Al Azhar

Histoire de l’Egypte Partie 11 : Les Frères Musulmans sous Hosni Moubarak

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Farag Foda (1945/1992)

Ne pouvant pas agir sur le terrain politique, les Frères Musulmans vont investir les syndicats professionnels comme la médecine, les pharmaciens, les ingénieurs, les avocats et les scientifiques. Il vont toutefois essayer d’influencer la politique du pays mais de manière discrète. ‘Omar al-Tilmisani fait l’éloge de Hosni Moubarak lors de son entré en fonction. En 1984, l’organisation passe une alliance avec le Parti Wafd et obtiennent huit députés au Parlement. Le leader des Frères meurt le 22 mai 1986, il est remplacé par Mohammed Abou al-Nasr. Ce dernier suit la même politique que son prédécesseur et en 1987, il passe une alliance avec le Parti des Libéraux et le Parti du Travail et 36 députés appartenant à la confrérie sont élus. Ils demandent la révision de la Constitution, l’annulation de l’état d’urgence, des élections libres, ainsi que l’application de la shari’a. 

Le 8 juin 1992, l’écrivain laïque Farag Foda est assassiné par deux membres du groupe jihadiste al-Jama’ah al-Islamiyah, fondée par Cheikh ‘Omar Abdel Rahman et Cheikh Abd al-Hamid Kishk, et dont le but était de renverser le régime pour le remplacer par un État Islamique. Le mouvement est fortement influencer par Sayyid Qotb. Le grand Cheikh d’al-Azhar, Jadd al-Haqq, avait émit une fatwa stipulant que Farag Foda et d’autres écrivains laïques étaient des ennemis l’islam. Le groupe al-Jama’ah al-Islamiyah a fait référence à cette fatwa lorsqu’il a revendiqué l’assassinat. Farag Foda avait notamment maudit le Prophète Mohammed (Sala Llahou Aleyhi wa Salam) et ses épouses.

Nasr Abou Zayd (1943/2010)

De son côté le Cheikh Youssef al-Badri déclare un jihad intellectuel contre tous ceux qui attaquent l’islam et pour cela, il fonde le Front de la Hisbah. La Hisbah est une institution religieuse qui contrôle la bonne application de la shari’a. Elle fut créer par le Calife ‘Omar Ibn al-Khattab (Radia Llahou Anhou). Le Front de la Hisbah va s’en prendra notamment à Nasr Abou Zayd qui a écrit le livre « Le Concept du texte » où il réinterprète le Coran avec une vision humaniste. Il est attaquer en justice pour apostasie, ce que le tribunal confirme. Il est dans l’obligation de divorcer pour respecter la shari’a car un mécréant ne peut épouser une musulmane. Le groupe Jihad Islamique déclara que Nasr Abou Zayd devrait-être exécuté pour apostasie. Ce dernier fut mis sous protection policière mais se dernier refusa. Le 23 juillet 1995, il quitta l’Égypte avec sa femme et se rendit aux Pays-Bas.

Quelques cheikhs de l’université d’al-Azhar se joignent aux attaquent du Front de la Hisbah. C’est ainsi que Ahmed Sohby Mansour fut renvoyé par al-Azhar. Ce dernier fait parti de la secte des coranistes, une secte qui ne reconnaît que le Coran et rejette la Sunna du Messager d’Allah (Sala Llahou Aleyhi wa Salam). Il travaillait avec Farag Foda pour établir un nouveau parti politique du nom de Mostakbal. Un parti qui avait pour but de mettre en place un État laïque et démocratique mais aussi de défendre les coptes d’Égypte. L’Université d’al-Azhar le renvoya pour avoir renier la Sunna et écopera d’une peine de six mois de prison.

Ahmed Sohby Mansour (1949/????)

Les Frères Musulmans se gardent bien d’intervenir pour condamner les intellectuels laïques. Toutefois, le Cheikh Mohammed al-Ghazali, prend la défense des assassins de Farag Foda en affirmant que se dernier était un ennemi de l’islam. Une nouvelle vague d’arrestations va frapper la confrérie peu avant les élections de 1995 et le siège de l’organisation sera fermé.

