Turquie

La Turquie Laïque Partie 9 : L’accession au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan

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Recep Tayyip Erdogan

En 1998, une rupture se fait au sein du Parti de la vertu, deux camps s’opposent : les rénovateurs et les conservateurs. Cette séparation deviendra effective en 2001 avec la création du parti de la félicité, dirigé par Erbakan et le partie de la justice et du développement (AKP), dirigé par Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier milite aux sein des partis islamistes depuis 30 ans. Il est diplôme d’un lycée d’imam et économiste de formation. Il devient maire de Istanbul en 1994 mais est condamné pour incitation à la haine en 1997 pour avoir récité un poème du nationaliste Ziya Gökalp : « Les baïonnettes sont des minarets. Les coupoles des heaumes, les mosquées des casernes, les musulmans des soldats. » Il écope de 4 mois et demi de prison et démit de ses fonctions de maire, en plus d’une interdiction d’activité politique.

Erdogan défini son parti comme rénovateur et contemporain et fondé sur une « philosophie politique conservatrice-démocrate ». L’essence de son parti est basé sur l’esprit de compromis. Il prône l’intégration à l’Union Européenne, une ouverture sur le monde, à l’économie de marché et continue la politique économique des années Özal. Il met en avant la préservation de la culture traditionnelle du pays et la défense des valeurs de la famille. Ce programme permet au parti de la justice et du développement (AKP) de remporter les élections législatives. Un problème se pose pour Erdogan, interdit d’activité politique il est dans l’obligation de quitter la présidence de l’AKP, ni celle de Premier Ministre. C’est Abdallah Gül, lieutenant d’Erdogan qui va assurer ces fonctions. Il procède à des réformes qui permettent à Erdogan de retrouver sa liberté politique. Erdogan succède à Gül en mars 2003, à savoir 4 mois après la victoire de l’AKP.

A la suite de l’arrivée au pouvoir de l’AKP, des inquiétudes se sont fait savoir au sein de l’opposition mais aussi en Europe dont la presse nommais alors les membres du parti d’islamistes, dont la significations dans ces pays et principalement en France, est synonyme d’extrémistes voir de terroristes (ou potentielle terroristes). L’une des premières tâches du gouvernement a été de rassurer et de dissiper ces inquiétudes. Erdogan profite de du rôle de Premier Ministre de Gül pour parcourir l’Europe pour convaincre ces derniers de l’intégration de la Turquie à l’Union européenne et pour présenter le visage de l’AKP. Les journalistes européens et la presse locale se demandent si Erdogan n’avance pas masqué et certains font écho au discours qui lui a valu son emprisonnement. Erdogan se défend en affirmant qu’il évolue constamment, sans renier l’homme qu’il a été par le passé.

L’AKP se tourne à la fois vers le monde musulman mais aussi vers l’Occident, contrairement à Erbakan dont la politique étrangère était tournée exclusivement vers le monde musulman. En 2003, les Etats-Unis de Gorges W. Bush demande à l’AKP d’intervenir en Irak et de permettre aux soldats américains de débarquer sur le territoire turque pour facilité son intervention. Abdallah Gül et nombre de députés appartenant à l’AKP hésite mais Erdogan presse le gouvernement d’accepter la demande américaine mais l’autorisation est rejeter de peu le 3 mars 2003. Les soldats américains qui avaient débarqué au port de Iskenderun doivent faire demi-tour suite au refus du passage des troupes américaine par le territoire turque.

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La Turquie Laïque Partie 8 : La montée sociopolitique des confréries soufis

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Fethullah Gülen

Les confréries soufi ont toujours été derrière les différents partis « musulmans » et l’une des plus rayonnante est la Nakchibendi du cheikh Kotku. Cette même confrérie qui s’était opposé aux « califes » ottomans qui étaient acquis à l’idéologie occidentale mais aussi à Mustafa Kémal Atatürk et sa politique de dé-islamisation de la société turque. Pendant les années Özal, ces confréries vont tisser de puissant réseaux avec les milieux des affaires, de la politique, du culturel et du social. La Nakchibendi va devenir une organisation complexe après la mort du cheikh Kotku et grâce au nouveau chef spirituel de la confrérie le cheikh Esat Cochan. Elle ouvre, outre ses cours de Coran et d’entraide, des crèches, des pensionnat, des cliniques, des revues mensuelles islamique, des maisons d’édition, des stations de radio, une chaîne de télévision et des sites internet. Elle utilise tous son pouvoir pour diffuser les valeurs culturelles ottomanes.

