Marranes

Les Juifs dans l’Empire Ottoman de 1492 à Sabbataï Tsevi : Terre d’Accueil et d’Espoirs Messianiques

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Conférence de Gilles Veinstein qui est un historien français, spécialiste d’histoire turque et ottomane sur le thème : « L’Empire ottoman de 1492 à Sabbataï Tsevi : Terre d’accueil et d’espoirs messianiques ».

Mylène Sebbah : Les Juifs Mashhadi ou les marranes perses

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juiDes milliers de juifs de la ville de Mashhad se sont convertis à l’islam, en apparence du moins.

Après que près de quarante d’entre eux aient été assassinés, la plupart ont simplement pris le parti de dissimuler leur judaïsme, dans cette ville de Perse, aujourd’hui la deuxième plus grand ville d’Iran, à un millier de kilomètres à l’est de Téhéran.
Le « Allahdad » (la justice de D-ieu) à Mashhad eut lieu le 19 mars 1839.
Tout a commencé comme n’importe quelle manifestation antisémite de ce genre par des rumeurs. Elles prétendaient que les Juifs de la ville raillaient les musulmans durant une fête, un jour saint!

Les Juifs résidaient à depuis 1746 quand Nader Shah, le roi de l’Empire déplaça sa capitale et ordonna à quarante familles juives de l’accompagner.
Surnommée la ville aux mille visages, Mashhad (qui signifie « lieu de martyr »), est un site majeur de pèlerinage chiite depuis que le huitième imam des chiites, l’imam Alî ar-Ridâ y est mort empoisonné en 818 par le calife abbasside Al-Ma’mûn.
Connue pour sa piété, la population n’a pas accueilli avec enthousiasme ces nouveaux arrivants.

Les Juifs ont été relégués dans un quartier-ghetto à la périphérie de la ville, mais ont néanmoins créé, très vite, une communauté prospère d’artisans et de commerçants, développant des liens commerciaux avec les autres villes de la région et les pays voisins (l’Afghanistan et le Turkménistan).

À la suite de ces rumeurs, en 1839, la population a saisi ses chefs religieux qui se sont tournés à leur tour vers les dirigeants politiques.
Ceux-ci ont autorisé la foule à « exprimer » sa colère contre les Juifs.
Une foule qui a envahi le quartier juif, attaqué les maisons, les commerces et saccagé la synagogue, brûlé les livres… Trente-six juifs ont perdu la vie ce jour-là.

L’ultimatum n’est venu qu’après, le « Allahdad », n’offrant pas d’autre choix aux Juifs que de se convertir ou mourir.
Les quelque 2400 Juifs restant acceptèrent donc publiquement l’islam.
Les membres de la communauté sont donc devenus des Jadid al-Islam – des nouveaux musulmans – adoptant des noms arabes, pratiquant les rites de l’Islam, y compris le pèlerinage, le Hajj, à la Mecque.
Mais dans le même temps, d’une manière très semblable à celle des crypto-juifs pendant l’Inquisition espagnole, ils ont secrètement continué à vivre comme des Juifs, donnant à leurs enfants un deuxième prénom hébraïque.

Se nourrissant en apparence de viande non casher, ils achetaient des animaux et réalisaient secrètement la che’hita (abattage casher), reconstituant des synagogues clandestines dans les sous-sols et les caves, récrivant à la main les livres sacrés détruits pendant la Allahdad.
Ils ont également eu recours aux mariages endogamiques (à l’intérieur de la communauté) pour éviter que leurs enfants ne se marient avec des non-Juifs, en les mariant très jeunes, à l’âge de neuf ou dix ans de façon à pouvoir refuser toute offre venant de l’extérieur.

