Aissam Aït Yahya

Comprendre le fiqh de la destruction de l’Islam – Du fiqh al aqaliyyat au fiqh des moustad’afines (du fiqh des minorités au fiqh des faibles) – Partie 1

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بسم الله الرحمن الرحيم

Au nom de Dieu, Le Tout-Miséricordieux, Le Très-Miséricordieux

 

Première partie (I) : l’opposition à la vision islamique de l’espace mondial

Dans toute démarche pertinente visant à déterminer les causes d’un problème, il y a souvent une analyse interne et une analyse externe.

L’analyse externe vise à déterminer le contexte et l’environnement, en quoi ils influent négativement, comment ils aggravent ou de quelle manière ils ont fait naître le problème.
Nous en avons déjà fait souvent référence ici et là, les causes historiques, la nature de notre réalité contemporaine, le monde occidental, ses forces et ses pressions, qui font en sorte de ne pas laisser l’Islam libre de s’épanouir dans toute sa réalité, seul maître de son histoire.

Toutes ces entreprises, ces opérations, ces manipulations, ces buts et objectifs sont clairement visibles par tout musulman sincère. Et ils sont d’autant plus faciles à saisir et à comprendre quand il s’agit de pointer du doigt les « autres ».

L’analyse interne, quant à elle, vise à diagnostiquer les faiblesses, savoir où elles se trouvent, comment elles sont apparues, de quelle manière elles aggravent la situation générale. A contrario c’est donc mettre le doigt là ou précisément le mal agit et être donc capable de réfléchir aux solutions. Par contre cette analyse est la plus ardue des deux car elle suppose recul et esprit critique. Elle suppose d’étudier soi-même un corps social dont on est partie prenante. Et islamiquement parlant l’analyse interne est même prioritaire : « Lorsqu’un malheur vous atteint […] vous dites : “D’où vient ce malheur ?” Réponds-leur : “Il vient de vous-mêmes” » (Sourate al-’Imrân, V165).

Le mal absolu est la dénaturation de l’Islam, son occidentalisation (sécularisation), l’amputation d’une grande partie de sa réalité, la fin de sa civilisation. Et tout ceci a d’immenses effets négatifs dans la conscience des musulmans, dans leur vision de ce qu’est l’Islam, dans leurs pratiques quotidiennes et dans la réalité de leur foi. Et c’est ainsi que ce cercle vicieux est en place depuis plus d’un siècle désormais*: séculariser l’Islam pour qu’il sécularise les musulmans, soit en sécularisant les musulmans de sorte qu’eux-mêmes sécularisent l’Islam.

Un orientaliste disait lors de la période coloniale*: «*je n’appelle plus les musulmans à entrer dans le christianisme mais à sortir de l’Islam. Nous avons dépensé beaucoup d’argent, prononcé de nombreux discours, malgré cela nous n’avons pas réussi à dévier un musulman de sa religion. Il est plus facile de détruire que de construire. La destruction du musulman constitue la destruction de la religion elle-même [1].

Or remarquons aujourd’hui que les enfants de ces orientalistes d’antan ont très bien compris que la meilleure des stratégies pour obtenir le meilleur des résultats est de faire détruire l’islam et les musulmans, par des musulmans eux-mêmes, de sorte que tous sortiront de l’Islam sans même en avoir conscience.

Cette stratégie est largement facilitée dans le monde musulman et au delà, par une idéologie de la soumission inconsciente, créée par des individus et groupes issus de la Oumma très largement identifiables (historiquement et islamiquement).

Ces derniers ont mis en place malgré eux toute une nouvelle architecture qui, sous diverses prétextes, n’aboutira qu’à détruire la structure du dogme authentique de l’Islam, celle de l’orthodoxie sunnite et finalement l’identité musulmane. Cela n’aboutira qu’à incorporer l’Islam dans un nouveau Din mondialiste, constitué simplement de sectes (firqa) ou d’écoles (madhab) dont l’une est appelée ”islam” pour mieux berner en douceur les musulmans.

Dialectique et méthodologie de l’imposture

Nous allons voir ici quelles sont les terminologies (mostalahat) et la méthodologie (minhaj) de cette nouvelle idéologie (fikra jadida).

Nous allons analyser de quelle manière leurs innovations (bid’a), leurs visions biaisées et tronquées, leurs erreurs de bonne foi, leurs négligences condamnables, leur manque de rigueur, leurs tromperies, leurs mensonges et leurs propres illusions, s’y prennent de manière méthodique pour délier un à un les liens fondamentaux de l’islam dans nos cœurs et nos esprits : « Les liens de l’islam seront défaits les uns après les autres, et chaque fois qu’un lien sera défait, les gens s’attacheront au suivant. Le premier à être défait sera le lien de la Loi (d’Allah), et le dernier sera le lien de la prière»[2].

Rejet de la dichotomie Dar al Islam/Dar al Koufr

Un des premiers sujets auxquels se sont attaqués ces nouveaux penseurs et leurs chouyoukh, sont de remettre en cause la traditionnelle vision musulmane du monde.
D’un côté le domaine de l’islam, les terres dans lesquelles ses lois, ses valeurs, son ordre, sa culture, son pouvoir règne et domine. Cela que ses habitants et sa population soit majoritairement musulmans ou non (Dar al islam).

De l’autre coté, tout le reste, c’est-à-dire les terres qui ne sont pas sous domination politique de l’Islam. Cela même si la population est majoritairement musulmane. Or, si ces terres ne sont pas dominées par l’Islam, c’est qu’elles le sont par autre chose que l’Islam, cette autre chose n’étant pas l’islam est donc son opposé, le non-islam : al Koufr (Dar al koufr).

Ibn Qayyim dit dans son Ahkam ahlou dhimma : « la majorité (joumhour) a dit le dar al islam est celle qui est la propriété des musulmans et gérée par les lois de l’islam, et ce qui n’est pas administré par l’islam n’est pas un dar al islam ».

Comment s’y sont-il pris pour rejeter ce principe clair et limpide ? Deux méthodes.

1/ Première méthode : la multiplication des terminologies

Bien entendu, puisque ces derniers se réclament d’une certaine tradition scientifique sunnite, ce rejet n’est pas directement frontal, ils préparent toujours le terrain en citant abondamment tels ou tels ijtihad antérieurs, en les extrapolant et en finissant par regrouper toutes leurs propres extrapolations pour donner naissance à des nouveaux ijtihad totalement innovés au-delà même des limites légales de la jurisprudence. On voit apparaître des termes comme :

Dar Al Sulh (domaine de la conciliation)
Dar Ad Da’wa (domaine de la prédication)
Dar ash Shahada (domaine du témoignage)
Dar al Amn (domaine de la sûreté).

Il ne s’agit pas de dire que certaines de ces terminologies n’ont jamais été utilisées par d’honnêtes savants dans l’histoire de la jurisprudence islamique. Mais de montrer qu’aujourd’hui entre des mains malintentionnées non fermement enracinées dans le dogme, et utilisées par des esprits déviants aux méthodes et buts innovés, elles se révèlent être des armes de destruction massive de la conscience islamique des musulmans. Celle qui détruit en eux la pertinence et l’intérêt de garder l’absolue dichotomie Dar al Islam/Dar al Koufr.

Tout est fait comme si tous ces termes ne servaient qu’à noyer le poisson, à leur faire oublier les fondamentaux et notamment ici leur retirer de l’esprit l’idée et la croyance qu’il y a (eu) et doit y avoir un Dar Al Islam : là ou l’Islam est absolument maître chez lui pour défendre son intégrité (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui).

Nous disons bien « absolue dichotomie » car tous ces nouveaux termes ne pourront jamais remplacer la pertinence de ceux mis en place par nos pieux prédécesseurs (salaf salih) et leurs suiveurs (khalafs).
Dar ad Da’wa, Dar Shahada, et Dar al Amn sont utilisés par ces nouveaux penseurs et ”imam” pour désigner l’ancien Dar al Koufr (le monde non-islamique non-musulman) dans lesquels vivent une importante minorité musulmane.

Ainsi pour eux, le monde non-musulman est un monde dans lequel le musulman doit et peut faire de la prédication (da’wa) dans lequel il peut témoigner son islam (shahada) et ou il est en sûreté (amn).
Mais tout cela a pour but de justifier leur présence en Dar al Koufr, pour les inciter à intérioriser comme absolument naturel leur présence en plein milieu de ces territoires.

Cela sans jamais se demander pourquoi ils sont là et pas ailleurs, sans jamais se poser de questions (”dangereuses”), et y vivre paisiblement comme un troupeau de moutons qu’un berger un jour a amenés dans tel ou tel pré, pour y brouter là ou il l’autorise à brouter, en disant comment y brouter en attendant de se faire tondre.

L’utilisation de ces terminologies par ces individus est totalement imparfaite, et ils ont même échoué dans le but qu’ils se sont fixé (redéfinir une vision du monde islamiquement pertinente) puisque ces nouvelles terminologies ne peuvent pas qualifier à elles seules l’ancien Dar al Koufr et donc pouvoir exclusivement le remplacer.

Tout est confus et semble être en réalité une construction pseudo-scientifique bâclée. Explication par l’exemple contradictoire :

Est-ce que les musulmans vivant dans le Dar al Islam n’ont donc pas/plus besoin de da’wa, de rappel à l’ordre et d’incitation au bien et à l’interdiction du mal (amr bil ma’rouf wa nahi ‘anil mounkar) et leur territoire n’est-il donc pas/plus aussi un Dar ad Da’wa ?

Le Dar al Islam n’est-il pas aussi un Dar al Shahada par excellence ? (et même le plus absolu de tous). Le Dar al Islam est-il toujours un endroit où règne la sûreté pour les musulmans et donc forcément un Dar al amn selon cette compréhension ? Le Dar al Koufr est-il un monde totalement uniforme pour énoncer que les musulmans ont la liberté d’y professer publiquement leur foi ? Comment et selon quels critères juger de cette liberté ?
On pourrait multiplier ce genre de question pour multiplier les contre-sens sans aboutir au résultat souhaité. Non.

Absolument rien ne peut remplacer de manière convaincante la distinction entre Dar al Islam et Dar al Koufr. Sachant que ces deux mondes sont aussi traversés par de multiples réalités qui sont à nuancer, en fonction des contextes politiques, géographiques et/ou régionaux. Mais quoiqu’il en soit cette dichotomie est la plus claire de toutes, islamiquement parlant en tout cas…

2/ Deuxième méthode : le prétexte de la guerre et la terminologie pacifiste

Cette méthode pour réfuter cette dichotomie est politiquement plus sournoise.

Elle consiste à dire (très implicitement) qu’il ne faut pas utiliser cette terminologie de Dar al Koufr car celui-ci renvoie automatiquement au Dar al Harb (domaine de la guerre). Et parfois, pour se justifier, ils réutilisent même les arguments (retournés) que ceux utilisés par la vision orientaliste islamophobe (le comble pour ces individus qui, au départ, voulaient nous libérer de ces archaïsmes remplis de stéréotypes). C’est donc une espèce de honte coupable inconsciente qui est ici dévoilée.

Or dans notre monde régi par l’Organisation des Nations-Unies (contre l’Islam) qui fait de la Paix et des Droits de l’homme son fonds de commerce et impose son ordre inique au monde, les nouveaux penseurs et chouyoukh de l’Islam se refusent d’utiliser le terme Dar al Koufr qui renvoie selon eux au Dar al Harb, c’est-à-dire aux terres à conquérir et aux populations non musulmanes à convertir car justement elles ne sont pas dominées par l’Islam. Cela renvoie donc au jihad, aux croisades, à la violence et à tout ce verbiage humaniste et pacifique.

Or si le Dar al Harb désigne automatiquement un Dar al Koufr, tout Dar al Koufr n’implique pas forcément d’être un Dar al Harb réel dans lequel les actions militaires sont obligatoires pour les musulmans. Car ces actions militaires et son état de guerre, sont toujours laissés à l’appréciation des détenteurs d’autorité (oulat al oumour) selon les intérêts (massalih) de l’Islam et des musulmans (sauf cas de légitime défense ou nulle permission n’est requise pour se défendre des envahisseurs).