Une autre organisation soufi, mais non confrérique, possède un poids important dans la société : les Süleymenci. Ils possèdent 4 millions d’adhérents et possède un soutien puissant de la part de la diaspora turque se trouvant en Europe. Ils se tiennent à distance de la politique mais cela n’empêche pas certains de leur membres de s’engager dans le milieu politique.

Une nouvelle branche des Nurcus voit le jour : les Fethullahcï. Son fondateur est Fethullah Gülen (responsable présumé de la tentative de coup d’État contre le président Recep Tayyip Erdogan en 2016) cherche la reconnaissance de l’Etat et veut incarné une islam national, moderne libéral et tolérant. Il a soutenu le coup d’État militaire de 1980 et la nouvelle Constitution de 1982. Il s’oppose à Erbakan et dit lutter contre l’obscurantisme religieux. Pour prouver la distance qu’il met avec l’islamisme politique, il annonce que « même si l’ange Jibril (Gabriel) fondait un parti, il ne le suivrait pas. » Ce genre de propos en dit long sur son attachement à l’Islam et sa tentative de coup d’État envers Erdogan (si elle est attestée) ne nous étonnera guerre. Il se place à contre sens des islamistes pour bien se faire voir par les kémalistes et l’armée. Il propose la construction d’écoles laïque et d’hôpitaux à la place des mosquées, il se prononce contre le port du voile qu’il considère comme un détail. Il défend le ministère des affaires religieuses en soutenant sa politique de contrôle de l’Islam. Il se présente comme une alternative à l’islamisme politique, un musulman modéré pratiquant un bon islam toléré par l’Etat et l’armée contre le mauvais islam des islamistes et d’Erbakan en particulier.

Malgré les gages donné par Gülen, l’armée reste méfiante et c’est pourquoi ils s’attaque à son empire financier, social, éducatif et médiatique lors du coup d’État de février 1997 et pourchasse ses représentants.

Gülen s’adapte aux nouvelles conditions politiques et met en place les rencontre d’Abant qui réuni des intellectuels, des universitaires, des juristes et des théologiens dans des ateliers de travail autour des problèmes comme la relation entre l’Islam et la démocratie, la laïcité. L’objectif est de trouver un consensus et de publier en fin de rencontre les travaux qui seront remises au président.

L’armée diffuse sur les chaîne de télévision des cassettes d’anciens discours de Gülen qui incite ses partisans de s’emparer des postes clef de l’Etat. Gülen devient l’ennemi publique n°1 et une vaste opération est mené en 1999 contre ses écoles et les organisations qui lui sont liées. Inquiété par le coup d’État militaire, Gülen s’installe aux Etats-Unis où il reçoit des soins médicaux depuis de nombreuses années.

La Turquie Laïque Partie 7 : Un premier ministre islamiste

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Necmettin Erbakan

Les années 90 marque le retour de l’Islam politique sur le devant de la scène. En 1987, le parti de la prospérité de Erbakan gagne les élections municipales d’Istanbul, ce qui provoque un choc auprès des kémalistes. Le combat entre islamistes et kémalistes reprend de plus belle, ces derniers accuse les islamistes de porter atteinte à la laïcité. Quand aux islamistes, ils gagnent de nouveaux les élection en 1995 et en 1996, pour la première fois dans le pays, le premier ministre est un islamiste. Les kémaliste mettent en garde contre une retour d’une théocratie ottomane et l’armée est prête à intervenir. ne s’oppose pas à la modernité mais il rejette l’occidentalisation et le capitalisme. Il entends rassurer et dissiper les peurs mais ne cache pas sa volonté de lever l’interdiction du voile à l’université et dans l’administration. Il multiplie le nombre d’écoles et de lycée d’imams dont l’orientation ne se fait pas vers des études théologiques mais vers des études supérieur juridiques, vers les relations internationales et même militaire. Cette orientation déplaît aux kémalistes qui proclament la république en danger. Erbakan prône la création un marché commun au monde musulman comme l’a fait l’Europe et prend la forme du D8, qui s’oppose au G7 et qui réuni l’Indonésie, l’Iran, l’Égypte, la Malaisie, le Bangladesh et le Nigeria. Il privilégie le monde « musulman » pour ses première visites comme l’Iran qui est alors sous embargo ou encore la Libye de Mouammar Kadhafi qui n’hésite pas à lui reprocher de persécuter les kurdes. Il rends visite au leader des Frères Musulmans en Égypte, ce qui provoque la colère du président égyptien Hosni Moubarak. Un ancien partenariat commercial lie la Turquie à Israël et c’est à contre cœur que Erbakan est obliger de reconduire ce partenariat, ainsi qu’un accord stratégique qui implique une collaboration avec l’Etat hébreu concernant leur système de renseignements et de défense à l’encontre de la Syrie, de l’Irak et de l’Iran.

