Gezi

La Turquie Laïque Partie 16 : Le coup d’État du 15 juillet 2016 et la nouvelle politique extérieure

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Le 15 juillet 2016, une tentative de coup d’État à lieu à l’encontre du président Erdogan. En petits nombres, les putschistes sont rapidement maîtrisés par les policiers et militaires resté fidèle au pouvoir mais aussi par la descente de milliers de citoyens turques, principalement partisans de l’AKP. Aucune organisations politiques ne soutiens les putschistes, au contraires tous soutiennent le président et le pouvoir en place. Erdogan met en place une opération visant la communauté de Fethullah Gülen. L’État d’urgence est proclamé et des dizaines de milliers de personnes appartenant au Hizmet sont arrêtés ou licenciées et leur biens confisqués. L’AKP réprime l’opposition kurde en faisant arrêter des journalistes, militaires, politiques, écrivains et prolonge l’Etat d’urgence de trois mois.

En accord avec le Parti Républicain du peuple, la vague d’arrestation s’intensifie : l’immunité parlementaire de 53 députés kurdes sont arrêtés. Erdogan prolonge l’Etat d’urgence de un an pour atteindre son objectif de destruction de l’Etat parallèle et bien que critiqué par la presse occidentale, il n’hésite pas à prendre la France en exemple suite aux attentats du Bataclan par l’Etat Islamique le 13 novembre 2015.

Au niveau international, la Turquie va changer de stratégie et va se rapprocher de la Russie après avoir commencer une partie de bras de fer avec Vladimir Poutine. En effet, en novembre 2015, un avion russe survole l’espace aérien turque et malgré les somations de retrait, continuera sa route et sera détruit. Le président russe exige des excuses, qui seront refusés par Erdogan, ce qui entraînera une rupture des relations diplomatiques entre les deux États. Suite à l’isolement qu’elle a subie depuis 2013, la Turquie va repenser son positionnement au niveau international et se rapprocher de la Russie. Pour ce faire, Erdogan va commencer par présenter ses excuses en juin 2016 et pour la première fois depuis le conflit syrien, envisage la participation de Bachar al-Assad à la table des négociations. Ce rapprochement va lui permettre d’intervenir en Syrie et en Irak notamment pour empêcher les rebelles kurdes de Syrie et kurdes irakiens de s’unifier. Cette intervention va permettre de consolider un bloc nationaliste autour de Erdogan face au danger kurde.

La Turquie Laïque Partie 16 : Rupture entre Recep Tayyip Erdogan et Fethullah Gülen

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Alliés jusqu’au début des années 2010, la rupture entre Recep Tayyip Erdogan et Fethullah Gülen va être de plus en plus patente. Infiltré dans le réseau de police et dans les tribunaux grâce à son alliance avec l’AKP, le Hizmet de Gülen va tenter de mettre des bâtons dans les roues de l’AKP en faisant arrêter, en février 2012, des hauts responsables des services secrets turques, qui menaient des négociations secrètes avec le PKK kurde, pour intelligence avec une organisation terroriste ». Erdogan voulant mettre fin au conflit avec les kurdes, avait mandaté les services secrets de trouver un accord avec le PKK, chose à laquelle Fethullah Gülen s’opposa. Il n’hésita pas à faire appel à un procureur du Hizmet pour mettre aux arrêts les hauts responsables des services secrets.

Erdogan fait arrêter l’opération et réagi en faisant interdire les cours préparatoires (source de financement et de recrutement des sympathisants güléniste) aux concours d’entrée aux universités.

Le 17 décembre 2013, des officiers de police se rendent dans les domiciles des enfants de trois ministres en exercice et d’une quarantaines de personnes, munis de mandats de perquisitions. L’enquête porte sur des affaires de corruptions et de blanchiment d’argent. Plusieurs ministres, des hommes d’affaires, le directeur général d’une grande banque, tous proche de l’AKP sont accusés dans cette affaire. Erdogan intervient et fait arrêter la seconde vague d’arrestation, dont son propre fils aurait fait l’objet. Il interdit à la police d’obéir aux ordres des procureurs car sous la direction de Fethullah Gülen. Ces derniers sont désaisis de l’affaire et un milliers de responsables de police sont muté dans d’autres services.

Erdogan parle de seconde tentative de coup d’État après celui du parc Gezi. La communauté de Fethullah Gülen va être perçu comme une organisation capable d’infiltrer l’Etat, d’agir avec une ambition politique et la volonté de s’accaparer le pouvoir, contrairement à ces prétentions officielles qui étaient uniquement tourné vers les actes de bienfaisances. Malgré le scandale, l’AKP gagne les élections municipales de mars 2014, les accusations de corruption n’ayant que peu touché l’électorat de l’AKP. Fort de cette victoire, Erdogan annonce que le peuple à choisi sont camp et promet de mettre fin à cet État parallèle. S’ensuit une vague d’arrestations concernant le mouvement Gülen et ses partisans, allant de la justice à la police, en passant par des fonctionnaires et des entreprises commerciales.

