Constantinople

Naissance de l’Arabie Saoudite partie 2 : Le premier État saoudien (1744/1816)

Publié le

First_Saudi_State_BigMohammed Ibn Saoud se lance dans les conquêtes des villages voisins et en profite pour détruire les idoles, tout en diffusant le Tawhid (l’Unicité de Dieu). A sa mort en 1765, Mohammed Ibn Saoud contrôle ma majeure partie du Nejd, où la population est sortie de l’ignorance de l’association (chirk akbar) à Allah Sobana wa Ta’ala.

Mohammed Ibn Abdel Wahhab mourra en 1792 et le fils de Mohammed Ibn Saoud, Abdel ‘Aziz, poursuit le Jihad. En 1802, il met à sac la ville Kerbala (contient le tombeau de Hussein Ibn ‘Ali Ibn Abou Talib et qui est vénéré par les chiites). L’année suivante, ils font la conquète de Taïf et poursuivent avec Medine et La Mecque. Cependant, les villes saintes ne sont pas saccagés, seul les tombeaux des saints adorés par les polythéistes sont détruites. Abdel ‘Aziz Ibn Mohammed Ibn Saoud est assassié en 1803 et son fils Saoud Ibn Abdel ‘Aziz lui succède à la tête du premier État saoudien.

Surpris par la conquête du Hedjaz par la famille Saoud, le Calife Ottoman, Mahmoud II ordonne à son vassal Mohammed Ali, pacha d’Egypte, de reconquérir La Mecque et Médine. La guerre éclate et en 1818, après deux ans de combat, l’armée de Mohammed ‘Ali repousse celle de ‘Abdallah Ibn Saoud Ibn Abdel ‘Aziz (qui a succéder à son père Saoud Ibn Abdel ‘Aziz en 1815) dans le Nejd. Diriyah, la ville natale de la famille Saoud, est prise est rasée par l’armée de Mohammed ‘Ali. ‘Abdallah Ibn Saoud Ibn Abdel ‘Aziz est capturé puis envoyé à Constantinople où il sera décapité par le Calife Mahmoud II.

Abdallah Ibn Hussein, premier roi de Jordanie

Publié le

JORDAN-ABDALLAH
Abdallah Ibn Hussein (1882/1951)

Une enfance entre Istanbul et le Hedjaz

Abdallah est né en février 1882 à La Mecque. Il passe les premières années de sa vie dans le Hedjaz avant de devoir s’exiler avec son père Hussein et ses frères (Ali 1879-1935 et Faysal 1883-1933) à Constantinople en 1891, où le sultan ottoman Abdülhamid II préfère les garder à proximité, en les plaçant en résidence surveillée sur la rive européenne du Bosphore. C’est là que le jeune Abdallah reçoit l’essentiel de son éducation et découvre les différents courants modernistes et culturels qui se développent dans la capitale en pleine effervescence au début du XXème siècle.

Lorsque son père est autorisé par le nouveau régime Jeune-turc à rentrer dans le Hedjaz en tant que Chérif de La Mecque en 1908, Abdallah, alors âgé de 25 ans, doit renoncer à la vie de palais pour retrouver les coutumes bédouines en Arabie. Il aura cependant vite l’occasion de retourner à Constantinople, en tant que député du Hedjaz au nouveau Parlement prévu par la Constitution de 1876 et rétabli par les Jeunes-Turcs. Entre 1910 et 1914, il multiplie donc les voyages entre Constantinople et le Hedjaz. Au cours de ces longs voyages, le jeune Hachémite se lie d’amitié avec le khédive d’Egypte. C’est d’ailleurs au Caire qu’Abdallah rencontre pour la première fois le consul britannique en Egypte, Kitchener, en avril 1914.

Le rapprochement avec les Britanniques

Abdallah cherche alors à convaincre les Britanniques d’aider son père à obtenir un pouvoir autonome et héréditaire sur le Hedjaz. Mais cette première prise de contact n’aboutit pas et Kitchener se contente d’assurer la sympathie de la couronne d’Angleterre pour la cause hachémite. Ce n’est que quelques mois plus tard, avec l’entrée en guerre de l’Empire Ottoman aux côtés des Empires centraux, que les Alliés, et notamment les Britanniques, commencent à trouver un certain intérêt à la famille Hachémite qui, de par son prestige religieux, pourrait entériner les appels aux Djihads lancés par le calife de Constantinople ; les contacts se multiplient alors entre la famille Hachémite et les autorités britanniques (correspondance Hussein-MacMahon) jusqu’à ce que la révolte arabe contre les Ottomans soit déclenchée en 1916. Abdallah est chargé, tout comme ses frères, de l’organisation des combats. Si Abdallah y joue un rôle non négligeable en maintenant avec son frère Ali un blocus efficace sur Médine jusqu’à la fin de la guerre, c’est véritablement Fayçal qui, conseillé par le Britannique Lawrence d’Arabie, assure les principales victoires des forces nationalistes arabes en remontant jusqu’en Syrie. Abdallah justifiera plus tard cette révolte comme une volonté de rétablir un Islam arabe, qui était alors usurpé et bafoué par le gouvernement Jeune-turc. D’une manière plus générale, le Chérif et ses fils rêvent de restaurer, sous leur égide, l’ancienne gloire des Arabes en réunissant les populations chrétiennes, musulmanes et juives des provinces arabes de l’Empire ottoman dans le cadre d’une confédération. Chaque fils Hachémite serait alors à la tête d’un Etat arabe qui constituerait cette confédération. Abdallah entretiendra cette ambition toute sa vie.