C’est seulement, en 1925, après l’accès au pouvoir de Reza Pahlavi, le père du dernier chah, que les crypto-juifs qui vivaient encore à Mashhad sont retournés ouvertement à la pratique du judaïsme.
Mais en 1946, de nouvelles émeutes anti-juives ont éclaté dans la ville.
Les Juifs ont commencé à quitter en masse la ville.
À Téhéran, beaucoup se sont installés en marge des autres Juifs perses, tenant à préserver leurs particularités.

Lors de la création de l’État d’Israël, de nombreux Juifs de Mashad ont rejoint l’État juif.
Aujourd’hui, ils sont près de 15 000 en Israël, ce qui représente la plus grosse communauté mashadi du monde, d’autres étant établies à New York, Hambourg, Londres et Milan.

Une Fédération mondiale des Juifs de Mashad, s’est créée en 2009, pour préserver l’histoire et les traditions uniques de cette communauté.

Extrait de : http://www.israel-infos.net/Les-Juifs-Mashhadi-ou-les-marranes-perses-10046.html

Joseph Nassi, Duc de Naxos

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Joseph Nassi

Joseph naquit en Espagne à l’époque où la cruelle Inquisition était au pouvoir. Les Juifs n’étaient plus libres de servir le Dieu de leurs pères. La plupart de ceux qui désiraient demeurer ouvertement fidèles à leur foi – ce fut le cas du plus grand nombre – avaient été expulsés (1492). Néanmoins, quelques familles feignirent d’embrasser le catholicisme et furent autorisées à rester dans le pays. On les appela les Marranos. En secret et dans la crainte constante d’être découverts, ils pratiquaient et observaient les coutumes et la foi juives. Parmi eux se trouvait la famille de Nassi ; elle avait changé de nom et pris celui de Mendez.

Elle se composait de trois frères. Le plus jeune fut le père de Joseph. Il mourut quand ce dernier était en bas âge. Le petit orphelin fut élevé par ses deux oncles qui avaient pris des prénoms espagnols : Francisco et Diego. La vie devenant intolérable en Espagne, les deux frères s’enfuirent à Lisbonne, emmenant avec eux leur jeune neveu. Ils avaient sauvé de la débâcle leur immense fortune. Ils durent cependant continuer à dissimuler leur vraie confession et feindre de n’être pas juifs. Mais ils s’attachèrent à leur foi avec d’autant plus de force que cet attachement devait demeurer secret. Et cette foi, ils l’inculquèrent à leur beau et brillant neveu Joseph. Le garçon apprit ainsi combien grands avaient été ses ancêtres. À l’exemple de ses oncles, il caressait l’espoir qu’un jour ils pourraient tous jeter le masque détesté et revenir ouvertement à la religion de leur peuple. Joseph fit, de plus, le vœu de consacrer toute son existence à aider ses pauvres frères sans défense, et qui vivaient dans un monde où ils n’avaient point d’amis.

Les Mendez étaient des banquiers célèbres dans le monde entier. Avec le concours d’un membre de la famille, Rabbi Abraham Benveniste, ils avaient fondé une succursale à Anvers. Là la vie était relativement plus facile pour les Juifs, et la famille Mendez avait pensé qu’elle pourrait un jour être contrainte d’y chercher refuge. Ce jour ne tarda pas à arriver. L’Inquisition tant redoutée étendit son action jusqu’en Portugal, rendant la vie intolérable aux Marranos. Les Mendez décident de se transférer à Anvers. Entre temps Francisco, l’aîné des frères, meurt. Sa femme, l’habile et illustre Doña Gracia lui succède à la tête de la fortune familiale et de la banque. Son affection et ses soins feront du petit Joseph un jeune homme d’une éducation accomplie tant sur le plan du savoir que des bonnes manières.

