais qu’il s’agit d’une véritable doctrine née avec Platon qui conçoit le langage comme supérieur au réel, contrairement à l’Islam où le langage n’est que la tentative de représenter le Réel et non l’inverse. J’ai tenté d’expliciter ce point fondamental dans la préface de la Tadmuriyya : (http://www.nawa-editions.com/le-dieu-des-philosophes-est-il-le-dieu-des-prophetes-preface-de-la-tadmuriyya/). Mais je suis conscient qu’il est particulièrement dur à comprendre et qu’il faudra le développer dans d’autres écrits pour le rendre plus limpide dans l’esprit de nos contemporains. Il faut retenir ici qu’Ibn Taymiyya considère Raison et Révélation comme concordants, mais la Philosophie et la Religion comme opposées.

1.3 La métaphysique :

L’autre point de divergence entre les deux auteurs sur la définition de la Raison consiste à identifier son champ d’application. Pour les philosophes arabes, les textes philosophiques sont en concurrence avec les révélations car ils prétendent pouvoir déduire des connaissances sur les réalités transcendantes (Dieu, les anges, l’âme, l’au-delà, etc.) grâce à des raisonnements logiques et sans recours à des révélations divines. Cependant, cette branche de la philosophie appelée Métaphysique pouvait entrer en contradiction évidente avec les textes révélés. Par exemple, Aristote affirmait que le monde n’a pas de commencement, qu’il n’a pas été créé et qu’il n’a pas de fin, ce qui entre en contradiction évidente avec le Coran qui affirme que le monde a été créé par Dieu. Dans ce cas, les falâsifa soit rejetaient la validité de la religion, soit ils escamotaient les textes pour les faire concorder avec la philosophie. Averroès utilisait le deuxième procédé.

Or, pour Ibn Taymiyya la raison seule est incapable de bâtir une connaissance sûre sur une réalité qui nous échappe, puisque la Raison humaine ne peut analyser que les choses appréhendables par les sens et l’expérience. Il conteste ainsi aux philosophes leur prétention à spéculer sur la nature de l’âme en utilisant des procédés logiques, car il s’agit d’une substance par nature inconnue et inaccessible aux sens : « Cependant, l’entendement humain est trop limité pour concevoir la nature réelle de l’âme ou en délimiter les contours, car il ne l’a jusqu’à présent pas vu, ni rien vu de semblable dans le visible. Or, on ne peut connaitre réellement une chose qu’après avoir appréhendée cette chose par l’expérience ou appréhendée quelque chose qui lui est analogue. » (Lettre palmyrienne. p87). C’est cette formidable définition de la Raison qui sera reprise des siècles plus tard par les philosophes européens dans leur critique de la pensée d’Aristote. Emmanuel Kant contestait la « raison pure » et Voltaire la métaphysique en soulignant tout deux que la Raison ne peut s’exercer sur des sujets inaccessibles aux sens humains et à l’expérimentation. Cependant, les « philosophes des lumières » défendaient cette argumentation avec l’objectif de rejeter toute possibilité de connaissance métaphysique, alors que pour Ibn Taymiyya la Révélation est justement là pour palier aux limites de l’entendement humain, en offrant des informations sur une réalité transcendante qui échappe à la Raison.

2.0 La Révélation : 

Concernant maintenant les concepts de « Révélation » et de « Religion », les définitions varient là aussi d’un auteur à l’autre. De même qu’Ibn Rushd confond Raison et Philosophie, il utilise les notions d’Islam, Religion (dîn), de Shar’ ou Sharî’a comme de parfaits synonymes. Cette confusion nous révèle la manière dont il concevait la religion musulmane et qui est propre au milieu dont il est issu (le milieu des juristes). Comme beaucoup de lettrés mondains de son temps, il éprouvait une profonde attirance pour la philosophie, mais sans se résoudre à écarter la religion à laquelle il restait attaché pour des raisons familiales et identitaires. Il ne pouvait d’ailleurs sacrifier la religion sans sacrifier le rang social et le prestige qu’il en retirait en tant que juriste malékite et héritier d’une longue lignée de fuqaha. La religion pour lui n’est rien d’autre qu’une Sharî’a, une Législation, un ensemble de rites et de contraintes morales et pratiques. Aussi, quand il met en parallèle philosophie et religion, c’est seulement pour savoir si la religion « autorise » ou « interdit » cela, comme dans ce passage : « La question est de savoir, d’un point de vue shar’î (juridique/religieux) si l’étude de la philosophie et des sciences logiques est autorisé par la religion (shar’), interdite, ou obligatoire. » (Fasl al-Maqâl). On comprend maintenant pourquoi il estime que les versets qui incitent à « réfléchir sur la création des cieux et de la Terre » justifient le recours à la philosophie : puisque la Révélation selon lui n’est qu’un ensemble d’actions pratiques et non un cadre de réflexion.

2.1 Informatif et performatif : 

En réalité, la révélation musulmane n’est pas un simple ensemble de rites et d’interdits, mais avant tout une conception de la réalité (‘aqîda), une doctrine complète qui englobe le « comprendre » et l’« agir », ou pour reprendre la typologie d’Ibn Taymiyya l’ « informatif » et le « performatif » (Lettre palmyrienne p36). Celui-ci, d’ailleurs, contrairement à Ibn Rushd, n’était pas juriste (faqîh) car la religion ne se limite pas à l’ « agir ». Sa spécialité, l’hérésiologie, était l’étude des doctrines religieuses ou philosophiques et surtout les lois universelles qui régissent la naissance, le développement et la dégradation des doctrines. Il utilisait les textes révélés pour jeter un éclairage sur ces phénomènes et renouait ainsi avec la conception de la Révélation qui prévalait au début de l’Islam, avant l’institutionnalisation des sciences religieuses. Par exemple, à travers l’éclairage qu’offre le Coran sur la rivalité entre judaïsme et christianisme autour de la figure de Jésus, exécré par les uns et adulé par les autres, Ibn Taymiyya en déduit une loi générale sur l’apparition des sectes et des courants religieux : en voulant contester un défaut réel dans un courant existant (les Juifs contestent la divinisation de Jésus), un autre courant se forme par opposition en prenant le contrepied total et sombrant dans un autre excès (Ils insultent Jésus). Il observe qu’à l’intérieur même de la civilisation musulmane, les doctrines et les courants se divisent de manière cyclique selon le même schéma. C’est ainsi que les courants rationalistes musulmans, voulant « fuir » et dénoncer le caractère anthropomorphiste des courants littéralistes, créent par réaction un abstractionnisme extrême en contestant tout attribut à Dieu, réduit à un simple concept :

« Les tenants de ces doctrines ont tous pour caractéristique de fuir une thèse [fausse] et de tomber en conséquence dans une thèse similaire, et parfois dans une thèse bien pire avec tout ce qu’elle implique d’altération et de négation. » (Lettre palmyrienne. P51)

Cet exemple montre qu’Ibn Taymiyya accordait Raison et Révélation, car il étudie des passages du texte révélé et dirige sa réflexion pour en faire un éclairage sur des phénomènes observables (l’histoire des idées et des doctrines) et en déduire des « lois ». A travers son œuvre, les versets et les hadiths étaient le moteur d’une réflexion et non une limite à la réflexion, ce qui donnait à ses analyses une profondeur et une pertinence qui surpassait de loin Ibn Rushd et tous les « lettrés mondains » de son temps.