De plus, de par leur prestige, les Hachémites considèrent qu’une certaine primauté leur revient sur les tribus de la péninsule arabe. Mais ce n’est pas l’avis du principal ennemi du Chérif, Abd al-Aziz Ibn Saoud, émir du Nedjed, qui menace fortement leur position. Abdallah, au caractère peu belliqueux, doit alors affronter ce redoutable adversaire en mai 1919. Le 21 mai, la prise de Turaba par Abdallah tourne au désastre : son campement est attaqué par surprise pendant la nuit par les guerriers Ikhwan. Abdallah, qui échappe de justesse à la mort, est contraint de s’enfuir et perd une bonne partie de ses hommes. Conscient de son impuissance face à Ibn Sa’oud, il choisit de remonter vers Maan, dans le nord de la Péninsule avec 300 hommes (essentiellement des bédouins et des nationalistes syriens) en novembre 1920. Il convoite alors le royaume d’Irak. Mais ce dernier sera donné à son frère Fayçal après que les Français l’aient écarté du trône de Damas. Les Britanniques font finalement appel à lui pour le gouvernement provisoire de l’émirat de Transjordanie (Jordanie actuelle).

Abdallah, émir puis roi de Transjordanie (1921-1946)

Abdallah est chargé par Churchill, alors secrétaire du Colonial Office, de l’administration de la Transjordanie contre 5 000 livres sterlings par mois. La protection britannique et la présence du gouvernement de Palestine lui sont acquises, ainsi la présence française au Levant, ce qu’il rejetait jusqu’à présent.

En tant qu’émir, il éprouve, dans un premier temps, de nombreuses difficultés à imposer son autorité sur les divers tribus de la région. Il subit également de nombreux raids des troupes saoudiennes qui menacent même la capitale Amman. C’est finalement grâce aux forces britanniques qu’il réussit à se maintenir à la tête de l’émirat. Malgré l’importance de sa charge, la marge des pouvoirs d’Abdallah est extrêmement limitée et les postes clés de l’administration du pays sont contrôlés par des personnalités britanniques. Cette apparente soumission d’Abdallah envers les Britanniques lui vaudra de nombreuses critiques de la part de ses voisins arabes.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, l’attitude d’Abdallah dans la défense des positions britanniques aboutit à l’indépendance de l’émirat puis à la formation du Royaume de Jordanie en 1946. La présence Britannique reste cependant très marquée dans le domaine financier ou militaire par exemple.

Abdallah et les sionistes

Abdallah n’a jamais abandonné l’espoir de réaliser l’union de la Grande Syrie, qui regrouperait dans un même Etat la Syrie, le Liban, la Palestine et la Transjordanie. Il voit alors, dans la montée des antagonistes entre Juifs et Arabes dans la région et dans le départ de la Grande-Bretagne de Palestine en 1947, une bonne opportunité d’absorber la partie arabe de la Palestine dans son royaume. De plus, il souhaite redonner aux Hachémites leur légitimité religieuse en récupérant la troisième ville sainte de l’Islam : Jérusalem. Il s’oppose donc fortement aux actions du Mufti de Jérusalem Hadj Amin al-Husseini qui œuvre pour l’établissement d’un Etat palestinien sous son patronage.

Abdallah, guidé par ses ambitions expansionnistes, entretient alors des relations ambiguës avec les autorités sionistes avec lesquelles il cherche un arrangement territorial. Les manœuvres d’Abdallah sont alors extrêmement mal perçues par l’ensemble des dirigeants arabes qui condamnent fortement ses prétentions.

Lorsque l’Etat d’Israël est proclamé par Ben Gourion en mai 1948, l’ensemble des Etats arabes lui déclare la guerre. Abdallah qui n’arrive pas à établir un accord de non-agression et de partage avec les sionistes (afin que la Cisjordanie et Jérusalem lui reviennent), choisit d’entrer également en guerre contre le jeune Etat hébreu. A l’issue des combats, la Jordanie obtient la Cisjordanie et la partie arabe de Jérusalem. Cette annexion est confirmée par le vote du Parlement le 24 avril 1950 mais engendre d’innombrables critiques des pays arabes ainsi que la colère des nationalistes palestiniens. Cette action lui coûtera finalement la vie : le 20 juillet 1951, le roi Abdallah est assassiné par l’un d’entre eux à l’entrée de la grande mosquée al-Aqsa de Jérusalem. Ainsi, fortement critiqué à la fin de sa vie, Abdallah n’aura pas pu réaliser le vieux rêve d’union arabe.

———————————————————————————————————

Bibliographie
Louis-Jean Duclos, La Jordanie, Paris, Presses Universitaires de France, 1999.
Marc Lavergne, La Jordanie, Paris, Editions Karthala, 1996.
Remi Kauffer, La Saga des Hachémites, la tragédie du Moyen-Orient, Paris, Editions stock, 2009.