Erbakan éprouve le besoin de se réconcilier avec les leader des confréries soufis avec qui il s’était séparé une première fois à la fin des années 70 en s’opposant avec le cheikh Kotku, chef de la confrérie Nakchibendi, et au début des années 90, en refusant de prêter allégeance au successeur du cheikh Kotku : cheikh Esat Cochan. Après son accession au pouvoir, Erbakan appel à une union sacrée de l’Islam et inviter les principaux leader des différentes confrérie à rompre le jeûne du Ramadan au siège du gouvernement à Ankara.

Toutes les mesures anti-laïque et pro-islam d’Erbakan force l’armée à réagir en février 1997, en profitant d’une manifestation au soutien au Hezbollah chiite et au Hamas palestinien (sunnites) dans un petit village où certains membres remettaient la laïcité en question. L’armée intervient et impose 18 mesures anti-islamistes au gouvernement qui n’a d’autre choix que s’abdiquer. Le Parti de la Prospérité est interdit et Erbakan démissionne 4 mois après l’intervention militaire. Il lui ait interdit de pratiquer une quelconque activité politique pendant 5 ans.

Ces 18 mesures vont devenir petit à petit un code de surveillance à travers le prisme duquel les discours et les actions des partis islamistes seront jugé. C’est ainsi que Recep Tayyip Erdogan (maire d’Istanbul), Erol Yarar (président des hommes d’affaires appelées Tigres Anatoliens) et Mehmet Kutlular (propriétaire du journal Nurcus) seront arrêter pour incitation à la haine sur une base religieuse. Erdogan et Yarar seront privé d’activité politique. Pour contré l’islamisation de la jeunesse, les militaires impose un enseignement laïque de 8 ans et place sous le contrôle du ministère de l’éducation tous les cours de Coran. L’armée étends sont contrôle sur les 74 000 mosquées du pays subissent des inspections et énonces des restrictions quant à la construction de nouvelles mosquées.

 

La Turquie Laïque Partie 6 : L’émergence des intellectuelles «musulmans» modernistes

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Rasïm Özdenören

Une nouvelle classe d’intellectuels « musulmans » voit le jour. Ces intellectuels ont été éduqué à l’école laïque et ne possèdent plus les références ottomanes de leur prédécesseurs. Abreuvé de l’idéologie occidental, ils prônent la réforme de l’Islam en réinterprétant la religion dans un cadre moderne. Par moderne, ils entendent séculariser l’Islam, soumettre la religion au pouvoir temporel. Ils tentent de réconcilier le modèle occidental et l’Islam et pour se faire ils souhaitent adopté le modèle occidental et lui insuffler ce qui lui manque : une spiritualité. L’objectif est de palier au défaut des idéologies occidentales tel que le capitalisme, le nationalisme, le féminismes, la démocratie et la laïcité pour ne pas hériter des défauts de ces systèmes.