Erdogan n’hésite pas à gracier des généraux kémalistes, emprisonnés depuis l’affaire Ergenekon, pour les utiliser comme opposant à Gülen. Bien que les autres confréries reprochent à Erdogan d’avoir favorisé le Hizmet, elles saisissent l’occasion de sa mise au pas pour combler le vide laissé. Fort de cette expérience, Erdogan décide de ne plus s’appuyer sur une seule confrérie et associe plusieurs d’entre elles au pouvoir, les mettant ainsi en concurrence.

Gülen et son mouvement sont critiqués pour leur politique d’occidentalisation de l’Islam et de la Turquie. Vouloir islamiser la modernité c’est infecter l’Islam de l’esprit de l’idéologie occidental et revient donc à falsifier l’Islam. La modernité ne signifie rien d’autre qu’occidentaliser, donc islamiser la modernité signifie vouloir occidentaliser l’islam, vouloir le rentre compatible avec les idéologies (laïcité, démocratie, etc…) occidentales, qui sont de natures incompatibles avec l’Islam.

La Turquie Laïque Partie 15 : L’enlisement du conflit syrien et l’isolement de la Turquie

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Place Taksim

L’enlisement du conflit syrien va déstabiliser la politique « zéro problèmes avec les voisins » chère à Ahmet Davutoglu. S’étant prononcée pour une transition rapide en Syrie, la Turquie s’est opposée au régime du président syrien Bachar al-Assad. Elle est, dès lors, soupçonnée de soutenir les jihadistes et de leur servir de base arrière. Elle sera aussi critiquée par l’Union Européenne qui suspend les négociations d’adhésions. La presse internationale critique Erdogan et le qualifie d’autocrate et parle aussi de « Poutinisation de la Turquie ».

Le 16 mai 2013, Erdogan rend visite à Barack Obama aux États-Unis pour aborder la question syrienne. Ce dernier reproche à la Turquie son soutien logistique présumé aux jihadistes et annonce sa volonté de voir la destitution du Président syrien, bien qu’il souhaite avancer sur le dossier en présence de la Russie.

Une semaine après son retour des Etats-Unis, Erdogan est critiqué pour son projet de construction d’un centre commercial dont la forme serait la représentation grandeur nature d’une ancienne caserne militaire ottomane. Cette critique prendra la forme de manifestation contre le déracinement des arbres du parc Gezi, place Taksim. La conversion du carrefour en place piétonne, transforme ce site en un lieu interdit aux manifestations. La police intervient et le petit groupe de manifestant se transforme en une mobilisation d’un millier d’individus, qui occuperont le parc et dont le mouvement se répandra dans d’autres villes à travers le pays.

Dorénavant, les manifestants ne contestent plus uniquement le projet de réaménagement urbain mais aussi la politique de plus en plus conservatrice du premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Ils critiquent la restriction de la vente d’alcool, les projets de limitation de l’avortement, de la construction d’une grande mosquée surplombant Istanbul, le réouverture des collèges religieux, l’introduction de cours optionnels de religion. Les kémalistes et les alévis parlent d’un projet d’islamisation de l’Etat.

La place Taksim et le parc Gezi seront occupés pendant une dizaines de jours avant d’être évacué par la force par la police, le 16 juin 2013. Les manifestations se multiplies dans tout le pays et touchent 80 départements. Le tribunal administratif décide alors d’annuler la validité du projet, ce qui aura pour conséquence de faire cesser progressivement les manifestations jusqu’à la fin juin de la même année. La livre turque connaît une dépréciation brutale et le Commission, ainsi que le Parlement Européen soutiennent les manifestations, en plus de critiquer la répression policière. L’AKP parle alors d’un complot ourdie par les sionistes, les américains et les européens. Surtout que les récents événements en Égypte réconforte le Parti dans ses suspicions.

En effet, le 3 juillet 2013, le président égyptien, Mohammed Morsi, est destitué par un coup d’État du général Abdel Fattah al-Sissi. La Turquie dénonce l’illégalité de l’action de l’armée égyptienne (qui est financées par les Etats-Unis) et le nouveau gouvernement rompt ses relations diplomatique avec la Turquie. De même, Ennahda en Tunisie s’éloigne de l’AKP. La Grèce et la Bulgarie construisent des murs et creusent des tranchées pour contenir les immigrés clandestins qui transitent par la Turquie en fuyant les conflits en Syrie, en Irak, en Afghanistan, etc…

Les événements ont fait de la politique « zéro problèmes avec les voisins » d’Ahmet Davutoglu un échec. La Turquie est désormais isolée, que se soit dans la région mais aussi au niveau international.