———————————————————————————————————

Source : http://www.lesclesdumoyenorient.com/Abdallah-ibn-Hussein-premier-roi.html

Franc-Maçonnerie partie 1 : Les Croisés

Publié le

kingdom of heaven (2)

L’idée commune pour la plupart des historiens est que les origines de la franc-maçonnerie remonteraient au temps des croisades. En réalité, bien que la maçonnerie n’ait été établie et reconnue officiellement en Angleterre qu’au début du 18ème siècle, les racines de cette organisation remontent aux croisades au 12ème siècle. On trouve au cœur de cette chronique bien connue l’ordre des croisés, les Chevaliers du Temple ou les templiers. Six ans avant cet ouvrage, notre livre, intitulé Le Nouvel ordre maçonnique, a examiné en détail l’histoire des templiers. Pour cette raison, nous n’en ferons ici qu’un simple résumé. Car, à mesure que nous analyserons les racines de la maçonnerie et l’influence qu’elle a eue sur le monde, nous découvrirons le sens de la « franc-maçonnerie mondiale ».

papa2urban
Les racines de la maçonnerie remontent aux croisades contre les musulmans commencées par le Pape Urbain II.

Peu importe l’insistance de certains à dire que les croisades étaient bel et bien des expéditions militaires entreprises au nom de la foi chrétienne ; fondamentalement, elles étaient motivées par l’obtention de richesses matérielles. A une époque où l’Europe connaissait une pauvreté et une misère extrêmes, la prospérité et la richesse de l’Orient, particulièrement du monde musulman au Moyen Orient, attira les européens. Ce penchant revêtit un aspect religieux et s’orna des symboles du Christianisme, bien, qu’en réalité, les croisades trouvaient leur origine dans l’appât du gain. Telle fut la raison du revirement brusque des valeurs ancestrales de paix des chrétiens d’Europe, au début de leur histoire, vers l’agression militaire. Le fondateur des croisades a été le Pape Urbain II. Il convoqua le Concile de Clermont en 1095, au cours duquel l’ancienne doctrine pacifiste des chrétiens fut abandonnée. Un appel à la guerre sainte fut lancé dans le but d’arracher les terres saintes des mains des musulmans. Suivant le concile, une armée gigantesque fut formée, composée à la fois de soldats de carrière et de dizaines de milliers de conscrits.

Les historiens pensent que le projet d’Urbain II était poussé par son désir de contrecarrer la candidature d’un rival à la papauté. En outre, alors que les rois, les princes, les aristocrates européens et d’autres accueillirent l’appel du Pape avec enthousiasme, leurs intentions étaient prosaïques. Comme l’indique Donald Queller de l’Université d’Illinois, « les chevaliers français étaient en quête de terres. Les marchands italiens espéraient étendre leur commerce aux ports du Moyen-Orient… Un grand nombre de pauvres rejoignirent les expéditions seulement pour échapper aux difficultés de leurs vies. » [1] En chemin, cette masse cupide massacra de nombreux musulmans, et même des juifs, dans l’espoir de trouver de l’or et des joyaux. Les croisés ouvraient même le ventre de leurs victimes pour y trouver l’or et les pierres précieuses que celles-ci auraient pu avaler avant de mourir. La cupidité des croisés était si grande qu’ils n’eurent aucun scrupule à mettre à sac la ville chrétienne de Constantinople (Istanbul) pendant la Quatrième Croisade, où ils arrachèrent même les feuilles d’or des fresques chrétiennes de la basilique Sainte Sophie.

king3
Les croisés firent des ravages à Jérusalem. Les gravures médiévales montrées ci-dessus dépeignent certaines scènes d’horreur.

Au bout d’un long et difficile périple, et le pillage et massacre de nombreux musulmans, ce groupe bariolé, appelé les croisés, arriva à Jérusalem en 1099. Lorsque la ville tomba après un siège de presque cinq semaines, les Croisés s’y installèrent. Ils atteignirent un niveau de sauvagerie rarement égalé dans le monde. Tous les musulmans et les juifs dans la ville passèrent au fil de l’épée. D’après les mots d’un historien : « Ils tuèrent tous les sarrasins et les turcs qu’ils trouvèrent… homme ou femme. » [2] Un des croisés, Raymond d’Agiles, se vanta de cette violence :

« (…) On put voir dès lors des choses admirables. Parmi les sarrasins, les uns étaient frappés de mort, ce qui était pour eux le sort le plus doux ; d’autres percés de flèches se voyaient forcés de s’élancer du haut des tours ; d’autres encore, après avoir longuement souffert, étaient livrés aux flammes et consumés par elles. On voyait dans les rues et sur les places de la ville des monceaux de têtes, de mains et de pieds. Les hommes de pied et les chevaliers ne marchaient de tous les côtés qu’à travers les cadavres. Mais tout cela n’était encore que peu de chose, si nous en venons au temple de Salomon, où les sarrasins avaient coutume de célébrer les solennités de leur culte…Il suffit de dire que dans le temple et dans le portique de Salomon, ils marchaient à cheval dans le sang jusqu’aux genoux des cavaliers et jusqu’à la bride du cheval. » [3]