Peu après leur installation à Anvers, Diego, le dernier des frères Nassi-Mendez mourut lui aussi. Don Joseph Nassi-Mendez était maintenant en âge d’assurer la relève et d’assumer la difficile direction de la banque. À l’occasion de ses activités directoriales, Don Joseph eut des contacts avec la plus haute noblesse et même avec des maisons royales de beaucoup de pays d’Europe. Son charme personnel et sa sagacité lui furent d’un grand secours. Le roi de France emprunta une somme considérable à la Banque Mendez. Un autre client fut la Régente des Pays-Bas, la Reine Marie, sœur de l’Empereur Charles V. Elle prodigua les honneurs à Don Joseph.

On pourrait conclure de ces prémisses que ce dernier fut heureux. Il ne l’était point ; pas plus d’ailleurs que sa tante. L’Inquisition avait le bras long. Ses agents étaient actifs en Belgique, ils entretenaient les Marranos dans une terreur constante. La famille Mendez répugnait aux déguisements. En secret, elle avait sa propre synagogue et venait en aide aux malheureux réfugiés d’Espagne et de Portugal.

Les contacts nombreux que le travail de la banque valait aux Mendez leur permettaient d’être informés avec précision sur la vie des Juifs dans différents pays. C’est ainsi qu’ils savaient que dans l’Empire ottoman, où régnaient des princes musulmans, leurs coreligionnaires vivaient mieux que partout ailleurs. Ceux-ci étaient parmi les conseillers les plus proches du Sultan, et les commerçants israélites jouissaient d’une grande liberté. Doña Gracia et Don Joseph Nassi décidèrent de se transférer en Turquie où ils auraient la possibilité de revenir ouvertement à la foi de leurs pères.

Mettre à exécution un tel plan n’était pas chose aisée. Il ne fallut pas moins de plusieurs années pour que les Mendez pussent régler leurs affaires et quitter Anvers sans se ruiner financièrement. Néanmoins, ils durent accepter de perdre une bonne partie de leur fortune avant de pouvoir partir pour Venise en 1549. Ils avaient conçu leur projet et travaillaient à sa réalisation dans le plus grand, secret.

Charles V soupçonna-t-il ce qui se tramait en silence ? Il faut le croire, car il s’apprêtait à saisir toute la fortune des Mendez quand Don Joseph et sa tante réussirent de justesse à fuir d’Anvers et à prendre le large à la faveur de la nuit, emportant avec eux une part très importante de leurs richesses.

Ils arrivèrent à Venise sains et saufs sous les noms d’emprunt de Juan Miguel et Béatrice de Luna. Là ils tentèrent, afin de venir en aide à leurs frères dans le malheur, d’acheter aux Vénitiens l’une des petites îles avoisinantes. Mais une remarque imprudente échappée un jour à un parent de Doña Gracia révéla leur secret. L’identité de Don Joseph et de sa tante fut connue. On découvrit que la famille Nassi-Mendez pratiquait clandestinement le judaïsme et nourrissait le projet de le faire ouvertement aussitôt qu’elle aurait passé la dernière frontière chrétienne.

Doña Gracia fut prise et jetée en prison. Tout ce qu’ils possédaient, elle et son neveu, fut confisqué. Toutefois, Don Joseph et le reste de la famille réussirent à fuir en direction de Ferrare où régnait le bon et noble duc d’Esté.

L’histoire de Doña Gracia et de Don Joseph, dès qu’elle fut connue, fit sensation dans les milieux influents de plusieurs pays. Le roi de France qui devait à la Banque Mendez une somme énorme déclara nulle sa dette. Il avait emprunté à des Chrétiens, dit-il, non à des Juifs. Suivant son exemple, d’autres notabilités qui avaient bénéficié de prêts substantiels de la Banque Mendez renièrent elles aussi leurs signatures.

Pour le moment, Don Joseph avait à faire face à des problèmes plus urgents. Il envoya à son ami Rabbi Moché Hamon, médecin personnel du grand sultan Soliman, un message où il le priait d’implorer le souverain afin qu’il délivrât Doña Gracia. Soliman vit aussitôt tout le parti qu’il pourrait tirer de l’affaire. Installer en Turquie tous ces nobles juifs s’accompagnerait d’un grand profit pour le pays. Il envoya un ambassadeur spécial à Venise pour demander la relaxe de Doña Gracia et la restitution de sa fortune ; faute de quoi il entreprendrait une expédition contre la République.

