Réflexions musulmanes

Comprendre le fiqh de la destruction de l’Islam – Du fiqh al aqaliyyat au fiqh des moustad’afines (du fiqh des minorités au fiqh des faibles) – Partie 1

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بسم الله الرحمن الرحيم

Au nom de Dieu, Le Tout-Miséricordieux, Le Très-Miséricordieux

 

Première partie (I) : l’opposition à la vision islamique de l’espace mondial

Dans toute démarche pertinente visant à déterminer les causes d’un problème, il y a souvent une analyse interne et une analyse externe.

L’analyse externe vise à déterminer le contexte et l’environnement, en quoi ils influent négativement, comment ils aggravent ou de quelle manière ils ont fait naître le problème.
Nous en avons déjà fait souvent référence ici et là, les causes historiques, la nature de notre réalité contemporaine, le monde occidental, ses forces et ses pressions, qui font en sorte de ne pas laisser l’Islam libre de s’épanouir dans toute sa réalité, seul maître de son histoire.

Toutes ces entreprises, ces opérations, ces manipulations, ces buts et objectifs sont clairement visibles par tout musulman sincère. Et ils sont d’autant plus faciles à saisir et à comprendre quand il s’agit de pointer du doigt les « autres ».

L’analyse interne, quant à elle, vise à diagnostiquer les faiblesses, savoir où elles se trouvent, comment elles sont apparues, de quelle manière elles aggravent la situation générale. A contrario c’est donc mettre le doigt là ou précisément le mal agit et être donc capable de réfléchir aux solutions. Par contre cette analyse est la plus ardue des deux car elle suppose recul et esprit critique. Elle suppose d’étudier soi-même un corps social dont on est partie prenante. Et islamiquement parlant l’analyse interne est même prioritaire : « Lorsqu’un malheur vous atteint […] vous dites : “D’où vient ce malheur ?” Réponds-leur : “Il vient de vous-mêmes” » (Sourate al-’Imrân, V165).

Le mal absolu est la dénaturation de l’Islam, son occidentalisation (sécularisation), l’amputation d’une grande partie de sa réalité, la fin de sa civilisation. Et tout ceci a d’immenses effets négatifs dans la conscience des musulmans, dans leur vision de ce qu’est l’Islam, dans leurs pratiques quotidiennes et dans la réalité de leur foi. Et c’est ainsi que ce cercle vicieux est en place depuis plus d’un siècle désormais*: séculariser l’Islam pour qu’il sécularise les musulmans, soit en sécularisant les musulmans de sorte qu’eux-mêmes sécularisent l’Islam.

Un orientaliste disait lors de la période coloniale*: «*je n’appelle plus les musulmans à entrer dans le christianisme mais à sortir de l’Islam. Nous avons dépensé beaucoup d’argent, prononcé de nombreux discours, malgré cela nous n’avons pas réussi à dévier un musulman de sa religion. Il est plus facile de détruire que de construire. La destruction du musulman constitue la destruction de la religion elle-même [1].

Or remarquons aujourd’hui que les enfants de ces orientalistes d’antan ont très bien compris que la meilleure des stratégies pour obtenir le meilleur des résultats est de faire détruire l’islam et les musulmans, par des musulmans eux-mêmes, de sorte que tous sortiront de l’Islam sans même en avoir conscience.

Cette stratégie est largement facilitée dans le monde musulman et au delà, par une idéologie de la soumission inconsciente, créée par des individus et groupes issus de la Oumma très largement identifiables (historiquement et islamiquement).

Ces derniers ont mis en place malgré eux toute une nouvelle architecture qui, sous diverses prétextes, n’aboutira qu’à détruire la structure du dogme authentique de l’Islam, celle de l’orthodoxie sunnite et finalement l’identité musulmane. Cela n’aboutira qu’à incorporer l’Islam dans un nouveau Din mondialiste, constitué simplement de sectes (firqa) ou d’écoles (madhab) dont l’une est appelée ”islam” pour mieux berner en douceur les musulmans.

Dialectique et méthodologie de l’imposture

Nous allons voir ici quelles sont les terminologies (mostalahat) et la méthodologie (minhaj) de cette nouvelle idéologie (fikra jadida).

Nous allons analyser de quelle manière leurs innovations (bid’a), leurs visions biaisées et tronquées, leurs erreurs de bonne foi, leurs négligences condamnables, leur manque de rigueur, leurs tromperies, leurs mensonges et leurs propres illusions, s’y prennent de manière méthodique pour délier un à un les liens fondamentaux de l’islam dans nos cœurs et nos esprits : « Les liens de l’islam seront défaits les uns après les autres, et chaque fois qu’un lien sera défait, les gens s’attacheront au suivant. Le premier à être défait sera le lien de la Loi (d’Allah), et le dernier sera le lien de la prière»[2].

Rejet de la dichotomie Dar al Islam/Dar al Koufr

Un des premiers sujets auxquels se sont attaqués ces nouveaux penseurs et leurs chouyoukh, sont de remettre en cause la traditionnelle vision musulmane du monde.
D’un côté le domaine de l’islam, les terres dans lesquelles ses lois, ses valeurs, son ordre, sa culture, son pouvoir règne et domine. Cela que ses habitants et sa population soit majoritairement musulmans ou non (Dar al islam).

De l’autre coté, tout le reste, c’est-à-dire les terres qui ne sont pas sous domination politique de l’Islam. Cela même si la population est majoritairement musulmane. Or, si ces terres ne sont pas dominées par l’Islam, c’est qu’elles le sont par autre chose que l’Islam, cette autre chose n’étant pas l’islam est donc son opposé, le non-islam : al Koufr (Dar al koufr).

Ibn Qayyim dit dans son Ahkam ahlou dhimma : « la majorité (joumhour) a dit le dar al islam est celle qui est la propriété des musulmans et gérée par les lois de l’islam, et ce qui n’est pas administré par l’islam n’est pas un dar al islam ».

Comment s’y sont-il pris pour rejeter ce principe clair et limpide ? Deux méthodes.

1/ Première méthode : la multiplication des terminologies

Bien entendu, puisque ces derniers se réclament d’une certaine tradition scientifique sunnite, ce rejet n’est pas directement frontal, ils préparent toujours le terrain en citant abondamment tels ou tels ijtihad antérieurs, en les extrapolant et en finissant par regrouper toutes leurs propres extrapolations pour donner naissance à des nouveaux ijtihad totalement innovés au-delà même des limites légales de la jurisprudence. On voit apparaître des termes comme :

Dar Al Sulh (domaine de la conciliation)
Dar Ad Da’wa (domaine de la prédication)
Dar ash Shahada (domaine du témoignage)
Dar al Amn (domaine de la sûreté).

Il ne s’agit pas de dire que certaines de ces terminologies n’ont jamais été utilisées par d’honnêtes savants dans l’histoire de la jurisprudence islamique. Mais de montrer qu’aujourd’hui entre des mains malintentionnées non fermement enracinées dans le dogme, et utilisées par des esprits déviants aux méthodes et buts innovés, elles se révèlent être des armes de destruction massive de la conscience islamique des musulmans. Celle qui détruit en eux la pertinence et l’intérêt de garder l’absolue dichotomie Dar al Islam/Dar al Koufr.

Tout est fait comme si tous ces termes ne servaient qu’à noyer le poisson, à leur faire oublier les fondamentaux et notamment ici leur retirer de l’esprit l’idée et la croyance qu’il y a (eu) et doit y avoir un Dar Al Islam : là ou l’Islam est absolument maître chez lui pour défendre son intégrité (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui).

Nous disons bien « absolue dichotomie » car tous ces nouveaux termes ne pourront jamais remplacer la pertinence de ceux mis en place par nos pieux prédécesseurs (salaf salih) et leurs suiveurs (khalafs).
Dar ad Da’wa, Dar Shahada, et Dar al Amn sont utilisés par ces nouveaux penseurs et ”imam” pour désigner l’ancien Dar al Koufr (le monde non-islamique non-musulman) dans lesquels vivent une importante minorité musulmane.

Ainsi pour eux, le monde non-musulman est un monde dans lequel le musulman doit et peut faire de la prédication (da’wa) dans lequel il peut témoigner son islam (shahada) et ou il est en sûreté (amn).
Mais tout cela a pour but de justifier leur présence en Dar al Koufr, pour les inciter à intérioriser comme absolument naturel leur présence en plein milieu de ces territoires.