En deux jours, les croisés tuèrent quelques 40.000 musulmans de la plus effroyable manière. [4] Ils proclamèrent ensuite Jérusalem leur capitale et établirent un royaume latin s’étendant des frontières de la Palestine à Antioche. Plus tard, les croisés partirent en guerre pour maintenir leur position au Moyen Orient. Afin de maintenir l’état qu’ils avaient fondé, il était nécessaire de l’organiser. Dans ce but, ils créèrent des ordres militaires, qui n’avaient jamais existé auparavant. Les membres de ces ordres venaient d’Europe jusqu’en Palestine et vivaient dans une sorte de monastère où ils recevaient un entraînement militaire afin de combattre les musulmans.

hacli_kuduskusatmasi
Les croisés passèrent par l’épée tous ceux qui vivaient dans le pays qu’ils avaient conquis.

Un de ces ordres, en particulier, était différent des autres. Il subit une transformation qui influencera le cours de l’histoire. C’était l’Ordre du Temple et ses membres étaient appelés les templiers.

—————————-

Notes :

[1] World Book Encyclopedia, « Crusades », Contributeur : Dr Donald E. Queller, Prof. d’histoire, Univ. d’Illinois, Urbana-Champaign, World Book Inc., 1998

[2] Histoire des Francs qui ont pris Jérusalem, dans la Collection des Mémoires relatifs à l’Histoire de France de François Guizot, Editions Delin, Paris, 1824, p 379

[3] August C. Krey, The First Crusade: The Accounts of Eye-Witnesses and Participants, Princeton & Londres, 1921, p. 261

[4] August C. Krey, The First Crusade: The Accounts of Eye-Witnesses and Participants, Princeton & Londres, 1921, p. 262

Sabbataï Tsevi partie 14 : L’arrestation de Sabbataï par les autorité turcs

Publié le

624px-Dardanelles_carteLe Grand Vizir, Ahmed Köprülü, ordonna l’arrestation de Sabbataï. Il était connu comme un homme qui refusait de verser le sang inutilement. Les autorités turcs se rendirent à Smyrne pour arrêter Sabbataï, mais ce dernier avait déjà embarqué pour Constantinople. Le navire de Sabbataï fut abordé par deux navires turcs près du détroit des Dardanelles et Sabbataï fut arrêté.

Ce qui inquiétait le Grand Vizir, n’était pas le mouvement sabbataïste en lui-même, mais la cessation des activités commerciales de la communauté juive qui jouait un rôle extrêmement important dans le commerce Turc. De plus, le nombre important de juifs se rendant en Palestine en abandonnant leur famille créa un grave problème social. A Constantinople, le fond de charité ne répondait plus aux besoins réels.

Sabbataï fut amener devant le Divan (= conseil du Sultan Ottoman) présidé par le Grand Vizir. Contre toute attente, Sabbataï ne fut pas exécuté comme le pensait les chrétien et les musulmans mais il fut emprisonné à la prison de Gallipoli. Les juifs voyaient cela comme un signe de la messianité de Sabbataï et continuèrent à lui rendre visite dans sa prison après avoir versé 100 000 réaulx au Grand Vizir. Ce dernier leur proposa même de relâcher Sabbataï, s’ils lui versaient 100 000 réaulx de plus mais Sabbataï refusa l’offre car il ne voulait pas utiliser ce moyen « car de grandes choses devait se produire dans quelques jours ». Le refus de Sabbataï augmenta sa réputation ainsi que le désir de rédemption des juifs.

Sabbataï ne s’étonna pas de son emprisonnement car selon lui, bien qu’il s’était extrait de la prison des qelipots (= sephirots maléfiques dans la Kabbale), ces derniers pouvaient encore se saisir de lui et donc ralentir l’accomplissement de sa mission. Sabbataï fut emprisonné et non exécuté pour la simple et bonne raison que le Sultan et le Grand Vizir allaient devoir s’absenté pour diriger les troupes ottomans contre les tatares et le Sultan ne désirait aucun affrontement à Constantinople en son absence.

Sabbataï Tsevi partie 13 : Sabbataï se rend à Constantinople, la capitale de l’Empire Ottoman

Publié le

aivazovsky-constantinople.1214285040Sabbataï se proclama Messie le lundi 14 décembre 1665. Il changea la date du Shabbat du samedi au lundi. Il se rendit chez le Cadi turc (= juge musulman) et calomnia ses trois principaux adversaires puis les accusa du crime de lèse-majesté (= attentat contre la personne du prince ou contre son autorité). Le Cadi le laissa reparti parce qu’il le croyait fou ou idiot.

Le mouvement prophétique s’étendit de Smyrne à d’autres communautés d’Asie mineure, des îles Égée et de Grèce. Le négoce et le commerce à Smyrne en vinrent au point mort. La ville s’abandonnait à une atmosphère de fête, de réjouissance et d’exaltation. Les banquets, les danses, les processions alternaient avec l’accomplissement des pénitences prescrites par Nathan. Même dans la froideur des mois d’hiver, nombreux sont ceux qui se rendaient à la mer pour se livrer à des immersions rituelles alors que d’autres se soumettaient à la flagellation.