Il y a même chez les anciens juristes une simple utilisation linguistique du terme Dar al Harb comme synonyme de Dar al Koufr sans que cela n’implique chez eux l’idée réelle d’un état de guerre, mais plutôt un état d’hostilité et d’opposition politique.

Idée d’hostilité, car justement il n’y a pas eu de conclusion d’accord de paix, de trêve et de relation de bon voisinage avec les autorités islamiques légales représentant le Dar al Islam (une partie ou son tout avec le califat). Tout le contraire, donc, de ce que certains appellent un Dar al ‘ahd (traité),Dar al Sulh (conciliation) ou un Dar al Hudna (trêve), qui restent tous fondamentalement des Dar al Koufr sans être dans la pratique réelle des Dar al Harb, mais pouvant tous potentiellement le devenir au moindre changement de relations politiques et diplomatiques.

Dès lors, même si on adopte ces terminologies : d’un côté Dar al Islam, de l’autre un Dar al Harb et un Dar al ‘Ahd, cela ne peut toujours pas remplacer la dichotomie fondamentale, car Dar al Harb et Dar al ‘Ahd appartiennent toujours et tous deux au Dar al Koufr…

Ainsi, l’idée de ne pas utiliser Dar al Koufr à cause de son ”esprit de stigmatisation” prélude selon ces prétendus imams et penseurs, à l’état de guerre, est complètement biaisée car le Dar al Koufr est une qualification juridique d’un territoire qui ne présage en rien la nature des relations politico-diplomatiques qu’entretient ce territoire avec le Dar al Islam…

Ces nouveaux intellectuels, juristes ou imams ont appuyé leur méthodologie de manière complètement inversée comme à leur habitude : ils comprennent l’islam et ses théories en se basant sur le contexte actuel, mais ne cherchent absolument pas à comprendre ce contexte en se basant sur l’Islam et ses fondements (fahm al waqi’ bil islam wa layssa fahmou islam bil waqi’).

Et c’est en se basant sur l’état du monde actuel, et en donnant le caractère de preuve par le fait à cette situation actuelle dans leurs déductions, qu’ils ont voulu revenir sur la traditionnelle dichotomie, alors que tout leur prétendu ”ijtihad”, en sus de ne rien apporter et de ne pas être capable de la remplacer avec une absolue pertinence, entraîne au contraire des effets extrêmement dangereux pour la réalité de l’Islam.

La destruction des frontières-barrières protectrices et Le mondialisme

Car en effet, notre monde actuel est mondialisé, les frontières tendent à disparaître pour laisser place à la libre circulation des hommes, des marchandises et des capitaux. L’uniformisation des lois, des codes, des cultures et des valeurs au niveau de la planète menace l’humanité entière en créant un homme unique, pensant et vivant fondamentalement de la même manière tout simplement déclinée en couleurs et langues différentes (le temps de mettre en place le clonage industriel ?). L’idéologie mondialiste se sert de termes-propagande et de leurs effets comme la démocratie, les Droits de l’homme, l’économie de marché pour réduire l’homme à l’état d’esclave inconscient et heureux de l’être.

Ces nouveaux penseurs et imams de l’égarement ont pris pour prétexte l’état actuel du monde pour détruire la vision islamique et traditionnelle de celui-ci : c’est ainsi qu’ils font délibérément le jeu des forces les plus hostiles à l’islam en accélérant l’acceptation du processus mondialiste dans les consciences musulmanes : il n’y a pas ou plus besoin de Dar al koufr ou Dar al Islam, mais il y a en réalité un unique Dar al shahada al amn al soulh ad da’wa mondial dans la plus pure vision du New World Order. Puisqu’en parallèle, même le Dar al Islam est vidé de sa plus juste définition par tous les courants islamiques (soumis au système) en lui cherchant une simple et petite définition minimaliste pour ne pas troubler l’ordre politique établi.

C’est ainsi que chez certains (peut-être les plus risibles de tous) un Dar al islam est simplement un domaine où l’appel à la prière (adhan) est public, faisant avec cette compréhension de plusieurs villes/régions du monde anglo-saxon ou asiatique un Dar al Islam… Et n’ayant toujours pas compris que cette condition est un indice dans la qualification juridique d’une terre et non la définition elle-même…

Finalement, ce refus d’accepter et de se soumettre à la vision islamique traditionnelle du Dar al Islam et Dar al Koufr, en comprenant la réalité de leurs vraies significations, ne peut être qu’une preuve de l’acceptation du projet mondialiste et du triomphe de sa vision, que cela soit conscient ou non.

Plus de Dar al Islam ni de Dar al Koufr pour mettre en place un Dar al Insanniya uniforme (domaine de l’humanité), pour un être humain uniformisé vivant sous un même et unique ordre politico-culturel : dans la plus pure vision fantasmée du projet mondialiste.

Aissam Aît-Yahya pour Anâ-Muslim

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Notes :

[1] Cité par Momar Kane in “Les musulmans Francophones”, Édition Tawhid, page 50.
[2] Hadith rapporté par Ibn Hibban.
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Aïssam Aït-Yahya : Définitions et conséquences de la sécularisation et de la laïcisation !

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Les origines chrétiennes d'une laïcité musulmane

« La sécularisation est le phénomène par lequel la religion perd de son aura, de sa sacralité,, de son importance et de sa crédibilité dans la conscience des hommes. D’abord au niveau individuel, au sein de sa propre sphère privée, pour ensuite se répercuter au niveau de la collectivité toute entière quand cette « relativisation de la foi », est partagée par tous. La laïcisation est donc finalement l’étape suivante puisque ici, la religion cesse d’être logiquement une convention collective dans l’organisation politique, sociale et juridique de la société humaine. La religion cesse d’être structurante, on lui dénie tout rôle « normatif » dans la sphère publique : elle n’est donc plus une source pour la production de règles sociales et comportementales et plus aucun pouvoir publiquement coercitif ne lui est reconnu. Elle cesse d’être une référence dans le système et le fonctionnement des institutions que les hommes ont mis en place.

[…] Finalement, comprenons bien que sécularisation et laïcisation induisent toutes et automatiquement une refondation conscientisée des rapports entre Dieu et les hommes. La place qu’occupe l’entité divine dans l’esprit des hommes est donc totalement remise en question : lesdeux processus ont le point commun de faire reculer le poids et l’importance de la religion. C’est dans ce sens, qu’il faut comprendre que la sécularisation et la laïcisation favorisent aussi le déisme, le théisme, l’agnosticisme voir l’athéisme, qui était auparavant des attitudes marginale, et même marginalisées, dans les sociétés religieuses pré-sécularisées. »

[Aïssam Aït-Yahya – Les origines chrétiennes d’une laïcité musulmane – Éditions Nawa – Pages 24 à 26]

Aïssam Aît-Yahya : L’Islam radical, passé et présent !

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SG-NAWA-Rech-Couv-Ideo23-02-15A2-250x320A travers l’histoire de l’Islam on remarque très souvent que les époques troublées ont donné des musulmans et des musulmanes d’exception. Ces environnements hostiles, ces événements difficiles et douloureux produisent toujours une minorité d’individus dotés d’une Foi, d’une Raison et de qualités au-delà du commun de leurs semblables. Car leur regard, leur intelligence, leurs interprétations et postures ont été aiguisés par le choix fatidique de leurs engagements. Ils sont le fruit d’une Histoire tout en étant l’un des moteurs de celle-ci, alors que la masse, soit soumise, soit collaboratrice, est toujours portée par le courant dominant et n’est en aucun cas capable d’orienter positivement le déroulement des événements.

La fatidique période de la fin du califat de Cordoue (1000-1050) ainsi que la première époque de taïfa [1] qui s’en suivit, fut une cassure irrémédiable dans l’Histoire musulmane d’Al Andalous : le choc politique, social, économique fut extraordinairement fort pour les contemporains, si l’on considère la rapidité du désastre. En moins d’une génération, en moins d’une vie d’homme, on a pu connaître les fastes de la puissance musulmane ainsi que la misère et l’humiliation de la dislocation du califat, des guerres civiles et de l’occupation chrétienne castillane. Lisons certains passages tirés de chroniques des savants et lettrés de l’époque notamment celle d’Ibn Hayyan : « La période précédente m’accorda un répit. A la suite de quoi j’en arrivai au début de cette abominable fitna […] qui disloqua notre concorde (jama’a), jeta par terre le solide royaume, et surpassa toutes les autres guerres civiles musulmanes. Son degré de monstruosité provoqua en moi un traumatisme qui me détourna de vouloir écrire son histoire... » [2]. De Abou ‘Obeyd Al Bakri : « la fitna qui remonte au début des années 400 [1007] et qui perdure jusqu’à nos jours, en l’an 460 [1067] a effacé les traces de ces bourgades et transformé l’aspect de cette prospérité. La plus grande partie de la région de Cordoba est désormais inhabitée du fait de l’exil de ses habitants » [3] ou d’Ibn Bassam : « Allah sait que ce livre est le fruit d’un cœur blessé et d’une pensée affaiblie, en un siècle inconstant comme un caméléon. La cause est mon exil de Santarem, à l’extrémité de l’Algarve d’où j’ai émigré, dans la débâcle et la peur, après que les bandes chrétiennes, vague après vague sont venues à bout de l’homme de haut lignage comme du vagabond…» [4].

On est frappé par leur torpeur, se lamentant sur leurs villes dévastées, sur l’état de leur population, contrastant avec les parades des armées chrétiennes. Il y a le clan des lettrés, chuyûkh et oulémas qui se lamentent passivement comme nous venons de le voir, mais il y a aussi le clan des collaborateurs qui, tous, après la chute du califat, sont rentrés au service de tels émirs, de tels sultans, de tels ou tels walis, se partageant le califat comme un immense gâteau, se disputant des miettes, toujours prêts à se combattre mutuellement, mais toujours conciliants, généreux, affables, amicaux voire fraternels avec les royaumes et princes chrétiens qui dévoraient méthodiquement le Dar al Islam. Ces courtisans et homme de pouvoir sont beaucoup trop nombreux pour être énumérés (de même qu’il sera impossible de tous les énumérer aujourd’hui…).

Les appels au jihad, à la reconquête et à la résistance ne rencontraient que très peu d’échos parmi la population, car rares étaient les chuyûkh andalous qui y appelaient. Encore plus rares étaient ceux qui y participèrent. Les chroniques ne signalent qu’un cas singulier et révélateur : le Cadi et cheikh ‘Ali Ibn Qassim Ibn ‘Achara. Remarquable, car il n’était justement pas andalou mais originaire de Salé au Maroc… Témoignant du fait que la plupart des mutawi’a (volontaires du jihad) n’étaient, ne venaient et ne viendraient que du Maghreb.
Cette seule information, quatre siècles avant la fin du dernier royaume musulman d’Andalousie en 1492, nous fait comprendre aujourd’hui, qu’Al Andalous, était bel et bien condamnée à disparaître. Parmi les militants, les insoumis, les rebelles, ceux qui n’acceptaient pas la fatalité, et qui luttèrent intellectuellement, par la plume, par le savoir, par la raison, par le texte contre le système pervers qui se mettait en place, et vers ceux à quoi il amenait inéluctablement l’ensemble de la société musulmane d’Al Andalous : il y avait Ibn Hazm Az-Zâhirî (994-1064). Sa vie entière fut passée à l’ombre de la décomposition du pouvoir califal et de l’effritement de la puissance musulmane.