Cela sans jamais se demander pourquoi ils sont là et pas ailleurs, sans jamais se poser de questions (”dangereuses”), et y vivre paisiblement comme un troupeau de moutons qu’un berger un jour a amenés dans tel ou tel pré, pour y brouter là ou il l’autorise à brouter, en disant comment y brouter en attendant de se faire tondre.

L’utilisation de ces terminologies par ces individus est totalement imparfaite, et ils ont même échoué dans le but qu’ils se sont fixé (redéfinir une vision du monde islamiquement pertinente) puisque ces nouvelles terminologies ne peuvent pas qualifier à elles seules l’ancien Dar al Koufr et donc pouvoir exclusivement le remplacer.

Tout est confus et semble être en réalité une construction pseudo-scientifique bâclée. Explication par l’exemple contradictoire :

Est-ce que les musulmans vivant dans le Dar al Islam n’ont donc pas/plus besoin de da’wa, de rappel à l’ordre et d’incitation au bien et à l’interdiction du mal (amr bil ma’rouf wa nahi ‘anil mounkar) et leur territoire n’est-il donc pas/plus aussi un Dar ad Da’wa ?

Le Dar al Islam n’est-il pas aussi un Dar al Shahada par excellence ? (et même le plus absolu de tous). Le Dar al Islam est-il toujours un endroit où règne la sûreté pour les musulmans et donc forcément un Dar al amn selon cette compréhension ? Le Dar al Koufr est-il un monde totalement uniforme pour énoncer que les musulmans ont la liberté d’y professer publiquement leur foi ? Comment et selon quels critères juger de cette liberté ?
On pourrait multiplier ce genre de question pour multiplier les contre-sens sans aboutir au résultat souhaité. Non.

Absolument rien ne peut remplacer de manière convaincante la distinction entre Dar al Islam et Dar al Koufr. Sachant que ces deux mondes sont aussi traversés par de multiples réalités qui sont à nuancer, en fonction des contextes politiques, géographiques et/ou régionaux. Mais quoiqu’il en soit cette dichotomie est la plus claire de toutes, islamiquement parlant en tout cas…

2/ Deuxième méthode : le prétexte de la guerre et la terminologie pacifiste

Cette méthode pour réfuter cette dichotomie est politiquement plus sournoise.

Elle consiste à dire (très implicitement) qu’il ne faut pas utiliser cette terminologie de Dar al Koufr car celui-ci renvoie automatiquement au Dar al Harb (domaine de la guerre). Et parfois, pour se justifier, ils réutilisent même les arguments (retournés) que ceux utilisés par la vision orientaliste islamophobe (le comble pour ces individus qui, au départ, voulaient nous libérer de ces archaïsmes remplis de stéréotypes). C’est donc une espèce de honte coupable inconsciente qui est ici dévoilée.

Or dans notre monde régi par l’Organisation des Nations-Unies (contre l’Islam) qui fait de la Paix et des Droits de l’homme son fonds de commerce et impose son ordre inique au monde, les nouveaux penseurs et chouyoukh de l’Islam se refusent d’utiliser le terme Dar al Koufr qui renvoie selon eux au Dar al Harb, c’est-à-dire aux terres à conquérir et aux populations non musulmanes à convertir car justement elles ne sont pas dominées par l’Islam. Cela renvoie donc au jihad, aux croisades, à la violence et à tout ce verbiage humaniste et pacifique.

Or si le Dar al Harb désigne automatiquement un Dar al Koufr, tout Dar al Koufr n’implique pas forcément d’être un Dar al Harb réel dans lequel les actions militaires sont obligatoires pour les musulmans. Car ces actions militaires et son état de guerre, sont toujours laissés à l’appréciation des détenteurs d’autorité (oulat al oumour) selon les intérêts (massalih) de l’Islam et des musulmans (sauf cas de légitime défense ou nulle permission n’est requise pour se défendre des envahisseurs).

Il y a même chez les anciens juristes une simple utilisation linguistique du terme Dar al Harb comme synonyme de Dar al Koufr sans que cela n’implique chez eux l’idée réelle d’un état de guerre, mais plutôt un état d’hostilité et d’opposition politique.

Idée d’hostilité, car justement il n’y a pas eu de conclusion d’accord de paix, de trêve et de relation de bon voisinage avec les autorités islamiques légales représentant le Dar al Islam (une partie ou son tout avec le califat). Tout le contraire, donc, de ce que certains appellent un Dar al ‘ahd (traité),Dar al Sulh (conciliation) ou un Dar al Hudna (trêve), qui restent tous fondamentalement des Dar al Koufr sans être dans la pratique réelle des Dar al Harb, mais pouvant tous potentiellement le devenir au moindre changement de relations politiques et diplomatiques.

Dès lors, même si on adopte ces terminologies : d’un côté Dar al Islam, de l’autre un Dar al Harb et un Dar al ‘Ahd, cela ne peut toujours pas remplacer la dichotomie fondamentale, car Dar al Harb et Dar al ‘Ahd appartiennent toujours et tous deux au Dar al Koufr…

Ainsi, l’idée de ne pas utiliser Dar al Koufr à cause de son ”esprit de stigmatisation” prélude selon ces prétendus imams et penseurs, à l’état de guerre, est complètement biaisée car le Dar al Koufr est une qualification juridique d’un territoire qui ne présage en rien la nature des relations politico-diplomatiques qu’entretient ce territoire avec le Dar al Islam…

Ces nouveaux intellectuels, juristes ou imams ont appuyé leur méthodologie de manière complètement inversée comme à leur habitude : ils comprennent l’islam et ses théories en se basant sur le contexte actuel, mais ne cherchent absolument pas à comprendre ce contexte en se basant sur l’Islam et ses fondements (fahm al waqi’ bil islam wa layssa fahmou islam bil waqi’).

Et c’est en se basant sur l’état du monde actuel, et en donnant le caractère de preuve par le fait à cette situation actuelle dans leurs déductions, qu’ils ont voulu revenir sur la traditionnelle dichotomie, alors que tout leur prétendu ”ijtihad”, en sus de ne rien apporter et de ne pas être capable de la remplacer avec une absolue pertinence, entraîne au contraire des effets extrêmement dangereux pour la réalité de l’Islam.

La destruction des frontières-barrières protectrices et Le mondialisme

Car en effet, notre monde actuel est mondialisé, les frontières tendent à disparaître pour laisser place à la libre circulation des hommes, des marchandises et des capitaux. L’uniformisation des lois, des codes, des cultures et des valeurs au niveau de la planète menace l’humanité entière en créant un homme unique, pensant et vivant fondamentalement de la même manière tout simplement déclinée en couleurs et langues différentes (le temps de mettre en place le clonage industriel ?). L’idéologie mondialiste se sert de termes-propagande et de leurs effets comme la démocratie, les Droits de l’homme, l’économie de marché pour réduire l’homme à l’état d’esclave inconscient et heureux de l’être.

Ces nouveaux penseurs et imams de l’égarement ont pris pour prétexte l’état actuel du monde pour détruire la vision islamique et traditionnelle de celui-ci : c’est ainsi qu’ils font délibérément le jeu des forces les plus hostiles à l’islam en accélérant l’acceptation du processus mondialiste dans les consciences musulmanes : il n’y a pas ou plus besoin de Dar al koufr ou Dar al Islam, mais il y a en réalité un unique Dar al shahada al amn al soulh ad da’wa mondial dans la plus pure vision du New World Order. Puisqu’en parallèle, même le Dar al Islam est vidé de sa plus juste définition par tous les courants islamiques (soumis au système) en lui cherchant une simple et petite définition minimaliste pour ne pas troubler l’ordre politique établi.

C’est ainsi que chez certains (peut-être les plus risibles de tous) un Dar al islam est simplement un domaine où l’appel à la prière (adhan) est public, faisant avec cette compréhension de plusieurs villes/régions du monde anglo-saxon ou asiatique un Dar al Islam… Et n’ayant toujours pas compris que cette condition est un indice dans la qualification juridique d’une terre et non la définition elle-même…

Finalement, ce refus d’accepter et de se soumettre à la vision islamique traditionnelle du Dar al Islam et Dar al Koufr, en comprenant la réalité de leurs vraies significations, ne peut être qu’une preuve de l’acceptation du projet mondialiste et du triomphe de sa vision, que cela soit conscient ou non.