Après qu’il eut la haute main sur sa ville natale, Sabbataï sentit qu’il n’y avait pas lieu de s’y attarder. Toutefois, une baisse notable de sa tension psychologique s’opéra à la fin de son séjour. Il embarqua sur un navire le 30 décembre 1665 avec 3 ou 4 rabbins qui figuraient sur la liste des rois. L’épouse Sabbataï, Sarah resta à Smyrne pendant que son époux se dirigea vers Constantinople, la capitale de l’Empire Ottoman.

A Constantinople, la tension grandissait dans l’attente de Sabbataï. Les nouvelles extraordinaires de Smyrne avaient divisé la communauté en deux et le nombre d’opposants étaient loin d’être négligeable. Ceux qui doutaient de la messianité de Sabbataï et de la prophétie de Nathan, n’attendaient aucunement la passation du pouvoir du Sultan turc aux mains de Sabbataï et ne pouvaient qu’attendre le pire pour la communauté juive. Les révoltes étaient fréquentes dans l’Empire Ottoman et quand elles échouaient, elles étaient l’objet d’une répression impitoyable.

Les dirigeants de la communauté juive de Constantinople savaient que les autorités turcs les tiendraient pour responsables de la conduite de la communauté juive. Le souci de la communauté en plus de leur propre sort les poussa à agir, surtout que les autorités turcs avaient reçu des informations au sujet de l’agitation révolutionnaire régnant chez les juifs.

Les sabbataïstes de Constantinople se préparaient à la rencontre avec le Messie et se laissèrent aller à des conversation dangereuses et provocatrices :

« Ces abusés ne parlaient que de guerres et de l’établissement prochain de leur monarchie qui devait renverser le croissant et fouler aux pieds toutes les couronnes de la chrétienté ».

Joseph Nassi, Duc de Naxos

Publié le Mis à jour le

picture616
Joseph Nassi

Joseph naquit en Espagne à l’époque où la cruelle Inquisition était au pouvoir. Les Juifs n’étaient plus libres de servir le Dieu de leurs pères. La plupart de ceux qui désiraient demeurer ouvertement fidèles à leur foi – ce fut le cas du plus grand nombre – avaient été expulsés (1492). Néanmoins, quelques familles feignirent d’embrasser le catholicisme et furent autorisées à rester dans le pays. On les appela les Marranos. En secret et dans la crainte constante d’être découverts, ils pratiquaient et observaient les coutumes et la foi juives. Parmi eux se trouvait la famille de Nassi ; elle avait changé de nom et pris celui de Mendez.

Elle se composait de trois frères. Le plus jeune fut le père de Joseph. Il mourut quand ce dernier était en bas âge. Le petit orphelin fut élevé par ses deux oncles qui avaient pris des prénoms espagnols : Francisco et Diego. La vie devenant intolérable en Espagne, les deux frères s’enfuirent à Lisbonne, emmenant avec eux leur jeune neveu. Ils avaient sauvé de la débâcle leur immense fortune. Ils durent cependant continuer à dissimuler leur vraie confession et feindre de n’être pas juifs. Mais ils s’attachèrent à leur foi avec d’autant plus de force que cet attachement devait demeurer secret. Et cette foi, ils l’inculquèrent à leur beau et brillant neveu Joseph. Le garçon apprit ainsi combien grands avaient été ses ancêtres. À l’exemple de ses oncles, il caressait l’espoir qu’un jour ils pourraient tous jeter le masque détesté et revenir ouvertement à la religion de leur peuple. Joseph fit, de plus, le vœu de consacrer toute son existence à aider ses pauvres frères sans défense, et qui vivaient dans un monde où ils n’avaient point d’amis.

Les Mendez étaient des banquiers célèbres dans le monde entier. Avec le concours d’un membre de la famille, Rabbi Abraham Benveniste, ils avaient fondé une succursale à Anvers. Là la vie était relativement plus facile pour les Juifs, et la famille Mendez avait pensé qu’elle pourrait un jour être contrainte d’y chercher refuge. Ce jour ne tarda pas à arriver. L’Inquisition tant redoutée étendit son action jusqu’en Portugal, rendant la vie intolérable aux Marranos. Les Mendez décident de se transférer à Anvers. Entre temps Francisco, l’aîné des frères, meurt. Sa femme, l’habile et illustre Doña Gracia lui succède à la tête de la fortune familiale et de la banque. Son affection et ses soins feront du petit Joseph un jeune homme d’une éducation accomplie tant sur le plan du savoir que des bonnes manières.

Peu après leur installation à Anvers, Diego, le dernier des frères Nassi-Mendez mourut lui aussi. Don Joseph Nassi-Mendez était maintenant en âge d’assurer la relève et d’assumer la difficile direction de la banque. À l’occasion de ses activités directoriales, Don Joseph eut des contacts avec la plus haute noblesse et même avec des maisons royales de beaucoup de pays d’Europe. Son charme personnel et sa sagacité lui furent d’un grand secours. Le roi de France emprunta une somme considérable à la Banque Mendez. Un autre client fut la Régente des Pays-Bas, la Reine Marie, sœur de l’Empereur Charles V. Elle prodigua les honneurs à Don Joseph.