Cheikh Mohammed al-Ghazali(1917/1996)

Une fracture entre les générations se fait sentir au sein de la confrérie, l’ancienne génération qui a connu Hassan al-Banna, les persécutions de Nasser et Sadate leur font adopter une position de prudence et de défense de la confrérie. Fidèles à Hassan al-Banna en ce qui concerne l’éducation de la société en commençant par l’individu, puis la famille, la société jusqu’à la création d’un État islamique. La génération intermédiaire est plus portée vers la politique et est prête à remettre en cause la shari’a pour une réelle démocratie. Enfin, la nouvelle génération est adepte de la démocratie. Cette génération se reconnaît à travers le secrétaire général de l’Union médicale arabe, le Dr. Abou al-Foutouh qui, lors d’une interview en mai 2004, annonce qu’il est favorable pour l’instauration d’une démocratie qui se soit pas liée à l’Islam et que le président de la République ne doit pas forcément être un musulman, ni un homme. Il fait parti de l’aile « ouverte » des Frères Musulmans*.

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* Autrement dit aux ennemis de l’Islam qui se cachent sous les traits du musulman pour corrompre la communauté car Islam et démocratie sont incompatibles. Et nous ne parlons pas du fait que la démocratie est une religion à par entière comme toute les idéologies modernes, ce qui revient à dire que celui qui adopte la démocratie est un apostat car seul le système qu’Allah a mis en place à travers le Coran et la Sunna est valable, le reste n’est qu’innovations et égarements d’Iblis le maudit.

Histoire de l’Egypte Partie 10 : Les relations entre l’Iran et l’Égypte

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Depuis les temps anciens, l’Égypte et la Perse (Iran) représentaient deux civilisations qui étaient en concurrence. Avec la conversion à l’Islam suite aux invasions arabes et à la conversion au chiisme de l’Iran, ces deux rivaux sont devenu deux pôles d’enseignement et de culture opposé dans la région. L’Égypte avec l’Université sunnite d’al-Azhar* et l’Iran, centre de l’enseignement chiite duodécimain. 

Après la révolution chiite en Iran en 1979, l’Égypte accueille le Chah Mohammad Reza Pahlavi en fuite. Suite à cela, et aux relations amicale entre Anouar al-Sadate et le régime du Chah, l’Iran de Rouhollah Moussavi Khomeini va entretenir des relations conflictuelles avec l’Égypte. De son côté, l’Égypte redoute que la révolution chiite ait un effet positif sur les volontés des groupes islamiques jihadiste (sunnite) de prendre le pouvoir par la force. Cette crainte sera celle de toutes les nations arabes et ce confirmera avec l’assassinat du président Anouar al-Sadate en 1981.

Le soutien de l’Égypte à l’Irak de Saddam Hussein lors de la guerre Iran/Irak est le résultat de plusieurs intérêts qui se croise, dont l’une est la dissolution que cette idée de révolution ne s’exporte chez elle. En 1984, l’Égypte accuse l’Iran et la Libye d’avoir poser des mines maritime dans la mer rouge et le golfe de Suez, et serait responsable de la destruction de 14 navires. Après l’enquête, l’Égypte découvre que l’acte a été financé par l’Iran et rompt immédiatement toute relations diplomatiques avec elle. A la fin de la guerre Iran/Irak en 1988, l’Égypte est soucieuse de la libération des soldats égyptiens combattants aux côté de l’Irak mais du vivant Khomeini, aucun gestes ne sera fait de la part de l’Iran. Toutefois, à la mort de ce dernier, l’Iran adoptera une politique de rapprochement avec les états de la région.

La guerre du Golfe fût une aubaine pour l’Iran, qui non seulement retire des bénéfices de l’augmentation de la vente du pétrole lors de l’embargo qui touche l’Irak, mais aussi parce la coalition menée par les Etats-Unis accomplissent ce qu’elle n’a pas pu faire durant les huit ans de guerre contre l’Irak. De plus, cette intervention permet d’affaiblir Saddam Hussein sur le plan militaire, lui qui possédait l’armée la plus puissante et la plus moderne de la région suite à la vente d’armes par ses anciens alliés occidentaux.