2.2 En conséquence de tout cela, la vraie différence entre les deux auteurs, c’est qu’Ibn Rushd définit la Raison comme un ensemble fixe de connaissances (en l’occurrence il s’agit des écrits d’Aristote qu’il considère comme étant la mesure de tout savoir). En tant que « philosophe », il était préoccupé par les contradictions entre deux types de connaissances : les thèses d’Aristote d’un côté et les textes religieux de l’autre. Mais pour Ibn Taymiyya, il y a bien une contradiction entre les deux car une grande partie des thèses philosophiques sont fausses et contraires à la Raison. Pour lui, la Raison désigne l’activité intellectuelle en elle-même. Dans la Tadmuriyya, il en donne d’ailleurs une définition assez pertinente : la Raison c’est « rassembler les éléments similaires et distinguer les éléments divergents » (Lettre palmyrienne. p51). En d’autres mots, il s’agit de la capacité de l’homme à créer des catégories et des distinctions de langage pour donner une représentation la plus précise possible de la réalité, et non un ensemble fixe de textes et de connaissances. Cette activité, loin d’être contradictoire avec la Religion, constitue la fonction dévolue à l’Homme et le moyen d’analyser et d’exploiter les textes religieux.

3.0 Conclusion : Quelle méthodologie adopter à notre époque ? 

Maintenant, pour transposer cette question à notre époque et à notre réalité, je pense qu’il faut reformuler les termes. Ce n’est pas le rapport Raison/Révélation qui est problématique, car la Révélation est un ensemble de données et la Raison est une activité qui consiste à traiter et analyser des données. Ce qui est problématique, c’est la relation entre données empiriques et données révélées. Au lieu d’étudier la religion comme un domaine fermé, la méthode d’Ibn Taymiyya consistait à l’utiliser comme un moyen de rendre intelligible des informations empiriques. C’est à dire que la Raison est le moteur qui met en relation les données empiriques (textes historiques, découvertes archéologiques, etc.) avec les enseignements coraniques, dans le but de produire une connaissance plus aboutie.

Pour donner une illustration de cette approche, je peux citer mon livre « La voie des Nazaréens » où j’ai tenté de m’approcher le plus possible de cette méthodologie. Je traite dans ce livre du message de ‘Isâ (Jésus), des doctrines et sectes qui divisaient les Juifs à cette époque, leur rapport problématique avec l’empire romain qui les dominait. C’est un sujet qui intéresse à la fois les sciences humaines modernes (histoire et histoire des religions) et les sciences islamiques car Jésus et son message occupent dans le Coran une place particulière.

Pour traiter ce sujet, il y a d’un côté les données empiriques : les textes apostoliques (les quatre Évangiles et les lettres de Paul), les chroniques écrites par des contemporains (Flavius Josephe) et des auteurs plus tardifs (Tertullien, Jules l’Africain, Eusèbe de Césarée, etc.), ainsi que des données archéologiques et des découvertes universitaires plus récentes. De l’autre côté, nous disposons de nos textes révélés (Coran et Sunna) qui traitent de Jésus, de son message et son entourage. Dans l’enseignement occidental qui, bien entendu, ne prend pas en compte l’éclairage de la révélation islamique et se borne aux données empiriques, la compréhension de ce sujet demeure superficielle et simpliste, car ils accumulent des informations factuelles, mais ils sont incapables de les mettre en perspective.
De l’autre côté, les auteurs musulmans qui se contentent des textes révélés pour étudier le récit de Jésus restent eux aussi limités dans leurs analyses, car ils ne possèdent pas les connaissances historiques nécessaires pour comprendre ce à quoi les versets font allusion. La révélation en effet n’a pas vocation à se substituer aux données empiriques, le Coran n’est pas un livre d’Histoire mais un outil pour mettre en perspective les informations historiques et les rendre intelligibles. Le Coran ne donne pas de détails sur Jésus mais oriente le croyant sur des aspects particuliers du récit ou en révélant des « lois » historiques et sociales. Donc si on maitrise les deux domaines et qu’on superpose ces deux types de données (observées et révélées), tout le récit prend du sens et des enseignements peuvent en être tirés. Par exemple, la sourate 3 nous apprend qu’il appartenait à une communauté religieuse fidèle à l’enseignement d’Abraham (‘Âl ‘Imrân – la tribu d’Imran), bien distincte de toutes les sectes juives existantes à cette époque. Ces versets font échos aux découvertes récentes sur la communauté nazoréenne de Galilée dont Jésus était issu, et qui prouve qu’il appartenait à un milieu marginal et minoritaire au sein du judaïsme antique. D’autres versets insistent sur la manière dont son message fut détourné, la dislocation du judaïsme antique qui donne naissance aux deux religions (judaïsme rabbinique et christianisme) ainsi que la survivance d’une communauté de « Nasâra » restés conformes à la doctrine de Jésus. Or, les dernières publications scientifiques ont mis en évidence qu’un groupe resté fidèles à son enseignement, appelés Nazaréens, a survécu après lui sans intégrer le christianisme paulinien et trinitaire jusqu’à l’avènement de l’Islam.

Alors que dans l’enseignement universitaire, l’analyse de ces sujets demeure de vagues discussions stériles entre spécialistes, une lecture coranique de ces événements historiques permet de comprendre les lois qui régissent le développement et l’évolution des courants religieux. Ainsi la déformation et la dégradation de la doctrine de Moise qui a amené à la naissance des sectes existantes à l’époque de Jésus, puis la dégradation du message de Jésus qui a donné naissance aux religions du Livre prouvent que lorsqu’un message prophétique apparaît, il se produit un processus antidialectique, c’est-à-dire une déconstruction de ce message en multiples sectes et courants (« Ils ne se sont divisés qu’après avoir reçu la Connaissance » Coran 3.19). Puis de manière cyclique des figures réformatrices apparaissent pour rétablir la voie médiane.

La compréhension de ces lois permet ensuite d’en déduire des enseignements pratiques. Par exemple, puisque la civilisation musulmane est soumise à ces mêmes lois, il est naturel qu’après plusieurs siècles, des courants similaires aux sectes juives contemporaines de Jésus apparaissent au sein de l’Islam. Cela explique que le courant salafiste est l’exact équivalent des Pharisiens, et que le courant majoritaire de l’Islam institutionnel acharite ressemblent en tous points aux Sadducéens, etc. La compréhension de ces lois nous permet alors de déterminer quelle voie de réforme à notre époque les Musulmans doivent-ils adopter dans un contexte similaire, à savoir la voie nazaréenne incarnée par ‘Isâ (Jésus) et ses disciples.