Le Conseil de Venise relâcha aussitôt Doña Gracia. Quant aux biens confisqués à la famille Mendez il ne lui fallut pas moins de deux ans pour se décider à les restituer. Entre temps tous les Mendez revenaient ouvertement à la foi juive et rejetaient leurs noms d’emprunt. Un grand nombre de Marranos qui s’étaient groupés autour d’eux suivirent leur exemple. Le duc, d’esprit libéral et plein de droiture, les protégea et s’opposa à l’extension jusque dans son pays de l’action odieuse de l’Inquisition. En 1552 la communauté entière que composaient les ex-Marranos frétèrent des navires et mirent le cap sur les rives hospitalières de la Turquie.

Une nouvelle vie commençait pour Don Joseph. Plus de « Don Juan Miguel » ou « Mendez » désormais ; il avait repris son vrai nom juif de Joseph Nassi. Il épouse sa cousine, la belle et la pieuse Reyna, la fille de sa tante Doña Gracia. Son activité de banquier international avait été interrompue depuis sa fuite d’Anvers. Il ne tarde pas à renouer avec les grands centres d’affaires qu’il connaissait si bien. En Turquie même, d’excellentes lettres d’introduction, auxquelles s’ajoutait son charisme personnel, lui ouvrent les portes les plus difficiles du pays, y compris celle de la cour du sultan Soliman.

Don Joseph Nassi en avait assez des affaires pleines de risques qui étaient le propre du travail bancaire. Il se mit au commerce, développant à tel point le mouvement d’importation et d’exportation que le sultan se rendit compte bientôt que le nouveau sujet qu’il avait accueilli méritait toute sa bienveillante attention. Don Joseph usa de son influence auprès du souverain pour aider ses frères qui enduraient de grandes souffrances du fait des persécutions qu’encourageait le pape Paul IV à Rome.

Une profonde amitié devait très vite unir Don Joseph et le prince Sélim, fils aîné du sultan. Quand Bayazhid, un fils plus jeune, commença à comploter pour la succession au trône, Nassi soutint Sélim. De plus, il réussit à persuader le sultan que seule était juste la cause de son fils aîné. Une guerre éclata entre les deux frères. Bayazhid fut vaincu et s’enfuit en Perse. Là, lui et ses fils furent assassinés, ce qui mit fin à la lutte pour le trône. La succession pouvait ainsi être facilement décidée par Soliman, alors en pleine possession de ses forces et maître incontesté de son grand empire.

Vainqueur, Sélim marqua sa gratitude à Don Joseph en le nommant membre de sa garde d’honneur. De plus, il obtint de son père que fût accordé à son ami le territoire entourant le lac de Tibériade en Terre Sainte, alors sous domination turque.

Don Joseph, qui avait toujours rêvé d’accomplir en faveur de ses frères persécutés un geste à la mesure de leurs souffrances trouvait enfin l’occasion d’agir. Il décide de faire de ce don du sultan un lieu de refuge pour les Juifs en quête d’un foyer. Il envoya un ami en qui il avait pleine confiance, Joseph ibn Adereth (un descendant de Rabbi Chlomoh ibn Adereth) à Tibériade avec mission d’y édifier une colonie juive. En même temps, il lança un appel à tous les Juifs persécutés d’Europe. Un groupe d’Israélites de Campanie y répondit avec joie. Ils vivaient en exil après avoir connu d’odieuses persécutions. On eût pu s’attendre à voir leurs ennemis, qui les accablaient de leur haine, les laisser partir, trop heureux de se débarrasser d’eux à si bon compte. Ils poussèrent, au contraire, la cruauté jusqu’à les empêcher d’émigrer. Néanmoins, nombreux furent ceux qui, par des moyens détournés, réussirent à prendre le chemin du refuge promis. Toutefois, les dangers que le voyage comportait pour des Juifs sans défense étaient multiples.