On pourrait conclure de ces prémisses que ce dernier fut heureux. Il ne l’était point ; pas plus d’ailleurs que sa tante. L’Inquisition avait le bras long. Ses agents étaient actifs en Belgique, ils entretenaient les Marranos dans une terreur constante. La famille Mendez répugnait aux déguisements. En secret, elle avait sa propre synagogue et venait en aide aux malheureux réfugiés d’Espagne et de Portugal.

Les contacts nombreux que le travail de la banque valait aux Mendez leur permettaient d’être informés avec précision sur la vie des Juifs dans différents pays. C’est ainsi qu’ils savaient que dans l’Empire ottoman, où régnaient des princes musulmans, leurs coreligionnaires vivaient mieux que partout ailleurs. Ceux-ci étaient parmi les conseillers les plus proches du Sultan, et les commerçants israélites jouissaient d’une grande liberté. Doña Gracia et Don Joseph Nassi décidèrent de se transférer en Turquie où ils auraient la possibilité de revenir ouvertement à la foi de leurs pères.

Mettre à exécution un tel plan n’était pas chose aisée. Il ne fallut pas moins de plusieurs années pour que les Mendez pussent régler leurs affaires et quitter Anvers sans se ruiner financièrement. Néanmoins, ils durent accepter de perdre une bonne partie de leur fortune avant de pouvoir partir pour Venise en 1549. Ils avaient conçu leur projet et travaillaient à sa réalisation dans le plus grand, secret.

Charles V soupçonna-t-il ce qui se tramait en silence ? Il faut le croire, car il s’apprêtait à saisir toute la fortune des Mendez quand Don Joseph et sa tante réussirent de justesse à fuir d’Anvers et à prendre le large à la faveur de la nuit, emportant avec eux une part très importante de leurs richesses.

Ils arrivèrent à Venise sains et saufs sous les noms d’emprunt de Juan Miguel et Béatrice de Luna. Là ils tentèrent, afin de venir en aide à leurs frères dans le malheur, d’acheter aux Vénitiens l’une des petites îles avoisinantes. Mais une remarque imprudente échappée un jour à un parent de Doña Gracia révéla leur secret. L’identité de Don Joseph et de sa tante fut connue. On découvrit que la famille Nassi-Mendez pratiquait clandestinement le judaïsme et nourrissait le projet de le faire ouvertement aussitôt qu’elle aurait passé la dernière frontière chrétienne.

Doña Gracia fut prise et jetée en prison. Tout ce qu’ils possédaient, elle et son neveu, fut confisqué. Toutefois, Don Joseph et le reste de la famille réussirent à fuir en direction de Ferrare où régnait le bon et noble duc d’Esté.

L’histoire de Doña Gracia et de Don Joseph, dès qu’elle fut connue, fit sensation dans les milieux influents de plusieurs pays. Le roi de France qui devait à la Banque Mendez une somme énorme déclara nulle sa dette. Il avait emprunté à des Chrétiens, dit-il, non à des Juifs. Suivant son exemple, d’autres notabilités qui avaient bénéficié de prêts substantiels de la Banque Mendez renièrent elles aussi leurs signatures.

Pour le moment, Don Joseph avait à faire face à des problèmes plus urgents. Il envoya à son ami Rabbi Moché Hamon, médecin personnel du grand sultan Soliman, un message où il le priait d’implorer le souverain afin qu’il délivrât Doña Gracia. Soliman vit aussitôt tout le parti qu’il pourrait tirer de l’affaire. Installer en Turquie tous ces nobles juifs s’accompagnerait d’un grand profit pour le pays. Il envoya un ambassadeur spécial à Venise pour demander la relaxe de Doña Gracia et la restitution de sa fortune ; faute de quoi il entreprendrait une expédition contre la République.

Le Conseil de Venise relâcha aussitôt Doña Gracia. Quant aux biens confisqués à la famille Mendez il ne lui fallut pas moins de deux ans pour se décider à les restituer. Entre temps tous les Mendez revenaient ouvertement à la foi juive et rejetaient leurs noms d’emprunt. Un grand nombre de Marranos qui s’étaient groupés autour d’eux suivirent leur exemple. Le duc, d’esprit libéral et plein de droiture, les protégea et s’opposa à l’extension jusque dans son pays de l’action odieuse de l’Inquisition. En 1552 la communauté entière que composaient les ex-Marranos frétèrent des navires et mirent le cap sur les rives hospitalières de la Turquie.

Une nouvelle vie commençait pour Don Joseph. Plus de « Don Juan Miguel » ou « Mendez » désormais ; il avait repris son vrai nom juif de Joseph Nassi. Il épouse sa cousine, la belle et la pieuse Reyna, la fille de sa tante Doña Gracia. Son activité de banquier international avait été interrompue depuis sa fuite d’Anvers. Il ne tarde pas à renouer avec les grands centres d’affaires qu’il connaissait si bien. En Turquie même, d’excellentes lettres d’introduction, auxquelles s’ajoutait son charisme personnel, lui ouvrent les portes les plus difficiles du pays, y compris celle de la cour du sultan Soliman.

