Camp David

Histoire de l’Egypte Partie 9 : La réconciliation avec les voisins arabes

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Ligue Arabe

La diplomatie de Hosni Moubarak envers les autres États arabes, est une diplomatie de la réconciliation. En effet, mise au ban des nations arabes après la paix avec Israël, l’un des objectifs majeures de Hosni Moubarak, va être de renouer avec les États arabes de la région malgré les désaccords. Cette volonté de réconciliation n’ira, toutefois, jamais à l’encontre de la paix avec Israël, que le président égyptien souhaite maintenir. La pseudo condamnation de l’intervention Israël au Liban en 1982, à permis à Hosni Moubarak d’asseoir sa légitimité en tant qu’État incontournable de la région. 

Pour renouer avec ses voisins, l’Égypte va envoyer des délégations de diplomates qui font l’aller-retour entre les différentes capitales arabes. Des accords commerciaux ainsi que des échanges dans les domaines sportifs et artistiques sont une première approche du président égyptien en vue d’une réconciliation. Hosni Moubarak va s’investir dans la résolution des conflits au Moyen-Orient et ce tout au long de règne dans le but de faire de l’Égypte le leader des États de la région. Elle va soutenir l’Irak de Saddam Hussein contre l’Iran chiite, elle va émettre des réserves quand à l’assassinat d’un diplomate israélien à Londres qui serait imputé à l’OLP de Yasser Arafat (et qui servira d’excuse à Israël pour envahir le sud du Liban). Elle prendra la défense des palestiniens lors de la première Intifada en 1987, jugeant la répression israélienne disproportionnée. Ces prises de positions vont aboutir à des tensions avec Israël, ainsi qu’un gel des pourparlers sur la résolution du conflit israélo-palestinien. Cette stratégie était voulue pour le président égyptien pour marquer son retour au sein du camp arabe malgré son souhait de ne pas vraiment tourner le dos à Tel-Aviv.

En effet, l’objectif de la diplomatie égyptienne est de soutenir les palestiniens les plus modérés pour qu’ils reconnaissent Israël comme État souverain. Cette position est calquée sur les revendications américaines qui exige que les palestiniens reconnaissent Israël, mettent fin à leur actes « terroristes » en contre partie de la reconnaissance américaine de l’OLP. En 1989, l’Égypte réintègre son siège au sein de la Ligue Arabe. Mais le retour définitif de l’Égypte au sein du concert des nations arabes se fera à partir de la première guerre du Golfe.

Histoire de l’Egypte Partie 8 : La stratégie américaine en Égypte

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Depuis les accord du camp David, les Etats-Unis ont mis toutes les chances de leur côté pour faire de l’Égypte un allié dans la région. En effet, sous Anouar al-Sadate, l’Égypte fût le premier pays arabe à faire la paix avec Israël, quand bien même la population n’était pas en accord avec son dirigeant. C’est pourquoi les Etats-Unis vont profité de cette opportunité pour conserver cette ouverture en aidant économiquement l’Égypte.

De 1975 à 1991, les Etats-Unis ont investi dans le pays 17 milliards de dollars, il s’agit du plus grand programme d’aide depuis le plan Marshall, qui avait servi à la reconstruction de l’Europe après la seconde guerre mondiale. De plus, 20 milliard de dollars sont accordés à l’Égypte pour permettre l’achat d’armes américaines. Pour l’Égypte, le soutient des Etats-Unis permet d’obtenir une stabilité régionale mais aussi sur le plan internationale. Pour les américains, cette collaboration permet de garantir la paix égyptienne avec Israël, d’entretenir des contacts dans le domaine du renseignement militaire mais aussi de s’implanter dans la région. Implantation qui lui permettra d’influencer les pays arabe dit « modérés », ainsi que la mainmise sur le pétrole et les bases militaires égyptiennes.

Les accords de Camp David étaient une alliance militaire entre les Etats-Unis, Israël et l’Égypte car une fois débarrassé d’une possible attaque au niveau de sa frontière avec l’Égypte, Israël s’est concentrée, dès 1982, sur sa frontière nord avec le Liban pour détruire les infrastructure de l’OLP palestinien. Le soutien américain à l’Égypte a créer une double dépendance : la première celle de l’Égypte par rapport aux dollars américains injectés chaque année dans son économie et la seconde celle des Etats-Unis, qui reste dépendant de cette injection de liquidité pour maintenir un équilibre régionale en assurant la paix avec Israël et en cassant l’unité arabe. Cette stratégie a permis aux Etats-Unis de trouver une relais à l’influence saoudienne qui s’affaiblit peu à peu au fil des années.