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Franc-Maçonnerie partie 39 : Le combat contre la religion en France

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illuminati_new_world_order_skull_and_crossbones_masons_desktop_1200x1592_hd-wallpaper-892987Lors de travaux antérieurs nous avons étudié le rôle important joué par la maçonnerie dans la Révolution française. Un très grand nombre de philosophes de l’Illuminisme, plus particulièrement ceux qui avaient les plus fortes opinions antireligieuses, étaient des maçons. Les jacobins, qui plantèrent le décor de la révolution et en devinrent les leaders, étaient membres de loges. [122]

Le rôle joué par les maçons dans la révolution a été reconnu par un « agent provocateur » du nom de Comte Cagliostro. Cagliostro a été arrêté par l’Inquisition en 1789 et a fait d’importantes confessions alors qu’il était interrogé. Il a commencé par déclarer que les maçons d’un bout à l’autre de l’Europe planifiaient une série de révolutions. Il a dit que le but principal des maçons était de détruire la Papauté ou de s’en emparer. Dans sa confession, Cagliostro a également admis que des banquiers juifs soutenaient financièrement toutes ces activités révolutionnaires et que l’argent juif jouait également un rôle important dans la Révolution française. [123]

La Révolution française était essentiellement une révolution contre la religion. Dans l’effort déterminé des révolutionnaires de se débarrasser du clergé, ainsi que de l’aristocratie, de nombreux gens d’église furent tués, des institutions religieuses détruites et des lieux de culte endommagés. Les Jacobins voulaient même éradiquer complètement la chrétienté et la remplacer par une croyance païenne qu’ils appelaient « la religion de la raison ». Mais, en peu de temps, ils perdirent le contrôle de la révolution et la France plongea dans un chaos total.

La mission de la maçonnerie dans ce pays ne s’arrêta pas avec la révolution. Lorsque Napoléon arriva au pouvoir, il mit fin au chaos survenu à la suite de la révolution. Mais, cette stabilité ne dura pas longtemps ; l’ambition de Napoléon de gouverner l’Europe entière ne fit qu’affaiblir son pouvoir. Le conflit, en France, continua entre les monarchistes et les révolutionnaires. En 1830, 1848 et 1871, se produisirent trois autres révolutions. En 1848, la « Deuxième République » fut proclamée ; puis, remplacée par la « Troisième République » en 1871.

Les maçons furent très actifs tout au long de cette période d’agitation. Leur but principal était d’affaiblir l’Eglise et ses institutions, de détruire les valeurs de la religion et l’influence de ses lois sur la société et d’abolir l’éducation religieuse. Ils considéraient que l’anticléricalisme était le centre de leurs activités sociales et politiques.

L’Encyclopédie Catholique fournit des informations importantes sur la mission antireligieuse du Grand Orient, comme on appelait la maçonnerie française :

« A partir des documents officiels de la maçonnerie française, contenus essentiellement dans le « Bulletin » officiel et le « Compte-rendu » du Grand Orient, il a été prouvé que toutes les mesures anticléricales votées par le Parlement français avaient été prescrites auparavant dans les loges maçonniques et mises en vigueur sous la direction du Grand Orient, dont le but avoué était de contrôler tout et tout le monde en France… « J’ai dit à l’Assemblée de 1898 », déclare le député Massé, porte-parole officiel de l’Assemblée de 1903, « qu’il est du suprême devoir de la franc-maçonnerie d’intervenir chaque jour davantage dans les conflits politiques et profanes. » « Le succès (dans le combat anticlérical) est largement dû à la franc-maçonnerie ; car c’est son esprit, son programme, ses méthodes, qui ont triomphé. » « Si le bloc a été établi, c’est grâce à la franc-maçonnerie et à la discipline apprise dans les loges »… « Nous aurons besoin de vigilance et surtout de confiance mutuelle, si nous voulons accomplir notre œuvre, jusqu’à présent inachevée. Cette œuvre, vous savez… Le combat anticlérical, continue. La République doit se débarrasser des congrégations religieuses, en leur donnant un vigoureux coup de balai. Le système des demi-mesures est dangereux partout ; l’adversaire doit être écrasé d’un seul coup. » [124]

L’Encyclopédie Catholique continue son récit du combat de la franc-maçonnerie contre la religion :

« En vérité, toutes les réformes maçonniques « anticléricales » menées à bien en France depuis 1877, telles que la sécularisation de l’éducation, les mesures contre des écoles privées chrétiennes et les établissement de charité, la suppression des ordres religieux et le pillage de l’Eglise, culminent ouvertement dans une réorganisation antichrétienne et irréligieuse de la société humaine, pas seulement en France mais dans le monde entier. Ainsi, la franc-maçonnerie française, comme porte-étendard de toute la franc-maçonnerie, prétend inaugurer l’âge d’or de la république maçonnique universelle, en réunissant tous les hommes et toutes les nations dans la fraternité maçonnique. « Le triomphe des Galiléens, » dit le président du Grand Orient, le Sénateur Delpech, le 20 septembre, 1902, « a duré vingt siècles ». Mais maintenant il meurt à son tour…. « L’Eglise catholique romaine, fondée sur le mythe galiléen, a commencé à dépérir rapidement dès le jour où fut établie l’Association maçonnique » [125]

Par « Galiléen », les maçons entendent Jésus (Que la Paix de Dieu soit sur lui), parce que, selon l’Evangile, Jésus est né dans la ville palestinienne de Galilée. Par conséquent, la haine des maçons contre l’Eglise est une expression de leur haine contre Jésus et toutes les religions monothéistes. Ils pensaient avoir détruit l’effet des religions divines grâce aux philosophies matérialistes, darwinistes et humanistes qu’ils avaient établies au 19ème siècle et avoir fait revenir l’Europe à son paganisme pré-chrétien.

L’illustration d’une loge maçonnique française du 18ème siècle.
L’illustration d’une loge maçonnique française du 18ème siècle.

Lorsque ces mots furent prononcés en 1902, une série de lois votées en France élargirent la portée de l’opposition religieuse. 3.000 écoles religieuses furent fermées et il fut interdit de donner toute éducation religieuse dans les écoles. De nombreux membres du clergé furent arrêtés, quelques-uns exilés et les personnes religieuses commencèrent à être considérées comme des citoyens de deuxième ordre. C’est pourquoi, en 1904, le Vatican rompit toute relation diplomatique avec la France, mais cela ne changea pas l’attitude du pays. Il fallut la perte des vies de centaines de milliers de français contre l’armée allemande lors de la Première Guerre Mondiale avant de dompter l’arrogance du pays et qu’il reconnaisse à nouveau l’importance des valeurs spirituelles.