Plus de Dar al Islam ni de Dar al Koufr pour mettre en place un Dar al Insanniya uniforme (domaine de l’humanité), pour un être humain uniformisé vivant sous un même et unique ordre politico-culturel : dans la plus pure vision fantasmée du projet mondialiste.

Aissam Aît-Yahya pour Anâ-Muslim

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Notes :

[1] Cité par Momar Kane in “Les musulmans Francophones”, Édition Tawhid, page 50.
[2] Hadith rapporté par Ibn Hibban.
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Abou Soleiman al-Kaabi : Raison et Révélation chez Ibn Taymiyya et Averroès !

Publié le

Sans_titre_11Article rédigé en réponse à la question d’un lecteur :

Salam, j’aurais une question importante à poser svp :
Comme vous pouvez l’écrire vous même :  » En mettant ainsi en reflet Raison et Révélation, nous espérons redonner vie à la véritable méthodologie islamique, celle que revendiquait Ibn Taymiyya ». Cette citation vient de votre « Livre Pourquoi Jésus doit-il revenir ? » Mais au demeurant, et si je ne me trompe pas, c’est un fil conducteur qui traverse l’ensemble de vos oeuvres (vous et Ait Yahya) cette revendication « taymiyyanne » en terme de méthodologie, mais comme je ne connais pas explicitement et dans ses détails ce que dit Ibn Taymiyya sur le sujet, je reste malheureusement « frustré » disons.

En fait, dire ceci, ne m’éclaire pas d’avantage sur la méthodologie à proprement parler qu’il faut s’efforcer de mettre en pratique. Je veux dire, dans la vie de tous les jours, moi par exemple je suis étudiant en histoire et en sociologie, que dois-je faire exactement lorsque je dois étudier un sujet particulier pour appliquer cette méthodologie islamique ? J’ai bien lu « Fiqh al waqi », mais comment dire, je suis resté un peu perplexe à la fin, et je me suis dis : d’accord mais comment dois-je appréhender mon objet d’étude quel qu’il soit ?

Aussi, ne maîtrisant pas l’arabe, que dit vraiment Ibn Taymiyya sur cette non-contradiction entre Raison et Révélation comment en arrive-t-il à ce constat là ? Si il n’y a pas de contradiction entre Raison et Révélation, y a-t-il équivalence entre les deux notions ? Et aussi je me demandais quelle différence pouvait-il y avoir entre ce que dit Ibn Taymiyya sur le sujet et Ibn Rushd par exemple, dont j’avais lu l’un des livres il y a quelques années ?

J’ai commencé votre dernier Livre, la traduction que vous avez faite d’Ibn Taymiyya, vous abordez un peu le thème, mais pas assez je trouve (ce qui est normal). Disons que lorsqu’on dit : « point de contradiction entre raison et révélation », on a tout dit et rien à la fois. Lorsque j’ai lu Ibn Rushd, j’ai vraiment compris ce qu’il en était, quelle manière d’aborder les choses que faire de manière concrète etc. Je ne suis pas pro-Averroès, mais simplement j’ai compris de quoi il en retournait concrètement, mais là avec Ibn Taymiyya j’ai encore du mal à tout bien saisir…
Barak’Allah u fik, et bonne continuation, salam.

Cette question revient effectivement de manière récurrente dans toutes nos publications. Je ferais remarquer pour commencer, et pour bien poser problématique, qu’Ibn Rushd (Averroès) et Ibn Taymiyya disaient tout deux « Raison et Révélation ne sont pas contradictoires ». Cette formulation en apparence similaire devrait susciter des interrogations chez beaucoup, car si l’un (Averroès) est adulé par les Occidentaux et par les Arabes qui cherchent l’agrément des Occidentaux et qu’il est considéré unanimement comme un esprit « libéral et ouvert », le second (Ibn Taymiyya) est tout aussi unanimement détesté par les Occidentaux et une grande partie des Musulmans (ce qui est déjà suffisant pour susciter notre sympathie et le valoriser dans nos écrits), et considéré comme un ennemi de la Raison et le père de l’obscurantisme , etc. Pourtant, Ibn Taymiyya était loin d’être un conservateur fermé à tout ce qui serait étranger aux textes révélés. Il faisait du slogan « Raison et Révélation ne se contredisent pas » le fil rouge de toute son œuvre, jusqu’à en faire le titre de l’un de ses ouvrages (dar’ ta’ârudh al’aql wa an-naql).

Cela signifierait-il qu’Averroès et Ibn Taymiyya partageaient la même conception du savoir ? Absolument pas, ils professaient au contraire deux doctrines épistémologiques totalement opposées. Si leurs formules se ressemblaient, leur désaccord portait en fait sur la définition des mots, plus précisément sur la définition des deux volets de ce slogan, ce qui soulève deux questions : qu’est-ce que la Raison (1) et qu’est-ce que la Révélation (2) ?

1.0 LA RAISON

Concernant la Raison : Ibn Rushd utilise indifféremment dans ses textes les concepts de « raison » (‘aql), « philosophie » (falsafa) et « sagesse » (hikma), qui sont pour lui de simples synonymes. Cette imprécision dans les termes lui permet de trouver dans les versets du Coran une justification à l’activité philosophique, puisque certains versets évoquent la nécessité de raisonner et réfléchir (« voilà des signes pour un peuple qui raisonne ? » Coran 2.164) et d’autres versets évoquent le concept de sagesse (« Il lui enseigna le Livre et la Sagesse » Coran 2.129), ce qui permet à Ibn Rushd de créer un lien avec l’étymologie grecque du terme philosophie (sophia = sagesse). Si la Philosophie et la Raison désignent la même chose, alors dans ce cas les versets qui incitent à « raisonner » feraient effectivement l’apologie de la philosophie. Il fusionne donc Raison et Philosophie et les considère comme des termes synonymiques et interchangeables, car la Raison, pour lui, n’est rien d’autre que la production écrite des philosophes grecs. En conséquence, quand Ibn Rushd dit : « la Raison et la Révélation ne sont pas contradictoires », il faut comprendre « la philosophie d’Aristote et les contraintes dogmatiques de l’Islam ne sont pas contradictoires (quand on manipule les textes révélés) ». Il s’agit bien évidemment de graves confusions sémantiques qui s’expliquent soit par une manipulation délibérée des mots afin de convaincre un public sensible au vocabulaire religieux, (c’est l’avis de certains auteurs occidentaux, tel Léo-Strauss, qui affirmait qu’Ibn Rushd dissimulait derrière des références islamiques un profond mépris pour la religion), soit il s’agit d’une incapacité à faire des distinctions sémantiques élémentaires (je penche pour cette deuxième explication).

Ibn Taymiyya s’oppose à lui sur ce point en distinguant nettement Raison et Philosophie, selon deux argumentations :

1.1 Il rappelle premièrement cette évidence : les philosophies peuvent se tromper. C’est à dire que se réclamer de la Raison, en faire même un objet de culte, ne suffit pas à éviter les erreurs de raisonnement et à incarner réellement « la Raison ». Alors qu’Ibn Rushd lit Aristote avec une ferveur naïve et quasi-religieuse, Ibn Taymiyya lit et étudie les textes philosophiques mais avec prudence et esprit critique, ce qui peut l’amener à valider certains de leurs raisonnements lorsqu’ils sont corrects, mais aussi à critiquer les erreurs logiques.

Contrairement aux vrais traditionnalistes, Ibn Taymiyya ne recours pas systématiquement à des arguments religieux dans cette critique de la philosophie, car il sait que ses adversaires n’y sont pas sensibles. Il se contente de pointer les erreurs « rationnelles » des textes. Dans la « lettre palmyrienne », il consacre par exemple un long passage à contester la typologie des contradictoires présente dans la logique aristotélicienne. Les rationalistes musulmans utilisaient cette classification forgées par les philosophes grecs, dans le but de nier certaines descriptions de Dieu dans le Coran (Lettre palmyrienne. Epitre I, chapitre 3). Ibn Taymiyya démontre point par point les erreurs logiques présentes dans cette classification et propose même une autre classification logique qui prouve que les noms et attributs divins présents dans la révélation sont parfaitement rationnels. De ce fait, quand ce dernier affirme que la Raison est conforme à la Révélation, il signifie qu’un raisonnement correct amène à confirmer la véracité des textes révélés, alors que les philosophies et les rationalistes opposent à la religion des thèses philosophiques qui reposent sur des raisonnements fallacieux.