Derrière ces belles paroles et cet œcuménisme, ils relèguent l’Islam à une simple spiritualité et renie son aspect civilisationnel dans le sens de système politique qui englobe tout les pan de la société musulmane. Ils appliquent à la lettre l’éducation qu’ils ont reçu à l’école laïque et ce pseudo-islam diffusé par le gouvernement. L’Islam n’est pas que spiritualité, l’Islam ne prône pas que les bonnes mœurs, de préservé les liens familiaux, le bon comportement, l’Islam est aussi un système politique qui régit à la société musulmane, le gouvernant et le gouverné, les statuts gouvernementaux (Ahkam Sultâniya). Le politique n’est pas séparé du religieux en Islam, au contraire la politique fait partie de la religion contrairement au concept occidental de la séparation de l’Église (religion) et de l’Etat qui est un concept occidental dont l’origine vient du Christianisme qui a interprété la phrase de Jésus : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». A partir de cette phrase, les théologiens chrétiens ont estimer que Jésus avait séparé le royaume de Dieu du royaume des hommes donc a séparé la religion du politique. C’est pour cela que le pouvoir temporel (pouvoir du royaume des hommes) était exercé par les rois chrétiens et le pouvoir religieux (pouvoir du royaume de Dieu) appartenait au Pape. Bien que sous l’ère chrétienne, une collaboration fragile en les rois chrétiens et le Pape était effective (même si l’un a toujours cherché à avoir le dessus sur l’autre en fonction des périodes), cette séparation est devenue net après la Révolution française et particulièrement avec la loi de 1905 qui consacre la supériorité du Politique sur la religion.

Ce concept très chrétien et étranger à l’Islam est prôné par ces nouveaux intellectuels « musulmans » qui ne sont que le fruits de l’éducation du gouvernement turque qui tentent de soumettre l’Islam à son ordre politique laïque hérité des jeunes Turques et bien sûr transmise par les occidentaux à l’époque des Tanzimat. Ces nouveau intellectuels « musulmans » modernistes sont activement critiqué par les islamistes, qui les considèrent comme des agents à la solde de l’occident car prônant son idéologie sous couvert d’une teinture islamique comme le fond actuellement certains pseudo-intellectuels « musulmans » moderniste en France dont le plus connu est Tariq Ramadan.

Un de ces intellectuels « musulmans » modernistes, Rasïm Özdenören, qui a vécu aux Etats-Unis, estime que les musulmans ont une mauvaise perception de l’Occident et qu’il est tant pour eux de redéfinir ce qu’est réellement le monde occidental et ce qu’est réellement l’Islam pour reconstruire leur société. Pour lui, ce qui oppose ces deux sociétés est l’absence de spiritualité dans le modèle occidental et qu’il lui suffirait de lui insuffler l’Islam (dans le simple sens de spiritualité et non en tant que système politique complet) pour réussir à combler les carences du système occidental.

La Turquie Laïque Partie 5 : L’Islam politique au pouvoir

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Turgut Özal [1927/1993]
Une fois au pouvoir, Erbakan va s’orienté avec l’industrialisation du pays plus qu’à son islamisation, ce qui déplaît à ses sympathisants musulmans. Il rouvrira les écoles d’imams fermé par les militaires lors du coup d’État de 1971. Les kémalistes et les militaires s’y opposent et interdisent à ces jeunes diplômer d’investir d’autres champs du savoir. Il faudra attendre 1983, pour qu’ils puissent s’inscrire dans d’autres facultés, à l’exception des écoles militaires.

L’armée prend le pouvoir en 1980 et instaure la 3eme République. La nouvelle Constitution renforce le pouvoir du Président et du Conseil de sécurité national et limite la liberté de la presse et des individus. Cette intervention vise à limité l’expansion de l’Islam politique suite à la Révolution iranienne en 1979, qui donne des ailes à certains musulmans. En 1983, l’armée permet un retour à la normale et un nouveau parti voit le jour : le Parti de la Mère Patrie. Son fondateur, Turgut Özal, prône le rassemblement de toutes les mouvances politiques turques, des musulmans aux alévis. Il est élu premier ministre en 1983 et prône la synthèse entre l’Islam et le Nationalisme alors opposé.

En effet, l’Islam proscrit le nationalisme comme le tribalisme qui divise les musulmans qui appartiennent à la même communauté. Le nationalisme turque idolâtre la Nation, vénère les traditions préislamiques et considère l’Islam comme son ennemi mortel. La rencontre entre les deux courants va se faire à partir de 1960, bien que ces dernier s’opposent et forme une synthèse qui s’opposent à l’Islam. Turgut Özal va faire de cette synthèse l’idéologie officielle de son gouvernement jusqu’à sa mort en 1993. Cette religion officielle a pour objectif de tromper les musulmans et de les écarté de l’Islam en présentant cette idéologie comme l’Islam orthodoxe et ainsi prendre des mesures contre les musulmans qui s’opposent au kémalisme et à cette religion officielle.