Comme l’affirme l’Encyclopédie catholique, la guerre contre la religion, de la Révolution française jusqu’au 20ème siècle, fut livrée par « les mesures anticléricales votées par le Parlement français », « décrétées auparavant par les loges maçonniques et exécutées sous la direction du Grand Orient. » [126] Ce fait apparaît clairement dans les écrits maçonniques. Voici, par exemple, la citation d’une publication turque d’un « Discours réalisé par Frère Gambetta, le 8 juillet 1875, dans la loge Clémente Amitié » :

« Alors que le spectre de la réaction menace la France, et que la doctrine religieuse et les idées rétrogrades sont passées à l’offensive contre les principes et les lois modernes et sociaux, au sein des organisations industrieuses et visionnaires comme la maçonnerie, fidèles aux principes de la fraternité, nous trouvons force et consolation dans la lutte contre les extravagantes revendications de l’Eglise, ses exagérations ridicules et ses excès habituels… nous devons être vigilants et continuer la lutte. De façon à établir les idées de l’ordre et du progrès humains, résistons afin que nos boucliers ne puissent être percés. » [127]

On observera que la littérature maçonnique présente constamment ses propres idées comme étant « visionnaires » tout en accusant les personnes religieuses d’être « rétrogrades ». Cependant, il s’agit seulement d’un jeu de mots. La notion de « spectre » de la réaction, mentionnée dans la citation ci-dessus, est une chose à laquelle les personnes religieuses sincères s’opposent aussi, mais que les maçons exploitent pour viser la vraie religion dans leur tentative d’en éloigner les gens. En outre, il faut à nouveau souligner que la philosophie matérialiste humaniste adoptée par les maçons est en réalité un système d’idées superstitieuses, dépassées, un héritage des civilisations païennes de l’Egypte et de la Grèce anciennes.

C’est pourquoi, l’utilisation par les maçons de termes tels que « visionnaire » et « dépassé » ne repose en réalité sur aucune base. Cette utilisation est sans fondement car le conflit entre les maçons et les personnes religieuses n’est rien de plus que la perpétuation du conflit entre deux idées qui ont existé depuis les tout premiers temps de l’histoire. C’est la religion qui proclame la première de ces idées : que l’humanité a été créée par la volonté d’Allah et que les êtres humains ont le devoir de Le vénérer. C’est la vérité. L’idée opposée, que les êtres humains n’ont pas été créés, mais vivent des existences vaines et sans but, est celle proposée par ceux qui nient l’existence d’Allah. Lorsqu’on comprend bien, on voit que leur utilisation des termes superficiels de « dépassés » et « visionnaires » ne repose sur rien.

En utilisant l’idée de « progrès, » les maçons cherchent à détruire la religion. L’Encyclopédie Catholique déclare :

« Ce qui suit est considéré comme étant les principaux moyens [de la franc-maçonnerie] :

(1) Détruire radicalement l’Eglise par une persécution ouverte ou par un système frauduleux et hypocrite de séparation entre l’Etat et l’Eglise, toute influence de l’Eglise et de la religion sur la société, appelée insidieusement « cléricalisme » et, autant que possible, détruire l’Eglise et toute religion authentique, c’est-à-dire surhumaine, qui soit plus qu’un vague culte à la patrie et à l’humanité ;

(2) Laïciser, ou séculariser, par le biais d’un système tout aussi frauduleux et hypocrite de « non sectarisme », toute vie publique et privée et, surtout, l’instruction et l’éducation populaires. Le « non sectarisme » comme l’entend le parti du Grand Orient est anticatholique et même un sectarisme antichrétien, athéiste, positiviste ou agnostique dans un costume de non sectarisme. La liberté de pensée et de conscience des enfants doit être développée systématiquement chez l’enfant à l’école et protégée, autant que faire se peut, de toutes les influences dérangeantes, non seulement de l’Eglise et des prêtres, mais également des propres parents des enfants, si nécessaire, même si ça doit être au moyen de contraintes morales et physiques. Le parti du Grand Orient considère que cela est indispensable et qu’il s’agit d’une manière infailliblement sûre de parvenir à établir une république sociale universelle… » [128]

On peut voir que la maçonnerie a mis en place, sous le nom de « libération de la société », un programme, encore utilisé de nos jours, dont le but est de déraciner la religion. Celui-ci ne doit pas être confondu avec un modèle cherchant à donner l’opportunité à chaque citoyen de quelque confession que ce soit de pratiquer sa foi librement. Le modèle envisagé par la maçonnerie est plutôt un programme de lavage de cerveaux en masse, conçu pour éliminer complètement la religion de la société et des esprits des individus et, si nécessaire, de persécuter ses partisans.

Dans tous les pays où elle se trouve, la maçonnerie cherche à mettre son programme en œuvre, bien que ce soit d’une façon adaptée à la culture et aux conditions qui prévalent dans ce pays.

Un de ces pays est l’Allemagne.

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Notes :

[122] Pour les relations entre l’Illuminisme et la Révolution française avec la maçonnerie voir Harun Yahya, Yeni Masonik Düzen, pp. 203-215

[123] Michael Howard, The Occult Conspiracy, p. 69

[124] Compte rendu Gr. Or., 1903, Nourrisson, « Les Jacobins, » 266-271 ; The Catholic Encyclopedia, « Masonry (Freemasonry), » New Advent, (http://www.newadvent.org/cathen/09771a.htm)

[125] L’Encyclopédie catholique, « Maçonnerie », Nouvel avènement, (http://www.newadvent.org/cathen/09771a.htm)

[126] L’Encyclopédie catholique, http://www.newadvent.org/cathen/09771a.htm#VIII

[127] Nur Safa Tekyeliban, « Taassuba Karsi Mucadele », : Du Discours du Frère Gambetta fait le 8 juillet 1875 dans la Loge Clémente Amitié, « Dogus Kolu Yilligi : Ankara Dogus Mahfili Çalismalari, 1962, Kardes Press, Ankara, 1963, p. 19

[128] The Catholic Encyclopedia, « Masonry (Freemasonry), » New Advent, (http://www.newadvent.org/cathen/09771a.htm)

Franc-Maçonnerie partie 28 : L’incongruité scientifique de nier l’existence de l’âme !

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Le fait que les maçons refusent l’existence de l’esprit, et affirment que la conscience humaine est composée de matière, ne concorde pas avec la science. Au contraire, les découvertes scientifiques modernes démontrent que la conscience humaine ne peut pas être réduite à la matière et qu’elle ne peut pas être expliquée en termes de fonctions du cerveau.

Un regard sur la littérature montre que les efforts des scientifiques, animés par les croyances matérialistes, pour réduire la conscience aux fonctions du cerveau, n’ont abouti à aucun résultat et beaucoup y ont finalement renoncé. Aujourd’hui, de nombreux chercheurs sont d’avis que la conscience humaine vient d’une source inconnue, au delà des neurones du cerveau, des molécules et des atomes qui les forment.