Pour transposer à notre époque la différence entre Ibn Rushd et Ibn Taymiyya et pour exposer toute la pertinence de ce dernier dans notre contexte, on dirait que le premier est semblable aux Arabes laïcs qui manifestent une admiration béate envers la production intellectuelle occidentale comme si la science sous sa forme actuelle était une vérité incontestable. Ils transfèrent paradoxalement envers des auteurs séculiers une foi toute « religieuse », tandis que nous, en tant que musulmans occidentaux (convertis ou natifs d’occident), n’éprouvons aucun complexe d’infériorité vis-à-vis des auteurs occidentaux, ce qui nous permet de reconnaître leurs qualités quand il y en a, mais aussi d’appréhender leurs productions avec un regard distant et critique (ce qui est justement peu apprécié par les intéressés). D’ailleurs, Ibn Taymiyya était originaire de la ville Harrân, centre des études philosophiques dans la région, ce qui explique sa double érudition : islamique et philosophique, et son sens critique.
1.2 Par ailleurs, Ibn Rushd utilise la définition « populaire » de la philosophie, qui consiste à considérer la philosophie comme le simple fait de réfléchir. « La philosophie n’est rien d’autre que le fait d’étudier les choses existantes » affirme-t-il dans Fasl al-Maqâl . Dans ce cas en effet, la philosophie ne serait pas contradictoire avec la religion. Cependant, Ibn Taymiyya démontre que la philosophie n’est pas le simple fait de réfléchir, mais qu’il s’agit d’une véritable doctrine née avec Platon qui conçoit le langage comme supérieur au réel, contrairement à l’Islam où le langage n’est que la tentative de représenter le Réel et non l’inverse. J’ai tenté d’expliciter ce point fondamental dans la préface de la Tadmuriyya : (http://www.nawa-editions.com/le-dieu-des-philosophes-est-il-le-dieu-des-prophetes-preface-de-la-tadmuriyya/). Mais je suis conscient qu’il est particulièrement dur à comprendre et qu’il faudra le développer dans d’autres écrits pour le rendre plus limpide dans l’esprit de nos contemporains. Il faut retenir ici qu’Ibn Taymiyya considère Raison et Révélation comme concordants, mais la Philosophie et la Religion comme opposées.

1.3 La métaphysique :

L’autre point de divergence entre les deux auteurs sur la définition de la Raison consiste à identifier son champ d’application. Pour les philosophes arabes, les textes philosophiques sont en concurrence avec les révélations car ils prétendent pouvoir déduire des connaissances sur les réalités transcendantes (Dieu, les anges, l’âme, l’au-delà, etc.) grâce à des raisonnements logiques et sans recours à des révélations divines. Cependant, cette branche de la philosophie appelée Métaphysique pouvait entrer en contradiction évidente avec les textes révélés. Par exemple, Aristote affirmait que le monde n’a pas de commencement, qu’il n’a pas été créé et qu’il n’a pas de fin, ce qui entre en contradiction évidente avec le Coran qui affirme que le monde a été créé par Dieu. Dans ce cas, les falâsifa soit rejetaient la validité de la religion, soit ils escamotaient les textes pour les faire concorder avec la philosophie. Averroès utilisait le deuxième procédé.

Or, pour Ibn Taymiyya la raison seule est incapable de bâtir une connaissance sûre sur une réalité qui nous échappe, puisque la Raison humaine ne peut analyser que les choses appréhendables par les sens et l’expérience. Il conteste ainsi aux philosophes leur prétention à spéculer sur la nature de l’âme en utilisant des procédés logiques, car il s’agit d’une substance par nature inconnue et inaccessible aux sens : « Cependant, l’entendement humain est trop limité pour concevoir la nature réelle de l’âme ou en délimiter les contours, car il ne l’a jusqu’à présent pas vu, ni rien vu de semblable dans le visible. Or, on ne peut connaitre réellement une chose qu’après avoir appréhendée cette chose par l’expérience ou appréhendée quelque chose qui lui est analogue. » (Lettre palmyrienne. p87). C’est cette formidable définition de la Raison qui sera reprise des siècles plus tard par les philosophes européens dans leur critique de la pensée d’Aristote. Emmanuel Kant contestait la « raison pure » et Voltaire la métaphysique en soulignant tout deux que la Raison ne peut s’exercer sur des sujets inaccessibles aux sens humains et à l’expérimentation. Cependant, les « philosophes des lumières » défendaient cette argumentation avec l’objectif de rejeter toute possibilité de connaissance métaphysique, alors que pour Ibn Taymiyya la Révélation est justement là pour palier aux limites de l’entendement humain, en offrant des informations sur une réalité transcendante qui échappe à la Raison.

2.0 La Révélation : 

Concernant maintenant les concepts de « Révélation » et de « Religion », les définitions varient là aussi d’un auteur à l’autre. De même qu’Ibn Rushd confond Raison et Philosophie, il utilise les notions d’Islam, Religion (dîn), de Shar’ ou Sharî’a comme de parfaits synonymes. Cette confusion nous révèle la manière dont il concevait la religion musulmane et qui est propre au milieu dont il est issu (le milieu des juristes). Comme beaucoup de lettrés mondains de son temps, il éprouvait une profonde attirance pour la philosophie, mais sans se résoudre à écarter la religion à laquelle il restait attaché pour des raisons familiales et identitaires. Il ne pouvait d’ailleurs sacrifier la religion sans sacrifier le rang social et le prestige qu’il en retirait en tant que juriste malékite et héritier d’une longue lignée de fuqaha. La religion pour lui n’est rien d’autre qu’une Sharî’a, une Législation, un ensemble de rites et de contraintes morales et pratiques. Aussi, quand il met en parallèle philosophie et religion, c’est seulement pour savoir si la religion « autorise » ou « interdit » cela, comme dans ce passage : « La question est de savoir, d’un point de vue shar’î (juridique/religieux) si l’étude de la philosophie et des sciences logiques est autorisé par la religion (shar’), interdite, ou obligatoire. » (Fasl al-Maqâl). On comprend maintenant pourquoi il estime que les versets qui incitent à « réfléchir sur la création des cieux et de la Terre » justifient le recours à la philosophie : puisque la Révélation selon lui n’est qu’un ensemble d’actions pratiques et non un cadre de réflexion.

2.1 Informatif et performatif : 

En réalité, la révélation musulmane n’est pas un simple ensemble de rites et d’interdits, mais avant tout une conception de la réalité (‘aqîda), une doctrine complète qui englobe le « comprendre » et l’« agir », ou pour reprendre la typologie d’Ibn Taymiyya l’ « informatif » et le « performatif » (Lettre palmyrienne p36). Celui-ci, d’ailleurs, contrairement à Ibn Rushd, n’était pas juriste (faqîh) car la religion ne se limite pas à l’ « agir ». Sa spécialité, l’hérésiologie, était l’étude des doctrines religieuses ou philosophiques et surtout les lois universelles qui régissent la naissance, le développement et la dégradation des doctrines. Il utilisait les textes révélés pour jeter un éclairage sur ces phénomènes et renouait ainsi avec la conception de la Révélation qui prévalait au début de l’Islam, avant l’institutionnalisation des sciences religieuses. Par exemple, à travers l’éclairage qu’offre le Coran sur la rivalité entre judaïsme et christianisme autour de la figure de Jésus, exécré par les uns et adulé par les autres, Ibn Taymiyya en déduit une loi générale sur l’apparition des sectes et des courants religieux : en voulant contester un défaut réel dans un courant existant (les Juifs contestent la divinisation de Jésus), un autre courant se forme par opposition en prenant le contrepied total et sombrant dans un autre excès (Ils insultent Jésus). Il observe qu’à l’intérieur même de la civilisation musulmane, les doctrines et les courants se divisent de manière cyclique selon le même schéma. C’est ainsi que les courants rationalistes musulmans, voulant « fuir » et dénoncer le caractère anthropomorphiste des courants littéralistes, créent par réaction un abstractionnisme extrême en contestant tout attribut à Dieu, réduit à un simple concept :

« Les tenants de ces doctrines ont tous pour caractéristique de fuir une thèse [fausse] et de tomber en conséquence dans une thèse similaire, et parfois dans une thèse bien pire avec tout ce qu’elle implique d’altération et de négation. » (Lettre palmyrienne. P51)

Cet exemple montre qu’Ibn Taymiyya accordait Raison et Révélation, car il étudie des passages du texte révélé et dirige sa réflexion pour en faire un éclairage sur des phénomènes observables (l’histoire des idées et des doctrines) et en déduire des « lois ». A travers son œuvre, les versets et les hadiths étaient le moteur d’une réflexion et non une limite à la réflexion, ce qui donnait à ses analyses une profondeur et une pertinence qui surpassait de loin Ibn Rushd et tous les « lettrés mondains » de son temps.