Don Joseph Nassi en avait assez des affaires pleines de risques qui étaient le propre du travail bancaire. Il se mit au commerce, développant à tel point le mouvement d’importation et d’exportation que le sultan se rendit compte bientôt que le nouveau sujet qu’il avait accueilli méritait toute sa bienveillante attention. Don Joseph usa de son influence auprès du souverain pour aider ses frères qui enduraient de grandes souffrances du fait des persécutions qu’encourageait le pape Paul IV à Rome.

Une profonde amitié devait très vite unir Don Joseph et le prince Sélim, fils aîné du sultan. Quand Bayazhid, un fils plus jeune, commença à comploter pour la succession au trône, Nassi soutint Sélim. De plus, il réussit à persuader le sultan que seule était juste la cause de son fils aîné. Une guerre éclata entre les deux frères. Bayazhid fut vaincu et s’enfuit en Perse. Là, lui et ses fils furent assassinés, ce qui mit fin à la lutte pour le trône. La succession pouvait ainsi être facilement décidée par Soliman, alors en pleine possession de ses forces et maître incontesté de son grand empire.

Vainqueur, Sélim marqua sa gratitude à Don Joseph en le nommant membre de sa garde d’honneur. De plus, il obtint de son père que fût accordé à son ami le territoire entourant le lac de Tibériade en Terre Sainte, alors sous domination turque.

Don Joseph, qui avait toujours rêvé d’accomplir en faveur de ses frères persécutés un geste à la mesure de leurs souffrances trouvait enfin l’occasion d’agir. Il décide de faire de ce don du sultan un lieu de refuge pour les Juifs en quête d’un foyer. Il envoya un ami en qui il avait pleine confiance, Joseph ibn Adereth (un descendant de Rabbi Chlomoh ibn Adereth) à Tibériade avec mission d’y édifier une colonie juive. En même temps, il lança un appel à tous les Juifs persécutés d’Europe. Un groupe d’Israélites de Campanie y répondit avec joie. Ils vivaient en exil après avoir connu d’odieuses persécutions. On eût pu s’attendre à voir leurs ennemis, qui les accablaient de leur haine, les laisser partir, trop heureux de se débarrasser d’eux à si bon compte. Ils poussèrent, au contraire, la cruauté jusqu’à les empêcher d’émigrer. Néanmoins, nombreux furent ceux qui, par des moyens détournés, réussirent à prendre le chemin du refuge promis. Toutefois, les dangers que le voyage comportait pour des Juifs sans défense étaient multiples.

picture769

Les pirates en haute mer guettaient ; beaucoup tombèrent entre leurs mains et furent vendus comme esclaves. Tel fut le sort, par exemple, de cent deux Juifs de Pesaro qui voguaient à destination de Tibériade, qui furent capturés et faits prisonniers jusqu’à ce que la rançon fixée pour chacun d’eux fut payée. Don Joseph Nassi réussit à en libérer le plus grand nombre. Mais le succès de son entreprise fut gravement compromis par toutes sortes d’obstacles. La nécessité de pourvoir les nouveaux venus de moyens de subsistance en fut un. Don Joseph essaya de le surmonter en créant sur place une industrie de la soie. Dans ce but il fit planter des mûriers dont les feuilles constituent la nourriture des vers à soie. Une autre difficulté fut l’opposition d’un Cheikh arabe du voisinage qui allait prêchant que le projet mettrait en danger rien moins que l’Islam. Ces raisons ajoutées à plusieurs autres entraînèrent peu à peu l’échec de la grandiose tentative.

Le point culminant de la carrière diplomatique et commerciale de Don Joseph fut atteint quand son ami Sélim monta sur le trône à la mort de son père. L’un des premiers actes officiels du nouveau sultan fut de récompenser son fidèle ami juif pour ses services. Il le fit duc de l’île de Naxos et lui offrit en toute propriété quelques autres îles. Celles-ci étaient habitées par des Chrétiens grecs ; aussi Don Joseph ne fut-il pas enclin à y établir sa résidence. Il confia à un de ses amis le soin de gouverner ses possessions, et vécut dans le beau château Belvédère à Constantinople, capitale de l’Empire ottoman.

Don Joseph Nassi avait une grande influence sur Sélim II en dépit de l’obstruction systématique exercée par le grand vizir Sokolli. Originaire de Bosnie, c’était un homme dénué de scrupules qui faisait ce qu’il pouvait pour entamer la confiance qu’avait le sultan en son conseiller juif. Les dirigeants des pays européens ne tardèrent pas à se rendre compte de l’importance de Don Joseph dans le puissant empire du sultan et recherchèrent son amitié. Ainsi, l’empereur Maximilien II, désirant la paix avec le souverain turc, donna des instructions à son ambassadeur afin qu’il gagnât les bonnes grâces de Joseph. Non seulement ce dernier refusa tout cadeau qui risquait d’aliéner son indépendance, mais il accorda à l’ambassadeur un prêt à titre personnel.

Un autre monarque qui établit des relations amicales avec Don Joseph Nassi fut le roi Sigismond de Pologne. Grâce à cette amitié, ce dernier traita avec bonté ses sujets juifs.