Dès lors, il n’avait qu’une idée en tête, le rétablissement du Califat islamique légal, l’épine dorsale de la puissance musulmane, le critérium suprême de la légitimité politique musulmane. Ainsi il va s’engager dans une voie sans retour, périlleuse, difficile, et dangereuse, de celles qui hypothèquent les opportunités de carrière et de vie tranquille, rangée à l’abri des soucis de toutes sortes. Cette voie est celle de la critique radicale, de l’insoumission à l’ordre politique, de l’indépendance intellectuelle, basée sur un Islam total et sans concession. Très vite, il sait que l’épreuve va être difficile et même historique : «…c’est une épreuve qui nous a été imposée qu’Allah nous en libère ! Une fitna vers le mal qui par bien des aspects serait trop long de rapporter, a détruit les pratiques religieuses sauf chez ceux qu’Allah a préservés » [5]. Et Ibn Hazm n’est pas du genre à se lamenter, mais à attaquer le cœur des problèmes, et comme la cause est politique, c’est tout le système politique qui s’est mis en place après le califat qu’il va remettre en cause, sans langue de bois, sans belles paroles soporifiques, sans autres excuses à faire dormir un insomniaque ; c’est clair et sans appel : « la cause fondamentale en est que chaque responsable de ville et de forteresse partout dans notre andalous, du premier au dernier est un bandit de grand chemin, un agent de fasâd à travers le pays. Ce que vous constatez de vos propres yeux, ce sont leurs attaques contre les biens de musulmans gouvernés par un prince adverse, c’est la licence qu’ils octroient à leurs troupes de piller toute région […] c’est le fait qu’ils imposent aux musulmans des taxes non coraniques. » [6]. L’ordre islamique étant rompu, le dîn étant émietté, la population musulmane d’Al andalous se soumet aux caprices, aux passions des nouveaux potentats qui ne cherchent qu’à satisfaire leur soif de pouvoir personnel, elle se soumet donc à un nouvel ordre avec ses règles, ses lois et ses codes, en un mot à un nouveau dîn… Interprétation contemporaine diront certains ? Relisons alors Ibn Hazm : « …c’est un scandale abject, une violation des lois de l’Islam, un démaillage, maille après maille, une création d’une nouvelle religion alors que les prérogatives appartiennent à Allah seul » [7]. Il est vrai que les mêmes causes donnent toujours les mêmes effets, et que les paroles les plus magistrales de nos prédécesseurs sont toujours celles qui nous donnent l’impression d’avoir été prononcées aujourd’hui. Ibn Hazm, comme Ibn Taymiyya trois cent ans plus tard, comme d’autres les siècles suivants, savaient et comprenaient très bien que la soumission des musulmans à un autre ordre temporel que celui de l’Islam, les « dés-islamisaient » au profit d’une autre religion.

Et Ibn Hazm disait déjà de ces détenteurs de la force militaire et donc souvent aussi de l’autorité politique que « s’ils apprenaient que dans l’adoration de la croix il y avait de quoi faire marcher leurs affaires, ils s’empresseraient de se convertir. Nous les voyons rechercher l’aide des chrétiens et permettent à ceux-ci de s’emparer des femmes des musulmans, de leurs enfants et de leurs hommes, emmenés en servitude dans leurs pays. Que de fois leur cèdent-ils des villes et des places-fortes, dont les chrétiens chassent l’Islam et qu’ils peuplent de cloches ! Qu’Allah les maudisse tous ! Qu’Il leur afflige le châtiment avec l’un de ses sabres» [8]. Mais que dirait donc Ibn Hazm s’il voyait l’état des nôtres actuellement, tous convertis aux religions séculières et soumis à ces nouvelles religions et qui participent de manière claire et consciente à la destruction de l’Islam au sein même des consciences musulmanes ? Ibn Hazm voulait ébranler les consciences, il voulait frapper fort les esprits de ses contemporains, les secouer violemment afin qu’ils réagissent.
Pour cela il a aussi compris qu’il fallait surtout s’attaquer aux sorciers et aux magiciens, non pas à ceux qui jettent des sorts en ayant recours à des forces obscures, mais ceux qui savent utiliser le savoir des mots et des paroles du savoir religieux, afin d’ensorceler les consciences musulmanes. Mettant en garde les musulmans contre ces fonctionnaires qui ont fait leurs demeures les antichambres des palais des tyrans partout dans le monde arabo-musulmans (ou ceux qui « squattent » les mairies, préfectures et ministères en France) Ibn Hazm écrit : « Ne vous trompez pas ! Que ne vous égarent ni les iniques, ni les prétendus juristes qui habillent d’une peau de mouton un cœur de bête sauvage, qui décorent du nom de bien le mal des gens mauvais, et qui les aident dans leurs iniquités » [9].

Les œuvres d’Ibn Hazm débordent de ce genre de diatribes effrénées, de paroles aussi acerbes que tranchantes. Il luttait contre un système en décomposition menaçant de décomposer les musulmans eux-mêmes. Il faut dire que si le Maghreb n’était pas aussi proche d’Al Andalous, elle aurait été perdue par l’Islam bien avant 1492 encore… Et avec les Almoravides, les Almohades jusqu’aux Merinides, le Maghreb a envoyé durant trois siècles des centaines de milliers de volontaires au jihad cherchant à stabiliser le front… Mais peine perdue, car à quoi bon stabiliser le front, si idéologiquement la bataille dans les consciences andalouses était déjà perdue ? Rappelons que toute la clique de roitelets andalous et leurs fonctionnaires assermentés étaient très réticents à faire appel aux Almoravides de Youssouf Ibn Tachfine : il faut attendre la prise d’une des plus grandes métropoles musulmanes, Tolède, pour que la population d’Al Andalous prenne peur. C’est sur une initiative de certains savants de Cordoue que fut prise cette décision, et sans prendre conseil auprès de leurs « Wali amr » ou « hukam shar’i ». Ce n’est qu’après la bataille et la victoire de Zallaqa [10], que les imams et lettrés de toutes sortes se rallient en masse aux Almoravides (ce qui n’est pas sans rappeler certaines girouettes « professionnelles du ‘ilm » dans le monde arabe après la chute de Ben Ali, Kadhafi et Moubarak, auprès d’eux contre leur population, et finalement s’excusant de leurs erreurs de jugement et ralliant la réalité quand elle s’impose à eux…). Puis finalement, quand les rois d’Al Andalous comprirent que la récréation andalouse était finie, ils n’hésitèrent pas à vouloir s’allier aux chrétiens pour défendre leurs misérables trônes face aux Almoravides.

Ibn Al Kardabouss rapporte le dialogue qu’il y a eu entre le scrupuleux Youssouf Ibn Tachfine et les savants andalous qui lui déclarèrent : « – Ces chefs [rois d’Al andalous], il est illicite de leur obéir et il ne faut pas qu’ils gouvernent, parce qu’ils sont des fusâq et des libertins (fajarra). Débarrasse-nous-en ! – Comment en aurais-je le droit ? J’ai conclu un pacte avec eux, de ne pas les renverser ?– S’ils avaient conclu un pacte avec toi, voici qu’ils l’ont rompu. Ils ont envoyé un message à Alphonse, au terme duquel ils se rallient à lui contre toi, afin de te faire tomber entre ses mains et lui céder leur pouvoir. Hâte-toi de les renverser tous ! Nous en serons responsables devant Allah. Si nous commettons un péché c’est nous qui devrons en rendre compte et non toi. Mais si tu les épargnes alors même que tu peux les vaincre, ils livreront le reste du pays aux chrétiens et c’est toi qui en sera responsable devant Allah ![11] » C’est dire, que ces « grand imams » commencèrent à revenir à ce que Ibn Hazm écrivait quelques années auparavant : « Il est vrai que ce verset : {Et celui d’entre vous qui les prend pour alliés est des leurs} doit être compris selon le sens apparent, et que celui-ci est donc un kâfir au même titre que les autres incroyants. Ceci est une vérité sur laquelle ne divergent pas deux Musulmans. »[12]. C’est peut-être ainsi qu’il faut comprendre le puissant militantisme social et politique d’Ibn Hazm, en tant qu’agent anti-dissolvant de la foi musulmane qui, s’il était entré aux services des plus puissants roitelets d’Al Andalous, en étant moins « radical » et plus conciliant, aurait pu réaliser une carrière plus prestigieuse encore que celle de son père auprès du célèbre Abi Amir Al Mansour. Toutes ces analyses sociales et politiques « radicales » ont été confirmées par d’autres, mais toujours en retard, tous n’avaient pas son regard visionnaire, tous n’étaient pas aussi engagés et scrupuleux.

Méditons tout cela, à l’aune de notre époque, et au filtre de notre propre réalité tant française qu’internationale. Certes, notre environnement politique et social oppressif n’est pas de la même nature que celui de l’époque d’Ibn Hazm qui ferait plutôt penser à ce qui se passe actuellement dans le monde arabo-musulman, et en Syrie particulièrement. Mais les acteurs sont les mêmes, il n’y en a toujours eu que trois grandes catégories :

– La minorité collaboratrice, conciliante, soumise, partie prenante de l’ordre établi, elle est institutionnalisée par le pouvoir, elle a seule la légitimité de la représentation de l’islam et des musulmans. L’hypocrisie et la traîtrise ne sont parfois même plus suffisants pour décrire certains d’entre eux, car ces qualificatifs supposent encore un minimum de conscience islamique. Ils finissent toujours par croire, tous, à leurs mensonges, qui au départ ne se nourrissaient pourtant que du « Juste Milieu » et de « Moindre Mal » et du néo-fiqh [13].

– La masse des musulmans du commun qui incline ici et là, subit, tombe souvent dans le fatalisme et la résignation, accaparée par son propre instinct de survie, par ses objectifs à court terme et la satisfaction de ses intérêts immédiats, contemplatrice et manipulable…

– La minorité active, militante, se basant sur des convictions inébranlables, active sur tous les fronts, éveillée à déjouer toutes les ruses, toutes les manipulations, appliquée à dénoncer le faux, le mensonge et les illusions. Ils ont le regard constamment rivé sur les horizons lointains, la raison en constante méditation, le cœur sensible, les mains tranchantes, une volonté d’acier : mais par-dessus tout, ils ont conscience qu’ils représentent le verrou d’une forteresse qui, s’il venait à être ouvert, serait conquise une fois pour toutes.

Qui sont les nouveaux Ibn Hazm [14] ? Qui avait donc tort ? De qui se souvient-on aujourd’hui ? Qui sont les volontaires (mutawi’ûn) à la stabilisation du front idéologique ?
Les temps corrompent, les volontés faiblissent, les dogmatiques finissent par être pragmatiques jusqu’à la lie, le « juste milieu » en est réduit au « juste selon la pensée conforme », et le reste est considéré comme radical. Mais finalement : qui est acteur de l’histoire et qui ne fait et ne fera que la subir ? Chacun d’entre nous est capable de réaliser ces analogies : ceux dont les consciences ont gardé un minimum de lucidité.

Ce qu’il faut retenir ici c’est que tout système politique qui domine un lieu à un moment donné de l’histoire, cherche à exclure, minorer et stigmatiser la minorité active et militante qui lui fait face. Ce système a le temps pour lui, il possède d’immenses moyens de persuasion, il sait bien que si ces interlocuteurs n’ont pas de bases solides, de fondements, de principes inaliénables, et poursuivent en plus des buts mondains, ils ne pourront que se résigner, infléchir, en un mot se soumettre, et les plus malins ou vicieux sont ceux qui arriveront à faire croire qu’ils résistent et qu’ils ne lâchent rien…. {Ils aimeraient bien que tu transiges avec eux afin qu’ils transigent avec toi} (Coran 4.120).