2.2 En conséquence de tout cela, la vraie différence entre les deux auteurs, c’est qu’Ibn Rushd définit la Raison comme un ensemble fixe de connaissances (en l’occurrence il s’agit des écrits d’Aristote qu’il considère comme étant la mesure de tout savoir). En tant que « philosophe », il était préoccupé par les contradictions entre deux types de connaissances : les thèses d’Aristote d’un côté et les textes religieux de l’autre. Mais pour Ibn Taymiyya, il y a bien une contradiction entre les deux car une grande partie des thèses philosophiques sont fausses et contraires à la Raison. Pour lui, la Raison désigne l’activité intellectuelle en elle-même. Dans la Tadmuriyya, il en donne d’ailleurs une définition assez pertinente : la Raison c’est « rassembler les éléments similaires et distinguer les éléments divergents » (Lettre palmyrienne. p51). En d’autres mots, il s’agit de la capacité de l’homme à créer des catégories et des distinctions de langage pour donner une représentation la plus précise possible de la réalité, et non un ensemble fixe de textes et de connaissances. Cette activité, loin d’être contradictoire avec la Religion, constitue la fonction dévolue à l’Homme et le moyen d’analyser et d’exploiter les textes religieux.

3.0 Conclusion : Quelle méthodologie adopter à notre époque ? 

Maintenant, pour transposer cette question à notre époque et à notre réalité, je pense qu’il faut reformuler les termes. Ce n’est pas le rapport Raison/Révélation qui est problématique, car la Révélation est un ensemble de données et la Raison est une activité qui consiste à traiter et analyser des données. Ce qui est problématique, c’est la relation entre données empiriques et données révélées. Au lieu d’étudier la religion comme un domaine fermé, la méthode d’Ibn Taymiyya consistait à l’utiliser comme un moyen de rendre intelligible des informations empiriques. C’est à dire que la Raison est le moteur qui met en relation les données empiriques (textes historiques, découvertes archéologiques, etc.) avec les enseignements coraniques, dans le but de produire une connaissance plus aboutie.

Pour donner une illustration de cette approche, je peux citer mon livre « La voie des Nazaréens » où j’ai tenté de m’approcher le plus possible de cette méthodologie. Je traite dans ce livre du message de ‘Isâ (Jésus), des doctrines et sectes qui divisaient les Juifs à cette époque, leur rapport problématique avec l’empire romain qui les dominait. C’est un sujet qui intéresse à la fois les sciences humaines modernes (histoire et histoire des religions) et les sciences islamiques car Jésus et son message occupent dans le Coran une place particulière.

Pour traiter ce sujet, il y a d’un côté les données empiriques : les textes apostoliques (les quatre Évangiles et les lettres de Paul), les chroniques écrites par des contemporains (Flavius Josephe) et des auteurs plus tardifs (Tertullien, Jules l’Africain, Eusèbe de Césarée, etc.), ainsi que des données archéologiques et des découvertes universitaires plus récentes. De l’autre côté, nous disposons de nos textes révélés (Coran et Sunna) qui traitent de Jésus, de son message et son entourage. Dans l’enseignement occidental qui, bien entendu, ne prend pas en compte l’éclairage de la révélation islamique et se borne aux données empiriques, la compréhension de ce sujet demeure superficielle et simpliste, car ils accumulent des informations factuelles, mais ils sont incapables de les mettre en perspective.
De l’autre côté, les auteurs musulmans qui se contentent des textes révélés pour étudier le récit de Jésus restent eux aussi limités dans leurs analyses, car ils ne possèdent pas les connaissances historiques nécessaires pour comprendre ce à quoi les versets font allusion. La révélation en effet n’a pas vocation à se substituer aux données empiriques, le Coran n’est pas un livre d’Histoire mais un outil pour mettre en perspective les informations historiques et les rendre intelligibles. Le Coran ne donne pas de détails sur Jésus mais oriente le croyant sur des aspects particuliers du récit ou en révélant des « lois » historiques et sociales. Donc si on maitrise les deux domaines et qu’on superpose ces deux types de données (observées et révélées), tout le récit prend du sens et des enseignements peuvent en être tirés. Par exemple, la sourate 3 nous apprend qu’il appartenait à une communauté religieuse fidèle à l’enseignement d’Abraham (‘Âl ‘Imrân – la tribu d’Imran), bien distincte de toutes les sectes juives existantes à cette époque. Ces versets font échos aux découvertes récentes sur la communauté nazoréenne de Galilée dont Jésus était issu, et qui prouve qu’il appartenait à un milieu marginal et minoritaire au sein du judaïsme antique. D’autres versets insistent sur la manière dont son message fut détourné, la dislocation du judaïsme antique qui donne naissance aux deux religions (judaïsme rabbinique et christianisme) ainsi que la survivance d’une communauté de « Nasâra » restés conformes à la doctrine de Jésus. Or, les dernières publications scientifiques ont mis en évidence qu’un groupe resté fidèles à son enseignement, appelés Nazaréens, a survécu après lui sans intégrer le christianisme paulinien et trinitaire jusqu’à l’avènement de l’Islam.

Alors que dans l’enseignement universitaire, l’analyse de ces sujets demeure de vagues discussions stériles entre spécialistes, une lecture coranique de ces événements historiques permet de comprendre les lois qui régissent le développement et l’évolution des courants religieux. Ainsi la déformation et la dégradation de la doctrine de Moise qui a amené à la naissance des sectes existantes à l’époque de Jésus, puis la dégradation du message de Jésus qui a donné naissance aux religions du Livre prouvent que lorsqu’un message prophétique apparaît, il se produit un processus antidialectique, c’est-à-dire une déconstruction de ce message en multiples sectes et courants (« Ils ne se sont divisés qu’après avoir reçu la Connaissance » Coran 3.19). Puis de manière cyclique des figures réformatrices apparaissent pour rétablir la voie médiane.

La compréhension de ces lois permet ensuite d’en déduire des enseignements pratiques. Par exemple, puisque la civilisation musulmane est soumise à ces mêmes lois, il est naturel qu’après plusieurs siècles, des courants similaires aux sectes juives contemporaines de Jésus apparaissent au sein de l’Islam. Cela explique que le courant salafiste est l’exact équivalent des Pharisiens, et que le courant majoritaire de l’Islam institutionnel acharite ressemblent en tous points aux Sadducéens, etc. La compréhension de ces lois nous permet alors de déterminer quelle voie de réforme à notre époque les Musulmans doivent-ils adopter dans un contexte similaire, à savoir la voie nazaréenne incarnée par ‘Isâ (Jésus) et ses disciples.

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Anâ-Muslim : L’islamophobie : Une anomalie ou une norme divine ?

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L’islamophobie : Une anomalie ou une norme divine ?

J’écris ces quelques lignes dans la hâte. Vous m’excuserez donc, par avance, pour mes approximations et la breveté du sujet. Un article dans l’urgence, disais-je, au vue de la masse d’actualité qui nous submergent actuellement et en vue surtout de corriger une conception erronée assez courante dans l’esprit de beaucoup de mes frères et sœurs dans la foi.

Cette conception est celle de l’islamophobie ambiante dans notre lieu de résidence en France que nous ne définirons pas comme « la peur » de l’Islam (comme le mot « phobie » pourrait le laisser croire) mais plutôt comme une haine farouche de notre religion. Les musulmans semblent, dans leur grande majorité, ébahis, choqués, étonnés voir complètement chamboulés par cette « dérive » instrumentalisée par les plus hautes sphères de l’État.