Après des années d’étude, l’un de ces chercheurs, Wilder Penfield, est arrivé à la conclusion que l’existence de l’esprit est un fait indéniable  :

« Personnellement, après des années d’efforts pour expliquer l’esprit sur la base de l’action du cerveau seulement, je conclus qu’il est plus simple (et beaucoup plus facile d’être logique) d’adopter l’hypothèse que notre être comporte deux éléments fondamentaux [le cerveau et l’esprit (ou l’âme)]… Parce qu’il semble certain qu’il est tout à fait impossible d’expliquer l’esprit sur la base d’une action neuronale au niveau du cerveau… je suis obligé de choisir la proposition qui établit que notre être s’explique par deux éléments fondamentaux. [Cerveau et esprit, ou corps et âme] » [86]

tumblr_m6jhkf65ff1qaouh8o1_400Ce qui amène les scientifiques à cette conclusion est le fait que la conscience ne peut jamais être décrite en termes de facteurs matériels seulement. Le cerveau humain est comme un merveilleux ordinateur dans lequel les informations obtenues par nos cinq sens sont recueillies et traitées. Mais, cet ordinateur n’a pas conscience de « lui-même » ; il ne peut pas concevoir, sentir ou penser aux sensations qu’il reçoit. L’éminent physicien anglais, Roger Penrose, dans son livre The Emperor’s New Mind (Le Nouvel esprit de l’empereur), écrit :

« Qu’est ce qui donne à une personne son identité individuelle? Est-ce, dans une certaine mesure, les atomes qui composent son corps ? Son identité dépend-elle du choix particulier des électrons, protons, et autres particules qui composent ces atomes ? Il y a au moins deux raisons pour lesquelles cela ne peut être ainsi. En premier lieu, il y a un renouvellement continu au niveau des cellules qui composent le corps de toute personne vivante. Cela s’applique en particulier aux cellules du cerveau humain, malgré le fait qu’aucune nouvelle cellule n’y est produite après la naissance. La grande majorité des atomes de chaque cellule vivante (y compris chaque cellule du cerveau) – et, pratiquement, tout le matériel qui compose notre corps — est remplacé plusieurs fois depuis la naissance. La deuxième raison vient de la physique quantique… Si un électron appartenant au cerveau d’une personne était échangé contre un électron provenant d’une brique, l’état du système serait exactement le même qu’il était auparavant ; on n’y verrait aucune différence ! Il en va de même pour les protons et pour toutes les autres particules, pour tous les atomes, les molécules, etc. Si tout le contenu matériel d’une personne était échangé contre les particules correspondantes des briques de sa maison, au sens le plus fort du terme, rien ne changerait. » [87]

Prof. Penrose soutient que le matérialisme ne pourra jamais expliquer l’esprit humain.
Prof. Penrose soutient que le matérialisme ne pourra jamais expliquer l’esprit humain.

Penrose affirme que, même si tous les atomes humains étaient échangés pour les atomes des briques, les qualités qui font qu’un être humain soit conscient resteraient complètement identiques. Ou bien, nous pourrions raisonner à l’inverse. Si nous échangions les particules atomiques du cerveau contre les atomes des briques, les briques ne deviendraient pas conscientes.

En bref, ce qui rend les hommes humains, n’est pas une qualité matérielle, mais plutôt une qualité spirituelle et il est clair que sa source est une entité différente de la matière. En conclusion de son livre, Penrose commente :

« La conscience me semble être un phénomène si important que je ne peux pas croire que c’est une chose « accidentellement » créée par des calculs compliqués. C’est le phénomène grâce auquel l’existence même de l’univers est connue. » [88]

Quel est, alors, le point de vue du matérialisme à la lumière de ces conclusions ? Comment les matérialistes peuvent-ils prétendre que les êtres humains, dotés d’intelligence, de sentiments, de pensées, de mémoire et de sens, sont composés uniquement de matière et qu’ils peuvent être créés par la composition fortuite d’atomes inanimés et inconscients ? Comment peuvent-ils concevoir qu’un tel processus est possible ?

Ces points de vue sont ceux des philosophes matérialistes. Cependant, sur ces mêmes thèmes, les écrits maçonniques proposent des idées encore plus curieuses. Lorsque nous analysons leurs écrits, nous voyons clairement que ce qui est sous-jacent à leur philosophie matérialiste, c’est la « vénération de la matière ».

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Notes :

[86] Wilder Penfield, The Mystery of the Mind: A Critical Study of Consciousness and the Human Brain, Princeton, New Jersey, Princeton University Press, 1975, p. 80

[87] Roger Penrose, The Emperor’s New Mind, Penguin Books, 1989, pp. 24-25

[88] Roger Penrose, The Emperor’s New Mind, Penguin Books, 1989, p. 448

Franc-Maçonnerie partie 27 : Le Matérialisme dans des Sources Maçonniques

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I.Croyance dans la matière absolue

Les maçons d’aujourd’hui, comme les pharaons, les prêtres et les autres classes de l’Egypte antique, croient en l’éternité et le fait que la matière n’est pas créée, et qu’à partir de cette matière sans vie les organismes vivants sont apparus par hasard. Dans les écrits maçonniques, on peut lire des comptes-rendus détaillés sur ces principes de base de la philosophie matérialiste.

Dans son livre, Masonluktan Esinlenmeler (Inspirations de la franc-maçonnerie), Maître Selami Isindag écrit sur la pure philosophie matérialiste de la maçonnerie :

« Tout l’espace, l’atmosphère, les étoiles, la nature, toutes les choses animées et inanimées sont composées d’atomes. Les êtres humains ne sont rien de plus qu’un rassemblement d’atomes spontané. Un équilibre dans le flux d’électricité parmi les atomes garantit la survie des organismes vivants. Lorsque cet équilibre est détruit (pas l’électricité dans les atomes), nous mourrons, retournons à la terre et sommes dispersés en atomes. Nous sommes venus de la matière et l’énergie, et nous retournerons à la matière et l’énergie. Les plantes utilisent nos atomes et tous les organismes vivants, nous y compris, utilisent les plantes. Tout est fait de la même substance. Mais parce que nos cerveaux sont plus développés parmi tous les animaux, la conscience est apparue. Si on regarde les résultats de la psychologie expérimentale, on voit que notre expérience psychique triptyque d’émotion-esprit-volonté est le résultat du fonctionnement équilibré des cellules dans le cortex du cerveau et les hormones… La science positive admet que rien n’est né de rien, et que rien ne sera détruit. Par conséquent, on peut en conclure que les êtres humains ne sont pas reconnaissants, ni obligés envers aucune force. L’univers est une totalité d’énergie sans commencement ni fin. Tout est né de cette totalité d’énergie, évoluant et mourant, mais ne disparaissant jamais complètement. Les choses changent et se transforment. Il n’existe vraiment rien comme la mort ou la perte ; mais un changement, une transformation et une formation continus. Mais il est impossible d’expliquer cette formidable question et ce secret universel par les lois scientifiques. Pourtant les explications extra-scientifiques sont des descriptions imaginaires, des dogmes et des croyances stériles. D’après la science positive et la raison, il n’existe pas d’esprit séparé du corps. » [81]

Vous trouverez des opinions identiques à celles ci-dessus dans les ouvrages de penseurs matérialistes comme K. Marx, F. Engels, V .I. Lénine, G. Politzer, C. Sagan et J. Monod. Ils acceptent tous le mythe matérialiste de base que l’univers a existé depuis l’éternité, que la matière est la seule entité existante absolue, que les êtres humains sont composés de matière et ne possèdent pas d’esprit, que la matière évolue en et hors d’elle-même, et que la vie est apparue par hasard. Il est juste d’utiliser le terme de mythe, car, contrairement à la déclaration d’Isindag que « ces processus sont le résultat de la science positive et de la raison », toutes ces opinions ont été invalidées par les découvertes scientifiques de la deuxième moitié du 20ème siècle. Par exemple, la théorie du Big Bang acceptée dans les cercles scientifiques comme prouvée, montre scientifiquement que l’univers a été créé de rien il y a des millions d’années. Les lois de la thermodynamique montrent que la matière n’a pas la capacité de s’organiser elle-même et que l’équilibre et l’ordre dans l’univers sont par conséquent le résultat d’une création consciente. En démontrant l’extraordinaire structure des organismes vivants, la biologie prouve l’existence d’un Créateur Qui a conçu tout ce qui existe.

