Guerres idéologiques

Comprendre le fiqh de la destruction de l’Islam – Du fiqh al aqaliyyat au fiqh des moustad’afines (du fiqh des minorités au fiqh des faibles) – Partie 1

Publié le Mis à jour le

5236736-7814279

بسم الله الرحمن الرحيم

Au nom de Dieu, Le Tout-Miséricordieux, Le Très-Miséricordieux

 

Première partie (I) : l’opposition à la vision islamique de l’espace mondial

Dans toute démarche pertinente visant à déterminer les causes d’un problème, il y a souvent une analyse interne et une analyse externe.

L’analyse externe vise à déterminer le contexte et l’environnement, en quoi ils influent négativement, comment ils aggravent ou de quelle manière ils ont fait naître le problème.
Nous en avons déjà fait souvent référence ici et là, les causes historiques, la nature de notre réalité contemporaine, le monde occidental, ses forces et ses pressions, qui font en sorte de ne pas laisser l’Islam libre de s’épanouir dans toute sa réalité, seul maître de son histoire.

Toutes ces entreprises, ces opérations, ces manipulations, ces buts et objectifs sont clairement visibles par tout musulman sincère. Et ils sont d’autant plus faciles à saisir et à comprendre quand il s’agit de pointer du doigt les « autres ».

L’analyse interne, quant à elle, vise à diagnostiquer les faiblesses, savoir où elles se trouvent, comment elles sont apparues, de quelle manière elles aggravent la situation générale. A contrario c’est donc mettre le doigt là ou précisément le mal agit et être donc capable de réfléchir aux solutions. Par contre cette analyse est la plus ardue des deux car elle suppose recul et esprit critique. Elle suppose d’étudier soi-même un corps social dont on est partie prenante. Et islamiquement parlant l’analyse interne est même prioritaire : « Lorsqu’un malheur vous atteint […] vous dites : “D’où vient ce malheur ?” Réponds-leur : “Il vient de vous-mêmes” » (Sourate al-’Imrân, V165).

Le mal absolu est la dénaturation de l’Islam, son occidentalisation (sécularisation), l’amputation d’une grande partie de sa réalité, la fin de sa civilisation. Et tout ceci a d’immenses effets négatifs dans la conscience des musulmans, dans leur vision de ce qu’est l’Islam, dans leurs pratiques quotidiennes et dans la réalité de leur foi. Et c’est ainsi que ce cercle vicieux est en place depuis plus d’un siècle désormais*: séculariser l’Islam pour qu’il sécularise les musulmans, soit en sécularisant les musulmans de sorte qu’eux-mêmes sécularisent l’Islam.

Un orientaliste disait lors de la période coloniale*: «*je n’appelle plus les musulmans à entrer dans le christianisme mais à sortir de l’Islam. Nous avons dépensé beaucoup d’argent, prononcé de nombreux discours, malgré cela nous n’avons pas réussi à dévier un musulman de sa religion. Il est plus facile de détruire que de construire. La destruction du musulman constitue la destruction de la religion elle-même [1].

Or remarquons aujourd’hui que les enfants de ces orientalistes d’antan ont très bien compris que la meilleure des stratégies pour obtenir le meilleur des résultats est de faire détruire l’islam et les musulmans, par des musulmans eux-mêmes, de sorte que tous sortiront de l’Islam sans même en avoir conscience.

Cette stratégie est largement facilitée dans le monde musulman et au delà, par une idéologie de la soumission inconsciente, créée par des individus et groupes issus de la Oumma très largement identifiables (historiquement et islamiquement).

Ces derniers ont mis en place malgré eux toute une nouvelle architecture qui, sous diverses prétextes, n’aboutira qu’à détruire la structure du dogme authentique de l’Islam, celle de l’orthodoxie sunnite et finalement l’identité musulmane. Cela n’aboutira qu’à incorporer l’Islam dans un nouveau Din mondialiste, constitué simplement de sectes (firqa) ou d’écoles (madhab) dont l’une est appelée ”islam” pour mieux berner en douceur les musulmans.