Ce sentiment d’étonnement heurte leurs sensibilités. Ainsi dans la violence des paroles, des actes et des faits prises contre leurs foi, cette tension anti-musulmane nous poussent souvent à des conceptions souvent fausses et loin de la réalité du conditionnement voulu par le Seigneur des Mondes.

Cet écrit consistera donc, avec l’aide d’Allah, à comprendre le pourquoi de cet acharnement selon les enseignements coraniques et à percevoir, avec une vision islamique, ses réelles significations.

 

I –  Les atteintes contre l’Islam et ses partisans : Un acharnement coutumier

A notre époque mondialisée où l’idéologie moderniste a pris l’ascendant sur toute autre idéologie, la conception de la majorité de ceux qui vivent  sous ces systèmes de pensées – parmi les populations musulmanes – ont ingurgités des conceptions et théories souvent contraire à l’enseignement islamique.

Les théories du « vivre-ensemble » , du « multiculturalisme » , de « citoyen » , « d’assimilation » modelée sous une république « indivisible »   furent tellement martelés dans les esprits qu’elles en sont devenus une norme indiscutable pour le plus commun des musulmans qui n’oseraient, au grand jamais, remettre en cause ces hérésies laïcardes. Le voilà donc en proie à l’effroi et à la stupeur lorsqu’on le marginalise à cause de sa pratique religieuse et qu’on restreint ces droits les plus élémentaires à coup de lois et de décrets au noms de ces mêmes théories.

En effet plus l’islam devient visible et pratiqué en masse dans nos villes, plus l’autorité s’acharne sur ses fidèles. Plus l’islam devient prédominant sur nos terres et prend le pas militairement contre les troupes criminels étrangères, plus l’autorité s’acharne encore plus farouchement sur sa faible population musulmane sur son sol. Pourquoi cela ?

Et si au lieu de chercher à définir ces comportements à l’aide des théories modernistes, résultat de notre propre oppression, nous ne chercherions pas plutôt à définir cela par les enseignements issue de notre propre corpus théologique ?

Comment furent traité les Prophètes et Messagers d’Allah par leurs propres peuples et sur leurs propres terres ? Comment furent accueilli leurs messages ? Comment ont-ils réagis face à cet accueil ? Quelle norme fut toujours en vigueur pour les croyants et les prédicateurs face à la masse des gens et face aux autorités en place ?

Le livre d’Allah et la tradition prophétique répondent, avec une clarté éblouissante, à toute ces questions et nous apportent donc une définition toute particulière de « l’islamophobie » ambiante aux antipodes des réactions abasourdis que nous constatons actuellement.

 

Nul n’est venu avec ce message sans être pris pour ennemi *

Allah, ‘azza wa jal, dit dans Son noble livre :

« Est-ce que les gens pensent qu’on les laissera dire: « Nous croyons ! » sans les éprouver ? Certes, Nous avons éprouvé ceux qui ont vécu avant eux; (Ainsi) Allah connaît ceux qui disent la vérité et ceux qui mentent. » Sourate 29 al ‘Ankaboût

Notre seigneur nous informe de la norme intemporel qui résulte de l’adhérence à l’islam. Est-ce que l’homme pense qu’il suffira d’une simple parole disant :  « Je crois en Allah, en Ses prophètes, en Ses anges, en Ses livres, au jour des comptes et au destin bon ou mauvais » sans qu’il ne soit par la suite éprouvé dans sa sincérité, sa conviction et sa véracité à cette parole ?

Allah, Exalté soit-Il, nous informe, justement, que non ! L’homme croyant et sincère sera constamment éprouvé pour sa croyance et sa foi.

C’est une coutume normative, voulue par Lui, pour Ses serviteurs et en premier lieu Ses messagers. En effet, l’ultime messager d’Allah, Muhammad – ‘alayhi salatu wa salâm – nous confirme :

« Les gens les plus éprouvés sont les prophètes puis ceux qui leur succèdent en degré. L’homme est éprouvé selon le degré de sa piété. Si sa foi est solide, son épreuve est encore plus dure, et si sa foi n’est pas solide, il sera éprouvé selon le degré de sa foi. Le croyant ne cesse d’être éprouvé jusqu’à ce qu’il marche sur terre lavé de toute faute » [1]

Louange à Allah, voilà une parole claire sans inclinaison à quelques interprétation évasive que ce soit. L’épreuve et l’endurance est une réalité pour le musulman ce proportionnellement au degré de sa foi.

Aucun prophètes, aucun croyant, aucune croyante, n’échappe à cela et contrairement à une idée répandue ceci n’arrive pas uniquement à ceux qui prêche à l’adoration d’Allah seul mais cette épreuve arrive aussi à ceux qui professent simplement,  par leurs bouches et leurs actes, une adhérence à la religion d’Allah l’Unique sans associé.

Le simple fait d’affirmer voir simplement de se conformer aux décrets du Seigneurs de l’univers, dans un environnement hostile où les lois, les racines historiques et les mœurs sont à l’opposé de la nature saine dont Allah a doté les hommes,  sera perçu comme une offense qui justifieront les pires insultes, les bannissements, les crachats, les tortures et les épreuves. C’est un conditionnement immuable et permanent.

Les prophètes et leurs partisans : Des exemples à méditer

Les preuves coraniques et prophétiques abondent dans ce sens. Ainsi afin que notre foi et notre conception soit en adéquation avec les coutumes voulue par Allah, méditons un instant sur les versets et les traditions issue de nos propres sources ( le Coran et la sunnah ). Débutons par le premier des envoyés d’Allah, selon les érudits, Nouh – ‘alayhi salâm :

« Le peuple de Nouh traita de menteurs les Messagers, lorsque Nouh, leur frère, leur dit : « Ne craindrez-vous pas (Allah) ? Je suis pour vous un messager digne de confiance. Craignez Allah donc et obéissez-moi. Et je ne vous demande pas de salaire pour cela; mon salaire n’incombe qu’au Seigneur de l’univers. Craignez Allah donc, et obéissez-moi » » Sourate 26 Ash-Shou’ara

Quelle fut donc la réponse de son peuple face à sa simple exhortation sage et endurante  ?

« Ils dirent: « Si tu ne cesses pas, Nouh, tu seras certainement du nombre des lapidés ! » » Sourate Ash-Shou’ara

Le commentateur du Qur’ân et historien, ibn Kathir, nous explique : « Le Coran relate dans ces Versets que Nouh les appela au chemin d’Allah avec différents moyens, jour et nuit, en public et séparément. Mais aucun moyen n’a réussi. Ils continuèrent dans leur erreur, dans leur déviation et dans l’adoration des idoles. Ils traitèrent Nouh et ses partisans comme étant des ennemis et avec un intense mépris. Ils les menacèrent de les lapider et de les expulser de leur ville. » [2]

Ainsi fut la situation du premier des envoyés d’Allah avant que le Tout-Miséricordieux ne fasse venir Son ordre. Passons maintenant directement au prophète Ibrâhim – l’ami intime d’Allah – :

« Et mentionne dans le Livre, Abraham ! C’était un très véridique et un Prophète. Lorsqu’il dit à son père : « Ô mon père, pourquoi adores-tu ce qui n’entend ni ne voit, et ne te profite en rien ? Ô mon père, il m’est venu de la science ce que tu n’as pas reçu ; suis-moi donc, je te guiderai sur une voie droite. Ô mon père, n’adore pas le Diable, car le Diable désobéit au Tout Miséricordieux. Ô mon père, je crains qu’un châtiment venant du Tout Miséricordieux ne te touche et que tu ne deviennes un allié du Diable ». » Sourate 19 Maryam

Quel fut alors la réponse cinglante du père à son propre fils après cette simple parole de la langue ? :

« Si tu ne cesses pas, certes je te lapiderai, éloigne-toi de moi pour bien longtemps ». » Sourate 19 Maryam

Ainsi furent les réponses du père à son fils, du peuple à son propre frère, mais afin que cette conception soit encore plus claire à nos yeux, finissons par les situations des Prophètes Moussa et ‘Issah face à leurs opposants :