Cette situation s’illustre à plusieurs reprises, à commencer par l’attaque d’Israël au Liban, qui sera condamnée par l’Égypte mais sans interventions militaire de sa part, bien qu’Israël n’ai pas respecter les accords du Camp David qui stipulaient que tout conflit devant être résolue par des moyens pacifiques. De leur côté, les Etats-Unis continue à utiliser leur veto pour protéger Israël.

Histoire de l’Egypte Partie 6 : Anouar al-Sadate

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Anouar al-Sadate

Anouar al-Sadate est désigné président de la République égyptienne le 5 octobre 1970. Il hérite de la situation catastrophique laissée par Gamal Abdel Nasser : le pays est endetté, la situation « ni guerre, ni paix » avec Israël étouffe le pays. Anouar al-Sadate décide de faire bouger les choses en provoquant un conflit avec Israël. Obtenir une victoire et une défaite importe peu, ce qu’il veut c’est avoir accès à des négociations, ce qu’Israël lui refuse. Sadate va faire part de son plan au roi Fayçal Ibn ‘Abdel ‘Aziz al-Saoud qui lui apporte son soutient. Sadate va s’allier avec le président syrien Hafez al-Assad mais se cache bien de lui dévoiler ses plans car Hafez al-Assad souhaite une guerre totale contre Israël dans le but de récupérer le Golan et les terres arabes occupés par le colonisateur israélien.

Le 7 octobre 1973, la coalition syro-égyptienne attaque Israël par surprise alors que les israéliens célèbrent Yom Kippour et fort de leur intervention militaire lors de la Guerre des Six Jours, Israël ne s’attend pas une nouvelle attaque des pays arabes. L’attaque se situe sur deux fronts :

  1. L’armée égyptienne attaque les position israélienne au niveau du canal de Suez.
  2. L’armée syrienne pénètre dans le plateau du Golan.

Les armées arabes avancent de manière fulgurante et l’armée israélienne est dépassée car mal préparés mais aussi parce que les soldats arabes sont mieux entraînés et mieux équipés que lors de la Guerre des Six Jours. L’armement moderne a été fournie par l’URSS, ce qui permet aux armées arabes de faire des dégâts dans le camps adverses mais une fois les israéliens repoussée du canal de Suez, Anouar al-Sadate demande à ses troupes de stopper son avancée. Son objectif était simplement d’obtenir des négociations avec Israël et non pas une guerre totale. Cette attitude va permettre à Israël de se ressaisir et va concentrer l’essentiel de son armée contre la Syrie qui perd tout le terrain qu’elle a réussie à conquérir jusqu’ici au point où Damas risque d’être prise par les israéliens. Israël riposte aux égyptiens en contournant le Sinaï par voie maritime et débarque en Égypte. Ils finissent par encerclé l’armée égyptiennes stationnée de l’autre côté du Canal de Suez. Sadate demande un cessez-le-feu, mais Israël refuse mais ils seront forcés d’accepter car craignant une intervention de l’URSS, allié de la Syrie et de l’Égypte, les États-Unis les menacent de suspendre leur aide, ainsi que le pont aérien qui les ravitaillent sans quoi ils auraient déjà perdu la guerre.

Sadate obtient ce qu’il souhaite : des négociations avec Israël. Un accord de paix est signé et permet à Sadate de sortir de l’étouffant « ni paix ni guerre » et reprendre le contrôle du canal de Suez. L’accord met aussi en place une zone tampon, contrôlée par l’ONU, entre l’Égypte et Israël.

