Parti Républicain du peuple

La Turquie Laïque Partie 12 : L’affaire Ergenekon

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Le 12 juin 2007, des policiers découvrent 27 grenades chez un sous-officier en retraite dans une maison d’Istanbul. Il s’agit là de la mainmise sur une organisation secrète nommée Ergenekon, infiltrée au sein même de l’Etat turque, qui est composée de journalistes, de militaires, d’avocats et des dirigeants d’associations nationalistes. Cet organisation est accusée de commettre des actes criminelles en vue de déstabiliser le pouvoir en place et de préparer les conditions pour un coup d’État.

Une seconde série d’arrestations à lieu de janvier 2008 à juin 2008. Un général en retraite (ordonnateur de plusieurs assassinats politique), un réseau d’activistes kémalistes, des journalistes opposé à l’AKP sont arrêtés. Le 18 février 2008 une conférence est organisée par l’Association de la pensée atatürkiste, qui exprime la nécessité de « passer à une grande offensive » contre l’AKP en utilisant le pouvoir judiciaire et appelle à « une mobilisation générale pour se battre ». Le 10 février 2008, un projet de loi soumis par Erdogan, permettant le port du voile dans les universités est promulgué.

En mars 2008, le procureur général demande la dissolution de l’AKP et l’interdiction de toute activité politique de ses membres pendant cinq ans. Il accuse le parti d’être un « foyer anti-laïque » et met en avant l’amendement de l’autorisation du port du voile. Le gouvernement AKP accuse l’Etat profond, l’organisation Ergenekon d’être derrière ce coup d’État par le Droit. Le 30 juillet 2008, la dissolution de l’AKP est évité à une voix près, mais les subvention perçu par l’Etat seront divisés par deux pendant une année entière.

Le procès Ergenekon s’ouvre en octobre 2008 mais les arrestations vont se poursuivre en 2009, principalement envers des généraux en activité entre 2003 et 2004. Erdogan annonce qu’il soutient les procureurs du procès, quand au Parti Républicain du peuple, il se range du côté des accusés. Ce procès va permettre de vider l’armée de sa base atatürkiste et donc de permettre au gouvernement de ne plus avoir la crainte d’un énième coup d’État.

La Turquie Laïque Partie 11 : Tensions entre laïques et islamistes lors des élections de 2007 

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Abdallah Gül

Lors de l’élection de l’AKP en 2002, une alliance entre Recep Tayyip Erdogan et Fethullah Gülen voit le jour. Cette alliance permet à l’AKP d’utiliser le mouvement de Gülen, appelé le Hizmet, au service de l’AKP. Le Hizmet dispose d’un vaste réseau médiatique, universitaire et financier. En contre parti, les fethullahçi gravissent les échelons du pouvoir, notamment du pouvoir judiciaire. Ces derniers auront un rôle important à jouer lors de l’affaire Ergenekon.

A l’approche des élections présidentielle de 2007, la tension monte entre les partis laïques et l’AKP. En effet, le poste de Président de la République est capital car ce dernier a le pouvoir de nommer les juges constitutionnels, les membres du Conseil de l’enseignement supérieur, les présidents d’universités, une partie des membres de la Cour de cassation et du Conseil d’État, ainsi que le directeur de la radio et de la télévision publique. Il possède aussi un droit de veto sur les décision législatives.

Le président sortant, Ahmet Necdet Sezer, avait usé massivement de ce droit pour s’opposer au gouvernement AKP lors des sept années qu’a duré son mandat. Le nouveau chef d’état-major des armées à été nommé en 2006, ce qui en fait un allié pour le kémalisme, il ne restait plus qu’à ces derniers de remporter les élections présidentielles. Le 12 avril 2007, juste avant les élections, le chefs d’état-major de l’armée déclare que « le président de la République doit être attaché aux principes atatürkistes, non pas en apparence, mais dans leur essence ». Le lendemain, le Président de la République fait un long discours à l’encontre de l’AKP sans toutefois le nommé. 

Il critique la transformation de la République laïque en République islamique.

Le président du Parti Républicain du peuple (parti d’Atatürk) annonce qu’il souhaite bloquer les élections si l’AKP ne présente pas de candidat officiel. Deux jours avant le premier tour, Erdogan annonce que Abdallah Gül est le candidat de l’AKP. Avant le commencement du second tour, le Parti Républicain du peuple saisit la Cour constitutionnelle pour invalider le premier tour dû fait que le quorum* n’a pas été respecté.

L’état-major des armées publie un communiqué officiel dénonçant la mise en péril de la laïcité et rappel que les militaires ont le devoir de défendre les principes atatürkistes. Le gouvernement AKP riposte en arguant que l’armée doit obéir au Premier ministre. Toutefois, la Cour constitutionnelle annule le premier tour et Abdallah Gül retire sa candidature. Erdogan annonce des élections anticipée pour juillet 2007.

L’AKP sort victorieux des élections parlementaires avec 46,5% des voix contre 21% pour le Parti Républicain du peuple. Quand aux partis kurdes, pour la première fois, ils peuvent constituer un groupe parlementaire d’une vingtaines de députés. Ces derniers refusent de suivre le boycott du camp kémaliste et permettent d’atteindre le quorum pour les élections présidentielles. Abdallah Gül est élu Président de la République.

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* Quorum : C’est le nombre minimal de voix qui doivent être présentes ou représentées pour qu’une délibération soit valide.