Mot de fin 

Quant à moi, en ces heures de compromission et de soumission tous azimuts à l’islam de France et à ses projets de réforme: que tous sachent que je ne transigerai pas avec les points de nos convictions et croyances ainsi que leurs implications, même si je reste absolument ouvert au dialogue, à la compréhension de ce contexte et de ses modalités et aux échanges.
Dès lors, il est clair que je suis perçu comme « radical » par certains, car refusant d’adopter le Juste Milieu définit par un système avec lequel je n’ai pas à avoir à transiger, si je ne le souhaite pas. La limite comme pour toute personne dans ce pays est la loi, rien que la loi, dont j’ai le droit « constitutionnel » mais aussi humain et incontestable de contester la légitimité (cela quand ce n’est pas le devoir islamique de le faire…). Car elle est là aussi la véritable citoyenneté et son paradoxe : si nous sommes de véritables « citoyens » comme certains n’arrêtent pas de le répéter pour se justifier en s’humiliant #notinmyname, alors comme n’importe quel autre véritable citoyen natif de ce pays, j’ai le droit d’être un opposant critique acerbe à ce système sans me justifier autrement que parce que c’est mon droit ou « mon bon plaisir »…

Personne par exemple, n’ira dire à Alain Badiou qu’il n’est pas un bon citoyen français, car il est un « intellectuel dissident » farouche opposant à cette démocratie, ni à Emmanuel Todd parce qu’il n’est pas Charlie… Tout cela alors qu’un « intellectuel de la dissidence » vend de la soumission patriotique à sa meute de franco-maghrébins, mais ne tolérera justement pas qu’un de ceux-là use de ces mêmes droits dont il se sert, mais pour l’inverse si l’envie lui en chantait, en lui renvoyant sûrement à la figure ces origines bougnoulesques pour le rappeler à l’ordre « patriotique »…

Ainsi on remarque bien que la citoyenneté version Tarik Ramadan ou version Alain Soral est sensiblement la même : l’arabo-musulman citoyen doit montrer patte blanche, plus blanche que le reste des citoyens, pour soit être « intégré » ou soit pour être « patriote ». Ce que certains imams-prédicateurs nous martèlent aussi avec leur compréhension viciée et sans ‘izza du « montrer le bon exemple » : le bon exemple « islamisé » de citoyen soumis qui rejoint finalement le vieux ancien bon exemple de nos pères immigrés souriant et toujours serviable…

Qu’est ce qui change au final ? Absolument Rien, mais chez certains leaders d’opinion, l’optimisme naïf se nourrie de n’importe quel ridicule faits-divers « positif »  en éludant les évolutions sociétales clairement antimusulmanes, et les autres mouvements de fonds, du genre tel mairie a finalement accordé un permis de construire pour une mosquée ou Lindsay Lohan lit le coran  « #leschosesavancent ».

Ma conception de la citoyenneté est toute autre, si toutefois elle existe vraiment pour nous : elle est totalement différente et décomplexée et se veut « expérimentale » car elle se mesure justement par l’utilisation maximale de son droit à la critique et à la subversion ! C’est aussi comme ça qu’on la mesure réellement, et que l’on est capable de dire si elle existe vraiment, ou bien alors si elle n’est qu’un odieux mensonge de plus ! Mais là, sur ce créneau, il n’y a pas beaucoup de monde pour tester la réalité de cette citoyenneté. Notre expérience, la réalité que nous vivons tous, les faits-divers et affaires d’État, nous montrent déjà où se trouve la vérité. En plus de nous dire qui est le proche de cette vérité, qui est le naïf et qui est le menteur manipulateur. Alors certes, l’adjectif radical sera utilisé pour mes positions et mes conclusions (en attendant le jour d’être contredit par les faits et par des idées).

Ibn Hazm, modèle historiquement radical dont j’ai exposé ici les positions historiques, n’est qu’un nom parmi d’autres, comme des milliers d’autres noms de notre histoire. Un de ces noms que certains nains actuels nous disent qu’il faut laisser dans nos bibliothèques et oublier, pour les suivre eux, imams et chuyûkh de la réforme, qui luttent contre ses idées « radicales ». Et dans ce cas j’invite les lecteurs à comprendre que l’adjectif « radical » dans un environnement tel que le nôtre est tout sauf une insulte, en lisant ce qu’en disait le politologue allemand Hans Herman Hope : « En fait, il ne faut jamais avoir la moindre hésitation à s’engager dans un radicalisme (« extrémisme ») idéologique. Non seulement tout le reste serait contre-productif, mais plus important encore, seulement les idées radicales, en effet, des idées radicalement simples peuvent remuer les émotions des masses ternes et indolentes. Et rien n’est plus efficace, pour persuader les masses, que de cesser de coopérer avec le gouvernement et que d’exposer de façon constante et sans relâche, la dé-sanctification et le ridicule des gouvernements et de ses représentants comme des fraudes morales et économiques : empereurs sans vêtements sujets au mépris et cibles de toutes les moqueries » [15].

Aïssam Aït Yahya

[1] Taïfa, littéralement partie ou morcellement (de l’arabe ملوك الطوائف) les royaumes « morcelés ». Après la chute du califat de Cordoue, une multitude de principautés, royaumes et émirats se constituèrent sur ses ruines. Indépendants les uns des autres, ils se formèrent toujours autour de grandes cités-Etats (Cordoue, Séville, Grenade, Saragosse, Tolède, Valence, etc.), désunies et en luttes fratricides constante, on peut voir la période de Taïfa comme celle de la fitna par excellence dont seuls les Chrétiens tirèrent profit. Il y eut dans l’histoire d’Al andalous, trois périodes dites de Taïfa. Celle de l’époque d’Ibn Hazm fut la première (1031-1086), elle se poursuivit jusqu’à la réunification des Al Mourabitoun.

[2] Ibn Hayyan (987-1076), historien andalou. Passage rapporté par Ibn Bassam dans Dahira T2, page 576. (وأنسأتني المدة إلى أن لحقت بيدي منبعث هذه الفتنة البربرية الشنعاء المدلهمة، المفرقة للجماعة، الهادمة للملكة المؤثلة، المغربة الشأو على جميع ما مضى من الفتن الإسلامية، ففاضت أهوالها تعاظما أدلهني منها، نفس الخناق، وبلل الرماق؛ فاستأنفت من يومئذ تقييد ما استقبلته من أحداثها؛)

[3] Abou Obeyd Al Bakri (1014-11094), faqih, géographe et botaniste.

[4] Ibn Bassam (décédé en 1148), Al dakhira fi mahasinahl al jazira, T1, p.19. (وعلم الله تعالى أن هذا الكتاب لم يصدر إلا عن صدر مكلوم الأحناء، وفكر خامد الذكاء، بين دهر متلون تلون الحرباء؛ لانتباذي كان من شنترين قاصية الغرب، مفلول الغرب، مروع السرب؛ بعد أن استنفد الطريف والتلاد، وأتى على الظاهر والباطن النفاد، بتواتر طوائف الروم، علينا في عقر ذلك الإقليم؛ وقد كنا غنينا هنالك بكرم الانتساب، عن سوء الاكتساب، واجتزأنا بمذخور العتاد، عن التقلب في البلاد؛)

[5] Rissalatou Ibn Hazm. ( فهذا أمر امتحنا به نسأل الله السلامة . وهي فتنة سوء أهلكت الأديان إلا من وقى الله تعالى . لوجوه كثيرة يطول لها الخطاب)

[6] Ibid( وعمدة ذلك ؛ أن كل مدبر مدينة أو حصن في شيء من أندلسنا هذه ، أولها عن
آخرها محارب لله ورسوله صلى الله عليه وسلم ، ساع في الأرض بالفساد . للذي ترونه عيانا من شنهم الغارات على أموال المسلمين من الرعية التي تكون في ملك من ضادهم . وإباحتهم لجندهم
قطعةالطريق. ضاربون للجزية والمكوس والضرائب على رقاب المسلمين . مسلطون لليهود و النصارى على قوارع طرق المسلمين . معتذرون بضرورة لا تبيح ما حرم الله غرضهم منها استدامة إنفاذ أمرهم ونهيهم)

[7] Ibid. ( وهذا هو هتك الأستار ونقض شرائع الإسلام وحل عراه عروة عروة، وإحداث دين جديد، والتخلي من الله عز وجل)

[8] Ibid. ( والله لو علمواأن في عبادة الصلبان تمشية أمورهم لبادروا إليها، فنحن نراهم يستمدون النصارى فيمكنونهم من حرم المسلمين وأبنائهم ورجالهم يحملونهم أسارى إلى بلادهم، وربما يحمونهم عن حريم الأرض وحسرهم معهم آمنين ، وربما أعطوهم المدن والقلاع طوعاً فأخلوها من الإسلام وعمروها بالنواقيس، لعن الله جميعهم وسلط عليهم سيفاً من سيوفه)

[9] Ibid. (فلا تغالطوا أنفسكم ، ولا يغرنكم الفساق والمنتسبون إلى الفقه ، اللابسون جلود الضأن على قلوب
السباع. المزينون لأهل الشر شرهم .الناصرون لهم على فسقهم)

[10] ou Bataille de Sagrajas. Remportée en 1086 par les Al-Mourabitoun et les Andalous. Elle stoppe les avancées chrétiennes permises par la chute du Califat de Cordoue.

[11] Rapporté par Ibn Khaldoun, Kitāb al-ʻibar et Ibn al Kardabous dans Tarikh al Andalous.

[12] Al Mouhallahbilathar, T11, p138.

[13] Voir sur le blog le texte « Les minorités musulmanes ou comment le pseudo-réformisme détruit l’islam »

[14] Ibn Hazm est mort (rahimahullah), près de 20 ans avant que les Al-Mourabitoun n’arrivent en Andalousie. Bien qu’il fut un farouche partisan du califat des Omeyyades et que Youssouf Ibn Tachfine reconnaissait la légitimité du califat abbasside (puisque les Omeyyades n’existaient plus…). Nul doute qu’Ibn Hazm aurait été de leurs partisans. Peu avant sa mort, les musulmans subissaient défaite sur défaite et nombre d’offensives chrétiennes, notamment de Ferdinand Ier de Léon et de Castille. Plusieurs places fortes et villes sont prises, avec massacres, réductions en esclavage et expulsions des populations musulmanes (Ferdinand impose le tribut au roi de Saragosse, envahit Tolède, prend la place stratégique de Coïmbra et gagne la bataille de Graus).

[15] In fact, there must never be even the slightest wavering in one’s commitment to uncompromising ideological radicalism (“extremism”). Not only would anything less be counterproductive, but more importantly, only radical—indeed, radically simple—ideas can possibly stir the emotions of the dull and indolent masses. And nothing is more effective in persuading the masses to cease cooperating with government than the constant and relentless exposure, de-sanctification, and ridicule of government and its representatives as moral and economic frauds and impostors: as emperors without clothes subject to contempt and the butt of all jokes” Hans-Hermann Hoppe, Democracy—The God that Failed: The Economics and Politics of Monarchy, Democracy, and Natural Order, New Brunswick, N.J.: Transaction Publishers, 2001), p94

Aïssam Aït-Yahya : Les minorités musulmanes d’Occident ou comment le pseudo-réformisme détruit l’Islam ?

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Nous avons déjà expliqué comment s’était mise en place la création de nouvelles dénominations pseudo-juridiques pour qualifier l’espace mondial contemporain. Avec une justification par le fait, qui a commencé par revoir et rejeter la notion de Dar al Kufr, puis adopter une vision minimaliste du Dar al Islam, et finissant par une combinaison-fusion des deux, qui aboutira à la totale acceptation par les musulmans abusés d’un seul et unique « Dar » mondialisé. Toutefois, rappelons qu’au départ c’est la nécessité -voire l’exigence- de répondre à certaines problématiques qui a poussé ces nouveaux penseurs et imams, intellectuels et théologiens, à créer ces nouveaux principes, nouveaux principes totalement inacceptables, non pas seulement car les résultats sont faux et même dangereux pour l’intégrité de l’Islam, mais parce que toute la méthodologie de réflexion et d’analyse des problèmes est elle-même gravement erronée.