Les théories matérialistes de la littérature maçonnique ne diffèrent pas de celles trouvées dans les écrits d’idéologues matérialistes tels que Marx, Engels et Lénine.
Les théories matérialistes de la littérature maçonnique ne diffèrent pas de celles trouvées dans les écrits d’idéologues matérialistes tels que Marx, Engels et Lénine.

Dans son article, Isindag explique que les maçons sont, en fait, des matérialistes et par conséquent, des athées, et qu’ils utilisent le concept de « Grand architecte de l’univers » en référence à une évolution matérielle :

« Je voudrais très brièvement faire référence à certains principes, ou pensées adoptés par les francs-maçons : Selon la maçonnerie, la vie provient d’une seule cellule, elle change, évolue, et se transforme en être humain. La nature, la cause, le but et les conditions de ce début ne sont pas tous connus. La vie provient d’une combinaison de matière et d’énergie et retourne à cet état. Si nous acceptons le Grand architecte de l’univers comme un principe sublime, un horizon interminable de bonté et de beauté, l’apogée de l’évolution, son stade le plus élevé et l’idéal vers lequel tendent tous les êtres humains, et si nous ne le personnalisons pas, nous pouvons être sauvés du dogmatisme. » [82]

Comme nous le voyons, l’un des principes de base de la philosophie maçonnique repose sur le fait que les choses viennent de la matière et retournent à la matière. Un aspect intéressant de ce point de vue c’est que les francs-maçons ne considèrent pas cette philosophie particulière à eux-mêmes ; ils veulent diffuser ces idées à l’ensemble de la société. Isindag poursuit :

« Un franc-maçon formé sur ces principes et doctrines accepte le devoir d’éduquer les gens… et de les édifier en leur enseignant les principes de la raison et de la science positiviste. De cette façon, la franc-maçonnerie s’adresse aux gens. Elle travaille au nom des gens et malgré les gens. » [83]

Cette explication montre deux aspects du rôle de la maçonnerie tel qu’il est perçu par la société;

1. Sous le couvert de la raison et de la science positiviste, la maçonnerie tente d’imposer au reste de la société la philosophie matérialiste à laquelle elle croit (c’est-à-dire l’ancien mythe égyptien).

2.Ils ont l’intention de faire cela malgré les gens. C’est-à-dire, même si une société croit en Allah et n’a aucun désir d’accepter une philosophie matérialiste, la maçonnerie s’obstinera à essayer de changer sa conception du monde sans son consentement.

Il y a un point important que nous devions noter ici : la terminologie utilisée par les maçons est trompeuse. Dans leurs écrits, en particulier ceux destinés au reste de la société, ils emploient un langage conçu pour présenter leur philosophie comme inoffensive, intelligente et tolérante. Nous en avons un exemple dans la citation ci-dessus, dans la notion d »‘édifier les gens en leur enseignant les principes de la raison et de la science positiviste. » En effet, la philosophie maçonnique n’a rien à voir avec « la science et la raison » ; elle est liée à un mythe démodé qui va à l’encontre de la science. Les maçons n’ont pas pour but d’édifier les gens; leur intention délibérée est d’imposer leur philosophie aux gens. Quand ils affirment qu’ils sont déterminés à faire cela malgré l’opinion des gens, on constate qu’ils ne sont pas tolérants, et qu’ils ont une vision totalitaire du monde.

II. Négation de l’existence de l’esprit et de l’au-delà

hiram_usLes maçons croient au matérialisme et rejettent l’idée de la vie après la mort. Quelquefois le concept d’une vie après la mort apparaît dans des textes maçonniques, mais, comme dans le mythe d’Hiram reproduit ici (à gauche), ce que l’on entend par là est la continuation de la mémoire du nom d’une personne dans ce monde.taDu fait de leurs croyances matérialistes, les maçons n’acceptent pas l’existence de l’esprit humain et rejettent complètement l’idée de l’au-delà. En dépit de cela, les écrits maçonniques disent parfois des morts qu’ils sont « partis pour l’éternité » ou une autre expression spirituelle de ce genre. Cela peut paraître contradictoire, mais ne l’est pas, en fait, car toutes les références de la maçonnerie à l’immortalité de l’esprit sont symboliques. Mimar Sinan traite ce sujet dans un article intitulé « Après la mort dans la franc-maçonnerie » :

« Dans le mythe de Maître Hiram, les maçons acceptent la résurrection après la mort d’une manière symbolique. Cette résurrection montre que la vérité prévaut toujours sur la mort et l’obscurité. La maçonnerie ne donne aucune importance à l’existence d’un esprit séparé du corps. Selon elle, la résurrection après la mort doit laisser une certaine création spirituelle ou matérielle en héritage aux êtres humains. Cela rend l’être humain immortel. Ceux qui ont pu immortaliser leur nom durant cette courte vie humaine, sont ceux qui ont réussi. Nous considérons ceux qui ont immortalisé leurs noms comme des personnes qui ont consacré tous leurs efforts, soit en faveur de leurs contemporains, soit en faveur des générations qui suivent, afin de rendre les gens heureux et d’assurer pour eux un monde plus humain. Leur objectif est d’exalter les impulsions bienveillantes qui influencent la vie des gens… Les êtres humains qui ont été à la recherche de l’immortalité tout au long des siècles peuvent l’atteindre par le biais du travail qu’ils font, les services qu’ils rendent et les idées qu’ils élaborent, ce qui donne du sens à leur vie. Comme l’explique Tolstoï, « le Paradis sera alors établi sur la terre et les gens atteindront le bien le plus élevé possible. » [84]

Sur le même sujet, le Maître Maçon Isindag écrit :

« LA SUBSTANCE DE TOUTES LES CHOSES : La maçonnerie interprète cela en termes d’énergie et de matière. Les francs-maçons affirment que tout change, étape par étape, et reviendra à la matière. Scientifiquement, ceci est défini comme la mort. Le mysticisme sur cette question, c’est à dire, la croyance que, des deux forces dont une personne est composée – esprit et corps — le corps meurt, mais pas l’esprit ; que les esprits meurent et s’en vont au monde des esprits, où ils poursuivent leur existence et reviennent incarnés dans un autre corps lorsqu’Allah l’ordonne, n’est pas compatible avec les idées de changement-transformation acceptées par la maçonnerie. Les idées de la maçonnerie à ce sujet peuvent être exprimées de la façon suivante : « Après votre mort, la seule chose qui restera de vous, et qui ne mourra pas, sont les souvenirs de votre maturité et de ce que vous avez accompli. » Cette idée est une manière philosophique de penser fondée sur les principes de la science positiviste et la raison. La croyance religieuse dans l’immortalité de l’esprit et la résurrection après la mort ne s’accorde pas avec les principes positivistes. La maçonnerie a tiré ses principes de pensée des systèmes philosophiques positivistes et rationalistes. Donc, sur cette question philosophique, ils sont reliés à une façon de penser et d’expliquer qui n’est pas celle de la religion. » [85]