En décembre 1991, le président iranien Hashemi Rafsanjani se rend en visite officiel au Soudan. Ce pays avait soutenu l’Irak lors de la guerre avec l’Iran mais avait accueilli le dirigeant iranien avec ferveur dû au discours révolutionnaire suite aux mesures punitives prises par l’Arabie Saoudite et la coalition à son encontre. Cette possible présence iranienne au Soudan sur le long terme a irrité grandement l’Égypte car ces deux États ont une histoire commune très ancienne et sont reliées par la vallée du Nil. Hosni Moubarak considère ce rapprochement comme une menace pour ces intérêts, surtout que l’Iran n’hésite pas à financer des groupes jihadistes sunnites comme le Front Islamique du Salut (FIS) en Algérie ou encore al-Nahda en Tunisie. L’Égypte se sent ainsi encerclée par l’Iran.

Pour restreindre l’invention occidentale et celle de l’Iran dans le Golfe, l’Égypte décide de convaincre d’autres nations arabes de prendre en charge leur propre sécurité. C’est ainsi que l’Égypte décide, en 1992, l’envoi d’une partie de ses forces en Arabie Saoudite pour protéger la région face au régime chiite, qui souhaitait le contrôle et la maîtrise maritime du Golfe.

 

 

Histoire de l’Egypte Partie 10 : La position de l’Égypte lors de la première guerre du Golfe

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Une semaine avant l’invasion de l’Irak, dirigé par les Etats-Unis, le Congrès américain propose d’annuler la dette égyptienne en contre partie de la non intervention de Hosni Moubarak aux côtés de Saddam Hussein. A ce moment, l’Égypte est le pays le plus endetté du tiers-monde avec 60 milliards de dollars de dettes et une populaire qui s’accroît de jour en jour. Cette annulation tombe à pique pour le président égyptien. Ajoutons à cela qu’une grande partie de la population ne souhaitait pas soutenir une une nation arabe (Irak) contre une autre nation arabe (Koweït).

Les savants de l’Université Al-Azhar soutiennent la décision de Moubarak et délivrent une fatwa sur mesure à l’Arabie Saoudite pour demander la protection d’une armée non musulmane. Une seconde fatwa sera édictée à l’encontre de l’Irak, qui est accusée d’avoir déviée de la loi islamique pour avoir pris les armes contre une autre nation musulmane. Ils prennent toutefois garde à ne pas définir de manière précise les critères qui rendent un chef d’État, un régime politique mécréant, de peur que cela se retourne contre eux. Le 21 août 1990, Al-Azhar lance un appel pour combattre l’injustice du dirigeant irakien et que tout bon musulman ce doit de répondre à cet appel.

Le guide des Frères Musulmans se prononce en défaveur de l’intervention armée contre l’Irak et dénonce la participation d’Israël au sein de la coalition menée par les Etats-Unis. Il affirme que bien que Saddam Hussein ait commis des actes répréhensibles, il n’en demeure pas moins que les irakiens sont des musulmans et que tout les États arabes se doivent de ne pas soutenir l’effort de guerre au profit des Etats-Unis et d’Israël. Il appel donc tous les musulmans à ne pas se battre aux côtés des sionistes contre « nos frères et sœurs musulmans d’Irak ».

Outre le financement américain, la cause de l’opposition à Saddam Hussein est le refus de l’Égypte de perdre son rôle de leader du monde arabe. En effet, après la victoire du président irakien face à l’Iran, ce dernier est vu comme un héros dans le monde arabe. Hosni Moubarak travaille depuis une décennie déjà pour que l’Égypte puisse renouer avec le monde arabe et ainsi retrouver sa place de leader. Or, l’émergence d’un nouveau leader adulé par les populations arabes à contrarié ses projets. Ainsi, pour bloquer toute possibilité expansionniste de l’Irak, l’Égypte se positionne comme défenseur du Koweït, un État « frère ».