« Allez vers Pharaon : il s’ est vraiment rebellé. Puis, parlez- lui gentiment. Peut-être se rappellera-t- il ou (Me) craindra-t-il ? Ils dirent: « Ô notre Seigneur, nous craignons qu’ il ne nous maltraite indûment, ou qu’ il dépasse les limites ». Il dit: « Ne craignez rien. Je suis avec vous : J’entends et Je vois. Allez donc chez lui; puis, dites- lui: « Nous sommes tous deux, les messagers de ton Seigneur. Envoie donc les Enfants d’Israël en notre compagnie et ne les châtie plus. Nous sommes venus à toi avec une preuve de la part de ton Seigneur. Et que la paix soit sur quiconque suit le droit chemin ! » Sourate 20 Tâ-Hâ

Face à cet appel certes l’ordre d’Allah ne diffère guère ainsi la réaction de Pharaon fut sans étonnement :

« Puis, quand il leur eut apporté la vérité venant de Nous ils dirent : « Tuez les fils de ceux qui ont cru avec lui, et laissez leurs femmes ». Et les ruses des mécréants ne vont qu’en pure perte. Et Pharaon dit : « Laissez-moi tuer Moïse. Et qu’il appelle son Seigneur! Je crains qu’il ne change votre religion ou qu’il ne fasse apparaître la corruption sur terre ». » Sourate 40 Al Ghafir

Et cela vient confirmer nos propos précédent affirmant que ce ne sont pas seulement les prédicateurs appelant à Allah qui sont éprouvés mais aussi toutes personnes adhérant à l’appel de ce même prédicateur. Pourquoi cela ? La réponse est ici assez explicite : « Je crains qu’il ne change votre religion ou qu’il ne fasse apparaître la corruption sur terre ».

Comprenez donc que cet acharnement est dû également à la crainte de l’oppresseur de voir son système affaibli, ralenti, mis en échec par la résistance perpétuelle du croyant face à leur emprise idéologie. Cette résistance n’est que tout simplement la foi en Allah, ‘azza wa jal, et en Ses commandements.

Pour conclure l’exemple de nos prédécesseurs,  peut-on faire l’impasse sur la vie de notre modèle à tous, la meilleure des créatures et miséricorde pour l’univers entier, le Prophète Muhammad – Salâllahu ‘alayhi wa salâm – ? Sa sirah (Voie/Biographie) n’est-elle pas semé d’embûche, d’épreuve et de douleur de la part de son propre peuple au point où son disciple ‘Abdullah ibn Mas’ud affirma -en rappelant la situation du Prophète ‘Issa (Jésus) – :

« Il me semble encore voir le Messager d’Allah agissant comme l’un des Prophètes (Jésus) qui fut frappé à sang par son peuple cependant qu’il ne cessait d’essuyer le sang de son visage en disant : « Seigneur Allah! Absous mon peuple car il ne sait pas »». [3]

Les persécutions des Quraishites sur le Prophète – ‘alayhi salat wa salâm – et sur ceux qui crurent en son message sont des faits connus de tous. Les atteintes contre Bilâl, Sumayyah, Abu Bakr, Abu Fakiha, ‘Amir bin Fihayra, Yassir et sa famille – qu’Allah les agréent tous – ne nous sont-elles pas parvenue ?

Les brimades incessantes contre le Messager d’Allah tels les insultes, l’embargo contre sa tribu, sa visite à Ta’if, l’épisode des entrailles de chameau, les agressions… Toutes ces atteintes nous font-elles déjà défaut dans nos mémoires ? Au point où Allah, ‘azza wa jal,  a stipulé dans Son livre :

« Endure ! Ton endurance [ne viendra] qu’avec (l’aide) d’Allah. Ne t’afflige pas pour eux. Et ne sois pas angoissé à cause de leurs complots » Sourate 16 An-Nahl

Cette persécution fut si intense que les compagnons vinrent voir le Prophète et se plaignirent de la sorte :

« Nous nous plaignîmes un jour auprès du Messager d’Allah alors qu’il était allongé à l’ombre de la Ka’ba, la tête appuyée sur son manteau. Nous dîmes : « Que n’appelles-tu pour nous le secours d’Allah ? Que ne pries-tu pour nous ? »

Méditez mes frères et sœurs ! La brutalité des épreuves furent si violente pour les disciples du Prophète qu’ils en vinrent à se questionner sur l’ordre du secours d’Allah ! Et la réponse du Messager d’Allah – Salâllahu ‘alayhi wa salâm – fut une leçon et une prophétie valable pour toute la communauté :

« Parmi ceux qui vivaient avant vous, on prenait l’un d’eux, on lui creusait un trou et on l’y mettait. On apportait ensuite une scie qu’on lui plaçait sur la tête qu’on sciait ainsi en deux morceaux. Ou bien on passait sur sa tête un peigne de fer jusqu’à lui arracher ce qu’il y avait au dessous de sa chair et de ses os. Ce n’arrivait pourtant pas à lui renier sa foi. Par Allah, Allah accomplira cette chose ( l’Islam ) jusqu’à ce que le voyageur aille sur sa monture de San’a à Hadramawt ( deux villes du Yémen ) ne craignant qu’Allah ou le loup pour ses troupeaux ». [4]

Ainsi sont les préceptes voulu par notre Créateur pour Ses envoyés et Ses fidèles serviteurs. Que conclure – au delà de tout ces exemples – ? Que l’islamophobie telle que nous le subissons actuellement ( et tel que nous le constatons dans le monde entier ) est une anomalie, une tare anormale indigne d’une société moderne ?

Ou bien que ceci est une norme instaurée par le Tout-Miséricordieux sur chaque tribus, chaque groupe d’humain, chaque prédicateurs, chaque croyant et croyante manifestant publiquement leur foi et vivant , en situation de faiblesse, dans un environnement hostile où l’homme est divinisé à la place de Son propre créateur ?

« Pensez-vous entrer au Paradis alors que vous n’avez pas encore subi des épreuves semblables à celles que subirent ceux qui vécurent avant vous ? Misère et maladie les avaient touchés; et ils furent secoués jusqu’à ce que le Messager, et avec lui, ceux qui avaient cru, se fussent écriés : « Quand viendra le secours d’Allah ? » – Quoi ! Le secours d’Allah est sûrement proche. » Sourate 2 Al Baqarah

II – Quelle réaction face à l’Islamophobie ?

Encore une fois il convient  de revenir à nos sources afin de prendre exemple et de méditer sur les réactions de nos modèles de patience et de fermeté afin de savoir comment nous comportez face au flot de haine et d’injustice dont les musulmans sont les cibles de nos jours.

A l’heure où nous remarquons nombre de réactions douteuses qui souvent augmente le mal plus qu’il ne le restreint, où nous voyons nombre de personne prendre comme arme de défense, l’arme même qu’utilise  l’opposant pour l’opprimer lui et sa communauté ceci sans revenir à l’exemple de nos ancêtres pieux.

Il est alors, d’autant plus primordial, de nous replonger dans les récits que nous ont gratifiés Allah et Son messager – ‘alayhi salatu wa salâm – afin de corriger nos réactions et de nous cramponnez à leurs exemples face aux persécutions.

Aussi je tiens à attirer l’attention sur la différence entre « réaction » et « solution » ceci afin que personne ne confonde ces deux termes.

Des ébauches de solution à notre contexte actuel furent déjà émises dans plusieurs de nos écrits précédents. Nous ne cherchons ici qu’à mettre en lumière les consignes d’Allah pour notre situation ainsi que les réactions et les comportements de nos prédécesseurs dans la foi qui diffèrent nettement des attitudes que nous voyons de certains aujourd’hui.

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La patience et la fermeté sur la religion d’Allah face à l’oppression

« Celui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver (et de savoir) qui de vous est le meilleur en oeuvre, et c’est Lui le Puissant, le Pardonneur. » Sourate 67 Al Moulk

Nous avons vu précédemment que l’épreuve du croyant est un conditionnement ordonné par Allah et non la difformité d’une société à l’idéologie impie. Par ce verset, Allah, ‘azza wa jal, nous informe également de la sagesse qui émane derrière cet ordre :  « de savoir qui de vous est le meilleur en œuvre ».

Ainsi notre Seigneur nous éprouve afin de purifier notre sincérité et notre engagement à Sa religion. Notre comportement face aux persécution, même les plus intenses, se caractérise donc par une fermeté plus forte et une adhésion complète aux décrets islamiques.