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Les pirates en haute mer guettaient ; beaucoup tombèrent entre leurs mains et furent vendus comme esclaves. Tel fut le sort, par exemple, de cent deux Juifs de Pesaro qui voguaient à destination de Tibériade, qui furent capturés et faits prisonniers jusqu’à ce que la rançon fixée pour chacun d’eux fut payée. Don Joseph Nassi réussit à en libérer le plus grand nombre. Mais le succès de son entreprise fut gravement compromis par toutes sortes d’obstacles. La nécessité de pourvoir les nouveaux venus de moyens de subsistance en fut un. Don Joseph essaya de le surmonter en créant sur place une industrie de la soie. Dans ce but il fit planter des mûriers dont les feuilles constituent la nourriture des vers à soie. Une autre difficulté fut l’opposition d’un Cheikh arabe du voisinage qui allait prêchant que le projet mettrait en danger rien moins que l’Islam. Ces raisons ajoutées à plusieurs autres entraînèrent peu à peu l’échec de la grandiose tentative.

Le point culminant de la carrière diplomatique et commerciale de Don Joseph fut atteint quand son ami Sélim monta sur le trône à la mort de son père. L’un des premiers actes officiels du nouveau sultan fut de récompenser son fidèle ami juif pour ses services. Il le fit duc de l’île de Naxos et lui offrit en toute propriété quelques autres îles. Celles-ci étaient habitées par des Chrétiens grecs ; aussi Don Joseph ne fut-il pas enclin à y établir sa résidence. Il confia à un de ses amis le soin de gouverner ses possessions, et vécut dans le beau château Belvédère à Constantinople, capitale de l’Empire ottoman.

Don Joseph Nassi avait une grande influence sur Sélim II en dépit de l’obstruction systématique exercée par le grand vizir Sokolli. Originaire de Bosnie, c’était un homme dénué de scrupules qui faisait ce qu’il pouvait pour entamer la confiance qu’avait le sultan en son conseiller juif. Les dirigeants des pays européens ne tardèrent pas à se rendre compte de l’importance de Don Joseph dans le puissant empire du sultan et recherchèrent son amitié. Ainsi, l’empereur Maximilien II, désirant la paix avec le souverain turc, donna des instructions à son ambassadeur afin qu’il gagnât les bonnes grâces de Joseph. Non seulement ce dernier refusa tout cadeau qui risquait d’aliéner son indépendance, mais il accorda à l’ambassadeur un prêt à titre personnel.

Un autre monarque qui établit des relations amicales avec Don Joseph Nassi fut le roi Sigismond de Pologne. Grâce à cette amitié, ce dernier traita avec bonté ses sujets juifs.

Vint le jour où Don Joseph tenta de récupérer les sommes prêtées précédemment au roi de France. Celui-ci avait refusé de payer sa dette prenant prétexte du retour du banquier à la pratique ouverte de la foi juive. Le sultan Sélim autorisa Don Joseph à arraisonner tous les navires battant pavillon français et à saisir tous leurs chargements. Piqué au vif, le roi de France envoya à son ambassadeur l’ordre de comploter en vue de provoquer la chute de Joseph. Grandchamp, diplomate sans scrupules, faillit y réussir grâce à de hautes personnalités dont il avait pu acheter la complicité. C’était l’intrigue classique tendant à convaincre l’adversaire de haute trahison à l’égard du sultan. Don Joseph confondit ses ennemis en prouvant que toutes les accusations dont il fut l’objet étaient fausses. Son amitié avec le sultan en sortait renforcée.