Avec la victoire de la coalition dirigé par les Etats-Unis, l’Égypte sort grande gagnante malgré les conséquences désastreuses sur son économie. Elle est débarrassée de son rival Saddam Hussein et peut ainsi retrouver sa place de leader dans le monde arabe. La connaissance du dossiers par les ambassadeurs égyptiens en poste dans les différentes capitales des nations arabes leur a été d’une grande aide dans la gestion du conflit, ce qui a été apprécié par ces États. Ces derniers reconnaissent l’utilité de ces ambassadeurs, ce qui augmentera le prestige de l’Égypte et une reconnaissance de son rôle incontournable dans la gestion des crises dans la région.

Histoire de l’Egypte Partie 7 : L’accession au pouvoir de Hosni Moubarak et la métamorphose des Frères musulmans

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Hosni Moubarak

La première action de Hosni Moubarak est de décrété l’État d’urgence suite à l’assassinat d’Anouar al-Sadate. Il tente de s’allier à l’opposition politique et aux savants de l’université d’Al-Azhar contre les moudjahidin. Face aux résultats mitigés obtenu lors de sa tentative d’alliance contre ces derniers, il fait libéré des détenus politiques et religieux à la condition que ces derniers le soutiennent dans sa démarche. Il ira jusqu’à libéré progressivement 1536 détenus musulmans pour décrispé la vie politique du pays. Il fait savoir à Israël qu’il maintiendra la politique de normalisation entre les deux États, qui avait initié par son prédécesseur. Les Etats-Unis s’empressent alors de soutenir son nouvel allié, à la fois politiquement, économiquement et militairement.

Les premières années de son mandat, il va lutter prioritairement contre les musulmans qui complotent contre le gouvernement et ses intérêts. C’est dans cet optique qu’il condamne à mort tous les musulmans qui sont responsables de l’assassinat d’Anouar al-Sadate.

En 1982, les organes de presse des Frères musulmans sont saisis puis détruits et la distribution de ses publications sont interdites sur tout le territoire. Comme Anouar al-Sadate, Hosni Moubarak va utiliser la politique de la carotte et du bâton avec les Frères musulmans. Cette politique consiste à relâcher la pression de temps en temps pour l’utiliser comme catalyseur à la colère populaire contre Israël et la politique américaine dans la région. Mais il n’hésite pas à resserrer les boulons lorsque ces derniers s’en prennent au régime.

Les Frères musulmans vont donc changer de stratégie et opérer une véritable métamorphose. D’abord au niveau physique, ils vont adopté le costume à l’occidentale et raser leur barbes pour se faire accepter par la population locale. Ils se présentent comme musulmans démocrates et affirment qu’ils ont abandonnés leur projet d’un État musulman. Leur logo qui contenait deux sabres à été changé et contiennent, dorénavant, deux mains dans laquelle se trouve une pousse verte qui prends racine. Enfin, ils décident de ne plus combattre le régime de Hosni Moubarak de manière frontale.

Le régime quant-à lui est préoccupé par la présence des Frères musulmans dans plusieurs secteurs professionnelle (ingénieurs, pharmaciens, avocats, etc…) mais tolère leur activités dans un cadre officiel, ce qui lui permet de mieux les contrôler.

Au début des années 90, les Frères musulmans vont se présenter comme respectueux de la démocratie et vont faire leur entrée dans le champs politique égyptien. Ce revirement politique a été voulu par la nouvelle génération mais a été accepter avec très peu de convictions par les anciens membres de l’organisation.

En 1996, 17 membres de la nouvelle génération des Frères musulmans vont demander la création d’un nouveau parti politique nommé Al-Wassat (le Centre). Les fondateurs du parti vont reprocher aux Frères musulmans leur manque de modernité, l’absence d’ouverture socio-économique et leur archaïsme et propose une vision nouvelle qui serait basée sur les acquis du passé tout en répondant aux défis du XXIe siècle. Bien qu’étant en faveur de la démocratie, le parti ne verra pas vraiment le jour et les fondateurs seront déféré devant la Haute Cour Militaire.