Ce postulat de départ est de prendre pour fait acquis, la présence de plusieurs millions de musulmans en Occident, issus de l’immigration, immigrés ou convertis (Près de 16 millions en Europe et 3 millions en Amérique du Nord). Or vivant en dehors du monde musulman, il fallait donc des réponses à leurs interrogations et questions nouvelles que suscitait cette présence. Bien entendu, ces imams-théologiens, à la méthodologie innovée, en plus de ne pas être foncièrement enracinés sur le terreau du dogme musulman (condition pour voir fleurir un fiqh islamiquement cohérent), ont de manière très évidente cherché à légitimer d’office et absolument cette présence musulmane en Occident. Sans jamais en discuter les raisons historiques ou la légalité islamique autrement que de manière superficielle et simpliste, en balayant d’emblée les fondements, pour se jeter sur les ambiguïtés, en faisant des cas exceptionnels et leurs permissions (rukhsa) une règle générale, et la règle générale si exceptionnelle qu’elle devient une théorie utopique jamais appliquée (telle la shari’a elle-même)…

Pour cela, ils développèrent l’idée d’un fiqh spécialement adapté aux minorités musulmanes vivant en Occident : le fiqh al-aqalliyât (de qalîl signifiant peu). Prenant pour modèle le Prophète lui-même (sallallahu ‘alayhi wa salam) à la Mecque et ceux des premiers émigrés musulmans en Abyssinie, ce fiqh fait des versets mecquois la base de son existence.

Il ne s’agit pas de remettre foncièrement en cause celui-ci, mais de montrer comment ce genre de fiqh dans des mains peu intègres (théologiquement parlant) qui n’ont pas la conscience et l’éthique que suppose cette tâche, peut causer bien plus de mal qu’autre chose.

Principes méthodologiques de la déconstruction de l’Islam par le fiqh al aqalliyât d’Occident

Tout d’abord, ils partent du postulat ‘alamiyat ul-islam : l’universalité de l’Islam. Notion fondamentale issue de la croyance musulmane : l’Islam est une vérité adoptable et applicable en tout temps et tout lieu (fi kulli makân wa kulli zamân). Pourtant chez eux, lorsque l’on analyse leurs discours, leurs prises de positions et les résultats de leurs « efforts de jurisprudence » (ijtihâd) on remarque très aisément que toutes les modalités sont complètement inversées et en absolue défaveur de l’islam et de ce qu’il recouvre. Puisque l’Islam est universel : finalement c’est donc à l’Islam de faire l’effort doctrinal de se réformer pour épouser l’universalité (occidentale !) et aux musulmans de faire des concessions dans le temps et l’espace où ils vivent. Il faut préciser ce point : on ne remet pas en cause l’idée que le musulman ne peut pas vivre pleinement son Islam et sa pratique dans un pays non-musulman.

Certes, il est évident qu’il y a toujours compromission entre ce que l’on doit faire et ce que l’on peut que faire. Seulement ces compromis doivent être légaux d’un point de vue de l’Islam, dans le but visé et dans son essence, et surtout ne pas amorcer de logique perverse et contre-productive pour l’intégrité de l’Islam lui-même (ce qui n’est pas le cas avec le fiqh al-aqaliyyat de nos nouveaux juristes). Inutile de revenir sur les multiples situations schizophréniques de cette situation, qui de toute façon est islamiquement anormale. C’est notre point de divergence avec eux, puisqu’eux n’y trouvent fondamentalement aucune contradiction. Car c’est que le principe de ‘alamiyat al islam va les aider à alléger le fiqh musulman traditionnel. Trop lourd, trop rigide selon eux. Rendre plus aisé à pratiquer les rites du culte et les autres obligations liés à l’Islam : c’est la notion de tayssir al fiqh (faciliter le fiqh).

C’est de cette manière qu’ils ouvrent ici la boite de Pandore, car c’est donner à un espace historiquement et culturellement non-musulman la capacité et le droit d’influer sur la pratique de la religion elle-même. Non pas de manière temporaire, non pas de manière exceptionnelle, limitée dans le temps, non pas de manière circonstanciée : mais de manière absolue et légale puisqu’à la base, on considère légitime la présence musulmane en Occident (qui n’est plus considéré comme un vrai Dar al Kufr). Finalement ces derniers en arrivent même à accepter l’idée d’un ‘urf gharbi: des coutumes occidentales ”musulmanes” intégrées au fiqh de l’islam lui-même. Ils usent de manière enfantine de paroles de grands juristes qui énoncent qu’en fiqh on peut prendre parfois en compte les  »usages » ; mais ce qu’ils n’ont pas compris c’est que ce sont des usages issus des  »particularismes régionaux » de population musulmane et islamisée depuis des siècles ! Alors qu’à la base et en réalité ici dans notre cas, nous avons une culture majoritaire non musulmane, sécularisée postchrétienne, avec ses valeurs, son mode de vie et ses pratiques totalement non musulmane. Or ces pratiques sont intégrées et légitimées pour la faire entrer dans les modalités même de définition des règles du culte ! Ce n’est donc plus le culte (musulman) qui fonde la culture (majoritaire): mais la culture dominante [occidentale] qui règle le culte de la minorité [musulmane]. Voilà en somme comment on facilite l’assimilation absolue des musulmans à des valeurs qui ne sont pas les leurs et comment on occidentalise l’islam en occidentalisant les musulmans grâce au fiqh perverti. C’est ainsi qu’on comprend que cette notion de ‘alamiyat al islam est une parole véridique par laquelle ces nouveaux théologiens n’obtiennent que le faux, du fait de leurs conceptions et compréhensions erronées (kalimatul haqq yurîdû biha al-bâtil).

Comment le fiqh al aqaliyyat se transforme en fiqh al mustadh’afîn

Dans tout environnement politique et social dans lequel une minorité exogène perd sa cohésion intracommunautaire, l’assimilation est la règle, et elle finira par adopter valeurs et pratiques dominantes. Or dans un environnement coercitif, exigeant de se délester d’une partie de son identité pour faire symboliquement partie d’une communauté nationale, qui plus est, restrictive en termes de liberté, alors le processus d’assimilation radicale est d’autant plus renforcé. Que dire quand cette communauté perd les fondamentaux protecteurs qui définissent son identité et utilise des outils qui lui permettent de s’autodétruire ? Dans ce genre de société -telle la France- le fiqh al aqaliyyat, qui allège prétendument les contraintes et donne des pseudos-solutions à de vrais problèmes, est condamné à n’être qu’une suite perverse de concessions. L’ordre politique négocie peu (surtout pas avec les musulmans considérés comme les derniers représentants de l’ordre ancien à convertir à la modernité) ou ne négocie carrément pas quand il sait que la communauté musulmane n’a aucune cohésion.

Dans ce cas de figure, ce fiqh n’est qu’un fiqh du fait accompli, incapable de donner de vraies solutions, il permet simplement de faire accepter la situation telle quelle aux musulmans. Ce fiqh al aqaliyyat devient même un instrument privilégié du pouvoir dans le processus d’assimilation de ces minorités musulmanes. C’est l’outil de la réforme de l’islam et tous les réformistes qui ont le vent en poupe le savent et l’utilisent. Il y a une création d’un nouvel islam, totalement sur mesure grâce aux outils traditionnels de fiqh.

– Le principe de maslaha wa masfada (avantages et inconvénients) est inversé : la maslaha est celui du système, ce sont ses seuls intérêts qui sont pris en compte en réalité, ses seules vues et objectifs qui constituent la référence derrière toute la fumée qui sert à embrouiller la vision du musulman. Et revenir à la réalité de l’Islam est justement la masfada, la corruption, le trouble à l’ordre public.

– La règle Adh-dharûra tubîhu al-Mahzhûrât stipulant que la nécessité permet exceptionnellement les interdits, est la panacée suprême permettant de rendre licite l’illicite. Dans notre société débridée ultra libérale, individualiste où la surconsommation est la règle, tout devient nécessaire et tout est nécessité… En réalité, la nécessité de vivre comme les ”autres” est finalement la vraie nécessité qui peut et pourra tout permettre.

– Le principe de akhaffu adhararayn consistant dans une situation problématique imposée à choisir le moindre mal, devient une règle qui ne repose sur plus aucune logique de hiérarchie du mal. Justement car la mashala et la mafasda sont elles-mêmes inversées : le mal absolu est donc la solution la plus authentiquement islamique et le moindre mal est la solution ambiguë et innovatrice. Avec leurs conceptions, le mal est ce qui va à l’encontre de ce que souhaite le système, le moindre mal est d’accepter les solutions du système, ses règles du jeu, alors même que les musulmans ont la possibilité et la liberté de choisir d’autres solutions islamiquement plus licites et rationnellement plus viables.

– Le principe de maqassid ash shari’a était un outil servant à déterminer les buts et les objectifs (qasd) généraux de la shari’a, afin de pouvoir trouver des solutions à des problèmes, des indications pour montrer la voie (shari’a) à suivre pour les nouveaux ijtihâd. Mais dans leurs mains déterminer ces buts et objectifs devient la cause ultime pour annuler la shari’a elle-même. Ils croient avoir saisi ces objectifs, donc il devient inutile de garder cette shari’a comme voie législative à suivre.

– Le principe de fiqh al waqi‘, lui aussi est mal compris : cet outil permet de comprendre la réalité présente à travers les  »yeux et la conscience de l’Islam », afin que les juristes aient la compréhension globale du monde contemporain, ou celle plus précise d’un contexte particulier, pour émettre des solutions en absolue pertinence avec les sources islamiques. Ce principe dans cette compréhension innovatrice devient un des moyens pour que l’islam intègre en son sein la réalité contemporaine quelle qu’elle soit sans la remettre en cause. Ainsi, l’islam assimile son époque sans pouvoir influer sur cette époque. Et pire : ce n’est plus l’Islam qui comprend son temps, c’est le temps présent qui détermine la compréhension de l’Islam.

On pourrait multiplier ce genre d’examen critique et citer d’autres principes, pour montrer que tout cet ensemble au sein du fiqh al aqaliyyat transforme une minorité musulmane en minorité faible incapable de faire face avec son Islam à la réalité contemporaine. Une minorité sous pression qui tombe dans une logique de concession conscientisée par ce fiqh, servant à lui donner bonne conscience : ne sachant pas que ce fiqh les condamne à la faiblesse éternelle et même à la disparition de leurs identités spécifiques. Ou du moins la disparition des vrais marqueurs de cette identité. Le fiqh al aqaliyyat n’est en réalité, ici dans cette méthodologie déviée, qu’un fiqh al-mustadh’afîn (opprimés). Le problème est beaucoup plus grave, car ici, cela ne concerne pas que le fiqh en matière rituelle, cultuelle, vestimentaire ou alimentaire. Mais implicitement, il a touché, touche et touchera davantage le dogme lui-même avec des répercussions gravissimes. C’est comme si cette idée de tayssir al-fiqh se transformait aussi au fur et à mesure de son application dévoyée en tayssir al ‘aqida. Le dogme lui-même est allégé, amputé et modifié, par ce fiqh al-aqalliyat qui donne naissance par son ‘urf gharbi à une aqida al aqalliyat occidentalo-compatible.

Ici, je pourrais prendre des dizaines de cas (fatawas ou déclarations), extrêmement polémiques pour démontrer méthodiquement tout ce processus (les plus perspicaces feront très rapidement les déductions et les liaisons eux-mêmes) mais cela est inutile : il suffit de comprendre tout le mécanisme et d’en vérifier soi-même la validité.