La mort de Sélim II fut le point de départ des revers de Don Joseph. L’influence de Mohammed Sokolli, son ennemi mortel, fut prépondérante à la cour du nouveau sultan, le cruel Murat. Celui-ci n’avait plus besoin des services de Don Joseph qui se retira dans son beau palais de Belvédère pour consacrer sa vie à l’étude et aux actions charitables.

Don Joseph prodigua son aide à la Yéchivah de Constantinople fondée et soutenue par sa noble tante Doña Gracia. Il fit installer dans sa maison une imprimerie hébraïque qui permit la publication d’ouvrages importants. Il possédait une bibliothèque fort riche à laquelle avaient accès tous les érudits. Pour un grand nombre de ceux-ci, il fut un mécène d’une grande générosité.

Il écrivit en espagnol une défense de la religion juive. Un de ses protégés la traduisit en hébreu sous le titre de « Ben Porath Yossef ».

Quand Don Joseph Nassi, duc de Naxos, mourut à Constantinople en l’été de 1579, le monde juif tout entier le pleura. Un seul homme s’en réjouit, ce fut le sultan. Il confisqua l’immense fortune de celui qui avait consacré tant d’efforts non seulement pour le bien de ses frères, mais pour celui du pays. Sa veuve, la généreuse et pieuse Reyna, dut même quitter le beau palais, et l’imprimerie hébraïque disparut.

L’œuvre de toute une vie était ainsi interrompue. Mais le souvenir des grandes actions de Don Joseph et des honneurs qu’elles lui valurent demeura dans toutes les mémoires.

Source : http://www.fr.chabad.org/library/article_cdo/aid/1481886/jewish/Don-Joseph-Nassi-Duc-De-Naxos.htm

Jacques Attali : Doña Gracia Nassi, une Juive d’exception

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Née au Portugal en 1510 dans une famille de conversos (= marranes) sous le nom chrétien de Béatrice de Luna, Gracia Nassi épouse un marchand de pierres précieuses et banquier, Francisco Mendez, converso comme elle. À la mort de son mari en 1536, Béatrice rejoint son beau-frère, Joseph Diego Mendez, parti l’année précédente pour Anvers, Juif toujours clandestin. Dans la ville encore sous tutelle espagnole, Joseph fait de la prison, puis renoue avec la puissance : anobli par Charles Quint, il devient banquier de divers souverains européens. 

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Doña Gracia Nassi
Avec lui, Béatrice aide d’autres Juifs en secret à fuir l’Inquisition portugaise. En 1543, à la mort de son beau-frère, elle fuit Anvers avec le jeune fils de ce dernier, Juan Nassi Diego Mendes (= de son vrai nom Joseph Nassi), né au Portugal en 1514 et qui fut à Anvers le compagnon de jeunesse du futur empereur, Maximilien. Ils voyagent en France, passent par Venise, et s’établissent à Ferrare où ils redeviennent juifs et banquiers. Ils abandonnent le nom de Luna : elle reprend celui de Gracia Nassi, et lui, celui de Juan Nassi, nom de jeune fille de sa tante… Ils continuent d’aider des Juifs en secret et dépensent à cette fin tant d’argent qu’une soeur de Gracia Nassi la dénonce à l’Inquisition. Gracia et Juan fuient de nouveau et s’installent cette fois en Turquie en 1553. Banquiers, ils se spécialisent dans le placement à l’étranger des capitaux de marchands juifs ottomans, pour la plupart d’anciens amis d’Espagne ou du Portugal. Juan trouve en particulier 150 000 ducats à prêter au roi de France, Henri II, lequel refusera de les lui rembourser. Devenu proche de Soliman II et l’un de ses financiers, Juan Ha-Nassi le convainc alors de confisquer une flotte française de passage dans un port ottoman jusqu’à concurrence de la somme non remboursée par le monarque français. En 1555, il persuade aussi Soliman de demander au pape la libération de Juifs retenus en otage à Ancône. En 1558, il semble que Gracia Nassi achète au sultan des terres autour de la ville de Tibériade, en Palestine, pour s’y faire un jour enterrer. Elle y investit même assez pour y attirer ces Juifs d’Ancône, dont elle a découvert trois ans plus tôt la terrible situation. Mais le premier bateau d’émigrants est arraisonné par des pirates, ses passagers dépouillés et massacrés; le projet avorte.En 1566, Soliman le Magnifique élève Juan à la dignité de duc de Naxos et lui fait don de l’île éponyme.
Source : Les juifs, le monde et l’argent de Jacques Attali