Rejeter la résurrection après la mort et rechercher l’immortalité dans le patrimoine temporel… Même si les maçons présentent cette idée comme étant en conformité avec la science moderne, c’est en fait un mythe auquel des personnes impies ont cru depuis les temps préhistoriques. Le Coran nous dit que des gens sans foi en Allah ont édifié des châteaux comme s’ils devaient demeurer éternellement. Houd (Que la Paix de Dieu soit sur lui), l’un des prophètes du passé, avait averti le peuple d’Ad contre ce type d’ignorance comme il suit :

« Et quand Houd, leur frère (contribule), leur dit : « Ne craindrez-vous pas [Allah] ? » Je suis pour vous un messager digne de confiance, Craignez Allah donc et obéissez-moi. Et je ne vous demande pas de salaire pour cela ; mon salaire n’incombe qu’au Seigneur de l’univers. Bâtissez-vous par frivolité sur chaque colline un monument ? Et édifiez-vous des châteaux comme si vous deviez demeurer éternellement ? Et quand vous sévissez contre quelqu’un, vous le faites impitoyablement. Craignez Allah donc et obéissez-moi.« 

[Coran, Sourate 42, versets 124 à 131]

L’erreur commise par ces personnes impies n’était pas la construction de beaux bâtiments. Les musulmans donnent également de l’importance à l’art; en le créant, ils essaient d’embellir le monde. La différence réside dans l’intention. Un musulman est intéressé par l’art dans la mesure où il exprime la beauté et des notions esthétiques qu’Allah a données aux êtres humains. Les personnes impies se trompent en considérant l’art comme un moyen d’atteindre d’immortalité.

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Notes :

[81] Dr. Selami Isindag, Masonluktan Esinlenmeler, Istanbul 1977, pp. 189

[82] Dr. Selami Isindag, Masonluktan Esinlenmeler, Istanbul 1977, pp. 190

[83] Dr. Selami Isindag, Masonluktan Esinlenmeler, Istanbul 1977, pp. 189-190

[84] Hasan Erman, « Masonlukta Olum Sonrasi », Mimar Sinan, 1977, no. 24, p. 57

[85] Dr. Selami Isindag, Masonlugun Kendine Ozgu Bir Felsefesi Var Midir, Yok Mudur?, Masonluktan Esinlenmeler, Istanbul 1977, p. 97

Franc-Maçonnerie partie 16 : L’Objectif Maçonnique : Etablir un Monde Humaniste

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nwoLa philosophie humaniste, que les maçons estiment énormément, repose sur le rejet de la foi en Allah et l’adoration des êtres humains, ou la vénération de l‘humanité à Sa place. Mais, ceci soulève une question importante : les maçons se réservent-ils cette croyance pour eux seuls ou souhaitent-ils la faire adopter par d’autres ?

A l’examen des écrits maçonniques, la réponse apparaît claire : l’objectif de cette organisation est de répandre la philosophie humaniste dans le monde entier et d’éradiquer les religions monothéistes (l’Islam, le Christianisme et le Judaïsme).

Par exemple, dans un article publié dans le magazine maçonnique Mimar Sinan, il est écrit : « Les maçons ne recherchent pas l’origine des idées du mal, de la justice et de l’honnêteté au-delà du monde physique, ils pensent que ces concepts sont nés des conditions sociales, des relations sociales d’une personne et de ses combats dans la vie » et d’ajouter : « La maçonnerie essaie de propager cette idée dans le monde entier. » [53]

Selami Isindag, un maçon turc senior écrit :

« D’après la maçonnerie, afin de sauver l’humanité de la morale du surnaturel basée sur les sources religieuses, il est nécessaire d’établir une morale reposant sur l’amour de l’humanité qui n’est pas relative. Dans ses principes moraux traditionnels, la maçonnerie prend en compte les tendances de l’organisme humain, ses besoins et leur satisfaction, les règles de la vie sociale et leur organisation, la conscience, la liberté de pensée et de parole, et enfin, tout ce qui entre dans la formation de la vie naturelle. Pour cette raison, son objectif est d’établir et d’encourager la morale humaine dans toutes les sociétés. » [54]

Ce que Maître Isindag entend par « sauver les êtres humains de la morale basée sur les sources religieuses » est l’aliénation de tous de la religion. Dans le même ouvrage, Isindag explique cet objectif et ses « principes pour l’établissement d’une civilisation avancée ».

Les principes positifs de la maçonnerie sont nécessaires et suffisent à l’établissement d’une civilisation avancée. Ils regroupent :

– L’acceptation que le Dieu impersonnel (Le Grand architecte de l’univers) est lui-même évolution.

– Le rejet de la croyance dans la révélation, le mysticisme et les croyances vides.

– La supériorité de l’humanisme rationnel et du travail.

Le premier de ces trois articles ci-dessus suppose le rejet de l’existence d’Allah. (Les maçons ne croient pas en Allah, mais dans le Grand architecte de l’univers, et la citation ci-dessus indique que par ce terme, ils entendent évolution.) Le deuxième article rejette la révélation d’Allah et la connaissance religieuse reposant dessus. (Isindag lui-même définit ceci comme des « croyances vides ».) Et le troisième article exalte l’humanisme et le concept humaniste de « travail » (comme dans le communisme). (Allah est bien au-dessus de ce qu’ils Lui imputent.)

Si on considère comment ces idées sont enracinées dans le monde aujourd’hui, on peut apprécier l’influence jouée par la maçonnerie.