Anouar al-Sadate libère les membres des Frères Musulmans qui ont été incarcérés par Nasser, dont le frère de Sayyid Qotb : Mohammed Qotb. Ce dernier s’exile en Arabie Saoudite où il mourra le 4 avril 2014. Le leader de la confrérie Hassan al-Hudaybi est libéré en 1971 mais il mourra en 1973. Il sera remplacé par ‘Omar al-Tilmisani qui suit les traces de Hassan al-Hudaybi. La confrérie est de nouveau refondée de manière officielle en 1974 mais Sadate ne légalise pas la confrérie qui est toujours interdite mais tolérée. Les Frères Musulmans qui étaient exilés retournent en Égypte. Sadate souhaite utiliser la confrérie comme contre poids au communisme après avoir pris ses distances avec l’URSS pour se rapprocher des Etats-Unis sous l’impulsion du roi Fayçal Ibn ‘Abdel ‘Aziz al-Saoud. ‘Omar al-Tilmisani condamne violemment les groupes islamiques qui cherchent à prendre le pouvoir par la force et non pas comme le souhaitait Hassan al-Banna, c’est-à-dire par l’éducation graduelle de la société en commençant par les individus. Il vise par là directement les musulmans qui se réclament de Sayyid Qotb. La confrérie se met volontairement en retrait pour ne pas s’attirer les foudres de Sadate.

En 1977, le président américain Jimmy Carter décide de mener des négociations de paix entre la Syrie, l’Égypte et Israël. Pour se faire, il rencontre les différents présidents des pays concernés. Le président israélien, Menahem Begin, est prêt à rendre le Sinaï à l’Égypte mais refuse de rendre la Cisjordanie aux palestiniens. En novembre 1977, Sadate se rendit en Israël sur invitation de Begin, ce fut le premier président arabe à se rendre en Israël se qui mis un terme à l’unité arabe contre l’entité sioniste.

Anouar al-Sadate, Jimmy Carter et Menahem Begin (Camp David)

En 1978, les Accords de Camp David furent signés. Ces accords permirent à l’Égypte de reprendre possession du Sinaï dès 1979, ainsi qu’une garantie de libre passage vers la Jordanie. Israël obtient en contre parti une normalisation de la diplomatie israélo-égyptienne et la liberté de passage sur le Canal de Suez et le détroit de Tiran. Les deux pays se mirent d’accord pour ne plus approcher leur armées respectives de leur frontières communes. Suite à cet accord, L’Égypte perdit le prestige construit par Nasser et fut exclu de la Ligue Arabe en 1979. Les Frères Musulmans, qui jusque là avaient éviter de s’attirer les foudres de Sadate, critiquèrent les Accords de Camp David.

Ayman al-Zawahiri

En 1977, le groupe Jihad Islamique est créer par la branche qotbiste des Frères Musulmans. Leur objectif est de remplacer le gouvernement mécréant d’Égypte par un Califat où la shari’a serait appliquée. L’objectif est aussi de lutter contre les États-Unis et Israël. En 1977, le groupe assassine le ministre des Waqf. En 1979, Ayman al-Zawahiri, futur bras droit de Oussama Ben Laden et actuelle numéro un d’Al-Qaïda, rejoint le groupe Jihad Islamique. Il avait la charge de l’organisation et du recrutement.

En 1981, des affrontements entre chrétiens et musulmans ont lieu au Caire et Sadate fait arrêter 1500 personnes, aussi bien des chrétiens que des musulmans mais aussi des nasséristes, des communistes et des féministes. La crise économique touche durement le pays, ce qui fait que Sadate perd le soutient du peuple.

Le 6 octobre 1981, lors de la commémoration de guerre de Kippour, Sadate est assassinés en plein défilé par Khalid Islambouli, un officier faisant parti du groupe Jihad Islamique et dont le frère, Mohammed Islambouli, avait été incarcéré un mois plus tôt par le gouvernement. Un fatwa ordonnant la mise à mort de Sadate avait été émise par le Cheikh ‘Omar Abdel Rahman qui sera arrêté, ainsi que Ayman al-Zawahiri. Ces derniers seront relâchés faute de preuves mais Khalid Islambouli sera exécuté le 15 avril 1982. Son frère Mohammed Islambouli réussi à s’enfuir en Afghanistan où il deviendra un membre important de la résistance islamique. De même après avoir été relâché, le Cheikh ‘Omar Abdel Rahman et Ayman al-Zawahiri partent en Afghanistan rejoindre Oussama Ben Laden et ‘Abdallah ‘Azzam.

Aucun présidents arabes n’assistèrent aux funérailles de Sadate. Cependant, les anciens présidents américains Gerald Ford, Jimmy Carter et Richard Nixion étaient présent mais le président en fonction, Ronald Reagan, évita d’y participer pour des raisons de sécurités. Le 13 octobre 1981, le vice-président Hosni Moubarak devient le nouveau président de la République.

Khalid Islambouli