Henry Makow : Les Marranes, Les Crypto-Juifs originels

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rabbinAprès que les Chrétiens aient repris l’Espagne aux Maures au 14ème siècle, ils voulurent «extirper tous les éléments non-Catholiques dans le pays et l’unir sous la domination Catholique.» (Prinz, «Les Juifs Secrets», p.25)

Les Juifs vivaient en Espagne depuis le IVème siècle avant J.C. et avaient prospéré sous les Maures. L’Église exigea que les plus de 400 000 Juifs présent se convertissent ou qu’ils quittent le territoire. Parce que des milliers avaient été massacrés au cours des émeutes anti-juives de 1391, plus de 250 000 Juifs acceptèrent de se convertir et devinrent connu sous le nom de « conversos ».

Cependant, l’Église s’est vite rendu compte de son erreur fatale. Comme on pouvait s’y attendre, la majorité de ces convertis n’étaient pas sincères. Ils furent appelés les «Marranes» de l’espagnol : «Marranos» (cochons). Mais maintenant, ils étaient exonérés des impôts et des restrictions qui régissaient les Juifs. Ils étaient plus influents et puissants que jamais.

Ils se sont mariés avec la noblesse et s’élevèrent aux plus hautes positions du gouvernement et de l’Église. Le fondateur des jésuites, Ignace de Loyola, était un Marrane, et son successeur Diego Lainex l’était aussi. La plupart des conversos pratiquaient le Judaïsme en secret et étaient considérés comme des «judaïseurs».

Les «Juifs avaient envahi l’Espagne de l’intérieur», écrit Joachim Prinz. Le judaïsme n’était pas seulement incurable, il semblait être invincible… plutôt que de résoudre la «question juive», les conversions de masse avait créé un nouveau problème : une puissante classe moyenne composée de Juifs secrets.» (42).

Les Marranes sont le modèle original pour les Francs-maçons et les Communistes. Ils prétendent appartenir à un groupe déterminé. Mais, comme les Francs-maçons, les Marranes employaient des poignées de main pour se reconnaître mutuellement et se réunissaient en secret la nuit pour répéter leurs dogmes subversifs.

Exceptions

Il y avait aussi de nombreuses exceptions, des convertis sincères comme sainte Thérèse d’Avila, la plus grande femme mystique Catholique. Ironiquement, lorsque Ferdinand et Isabelle restaurèrent l’inquisition en 1478, les convertis sincères prirent les devants. «Le plus célèbre d’entre eux est Tomas de Torquemada, qui était issu d’une famille juive, tout comme son assistant tout aussi violent, Diego de Daza.» (39)

L’Inquisition est considérée comme l’un des événements les plus traumatisants de l’histoire juive. Mais elle n’avait aucun pouvoir sur les Juifs. Elle ne visait que les convertis Chrétiens qui n’étaient pas sincères :

«Les Marranes… ne comparaissaient pas en tant que Juifs, mais en tant que Chrétiens hérétiques. Le nombre de Marranes qui ont été exécutés est estimé à 30 000. La même Inquisition punissait également les Musulmans («Morisques» de l’espagnol «Moriscos»). Toutefois, aucun Juif non converti ne fut jamais appelé devant les tribunaux.»