Du fiqh al mustadh’afîn au fiqh fâsid wa mufsid

Rappelons que tout ce fiqh prévalait pour les minorités musulmanes du monde occidental, ce fiqh al-aqaliyyat, son tayssir al-fiqh et son ‘urf gharbi, tout cela déjà conditionné par le refus d’utiliser la notion de Dar al-Kufr et d’en tirer les conclusions qui en découlent. Pourtant, lorsqu’on sait que le phénomène de Mondialisation est un euphémisme pour ne pas dire Occidentalisation du monde, un autre phénomène extrêmement pervers se réalise. Le monde occidental domine indubitablement le monde depuis au moins deux siècles. La démocratie, les droits de l’homme, le libéralisme, la laïcité, le positivisme, le darwinisme, le socialisme (entre autres) sont toutes des philosophies clairement nées et façonnées dans le monde occidental. Et aujourd’hui elles constituent toutes des valeurs universelles, car l’occident s’est imposé universellement au monde. Le monde occidental constitue donc l’absolue référence de toutes les anciennes ères de civilisation. Or, le fiqh al-aqaliyyat et toutes ses funestes implications, développées à l’origine uniquement pour le monde occidental, tend à dépasser son cadre d’origine, et s’étend aussi dans le monde musulman.
Car comme l’Occident constitue la référence absolue, un modèle que tous tendent à suivre, l’islam occidental devient lui-même une référence pour les musulmans censés vivre dans des pays musulmans, au sein de sociétés musulmanes régies par des états musulmans. Cet islam créé en Occident, donc totalement occidentalo-compatible, a été créé dans leurs laboratoires et s’exporte par le phénomène de Mondialisation.

On se rappelle d’ailleurs les paroles de certains hommes politiques français qui disaient bien que l’Islam de France, est un projet qui dépasse même les frontières françaises. C’est ainsi que l’islam acceptable dans le monde occidental devient le seul islam que l’Occident accepte pour le monde musulman. Or les musulmans n’ont pas les moyens de s’y opposer puisqu’ils ont adopté et intériorisé le fiqh de la faiblesse. Ce qui est le plus cynique dans ce processus, c’est que par le phénomène de Mondialisation, les musulmans du monde arabo-islamique se sécularisent massivement et deviennent des croyants et des adeptes des religions séculières. Finalement, les musulmans authentiquement musulmans deviennent une minorité au sein de leurs propres pays, eux-mêmes prêts à avaler ce fiqh al-aqaliyyat finissant par son tayssir al-‘aqida

C’est un véritable cercle vicieux destructeur de la réalité de l’Islam et de la réalité de ce que recouvre l’identité musulmane qui se met en place. La logique de ce processus veut que nous allions tout droit vers l’acceptation par les musulmans d’un Dar Mondialisé qui n’est pour eux ni un Dar al-kufr ni un Dar al-Islam sans même qu’ils ne s’en soucient.

L’adoption d’un fiqh pervers qui ne se sert d’outil qu’à des fins de contorsions idéologiques et de manipulations scientifiques des sources authentiques et des règles véritables. Un phénomène de tayssir al-‘aqida, qui créé une nouvelle religion toujours dénommée islam mais complètement vidée de sa substance originelle et acceptable par le nouvel ordre politique mondial. La création de musulmans ”nominaux”, adeptes en réalité de religions séculières, refusant et combattant eux-mêmes les points les plus fondamentaux du dogme islamique.

Qui sont les musulmans qui résisteront à ce phénomène, et comment le combattront-ils efficacement, sont les deux seules inconnues de toutes ces évidences.

Aïssam Aït-Yahya

Source : Nawa édition

Aïssam Aït-Yahya : Dâr al-Kufr et Dâr ul-Islâm : Orientalistes et Néo-réformistes à l’assaut de la vision islamique du découpage mondial

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Pour comprendre l’opposition des néo-réformistes à la traditionnelle vision islamique concernant le découpage de l’espace mondial, il faut tout d’abord revenir sur les causes de notre situation actuelle. Pour ce faire, il est indispensable de séparer les facteurs externes des facteurs internes :

L’analyse externe vise à déterminer le contexte et l’environnement, en quoi ils influent négativement, comment ils aggravent ou de quelle manière ils ont fait naître le problème. Nous en avons déjà fait souvent référence ici et là : les causes historiques, la réalité contemporaine, le monde occidental, ses forces et ses pressions, qui font en sorte de ne pas laisser l’Islam libre de s’épanouir dans son espace civilisationnel, et demeurer seul maître de son histoire. Toutes ces entreprises, ces opérations, ces manipulations, ces buts et objectifs sont clairement visibles par toute personne éclairée, et ils sont d’autant plus faciles à saisir et à comprendre quand il s’agit de pointer du doigt les « autres ».

L’analyse interne, quant à elle, vise à diagnostiquer les faiblesses internes, savoir où elles se trouvent, comment elles sont apparues, de quelle manière elles aggravent la situation générale. A contrario c’est donc mettre le doigt là ou précisément le mal agit pour être capable d’élaborer des solutions. Par contre cette analyse est la plus ardue des deux car elle suppose recul et esprit critique. Elle suppose d’étudier un corps social dont on est partie prenante. Or, islamiquement parlant, l’analyse interne est prioritaire : « Lorsqu’un malheur vous atteint […] vous dites : “D’où vient ce malheur ?” Réponds-leur : “Il vient de vous-mêmes” » (Sourate al-’Imrân, V165).

Le mal le plus absolu, au delà de la situation collective des musulmans, c’est la dénaturation de l’Islam, son occidentalisation (via le processus de sécularisation), l’amputation d’une grande partie de sa réalité effective, la fin de sa civilisation (le pouvoir d’imposer son ordre chez elle). Tous ces facteurs impactent négativement sur la conscience musulmane, dans la vision de ce qu’est réellement l’Islam, dans les pratiques quotidiennes et dans la réalité de la foi. Ce cercle vicieux s’est renforcé depuis plus d’un siècle : en sécularisant l’Islam pour qu’il sécularise les musulmans, ou en sécularisant les musulmans de sorte qu’eux-mêmes sécularisent l’Islam. Un islam occidentalisé appliqué par des musulmans occidentalisés, que cela soit à Paris ou au Caire. Un orientaliste disait lors de la période coloniale: «*je n’appelle plus les musulmans à entrer dans le christianisme mais à sortir de l’Islam. Nous avons dépensé beaucoup d’argent, prononcé de nombreux discours, malgré cela nous n’avons pas réussi à dévier un musulman de sa religion. Il est plus facile de détruire que de construire. La destruction du musulman constitue la destruction de la religion elle-même». Or remarquons aujourd’hui que les enfants de ces orientalistes d’antan ont très bien compris que la meilleure des stratégies pour obtenir le meilleur des résultats est de faire détruire l’islam, par des musulmans eux-mêmes, de sorte que tous sortiront de l’Islam réel pour entrer dans un Islam fictif sans même en avoir eu conscience. De la même manière qu’il est plus facile à des étrangers de dominer un pays en faisant croire à sa population qu’il est indépendant que d’être directement au commande lors d’une colonisation…

Cette stratégie est largement facilitée dans le monde musulman et au delà dans le monde occidental, par une idéologie de la soumission inconsciente, innovée et créée par des individus et groupes issus de la Oumma très largement identifiables (historiquement et islamiquement). Ces derniers ont mis en place malgré eux toute une nouvelle architecture qui, sous divers prétextes, n’aboutira qu’à détruire la structure du dogme authentique de l’Islam, l’orthodoxie sunnite et finalement l’identité musulmane dans ce qui la distingue des autres. Tout ceci n’aboutissant qu’à incorporer l’Islam dans un nouveau Dînmondialiste, constitué simplement de sectes (firaq) ou d’écoles (madhâhib) dont l’une sera appelée ”islam” pour mieux tromper les musulmans.

Dialectique et méthodologie de l’imposture

Nous allons essayer de voir ici quelles sont les terminologies (mustalahât) et la méthodologie (minhâj) de cette nouvelle idéologie (fikra jadida). Nous allons essayer d’analyser de quelle manière leurs véritables innovations (bid’a), leurs visions biaisées et tronquées, leurs erreurs de bonne foi, leurs négligences condamnables, leur manque de rigueur, ou alors leurs tromperies, leurs manipulations, leurs mensonges et leurs propres illusions, s’y prennent de manière méthodique pour délier un à un les liens fondamentaux de l’islam dans nos cœurs et nos esprits : « Les liens de l’islam seront défaits les uns après les autres, et chaque fois qu’un lien sera défait, les gens s’attacheront au suivant. Le premier à être défait sera le lien de la Loi (d’Allah), et le dernier sera le lien de la prière».

Rejet de la dichotomie Dar al Islam/Dar al Kufr

Un des premiers sujets auxquels se sont attaqués ces nouveaux philosophes et leurs « chuyûkh », a été de remettre en cause la traditionnelle vision musulmane du monde. D’un côté le domaine de l’islam, les terres dans lesquelles ses lois, ses valeurs, son ordre, sa culture et son pouvoir règnent et dominent sur le plans juridique et politique, que ses habitants et sa population soient majoritairement musulmans ou non (Dar al-islâm). De l’autre coté, il y a tout le reste, c’est-à-dire les terres et territoires qui ne sont pas sous domination politique de l’Islam, cela même si la population est majoritairement musulmane. Or, si ces terres ne sont pas dominées par l’Islam, c’est qu’elles le sont par autre chose que l’Islam, cette autre chose n’étant pas l’islam est donc son opposé par essence, le non-islam quelle que soit sa forme et ses différentes modalités : c’est à dire al-Kufr (Dar al-kufr). Ibn Qayyim dit dans Ahkâm ahl adh-dhimma : « la majorité (jumhur) a dit le dar al-islâm est celle qui est la propriété des musulmans et gérée par les lois de l’islam, et ce qui n’est pas administré par l’islam n’est pas un dar al-islâm ». Comment ont-ils procédé pour rejeter ce principe clair et limpide ? Deux grandes méthodes.

1/ Première méthode : la multiplication des terminologies

Puisque ces derniers se réclament d’une certaine tradition scientifique sunnite, ce rejet ne pouvait pas être franc et décomplexé comme on le retrouve chez certains auteurs laïques modernistes par exemple. Ils se fondent donc sur tels ou tels ijtihad antérieurs décontextualisés, en les surexploitant et en finissant par regrouper toutes leurs propres extrapolations pour donner naissance à de nouveaux ijtihad totalement innovés au-delà même des limites légales de la jurisprudence. On voit apparaître chez eux des termes comme :

– Dar Al Sulh (domaine de la conciliation)
– Dar Ad Da’wa (domaine de la prédication)
– Dar ash Shahada (domaine du témoignage)
– Dar al Amn (domaine de la sûreté).

Il ne s’agit pas de dire que certaines de ces terminologies n’ont jamais été utilisées par d’honnêtes savants dans l’histoire de la jurisprudence islamique, mais de montrer qu’aujourd’hui entre des mains malintentionnées et/ou non fermement enracinées dans le dogme, ou utilisées par des esprits déviants aux méthodes avec des buts innovés : elles se révèlent être des armes de destruction massive de la conscience islamique des musulmans. Celle qui détruit en eux la pertinence et l’intérêt de garder l’absolue dichotomie Dar al-Islam/Dar al-Kufr. Cette profusion de termes permet de semer la confusion et de faire oublier les fondamentaux ; en l’occurrence il s’agit ici de faire disparaitre l’idée qu’il y a (eu) et qu’il doit exister un Dar Al-Islâm malgré tout : c’est à dire là où l’Islam est absolument maître chez lui pour défendre son intégrité (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, vous en conviendrez tous). Nous disons bien « absolue dichotomie » car tous ces nouveaux termes ne pourront jamais remplacer la pertinence de ceux mis en place par les premières générations (salaf salih) et confirmés par leurs successeurs (khalaf). Car aujourd’hui, les configurations ont changées et le Dar ad Da’wa, Dar Shahada, et Dar al Amn sont utilisés par ces nouveaux penseurs et « imams » pour désigner l’ancien Dar al-Kufr (le monde non-musulman) mais dans lesquels vit une importante minorité musulmane : et c’est là que toute cette nouveauté prend son importance. Pour eux, le monde non-musulman est un monde dans lequel le musulman doit et peut faire de la prédication (da’wa) dans lequel il peut témoigner son islam (shahada) et où il est en sûreté (amn). Ce discours a pour seul but en réalité de justifier leur présence en Dar al-Kufr, et pour inciter à intérioriser comme absolument naturelle leur vie et leur mort en plein milieu de ces territoires non-musulmans ! Alors qu’une quantité astronomique de preuves à en faire déborder les bibliothèques sunnites montrent, stipulent et expliquent que cette situation est anormale, réprouvée, conditionné dans le temps et le lieu à certaines catégories précises (commerçants, diplomates, étudiants, etc.). Nos auteurs justifient cette présence sans jamais s’interroger, ne serait-ce que de l’ordre du « qui suis je, d’où je viens et où vais-je » (dont les vraies réponses sont devenues paradoxalement dangereuses pour ces « philosophes »).

