Mohammed Morsi

La Turquie Laïque Partie 15 : L’enlisement du conflit syrien et l’isolement de la Turquie

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Place Taksim

L’enlisement du conflit syrien va déstabiliser la politique « zéro problèmes avec les voisins » chère à Ahmet Davutoglu. S’étant prononcée pour une transition rapide en Syrie, la Turquie s’est opposée au régime du président syrien Bachar al-Assad. Elle est, dès lors, soupçonnée de soutenir les jihadistes et de leur servir de base arrière. Elle sera aussi critiquée par l’Union Européenne qui suspend les négociations d’adhésions. La presse internationale critique Erdogan et le qualifie d’autocrate et parle aussi de « Poutinisation de la Turquie ».

Le 16 mai 2013, Erdogan rend visite à Barack Obama aux États-Unis pour aborder la question syrienne. Ce dernier reproche à la Turquie son soutien logistique présumé aux jihadistes et annonce sa volonté de voir la destitution du Président syrien, bien qu’il souhaite avancer sur le dossier en présence de la Russie.

Une semaine après son retour des Etats-Unis, Erdogan est critiqué pour son projet de construction d’un centre commercial dont la forme serait la représentation grandeur nature d’une ancienne caserne militaire ottomane. Cette critique prendra la forme de manifestation contre le déracinement des arbres du parc Gezi, place Taksim. La conversion du carrefour en place piétonne, transforme ce site en un lieu interdit aux manifestations. La police intervient et le petit groupe de manifestant se transforme en une mobilisation d’un millier d’individus, qui occuperont le parc et dont le mouvement se répandra dans d’autres villes à travers le pays.

Dorénavant, les manifestants ne contestent plus uniquement le projet de réaménagement urbain mais aussi la politique de plus en plus conservatrice du premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Ils critiquent la restriction de la vente d’alcool, les projets de limitation de l’avortement, de la construction d’une grande mosquée surplombant Istanbul, le réouverture des collèges religieux, l’introduction de cours optionnels de religion. Les kémalistes et les alévis parlent d’un projet d’islamisation de l’Etat.

La place Taksim et le parc Gezi seront occupés pendant une dizaines de jours avant d’être évacué par la force par la police, le 16 juin 2013. Les manifestations se multiplies dans tout le pays et touchent 80 départements. Le tribunal administratif décide alors d’annuler la validité du projet, ce qui aura pour conséquence de faire cesser progressivement les manifestations jusqu’à la fin juin de la même année. La livre turque connaît une dépréciation brutale et le Commission, ainsi que le Parlement Européen soutiennent les manifestations, en plus de critiquer la répression policière. L’AKP parle alors d’un complot ourdie par les sionistes, les américains et les européens. Surtout que les récents événements en Égypte réconforte le Parti dans ses suspicions.

En effet, le 3 juillet 2013, le président égyptien, Mohammed Morsi, est destitué par un coup d’État du général Abdel Fattah al-Sissi. La Turquie dénonce l’illégalité de l’action de l’armée égyptienne (qui est financées par les Etats-Unis) et le nouveau gouvernement rompt ses relations diplomatique avec la Turquie. De même, Ennahda en Tunisie s’éloigne de l’AKP. La Grèce et la Bulgarie construisent des murs et creusent des tranchées pour contenir les immigrés clandestins qui transitent par la Turquie en fuyant les conflits en Syrie, en Irak, en Afghanistan, etc…

Les événements ont fait de la politique « zéro problèmes avec les voisins » d’Ahmet Davutoglu un échec. La Turquie est désormais isolée, que se soit dans la région mais aussi au niveau international.

La Turquie Laïque Partie 14 : La période de maîtrise de l’AKP

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Logo AKP

En 2010, à la demande l’Union Européenne, l’AKP met en place un projet d’amendement constitutionnel permettant de revoir la procédure de nomination des membres du Conseil supérieur des juges et des procureurs, ainsi que celle de la Cour de cassation. L’objectif est de mettre fin au système de cooptation par le Conseil d’État et la Cour de cassation, favorable aux kémalistes. C’est naturellement que les présidents du Conseil d’État et de la Cour de cassation s’opposeront à ce projet, ainsi que le Parti Républicain du peuple mais il sera tout de même adopté par référendum. En 2011, ces instances seront « vider » de leur éléments kémalistes, jusqu’ici en surnombres.

En février, Erdogan demande une réponse définitive de l’Union Européenne concernant l’adhésion de la Turquie, quitte à refuser catégoriquement. Il compare l’Union Européenne comme un club « chrétiens » qui ne souhaite pas être un centre d’alliance des civilisations.

En mai 2012, Erdogan annonce son projet de transformation du régime parlementaire en régime présidentiel. Cette manœuvre consiste à contourner le règlement de l’AKP interdisant à un candidat de se présenter à plus de trois élections consécutives. Ce changement de régime lui permettra de continuer à incarner l’homme fort du pays.

Sur le plan international, la Turquie soutient le Président égyptien Mohammed Morsi, qui est fraîchement élu (démocratiquement) en juin 2012. Elle donne aussi des conseils à (Parti politique islamiste) en Tunisie et tente de retrouver sa position commerciales dominante en Libye après avoir participé à l’intervention militaire contre Mouammar Kadhafi. Elle se rapproche du Brésil pour s’opposer aux pays occidentaux concernant l’uranium produit par l’Iran. Enfin, elle se rapproche de l’Afrique et de l’Amérique du Sud, et se place en position dominante dans l’organisation d’une transition rapide en Syrie.