Les cours de religion sont rendu obligatoire pour diffuser cette synthèse contre nature entre Islam et nationalisme. De 1950 à 1982, seul 2 facultés de théologie islamique sont ouvertes contre 8 pour l’année 1982.

Özal s’ouvre à l’Europe et prône un ultralibéralisme qui va permettre de développer le pays. Cette ouverture va servir les musulmans de manière indirecte en permettant l’emergeance d’une génération d’homme d’affaires musulmans surnommé les « Tigres Anatoliens ». En 1994, les organisations religieuses possèdent 19 chaînes de télévision et 45 stations de radio.

La Turquie Laïque Partie 4 : L’avènement de l’Islam politique

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Cevat Rïfat Atilhan crée le premier partie politique islamique en 1945. Ce dernier a été l’auteur de plusieurs livres dirigés contre le sionisme et la franc-maçonnerie. Son partie lutta naturellement contre la laïcité mais sera dissout en 1950 suite à des résultats plus que médiocre aux élections. Il quitte son partie en 1946 et en crée un second : le Parti Conservateur Turc, qui se concentre sur la morale, l’unité turc-arabe mais sera dissout après sa création. En 1951, il crée le Parti Démocrate de l’Islam qui propose l’interdiction du communisme, de la Franc-maçonnerie et condamne la laïcité. Ce parti sera interdit l’année suivant par le premier ministre Adnan Menderes pour avoir nié le principe de laïcité. Ce dernier n’est pas franc-maçon mais est entouré de ministres et députés qui le sont. Le 27 mai 1960, Adnan Menderes est arrêté par la junte militaire et installe le général Cemal Gürsel à la tête du pays. Il est accuser d’avoir violé la Constitution et sera pendu le 17 septembre 1961.

Les alévis soutiennent le parti démocrate créer par Menderes pour son projet économique de développement des campagnes, mais une fois que le parti prends un tournant plus religieux, ils se tournent vers le parti historique de Mustafa Kémal Atatürk : le Parti républicain du peuple. Ils applaudissent le coup d’état de 1960 qui marque un retour au kémalisme. Ils affirment leur fidélité au kémalisme à condition que les principes de laïcité, de modernisme, d’égalité et de tolérance soit respectés. En 1966, ils fondent le Parti de l’unité de Turquie dont l’emblème représente un lion (qui représente Ali Ibn Abou Talib) enfermé dans un cercle de 12 étoiles qui représente les 12 imams du chiisme. L’alévisme glisse vers le communisme et fait de l’Islam sunnite son ennemi naturel. Pour le combattre, il cherche à ce que l’État respect les principes du kémalisme et n’impose pas le sunnisme à travers le ministère des Affaires Religieuses.

Le 26 janvier 1970, Necmettin Erbakan fonde le Parti de l’Ordre national. Il s’agit plus d’un parti de l’ordre moral qu’un véritable parti islamiste. Erbakan met en avant l’ordre moral, les valeurs spirituelles, le nationalisme, le respect des traditions, l’anti-maçonisme et l’anti-occidentalisme. Il dénonce le kémalisme du Parti Républicain du Peuple, la voie de la franc-maçonnerie incarné par le premier ministre Süleyman Démirel et son parti de la Justice. Il présente son Parti comme seul alternative, refusant de délivré une carte de membre aux franc-maçons, aux sionistes et aux communistes. Il accuse la franc-maçonnerie d’organisation chrétienne et juive, et y adhéré est une trahison de l’Islam. Erbakan est le disciple du cheikh Mehmet Zahid Kotku. Accusé de vouloir réintroduire un État islamique, le parti sera interdit lors du coup d’État de 1971. Plusieurs religieux sont arrêté et Erbakan s’exile en Suisse. En 1972, un nouveau parti islamique est créer : le Parti du Salut National. Dirigé à distance par Erbakan avant d’en prendre la direction officiellement en 1973, le nouveau parti se réclame de la démocratie et affirme que la laïcité a été mal comprise. Il propose d’instaurer une éducation religieuse à l’école. Lors de son exil, Erbakan a constitué dans la diaspora turque d’Allemagne, une base arrière du Parti qui lui fourni un soutien financier et stratégique. Cette base arrière assure à Erbakan un droit de parole, grâce à la législation européenne, relayer en Turquie par les journaux, radios et télévisions. Les discours de Erbakan sont diffusés jusque dans les profondes campagnes de Turquie grâce au support cassette. En 1974, le Parti s’associe par le Parti Républicain du Peuple, le parti kémaliste, et accède au pouvoir.