L’utilisation de ces nouveaux concepts est imparfaite, partiale et orientée d’une manière qui n’a jamais été faite avant eux. Ces « réformateurs » ont même échoué dans le but qu’ils se sont fixés (à savoirredéfinir une vision du monde islamiquement pertinente) puisque toutes ces nouvelles terminologies ne peuvent pas qualifier à elles seules l’ancien Dar al-Kufr et de ce fait ne peuvent pas le remplacer totalement. Leur construction pseudo-scientifique bâclée ne sert qu’à justifier à posteriori une position en laquelle ils croient déjà comme la Révélation : à savoir qu’il n’y aurait aucune contradiction ou incohérence au fait que des populations civiles musulmanes vivent dans un ordre non-musulman.

Explication par l’exemple contradictoire

Si les termes Dar ad-Da’wa, Dar ash-Shahada, et Dar al-Amn sont vraiment justes pour qualifier exclusivement l’ancien dar al-kufr : dans ce cas, est-ce que les musulmans vivant dans le « Dar al-Islam » n’auraient pas/plus besoin de da’wa, de rappel à l’ordre et d’incitation au bien et à l’interdiction du mal (al-amr bil ma’rûf wa nahi ‘anil munkar) et leur territoire ne serait-il pas/plus aussi un Dar ad Da’wa ? Le Dar al Islam n’est-il pas aussi un Dar al Shahâda par excellence ? Et même le plus absolu et naturel de tous ? Le Dar al Islam est-il toujours un endroit où règne la sûreté pour les musulmans et donc forcément un Dar al-amn selon cette compréhension ? Le Dar al Kufr est-il un monde totalement uniforme pour énoncer que les musulmans ont la liberté d’y professer publiquement leur foi ? Comment et selon quels critères juger alors de cette liberté ? On pourrait multiplier ce type de questions pour multiplier les contre-sens sans aboutir au résultat souhaité. Non. Si ces terminologies peuvent à la fois être utilisées pour l’un ou l’autre des territoires, leur pertinence linguistique est quasi nulle. Absolument rien ne peut remplacer de manière convaincante la distinction fondamentale entre Dar al-Islam et Dar al-Kufr. Sachant que ces deux mondes sont aussi traversés par de multiples réalités qui doivent être nuancées, en fonction des contextes politiques, géographiques et/ou régionaux. Mais quoiqu’il en soit cette dichotomie est la plus claire de toutes, en tout cas dans le cadre islamique…

2/ Deuxième méthode : le prétexte de la guerre et la terminologie pacifiste

L’autre méthode pour réfuter cette dichotomie est politiquement plus sournoise. Elle consiste à délégitimer (très implicitement) le concept de Dar al-Kufr car celui-ci renverrait automatiquement ou symboliquement au Dar al-Harb (domaine de la guerre). Ironiquement, ils réutilisent le plus souvent les mêmes arguments (inversés) que les orientalistes islamophobes (le comble pour ces individus qui, au départ, voulaient nous libérer de ces stéréotypes). C’est donc une espèce de honte coupable inconsciente qui est ici dévoilée.

L’orientalisme islamophobe énonce que le découpage politique du monde par le droit musulman entre le domaine de la paix et le domaine de la guerre démontre la vision guerrière et intolérante de l’Islam. Or, nos malheureux « réformistes » reprennent quasiment la même argumentation pour justifier leur nouvel ijtihad.

Dans notre monde régi par l’Organisation des Nations-Unies (basée sur la philosophie politique occidentale) qui a érigé la Paix et les Droits de l’homme en mesure de toute chose, les nouveaux penseurs et théoriciens de l’Islam se refusent d’utiliser le terme Dar al-Kufr qui renvoie selon eux au Dar al-Harb, c’est-à-dire aux terres à conquérir et aux populations non-musulmanes à convertir. Cela renverrait donc au jihad, aux croisades, à la violence et à tout ce champ lexical honni par l’humanisme et le pacifisme mondial. Encore une fois leurs esprits binaires et vulgarisateurs font l’impasse des vraies et profondes explications, car si le Dar al-Harb désigne automatiquement un Dar al-Kufr, tout Dar al-Kufr n’implique pas forcément d’être un Dar al-Harb réel dans lequel les actions militaires sont obligatoires ou légales pour les musulmans. Car ces actions militaires et son état de guerre, sont toujours laissés à l’appréciation des détenteurs d’autorité (wulat al-umûr) selon les intérêts (masâlih) de l’Islam et des musulmans (sauf cas de légitime défense ou nulle permission n’est requise pour se défendre des envahisseurs), autrement dit en fonction de l’état actuel des relations internationales.

Il y a même très souvent chez les anciens juristes une utilisation purement linguistique du terme Dar al-Harb comme simple synonyme de Dar al-Kufr sans que cela n’implique chez eux l’idée d’un véritable état de guerre, mais plutôt un état d’hostilité et d’opposition politique, ainsi qu’une distinction entre diverses sphères d’influences. « Hostilité », car justement il n’y a pas eu de conclusion d’accord de paix, de trêve et de relation de bon voisinage avec les autorités islamiques légales représentant le Dar al-Islam (une partie ou son tout avec le califat dans les théories classiques du droit international musulman). Il s’agit donc de l’exact contraire de ce que certains appellent un Dar al ‘ahd (traité), Dar al Sulh (conciliation) ou un Dar al Hudna (trêve), qui restent tous fondamentalement des Dar al-Kufr sans être dans la pratique réelle des Dar al-Harb, mais pouvant tous potentiellement le devenir en cas de bouleversement dans les relations politiques et diplomatiques.

Dès lors, même si on adopte ces terminologies : d’un côté Dar al-Islam, de l’autre un Dar al-Harb et un Dar al-‘Ahd, cela ne peut toujours pas remplacer la dichotomie fondamentale, car Dar al-Harb et Dar al-‘Ahd appartiennent toujours et tous deux au Dar al-Kufr…

Ainsi, l’idée de ne pas utiliser Dar al-Kufr du fait de son caractère prétendument « belliqueux et offensant » ou comme prélude, selon eux, à l’état de guerre, est complètement biaisée car le Dar al-Kufr est une qualification juridique d’un territoire qui ne présage en rien de la nature des relations politico-diplomatiques qu’entretient ce territoire avec le Dar al-Islam… Cette dichotomie islamique de l’espace mondiale veut simplement démontrer les limites d’influences respectives entre la civilisation islamique et les autres. Ces nouveaux intellectuels, juristes ou imams s’appuient donc sur une méthodologie complètement inversée : ils comprennent l’islam et ses théories au prisme du contexte actuel et des idéologies (occidentales) qui dominent ce contexte, mais ne cherchent absolument pas à comprendre ce contexte en se basant sur l’Islam et ses fondements (fahm al waqi’ bil islam wa layssa fahmu islam bil waqi’). Et c’est en se basant sur l’état actuel du monde et en considérant cette situation comme une « preuve par le fait », qu’ils ont voulu revenir sur la traditionnelle dichotomie, alors que tout leur prétendu « ijtihad », en sus de ne rien apporter et de ne pas être capable de remplacer l’ancienne avec une réelle pertinence, entraîne au contraire des effets extrêmement dangereux pour la réalité de l’Islam et son devenir comme nous allons le voir.

La destruction des frontières-barrières protectrices et Le mondialisme

Car en effet, notre monde actuel est  »mondialisé », les frontières économiques tendent à disparaître pour laisser place à la libre circulation des hommes, des marchandises et des capitaux, de même que les frontières politiques tendent elles aussi à être relativisées (mais jamais entre les pays musulmans, très bizarrement !). L’uniformisation des lois, des codes, des cultures et des valeurs au niveau de la planète menace l’humanité entière en créant un homme unique, pensant et vivant fondamentalement de la même manière, tout simplement déclinée en couleurs et langues différentes (le temps de mettre en place le clonage industriel, la langue unique et sa religion mondiale). L’idéologie mondialiste se sert de termes-propagande et de leurs effets comme la démocratie, les Droits de l’homme, l’économie de marché pour réduire l’homme à l’état d’esclave inconscient et heureux de l’être. Or, ces nouveaux penseurs et imams de l’égarement ont pris pour prétexte l’état actuel du monde pour détruire la vision islamique et traditionnelle de celui-ci. D’ailleurs ils procèdent toujours ainsi dans toutes les problématiques, ils donnent pertinence à la situation et font une fatwa qui valide le contexte sans chercher à modifier islamiquement ce contexte. C’est ainsi qu’ils font délibérément le jeu des forces les plus hostiles à l’islam en accélérant l’acceptation du processus mondialiste dans les consciences musulmanes : il n’y a pas ou plus besoin de Dar al-kufr ou Dar al-Islam, mais il y aura en réalité un unique Dar al-shahâda, al-amn, al-sulh, ad da’wa mondialisé dans la plus pure vision du New World Order. Puisqu’en parallèle, même le Dar al-Islam est vidé de sa plus juste définition par tous les courants islamiques (soumis au système) en lui cherchant une simple et petite définition minimaliste pour ne pas troubler l’ordre politique établi. Pourquoi ? Car islamiquement si nous revenons sur la définition de Dar al-Islam qui fait le consensus historique on remarque qu’il n’existe pratiquement pas…

C’est ainsi que chez certains (peut-être les plus risibles de tous) un Dar al islam est simplement devenu un domaine où l’appel à la prière (adhan) est public, intégrant de ce fait plusieurs villes/régions du monde anglo-saxon ou du monde asiatique (boudhisto-communiste) dans le Dar al-Islam… Et n’ayant toujours pas compris que cette condition est un indice dans la qualification juridique d’une terre et non la définition elle-même…

D’autres parmi les néo-réformistes, la conditionnent simplement à des exigences de sécurité et de tolérance pour les musulmans, pouvant donc faire de certains pays anglo-saxons, scandinaves ou même le Japon des contrées du Dar al-islam… Comment ne pas voir que ces fausses définitions sont de si belles aubaines pour l’état actuel du Monde ? Monde où tous les intérêts sont satisfaits au détriment de ceux de l’islam ! Finalement, ce refus d’accepter et de se soumettre à la vision islamique traditionnelle du Dar al-Islam et Dar al-Kufr, en comprenant la réalité de leurs vraies significations, ne peut être qu’une preuve de l’acceptation du projet mondialiste et du triomphe de sa vision, que cela soit conscient ou non. Plus de Dar al-Islam ni de Dar al-Kufr pour mettre en place un Dar al Insanniya uniforme (domaine de l’humanité), pour un être humain uniformisé vivant sous un même et unique ordre politico-culturel : dans la plus pure vision fantasmée du projet mondialiste.

D’ailleurs remarquons maintenant comment la terminologie musulmane Dar al-Islam et Dar al-Kufr protège de fait le  »non-islam » : elle lui accorde un droit d’existence car elle reconnaît par pragmatisme que sur Terre, il peut y avoir une terre non-islamique mais elle reconnaît cette possibilité (bien qu’elle réprouve le kufr sur le plan philosophique), et c’est déjà en soi un principe de reconnaissance mutuelle totalement différent de la pensée mondialiste. Cela de la même manière qu’à l’intérieur d’un véritable Etat islamique, les minorités religieuses non-musulmanes ont le droit de vivre décemment, en sécurité et selon leurs croyances et leurs rites. La liberté et la tolérance issues de cette dichotomie en politique internationale, rejoignent la liberté et la tolérance de la distinction ahlul islam/ahlul dhimma au sein même d’un Etat/société musulmane.