Anâ-Muslim : Biographie de Mohammed Qutb

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بسم الله الرحمن الرحيم

Au nom d’Allah, Le Tout-Miséricordieux, Le Très-Miséricordieux

Celui qui est considéré comme l’un des plus grands penseurs et théoriciens musulmans du XXe siècle nous a quittés ce Vendredi 04 Avril 2014. Il est décédé à l’âge de 95 ans dans la ville de Djeddah en Arabie, sa dernière domiciliation étant le quartier Al ‘awaali à la Mecque.

C’est à Dieu que nous appartenons et c’est à Lui que nous retournons.

Quelques éléments de sa vie :

Muhammad Qutb ou de son nom complet Muhammad Qutb Ibrahim Ash-shadhli, est né en 1919 en Egypte, dans la localité de Moucha, province d’Asiout.

Milieu familial

Son père est Qutb Ibrahim Ash-shadhli, agriculteur dans la région d’Asiout et sa mère est Fatima Uthman qui, elle, est issue d’une famille plongée dans la science. En effet, les frères de cette dernière furent formés à l’Université Al Azhar. L’un d’entre eux, Ahmad Hussein Al Mouchi devint connu pour ses talents littéraires d’écrivain et de poète, et s’est aussi investi dans le journalisme et la politique. C’est ainsi que Fatima fut influencée par son milieu familial et resta attachée toute sa vie au savoir et à la culture.

Enfance, formation et cheminement

Fatima envoya ses deux fils, Sayyed et Muhammad, au Caire pour leur instruction. Muhammad y fit toutes ses études, primaire et secondaire pour ensuite rejoindre l’université du Caire où il se spécialisa dans la langue et la littérature anglaises. Il en sortit diplômé en 1940. Il rejoignit ensuite l’Institut supérieur de formation des enseignants d’où il reçut un diplôme en éducation et psychologie.
Son frère Sayyed, le célèbre penseur musulman, de 12 ans son aîné, s’occupa de le former, l’orienter et le cultiver. Il fut plus qu’un frère pour lui, un éducateur et un ami.

Muhammad dit au sujet de son frère : « J’ai vécu les idées de Sayyed sous tous leurs aspects depuis l’âge de conscience. Quand j’atteins le niveau du secondaire, il m’invitait à participer à tous les domaines de sa réflexion en me donnant l’occasion de discuter de sujets variés. C’est pourquoi, en plus du fait que nous étions frères ayant grandi dans la même famille, nos personnes et nos pensées ont fusionné à un grand degré ».

Au sujet de l’influence de son oncle maternel, il dira : « Notre présence aux côtés de notre oncle, qui était impliqué dans ses activités politique, littéraire et journalistique, a contribué clairement à notre orientation – mon frère et moi – vers la littérature et la poésie, et a généré notre inclination vers la lecture et la recherche de savoir. Bien qu’il fût proche d’Al Aqqad [1], nous avons été irrésistiblement influencés par sa pensée et ses aptitudes littéraires, et l’impact sur mon frère fut plus grand encore du fait qu’il lui tint compagnie plus longuement, et qu’il collabora avec lui dans l’écriture et la critique littéraire en particulier. […] ». Il finit par expliquer que trois auteurs, Al Aqqad, Ibrahim Al Mazini [2] et Taha Hussein [3], ont eu un grand impact sur lui dans le sens où il a appris dans leurs travaux la patience dans l’analyse des idées en profondeur loin de toute superficialité, et la précision dans l’expression écrite.
[*]

Emprisonnement et épreuves

Muhammad Qutb fut arrêté en 1954, peu de temps après son frère Sayyed. Ces arrestations rentraient dans le cadre de la répression du régime nassérien contre les Frères Musulmans. Les frères furent incarcérés dans la même prison militaire mais séparés tout le temps de leur incarcération. Muhammad fut relâché après un court séjour tandis que Sayyed demeura entre les mains des bourreaux près de 10 ans.
A propos de cet événement, il dit : « L’épreuve de la prison militaire m’a profondément marquée car c’était la première fois que je fis face à quelque chose de ce genre. Elle était d’une telle violence et d’une telle virulence qu’elle engendra un changement radical en moi, au moins sur certains aspects de ma personnalité. Auparavant, je vivais dans la bulle de la littérature, de la poésie et des sentiments attristés, je souffrais d’une confusion profonde. […] Et cette confusion constituait une crise profonde en mon for intérieur. Mais dès les premières minutes après mon entrée dans cette prison, et l’effroi qu’on y rencontre, tout ceci m’a complètement changé. J’ai alors senti que j’existais vraiment et que ce qu’il y a en moi est vrai et non une illusion. Cette vérité qui s’est révélée, c’est celle du cheminement dans le sentier de Dieu et le fait d’agir pour Son appel, c’est le fait que celui qui emprunte ce sentier n’est pas perdu mais c’est plutôt lui le guidé ».