Il s’agit d’un autre élément important à noter ici : comment la maçonnerie a-t-elle mis en branle sa mission contre la religion ? A l’examen des écrits maçonniques, on remarque qu’ils souhaitent détruire la religion, particulièrement au niveau sociétal au moyen d’une « propagande » massive. Maître Selami Isindag jette la lumière sur ce sujet dans ce passage de son livre :

« …Même les régimes excessivement répressifs ont échoué dans leurs tentatives de détruire l’institution de la religion. D’ailleurs, les durs excès des méthodes politiques, dans leurs tentatives d’éclairer la société en sauvant le peuple d’une foi et de dogmes religieux vides produisirent l’effet contraire : les lieux de culte qu’ils souhaitaient fermer sont aujourd’hui encore plus remplis que jamais, et la foi et les dogmes qu’ils interdirent comptent encore plus de membres. Dans une autre conférence, nous avons souligné que face à un thème touchant au cœur et à l’émotion, l’interdiction et la force restent sans effet. La seule manière d’amener les peuples des ténèbres aux lumières est la science positive et les principes de la logique et de la sagesse. Si les gens sont éduqués selon ce principe, ils respectent les aspects humanistes et positifs de la religion, mais se préservent de ses croyances et ses dogmes stériles. » [55]

Pour comprendre le sens de ces paroles, il est nécessaire d’en faire une analyse rigoureuse. Isindag indique que la répression de la religion rendra les gens religieux encore plus motivés et renforcera la religion. Par conséquent, afin d’empêcher le renforcement de la religion, Isindag pense que les maçons devraient la détruire au niveau intellectuel. Ce qu’il entend par « science positive et principes de la logique et de la sagesse » n’impliquent pas réellement la science, la logique ou la sagesse. Mais simplement une philosophie matérialiste et humaniste, qui utilisent ces slogans accrocheurs comme camouflage, similairement au darwinisme. Isindag affirme que, lorsque ces idées sont disséminées dans la société, « seuls les éléments humanistes de la religion seront respectés », c’est-à-dire que les seuls éléments de la religion qui subsisteront seront ceux approuvés par la philosophie humaniste. Autrement dit, ils veulent rejeter les vérités de base constituant la charpente de la religion monothéiste (Isindag les appelle des croyances et des dogmes stériles). Ces vérités sont les réalités ultimes telles que l’homme est créé par Allah et est responsable envers Lui.

En résumé, les maçons ambitionnent de détruire les éléments de la foi qui constituent l’essence de la religion. Ils souhaitent diminuer le rôle de la religion à un simple élément culturel qui exprime ses idées sur un nombre de questions morales d’ordre général. Le moyen pour y parvenir, d’après eux, est d’imposer l’athéisme à la société sous couvert de science et de raison. Leur objectif ultime est néanmoins de déposséder la religion de sa place comme élément culturel et d’établir un monde complètement athée.

Dans un article de Isindag, dans le magazine Mason, intitulé « Science positive – Les obstacles de l’esprit et la maçonnerie » il explique :

« En conséquence de tout cela, je voudrais dire que l’obligation humaniste et maçonnique la plus importante pour nous tous est de ne pas nous éloigner de la science et de la raison, de reconnaître que c’est l’unique et meilleur moyen d’après l’évolution, de répandre cette foi parmi les gens et de leur enseigner la science positive. Les paroles d’Ernest Renan sont très importantes : « Si les gens sont instruits et éclairés par la science positive et la raison, les croyances stériles de la religion s’effondreront d’elles-mêmes. » Les paroles de Lessing soutiennent ce point de vue : « Si les êtres humains sont instruits et éclairés par la science positive et la raison, un jour la religion n’aura plus de raison d’être. » [56]

G. E. Lessing et E. Renan. Les maçons voulaient réaliser le rêve de ces deux écrivains athées en effaçant la religion de la face de la terre.
G. E. Lessing et E. Renan. Les maçons voulaient réaliser le rêve de ces deux écrivains athées en effaçant la religion de la face de la terre.

Voilà l’objectif ultime de la maçonnerie. Ils souhaitent détruire complètement la religion et établir un monde humaniste fondé sur le « caractère sacré » de l’humanité. C’est-à-dire qu’ils souhaitent établir un nouvel ordre d’ignorance, dans lequel les hommes rejettent Allah Qui les a créés et se considèrent divins… (Allah est bien au-dessus de ce qu’ils Lui imputent) Cet objectif est la raison d’exister de la maçonnerie. Dans le magazine maçonnique du nom de Ayna (Miroir), ceci est appelé « Temple des idées » :

« Les maçons modernes ont modifié l’objectif des anciens maçons de construire un temple physique en une idée de construction d’un « Temple des idées ». La construction d’un Temple des idées sera possible lorsque les principes et vertus maçonniques seront établis sur terre et le nombre de sages accrus. » [57]

Pour étendre davantage cet objectif, les maçons travaillent sans relâche dans de nombreux pays à travers le monde. L’organisation maçonnique est influente dans les universités, d’autres institutions éducatives, dans les médias, dans le monde des arts et des idées. Elle ne cesse jamais ses efforts pour disséminer sa philosophie humaniste dans la société et discréditer les vérités de la foi à la base de la religion. Nous verrons plus tard que la théorie de l’évolution est un des principaux moyens de propagande des maçons. En outre, ils ambitionnent de construire une société qui ne mentionne même pas le nom d’Allah ou de la religion, mais satisfait uniquement au plaisir, désirs et ambition matérielle des humains. Ce sera une société formée des gens qui ont tourné ouvertement le dos [Coran, Sourate 11, verset 92] à Allah, comme l’avait fait le peuple de Madyan, mentionné dans le Coran. Dans cette culture de l’ignorance, il n’y a pas de place pour la crainte ou l’amour d’Allah, obéir à Sa volonté, pratiquer des actes d’adoration, ni pour des réflexions sur l’au-delà. En fait, ces idées sont considérées comme étant vieillottes et propres aux gens non instruits. Ce message est asséné dans les films, les bandes dessinées et les romans.

Partie 1 : Super-héros, cultes païens et sorcellerie !

Partie 2 : Super-héros, cultes païens et sorcellerie !

Partie 1 : Mangas, cultes païens et satanisme !

Les maçons jouent un rôle leader dans cette vaste supercherie. Mais, de nombreux autres groupes et individus sont également impliqués dans la même tâche. Les maçons les acceptent en tant que « maçons honoraires », et les considèrent comme leurs alliés car ils partagent la même philosophie humaniste. Selami Isindag écrit :

« La maçonnerie accepte par ailleurs ce fait : Dans le monde extérieur, on trouve des sages, qui bien que n’étant pas maçons, embrassent l’idéologie maçonnique. Car cette idéologie est vraiment l’idéologie des êtres humains et de l’humanité. » [58]

Cette lutte continuelle contre la religion repose sur deux arguments ou justifications de base : la philosophie matérialiste et la théorie de l’évolution de Darwin.

Dans les deux chapitres suivants, nous examinerons ces deux arguments, leur origine et leur relation avec la maçonnerie. Alors, nous serons en mesure de mieux comprendre les coulisses de ces idées qui influencèrent le monde depuis le 19ème siècle.

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Notes :

[53] Moiz Berker, « Gercek Masonluk », Mimar Sinan, 1990, no. 77, p. 23

[54] Dr. Selami Isindag, Sezerman Kardes V, Masonluktan Esinlenmeler, Istanbul 1977, p. 62

[55] Dr. Selami Isindag, Masonluktan Esinlenmeler, Istanbul 1977, pp. 145-146

[56] Dr. Selami Isindag, « Olumlu Bilim-Aklin Engelleri ve Masonluk », Mason Dergisi, année 24, No. 25-26 (décembre 76 – mars 77)

[57] Ibrahim Baytekin, Ayna, Janvier 1999, no : 19, p. 4

[58] Dr. Selami Isindag, Masonluk Ustune, Masonluktan Esinlenmeler, Istanbul 1977, p. 32