Ne pas reconnaître la validité de ces principes (dar al-islam et dar al-kufr) c’est valider finalement le totalitarisme mondialiste qui cherche à effacer toutes sortes de délimitation, de distinction, et de particularité quelle soit issue de l’islam ou non.

Aïssam Aït-Yahya

Source : Nawa Editions

Aïssam Ait Yahya : Abd al Malik en métropole et Tintin au Congo !

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livre-d-abd-al-malikL’investissement français dans toutes les idéologies cherchant à transformer l’Islam pour le vider de sa substance est très évident. Cela passe par la promotion de prétendus intellectuels, imams et recteurs Béni oui-oui, jusqu’à certaines figures du monde « artistique », qui par leurs origines sociales et ethniques peuvent encore compléter cette stratégie en ciblant tout spécialement la jeunesse musulmane des quartiers dit « sensibles ».

Nous avons dans ce dernier cas de figure, un véritable exemple académique avec le dénommé Abd el Malik, soufi et slameur. On savait que Rousseau avait contribué à développer le mythe du bon sauvage dans la littérature française, or son héritière directe, la France laïque et jacobine a retrouvé en Abd el Malik la rassurante figure banania du bon africain.

Le problème pour nous n’est pas tant qu’il est le représentant le plus symbolique du « traître social » comme l’ont dit certains. Car ayant selon eux « vendu le rap hardcore antiflic de la cité pour le flow policé du slam boboïsé » passant ainsi de la scène underground antiflic à la variété française version Pascal Sevran négrophilisée. En illustrant au passage, la trajectoire de la racaille karchérisée des cités dortoirs ne rêvant que d’intégrer le bling-bling du show bizz parisien.

Non, ce n’est absolument pas ceci qui nous importe, mais plutôt la teneur de son discours et de sa posture soi-disant islamique dans les débats sur la question de l’intégration des musulmans et de l’Islam en France. Qu’il intervienne en sa qualité de chanteur issu du prolétariat des HLM qui œuvre à divertir le-Tout-Paris est une chose : dés lors, il peut danser et chanter en tant que nouvelle Joséphine Baker ceinturé de banane aussi pourrie que consensuelle à défaut d’explosif intellectuel…

Mais le fait qu’il s’affiche dans le rôle du grand frère donneur de leçon façon TF1, et expert des questions liées à l’Islam en est une autre. Et si nous voulions être provocateurs, nous dirions que son acharnement à reproduire, comme un servile larbin digne de la case de l’oncle Tom, le discours stéréotypé sur l’Islam banlieusard, montre qu’il est le parfait « house negro » version française que nous avait déjà décrit notre prédécesseur Hajj Malik Shabbaz, plus connu sous le nom de Malcolm X : « Les nègres domestiques, ce sont ceux qui vivaient dans la maison du maître; ils étaient bien vêtus, ils mangeaient bien parce qu’ils mangeaient comme le maître, ce dont il ne voulait pas. Ils vivaient au grenier ou dans la cave, mais ils vivaient près du maître ; et ils aimaient le maître plus que le maître ne s’aimait lui-même. Si le maître disait : “Nous avons une belle maison”, le nègre domestique disait : “Ouais, nous avons une bonne maison.” Lorsque le maître disait « nous” il disait “nous”. C’est à cela que se reconnaît un nègre domestique… »

Ayant ensuite accompli son pèlerinage à Auschwitz dans l’euphorie du post-11 septembre, son opportunisme démagogique fut très largement récompensé. Adoubé par le monde du spectacle, il peut collectionner dès lors, autant les victoires de la musique que les invitations sur la scène télévisée, dont on ne se sait plus dire, si elle est artistique ou intellectuelle.

abd-al-malik-livre-flammarionAprès la « racaille sort un disque » c’est le zouave qui écrit un livre… Comme Abdennour Bidar avec « Self Islam », Abd el Malik est l’auteur d’une œuvre qui se veut autobiographique intitulé : « Qu’Allah bénisse la France ! »

Véritable nouvelle récitation du « nos ancêtres les gaulois » remastérisé, il démontre que pour exister médiatiquement il faut avoir assimilé parfaitement les leçons de l’intégration française à la sauce post coloniale. Et comme Abdelweheb Meddeb avant lui, il reproduit toute l’attitude méprisante à l’encontre des jeunes musulmans résistants et contestataires qui subissent de plein fouet la croisade intérieure laïco-jacobine : « Je remarquais aussi que bon nombre de mes aînés musulmans, pourtant bardés de diplômes, se métamorphosaient en abrutis lorsqu’on abordait la religion, comme si le simple fait d’évoquer l’islam inhibait toutes leurs capacités intellectuelles… »

Il faut dire qu’il s’est lancé dans l’écriture avec autant de talent qu’il en avait pour déblatérer ses prêches I-slamisées. Là encore, c’est le rôle du soufisme innovateur qui nous permet de comprendre toute la rhétorique du gentil africain néo-muz de service.

En mettant la laïcité en musique, peut-être que ces « bêtes » cher à Meddeb et ces « abrutis » d’Abd el Malik -assurément les mêmes- pourront l’accepter si ont la mettait tout simplement en musique :

« Après ça fallait qu’on montre aux yeux du monde que nous aussi nous n’étions que des hommes…Que s’il y avait des fous, la majorité d’entre nous ne mélangeait pas la politique avec la foi… »

« Ne pas mélanger la politique avec la foi » martelé près de cinq fois sans en être le refrain pourrait même passer pour une tentative de manipulation subliminale.

Dès lors, la foi soufie syncrétique d’Abd el Malik peut s’accommoder de n’importe quelle pouvoir temporel, car elle s’est vidée pour devenir un simple récipient pseudo-spirituel pouvant servir de contenant à n’importe quelle idéologie séculière, et surtout de celles qui dominent effectivement la temporalité. Avec cette originalité chez Abd el Malik, lorsque l’on remarque que sa vision de la foi « musulmane » est en adéquation avec la fonction sociale de sa musique : « Pour moi, le rap est la musique du 21e siècle. Elle est totalement en phase avec son époque. Même le gangsta rap, avec son consumérisme, sa misogynie et ainsi de suite, nous en apprend sur notre époque. Il ne faut pas s’arrêter à la pointe de l’iceberg. Il faut aussi prendre en compte sa facette conscientisée. »

malik_dernier_fr_1En effet, le rap consumériste et individualiste est à la subversion politique ce que le soufisme innovateur est à la spiritualité : une dégénérescence pathologique qui n’a pas d’autre but que d’être plaisant et conforme aux exigences du système Dominant. Cela dit, ce sont tous ces éléments qui nous expliquent et nous font comprendre pourquoi Abd el Malik peut stigmatiser le fait de faire de la politique dans une liaison avec l’Islam, mais aucunement quand il s’agit de prêcher ostensiblement pour la démocratie laïque…

Alors que s’il était réellement objectif ou cohérent avec certains de ses propos, soit il se serait abstenu de tout discours politisé, soit il ne refuserait pas ce droit aux autres.

Car quant à lui, ses prêches politiciens dépassent même le cadre national, étant donné qu’il est bien connu que lorsque la maison France brûle, c’est toujours ses pompiers-tirailleurs coloniaux que l’on envoie en première ligne éteindre l’incendie, en chantant un « c’est nous les africains… » remixé par son slam laïque. Il témoignait en effet : « Aujourd’hui, la France a une carte cruciale à jouer, en montrant au reste du monde comment elle va gérer la crise [Soulèvement des banlieues de 2004, NDA] grâce aux outils républicains, démocratiques, laïques, qu’elle a inventés. En novembre, j’ai été interviewé par de nombreux médias anglais et américains pour qui, unanimement, la révolte des banlieues est la preuve de l’échec du fameux modèle laïque des Français. Je leur dis : “Non, ce n’est pas parce que la personne qui tient l’outil est momentanément incompétente qu’il faut jeter l’outil. Il faut changer la personne, ou la former.” »

Pourtant les faits sont clairs, la France qui a -selon elle- les plus beaux, plus grands et profonds principes philosophiques politiques, est le pays occidental où justement les musulmans rencontrent le plus grand nombre de difficultés à surmonter (nous avons déjà vu pourquoi et comment). Pour un arriviste sur la scène intellectuelle comme Abd Al Malik on peut comprendre qu’il ait pu répéter bêtement le discours conformiste et avec son habituelle démagogie : « La France a toujours été précurseur. L’idée universaliste vient de chez nous… »

Avec plus de nuance et surtout plus d’études objectives, nous savons désormais pertinemment le contraire. Comme d’ailleurs tout honnête historien qui n’hésite pas à dire les vérités qui fâchent : « L’universalisme à la française est, historiquement, la source de discrimination »

Or si l’on rajoute à cela, les constatations d’un récent rapport de la French-American Foundation et de Sciences-Po certifiant : « Nos résultats soulignent donc une réalité dérangeante : dans la République française théoriquement laïque, les citoyens musulmans issus de l’immigration rencontrent, toutes choses égales par ailleurs, des obstacles à l’intégration par l’accès à l’emploi bien plus élevés que leurs homologues chrétiens. »

Comment expliquer la persistance de l’aveuglement d’Abd al Malik ? Peu importe, car quoiqu’il en soit, il va sans dire qu’en France, cette alliance stratégique entre soufisme innovateur et laïcité dogmatique rencontre en Abd el Malik un hôte particulièrement acharné et obstiné, envers et contre toute rationalité objective, à vouloir défendre un modèle archaïque, certainement le plus utopique du monde occidental.

Si nous nous intéressons à cette posture jusqu’au-boutiste d’Abd al Malik, celle qui consiste à ne vouloir voir dans cette France qui sent le brûlé qu’une simple défaillance humaine, notre analyse liant psychologie des origines ethniques et sociales, héritage coloniale, aliénation identitaire et ses nombreux complexes, ne pourra que nous faire rappeler ce discours de Malcolm X, extrêmement révélateur de cette maladive obstination : « Si la maison du maître brûlait, le nègre domestique combattait le feu avec plus d’énergie que le maître n’en mettait lui-même. Si le maître tombait malade, le nègre domestique disait : “Qu’y a-t-il, patron, nous sommes malade ? Nous sommes malades”. Il s’identifiait au maître plus que son maître ne s’identifiait à lui-même. Lorsqu’ils voient brûler la maison de ce blanc, vous n’entendez pas les petits noirs [pour Malcolm X, ceux qui ne font pas partie des house nigger, NDA] dire : “Notre gouvernement a des ennuis”, mais : “Le gouvernement ! ” J’en ai même entendu parler de “nos astronautes”, “notre marine de guerre !” Voilà un noir qui a perdu l’esprit. Tout comme le maître, en ce temps-là, se servait de Tom, le nègre domestique, pour maintenir les nègres des champs sous sa domination, le vieux maître se sert de nègres qui ne sont rien d’autre que les Oncle Tom du vingtième siècle, pour nous tenir en échec et nous garder en main, vous et moi, pour nous garder pacifiques et non-violents…»

Joignons pour accompagner ce percutant discours, un refrain très approprié d’Abd el Malik lui-même, qui sonne désormais très agréablement à nos oreilles : « Ça c’est du lourd…»

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En France, toutes ses prises de positions, ses paroles et actes, lui valent personnellement de rafler quantité de médailles et de distinctions qu’il peut fièrement épingler sur son burnous de tirailleur congolais pour service rendu à la mère patrie. Et après avoir obtenu de Juliette Gréco qu’elle fasse la préface de son dernier livre, il est probable qu’Abd el Malik suscite l’intérêt de Mylène Farmer ou Didier Barbelivien pour lui produire son prochain Album, et il pourra continuer à dire avec un grand sourire banania : «Ce que je fais finalement c’est être subversif à l’extrême…»

Et nous espérons que cet Omar Bongo national ne jouera plus de la confusion entre son slam soufi laïque et l’Islam avec sa spiritualité authentique.

Mais connaissant la nature de cette néo-religion et de son prosélytisme, nous ne faisons aucune illusion…