Néanmoins, en 1492 Ferdinand et Isabelle expulsèrent tous les Juifs de l’Espagne. Joachim Prinz fait une remarque sur l’incapacité «apparente des Juifs de comprendre ou de prévoir leurs propres catastrophes. Les Juifs, dont l’histoire se compose de tragédies les unes après les autres, ne semblent jamais être préparés pour aucune d’entre elles.» (51)

Les conséquences

Le même processus fut répété au Portugal. Bien que de nombreux Marranes ibériques renoncèrent à leur religion, bon nombre d’entre eux s’en furent et inondèrent l’Europe et le Nouveau Monde (Amérique) en tant que Juifs qui étaient en mesure de passer pour des Chrétiens, à savoir « les crypto-juifs ».

Selon Prinz, ils ont prospéré partout où ils allaient. Leur richesse était «stupéfiante … A Bordeaux, Avignon, Nantes et Marseille, cela devint un compliment pour caractériser un homme d’affaires chrétien de «riche comme un juif.»

En Angleterre, il n’y avait que 100 familles marranes au début du 17ème siècle, mais «elles étaient parmi les marchands les plus prospère de Londres.» En Allemagne, 40 familles Marranes participèrent à la fondation de la Banque de Hambourg en 1619. La fortune des Marranes d’Altona près de Hambourg, était estimé à près de six millions de marks et quelques-unes des plus belles maisons dans les environs d’Amsterdam appartenaient à des Marranes nouvellement arrivés.» (127)

Tout le monde savait qu’ils étaient Chrétiens par commodité. «La fiction de leur allégeance chrétienne était un arrangement d’affaires… [Leurs] établissements bancaires était une institution Chrétienne avec laquelle les Empereurs, les Ducs, les Évêques, et les chefs de gouvernement pouvaient faire des affaires en toute sécurité.» (130)

Inévitablement, ces banquiers Marranes et les commerçants agissaient de concert. Prinz raconte l’histoire du banquier Marrane (de la Maison de Mendès) Joseph Nassi (1524-1579) qui contrôlait l’Empire Ottoman en tant que conseiller du Sultan Souleymane et plus tard de son fils, Salim. Il essaya de créer un foyer national juif près de Tibériade, mais aucun Juif ne voulait s’y installer. Plus tard, il conçu la «Stratégie Marrane». Il ferait boycotter ou ruiner quiconque persécutait les Marranes. (141)

Lorsqu’un incendie a détruit le port de Venise en 1571, beaucoup soupçonnaient la Maison Mendes d’avoir payé des pyromanes pour y mettre le feu. «Et tandis que la plupart de la ville était encore en flammes, Joseph Nassi conseillait au Sultan d’occuper l’île vénitienne de Chypre, la déclarant une possession turque.» (142)

Conclusion

La véritable histoire du monde est l’histoire de la façon dont certains riches banquiers juifs et leurs alliés non juifs francs-maçons ont conspiré pour établir la dictature de gouvernement mondial en train d’émerger.

Le contour de cette histoire devient visible. Les Juifs ou les Marranes ont toujours dominé le commerce. Leurs alliés naturels étaient les aristocrates locaux, qui leur fournissaient une protection. Des mariages mixtes ont eu lieu. Les familles royales d’Europe sont probablement à moitié juives.

Maintenant, nous assistons à une résurgence du système féodal, où les masses doivent servir ce petit réseau consanguin de super-riches pervers et satanistes. Le système éducatif et les médias enseignent aux serfs à embrasser l’ordre du jour des Illuminati. Des flics brandissant des tasers et les soldats sauront ramener les retardataires dans le droit chemin.

Bienvenue dans le Nouvel Ordre Mondial. Il comporte un certain risque pour les Juifs qui ne font pas partie de cette petite clique. Mais les Juifs n’ont jamais été très bon à «prédire leurs propres catastrophes.»

Sources : http://henrymakow.wordpress.com/2012/10/31/les-marranes-les-crypto-juifs-originels/