Vint le jour où Don Joseph tenta de récupérer les sommes prêtées précédemment au roi de France. Celui-ci avait refusé de payer sa dette prenant prétexte du retour du banquier à la pratique ouverte de la foi juive. Le sultan Sélim autorisa Don Joseph à arraisonner tous les navires battant pavillon français et à saisir tous leurs chargements. Piqué au vif, le roi de France envoya à son ambassadeur l’ordre de comploter en vue de provoquer la chute de Joseph. Grandchamp, diplomate sans scrupules, faillit y réussir grâce à de hautes personnalités dont il avait pu acheter la complicité. C’était l’intrigue classique tendant à convaincre l’adversaire de haute trahison à l’égard du sultan. Don Joseph confondit ses ennemis en prouvant que toutes les accusations dont il fut l’objet étaient fausses. Son amitié avec le sultan en sortait renforcée.

La mort de Sélim II fut le point de départ des revers de Don Joseph. L’influence de Mohammed Sokolli, son ennemi mortel, fut prépondérante à la cour du nouveau sultan, le cruel Murat. Celui-ci n’avait plus besoin des services de Don Joseph qui se retira dans son beau palais de Belvédère pour consacrer sa vie à l’étude et aux actions charitables.

Don Joseph prodigua son aide à la Yéchivah de Constantinople fondée et soutenue par sa noble tante Doña Gracia. Il fit installer dans sa maison une imprimerie hébraïque qui permit la publication d’ouvrages importants. Il possédait une bibliothèque fort riche à laquelle avaient accès tous les érudits. Pour un grand nombre de ceux-ci, il fut un mécène d’une grande générosité.

Il écrivit en espagnol une défense de la religion juive. Un de ses protégés la traduisit en hébreu sous le titre de « Ben Porath Yossef ».

Quand Don Joseph Nassi, duc de Naxos, mourut à Constantinople en l’été de 1579, le monde juif tout entier le pleura. Un seul homme s’en réjouit, ce fut le sultan. Il confisqua l’immense fortune de celui qui avait consacré tant d’efforts non seulement pour le bien de ses frères, mais pour celui du pays. Sa veuve, la généreuse et pieuse Reyna, dut même quitter le beau palais, et l’imprimerie hébraïque disparut.

L’œuvre de toute une vie était ainsi interrompue. Mais le souvenir des grandes actions de Don Joseph et des honneurs qu’elles lui valurent demeura dans toutes les mémoires.

Source : http://www.fr.chabad.org/library/article_cdo/aid/1481886/jewish/Don-Joseph-Nassi-Duc-De-Naxos.htm

Sabbataï Tsevi partie 6 : L’excommunication de Sabbataï

Publié le

Shabbetai Tzvi  / Sabbetai - The False Messiah on the throne.Un incident éclata lorsque Sabbataï plongea dans une nouvelle phase d’illumination et poussa dix juifs à manger de la graisse de rognons en récitant :

« Béni sois-tu, ô Seigneur, qui nous permet ce qui est interdit ».

Cette attitude montre l’affirmation d’un messianisme révolutionnaire antinomiste (= qui ne respecte pas la loi) et symbolisent les nouvelles lois et commandements révélés à Sabbataï Tsevi depuis 1658. Sabbataï s’attaquait directement aux traditions sacrées de la loi et en abolissant les interdits comme l’inceste ou la fornication. En autorisant la transgression, Sabbataï brisait un tabou et incitait les autres à faire comme lui.

La reconnaissance du Messie dépendait du crédit accordé au Prophète et c’est ainsi que les rabbins devinrent les disciples de Sabbataï après que les plus éminents d’entre eux avaient interrogé Nathan et avaient admis que l’esprit reposait en lui. Les rabbins envoyèrent des lettres confirmant la prophétie de Nathan dans toutes la diaspora. D’autres rabbins accompagnèrent Nathan dans ses voyages et il leur demanda de prier sur les tombes d’anciens sages. Cependant, tous les rabbins n’avaient pas adhéré au sabbataïsme et Sabbataï fut excommunié par les rabbins de Jérusalem.

Jacob Tsemah, âgé de 80 ans, était l’autorité suprême en matière de Kabbale à Jérusalem et il s’opposa violemment au mouvement sabbataïste et réussi à réduire l’influence de Sabbataï à Jérusalem. C’est lui qui fut de ceux qui obligèrent Sabbataï à quitter la ville.

Les rabbins envoyèrent des lettres aux rabbins de Constantinople pour les avertirent du comportement de Sabbataï et ces derniers envoyèrent à leur tour ces lettres à Smyrne.

Si les adversaires de Sabbataï furent assez puissants pour le chasser de Jérusalem, ils ne purent arrêter le progrès du mouvement. La présence du « vrai » prophète dont les discours, contrairement aux actions de Sabbataï, étaient compréhensif par tous, pesait plus que l’excommunication décrétée par les rabbins.

Nathan avait réussi à expliquer les agissements étranges de Sabbataï mais ces explications ne s’adressaient qu’à une audience restreinte d’une élite kabbaliste adepte du lourianisme. Nathan affirmait que le comportement du Messie, aussi étrange que cela puisse paraître, était essentiellement un tiqoun (= acte de rédemption) d’une profonde signification mystique.