Il explique ensuite qu’après avoir été libéré, il dut assumer la charge de la famille que son frère Sayyed supportait auparavant, jusqu’à la libération de son frère en 1964. Il dit ensuite que malgré la joie procurée par cette libération, il n’était pas tranquille car il sentait ce qui se tramait contre eux comme intrigues, et que le pire était à craindre. Et effectivement, en 1965, ils furent tous deux de nouveau arrêtés. Son frère ne sortira plus jusqu’à sa pendaison tandis que lui ne sortira qu’en 1971. Dans la cadre des purges, le fils d’une de leurs sœurs mourut sous la torture, tandis que les trois sœurs des frères Qutb, dont la mère du martyr précité, furent elles aussi incarcérées. La plus jeune des sœurs fut torturée puis condamnée à 10 ans de prison.

Il synthétise cette épreuve en disant : « Nous subîmes tous une campagne féroce d’abus et de violations qu’un être humain ne peut imaginer. Tout ceci fait partie d’une guerre qui s’est abattue sur l’Islam et menée par procuration, sous l’égide de la croisade mondiale et du sionisme international, par des créatures portant des noms musulmans. »

Enseignement et production intellectuelle

Après sa libération, Muhammad Qutb, profitant de la conjoncture de l’époque, alla en Arabie où il enseigna dans les facultés, en particulier la faculté d’Umm Al Qura à la Mecque. Et depuis cette époque jusqu’à sa mort, il fut très actif dans le domaine de la pensée, l’écriture, l’enseignement, l’intervention dans des séminaires et des conférences. Il dirigea plusieurs travaux de recherche d’étudiants, des doctorants en particulier.

Il a développé toute une analyse sur la prédication islamique et son rôle dans le changement de la situation des musulmans et il n’a eu de cesse de traiter les problèmes contemporains auxquels les musulmans sont confrontés.

Outre ces cours et conférences, il est l’auteur de près d’une quarantaine de livres écrits sur plusieurs décennies. Les plus connus étant waaqi’unal mu’aassir (notre situation contemporaine), madhahib fikriya mu’aassira (courants de pensée contemporains), El musslimun wal ‘awlama (Les musulmans et la mondialisation), Mafaahim yanbaghi an tussahhah (Des compréhensions [erronées] qu’il faut corriger), etc.

On peut dire qu’il a formé ou influencé plusieurs générations d’intellectuels, de penseurs, d’étudiants et de lecteurs.

Un des derniers grands mastodontes de la pensée musulmane vient de s’éteindre. C’est toute une génération qui nous dit adieu.

Référence : tiré d’une biographie succincte du penseur sur son site officiel :http://mqutb.wordpress.com/about/
Une biographie plus détaillée est disponible en arabe dans le deuxième tome du livre du Pr Muhammad Mejdhoub « Des savants et des penseurs que j’ai connu » (‘Ulama wa mufakkirin ‘araftouhoum)

Notes :

[1] Abbas Mahmud Al Aqqad, écrivain égyptien, 1889-1964.
[2] Ibrahim Al Mazini, écrivain, poète, nouvelliste, journaliste égyptien, 1889-1949.
[3] Taha Hussein, écrivain et intellectuel égyptien, 1889-1973.

[*] Et ceci en dehors de tout héritage idéologique. On connaît par exemple la critique sévère de Muhammad Qutb (dans plusieurs de ses ouvrages) des idées que Taha Hussein professait durant une grande partie de sa vie, notamment du cheminement de T.Hussein aux côtés d’orientalistes.

Source : Anâ-Muslim