La Turquie Laïque Partie 3 : La République sans Atatürk

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Mustafa Kémal Atatürk meurt 1938 et est remplacé par Ismet Inonü à la tête du pays. Ce dernier est une ancien héros de la guerre d’Indépendance et Premier ministre de 1925 à 1937.

En 1945, le président Ismet Inonü, à la tête du Parti Républicain du Peuple, autorise la présentation d’autres Partis que le sien. En 1946, Celâl Bayar et Adnan Menderes fondent le parti Démocrate qui inscrit la tolérance religieuse dans son programme. Pour contrecarrer cette position, le premier ministre Chemseddin Günaltay, du Parti Républicain du Peuple alors au pouvoir, prend certaines mesures concernant l’islam : il autorise les cours de Coran, la formation d’imams et introduit des cours d’éducation religieuse en primaire pour ceux qui désire les suivre. Mais ces cours doivent-être respectueux du principe de laïcité.

En 1950, le Parti Démocrate remporte les élections et son leader Celâl Bayar devient président. Il nomme Adnan Menderes premier ministre. Menderes desserra l’étau autour des musulmans en permettant l’appel à la prière en arabe, la réouverture de certains tombeaux et la circulation d’ouvrages islamique. En 1951, les cours de religion ne sont toujours pas obligatoire mais désormais il faut faire une demande pour en être dispensé et non plus une demande pour y assister. Les cours de religion sont introduits dans les écoles d’instituteurs. Ces mesures, en apparence favorable à un retour de l’islam, sont en fait des manœuvres politique pour contrôler l’islam et empêcher une contestation de la République laïque, déjà prôné par les musulmans les plus jaloux de leur religion. Pour Menderes, mieux vaut contrôler l’enseignement de la religion et occulter certains aspect gênant pour la République, que d’étouffer la pratique de l’islam qui finirait inévitablement en révolte. C’est pourquoi, en 1953, l’État pousse les instituteurs à sélectionner les parties de la vie du Prophète Mohammed (Sala Llahou `Aleyhi wa Salam) qui concerne l’éthique, le bon comportement, le vivre ensemble, etc… et de mettre de côté les épisodes concernant le destin, la vie de l’au-delà. Pourtant, ces questions sont au centre de la religion islamique, et la question du destin concernent les fondements de la foi musulmane, sans la bonne croyance au destin, la foi n’est pas complète. C’est le but des ennemis de l’islam, et ici de Menderes : désislamiser les musulmans étapes par étapes jusqu’à sa dissolution dans le paysage démocratico-laïque. Et pour toucher encore plus de musulman, en 1956, les cours de religions sont introduits dans l’enseignement secondaire. L’islam y est présenté comme une religion rationnelle, ce qui n’est pas la cas en réalité. Ces manœuvres n’ont pour but que de rendre l’islam compatible avec la République laïque et démocrate turque.

Le gouvernement turc met en place un programme visant à altérer la véritable compréhension de l’islam. Des écoles d’imams sont créés dans se but. Les parents qui ne souhaitent pas mettre leur enfants dans les écoles de la République optent pour les écoles d’imams et donc tombent entre les griffes des ennemis de l’islam qui veulent altérer la religion. Des musulmans voient clair dans le jeu du gouvernement et critique la prise de contrôle de l’État sur l’islam et dénonce ses dérives.

Les diplômés des écoles d’imams ne deviennent pas des imams ou des savants en science religieuse mais se dirigent vers des carrières politiques, juridiques, dans le monde des affaires et des sciences profanes. Ceci est étonnant pour celui qui pense que les écoles d’imams ont vraiment pour but de transmettre le savoir religieux. Mais pour ceux qui ont conscience des manœuvres politiques, ces orientations profanes ne sont pas étonnantes.

Jusqu’ici, l’islam turc étant en sommeil mais depuis les réformes politiques permettant à l’islam de refaire surface, l’islam turc se reconstitue mais va dans le sens voulu par l’État car l’islam turc n’entre pas en contestation avec la République mais fait le jeu de la démocratie, ce qui est contraire à l’islam. Un nouveau type de musulman naît alors : le musulman démocrate qui trouve toute sa place dans le monde démocratico-laïque.