Cherchez à stopper l’acharnement des opposants contre les musulmans par des procédés étrangers à notre dîn voir tout simplement cherchez à éteindre leurs oppressions sur nous alors que nous sommes en minorité sur leurs propres terres est vain et les récits de nos prédécesseurs dans la foi  nous le montre parfaitement. et comme fut véridique, ‘Omar al-Faruq, lorsqu’il dit :

« Nous sommes un peuple qu’Allah a rendu puissant avec l’islam et dès que nous cherchons cette puissance avec autre chose que l’Islam, Allah nous avilit »

Et cette parole est confirmé par celle du Messager d’Allah – ‘alayhi salatu wa salâm – : « Lorsque vous pratiquerez « Al ‘Îna », suivrez la queue des vaches, vous contenterez de [vos] cultures, et délaisserez le Jihad, Allah fera s’abattre sur vous une humiliation qu’Il n’ôtera que lorsque vous retournerez à votre religion » [5]

C’est ainsi que le mal devient plus grand encore que l’épreuve en elle-même car c’est en cherchant à y mettre fin par des procédés éloignés de notre religion voir en délaissant les recommandations islamiques  par des issues provenant d’éléments externes à la législation divine que notre épreuve devient un avilissement.

La réaction réside donc dans la fermeté sur sa religion et l’endurance dans les œuvres pieuses afin qu’Allah soit satisfait de notre sincérité et nous apporte Son secours.

« Très certainement, nous vous éprouverons par un peu de peur, de faim et de diminution de biens, de personnes et de fruits. Et fais la bonne annonce aux endurants » Sourate 2 Al Baqarah

Nous avons un exemple merveilleux dans l’envoyé d’Allah lorsque la persécution à Makkah atteint son paroxysme, son oncle – Abu Tâlib – vient à lui pour lui demander de délaisser sa prêche à l’Islam afin d’atténuer l’oppression de son peuple, sa réaction fut celle de la fermeté et de l’endurance sur la voie de la vérité :

« Je jure par Allah, Ô mon oncle ! que s’ils mettent le soleil dans ma main droite et la lune dans ma main gauche pour que j’abandonne cela (appeler les gens à l’islam), je ne cesserai jamais jusqu’à ce qu’Allah fasse triompher l’islam ou que je périsse en le défendant. » [6]

Ainsi nous comprenons par ces illustrations que notre réaction face aux épreuves sont donc celle de l’affermissement sur la vérité (l’Islam) et l’endurance sur cela avec intransigeance et sans inclinaison vers des issues incertaines nous éloignant de cette voie, comme nous l’explique, brillamment, le grand imâm ibn-ul Qayyim :

« La religion est construite sur deux assises : La vérité et l’endurance. Et elles sont toutes deux rappelées dans la parole du très haut: « S’enjoignent mutuellement la vérité et s’enjoignent mutuellement l’endurance ».

Et nous avons compris dans ce qui a précédé, que la vérité est le contraire du faux, et c’est la certitude qui efface l’ignorance et les équivoques. Et l’endurance est le deuxième fondement, qui permet la guérison de (la suivie) des passions…» [7]

Que devons-nous conclure par toute ces illustrations ?

La fermeté et la patience sur la vérité face à l’oppression sont donc aussi une norme islamique, nos réactions doivent prendre cette directive en mot d’ordre car c’est ainsi que vient la promesse d’Allah et la délivrance comme le mentionne nos récits et nos sources. Méditons ainsi sur ce dernier passage d’une tradition prophétique mentionnant l’histoire d’un jeune homme et de son roi tyrannique dont la fin est édifiante :

« […] Il dit alors au roi : « Jamais tu ne pourras me tuer si tu ne fais pas ce que je vais t’ordonner de faire ».

« M’ordonner quoi ? » demanda le roi.

« Tu rassembles ton peuple sur un même plateau puis tu me crucifies sur le tronc d’un palmier. Tu prends alors une flèche de mon carquois, tu places la flèche au milieu de la corde de l’arc et tu dis : « Au nom d’Allah, Seigneur et Maître de ce jeune homme », tu me tires alors la flèche et, si tu fais tout cela, tu me tueras sûrement ».

Il rassembla donc les gens sur un même plateau, crucifia le jeune homme sur le tronc d’un palmier, prit une flèche de son carquois et la plaça au milieu de la corde de l’arc.

Puis il dit : « Au nom d’Allah, Seigneur et Maître du jeune homme ! ».

Il tira alors la flèche qui alla se planter dans sa tempe. Le jeune homme porta la main à sa tempe et mourut sur le coup.

Les gens dirent alors : « Nous croyons au Seigneur et Maître du jeune homme ».

On vint dire au roi : « Que dis-tu de ce que tu craignais ? Par Allah, te voilà donc atteint de l’objet de ta crainte et voilà que ton peuple a cru à Allah ».

Il ordonna de creuser des fossés à l’entrée de chaque route. On les creusa et on y alluma le feu.

Le roi dit : « Jetez-y tous ceux qui ne veulent pas renier leur foi ».

C’est ce qu’ils firent jusqu’à ce que vînt une femme avec son petit. Elle eut peur et refusa de se jeter dans le feu. Son enfant lui dit : « Mère ! Patiente car tu es sur la juste voie »[8]

 

Louange à Allah, tout ce que nous venons de mentionner auparavant se retrouve dans ce gigantesque récit ! La peur du tyran d’une propagation de la foi parmi son peuple mettant en péril son autorité, La persécution du prêcheur, La fermeté sur la vérité face à la tyrannie, l’ordre venu d’Allah par l’adhésion de ce même peuple à Sa religion et l’endurance sur cette vérité.

Méditons quelques secondes mes frères et sœurs. Dans tous les exemples que nous venons de citer, nos modèles dans la foi ont-ils chercher à stoppez les persécution en utilisant les lois des opposants et son système ? Ont-ils cherchez à éteindre ces injustices par des slogans issue des théories de leurs propres oppresseurs ?

Ont-ils cherchez à justifier cette oppression par « les tares d’une société malade » ? Comme nous l’entendons nuit et jour. Non par Allah ! Plutôt ils ont patientés, endurés, œuvrés , raffermis sur la vérité,  sur la prêche à l’islam et sa totale pratique, sans aucune inclinaison vers des procédés issue du système de l’oppresseur, ce jusqu’à ce que vienne le secours de leur Seigneur, comme Il le mentionne dans Son livre :

« Allah a promis à ceux d’entre vous qui ont cru et fait de bonnes œuvres, qu’Il leur donnerait la succession sur terre comme Il l’a donnée à ceux qui les ont précédés. Il donnerait force et suprématie à leur religion qu’Il agrée pour eux. Il leur changerait leur ancienne peur en sécurité.

Ils m’adorent et ne m’associent rien et celui qui mécroit part la suite, ceux là sont les pervers. Accomplissez la prière, acquittez l’aumône prescrite et obéissez au messager, afin que vous ayez la miséricorde. Ne pense point que ceux qui ne croient pas puissent s’opposer à l’autorité d’Allah sur terre. Le feu sera leur refuge . Quelle mauvaise destination. » Sourate 24 An-Nur

Abû Ismâ’îl al-Hindî

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* : Ceci fut les propos de Waraqa Ibn Nawfal, l’oncle de Khadija, à notre prophète [saws] dans un hadith rapporté par al-Bukhârî

 

[1] Rapporté par Al-Tirmidhi, Ibn-Mâjah, Ibn Hibbân, Al-Hâkim et Ahmad avec une chaîne de transmission authentique.

[2] Extrait de l’ouvrage : »Histoire des Prophètes » d’Ibn Kathir

[3] Hadith reconnu unanimement authentique

[4] Rapporté par al-Bukhârî

[5] Rapporté par Ahmad & Abu Dâwud

[6] Ibn Hisham  « Al-Serah Al-Nabaweyyah« , vol. 1, pp. 265-266

[7] Extrait de son ouvrage  » I’lâm-ul muwaqi’in  »

[8] Rapporté par Muslim

IslamRéinfo TV : Le Printemps Arabe : une Révolution contre la Restauration du Califat ? [Partie 2]

Publié le Mis à jour le

Qu’est-ce que le Printemps Arabe ? Qui en ait à l’origine ? Quel est la stratégie de l’Occident et de ses alliés dans les pays à majorité musulmane pour séculariser et laïciser la foi des musulmans ?

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PS : Quelques secondes ont été coupés de la fin de la vidéo lors du montage, rien de bien important.Je ferai en sorte d’intégrer les dernières secondes coupées dans la seconde partie, in sha Llah.