Dialectique et méthodologie de l’imposture

Nous allons voir ici quelles sont les terminologies (mostalahat) et la méthodologie (minhaj) de cette nouvelle idéologie (fikra jadida).

Nous allons analyser de quelle manière leurs innovations (bid’a), leurs visions biaisées et tronquées, leurs erreurs de bonne foi, leurs négligences condamnables, leur manque de rigueur, leurs tromperies, leurs mensonges et leurs propres illusions, s’y prennent de manière méthodique pour délier un à un les liens fondamentaux de l’islam dans nos cœurs et nos esprits : « Les liens de l’islam seront défaits les uns après les autres, et chaque fois qu’un lien sera défait, les gens s’attacheront au suivant. Le premier à être défait sera le lien de la Loi (d’Allah), et le dernier sera le lien de la prière»[2].

Rejet de la dichotomie Dar al Islam/Dar al Koufr

Un des premiers sujets auxquels se sont attaqués ces nouveaux penseurs et leurs chouyoukh, sont de remettre en cause la traditionnelle vision musulmane du monde.
D’un côté le domaine de l’islam, les terres dans lesquelles ses lois, ses valeurs, son ordre, sa culture, son pouvoir règne et domine. Cela que ses habitants et sa population soit majoritairement musulmans ou non (Dar al islam).

De l’autre coté, tout le reste, c’est-à-dire les terres qui ne sont pas sous domination politique de l’Islam. Cela même si la population est majoritairement musulmane. Or, si ces terres ne sont pas dominées par l’Islam, c’est qu’elles le sont par autre chose que l’Islam, cette autre chose n’étant pas l’islam est donc son opposé, le non-islam : al Koufr (Dar al koufr).

Ibn Qayyim dit dans son Ahkam ahlou dhimma : « la majorité (joumhour) a dit le dar al islam est celle qui est la propriété des musulmans et gérée par les lois de l’islam, et ce qui n’est pas administré par l’islam n’est pas un dar al islam ».

Comment s’y sont-il pris pour rejeter ce principe clair et limpide ? Deux méthodes.

1/ Première méthode : la multiplication des terminologies

Bien entendu, puisque ces derniers se réclament d’une certaine tradition scientifique sunnite, ce rejet n’est pas directement frontal, ils préparent toujours le terrain en citant abondamment tels ou tels ijtihad antérieurs, en les extrapolant et en finissant par regrouper toutes leurs propres extrapolations pour donner naissance à des nouveaux ijtihad totalement innovés au-delà même des limites légales de la jurisprudence. On voit apparaître des termes comme :

Dar Al Sulh (domaine de la conciliation)
Dar Ad Da’wa (domaine de la prédication)
Dar ash Shahada (domaine du témoignage)
Dar al Amn (domaine de la sûreté).

Il ne s’agit pas de dire que certaines de ces terminologies n’ont jamais été utilisées par d’honnêtes savants dans l’histoire de la jurisprudence islamique. Mais de montrer qu’aujourd’hui entre des mains malintentionnées non fermement enracinées dans le dogme, et utilisées par des esprits déviants aux méthodes et buts innovés, elles se révèlent être des armes de destruction massive de la conscience islamique des musulmans. Celle qui détruit en eux la pertinence et l’intérêt de garder l’absolue dichotomie Dar al Islam/Dar al Koufr.

Tout est fait comme si tous ces termes ne servaient qu’à noyer le poisson, à leur faire oublier les fondamentaux et notamment ici leur retirer de l’esprit l’idée et la croyance qu’il y a (eu) et doit y avoir un Dar Al Islam : là ou l’Islam est absolument maître chez lui pour défendre son intégrité (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui).

Nous disons bien « absolue dichotomie » car tous ces nouveaux termes ne pourront jamais remplacer la pertinence de ceux mis en place par nos pieux prédécesseurs (salaf salih) et leurs suiveurs (khalafs).
Dar ad Da’wa, Dar Shahada, et Dar al Amn sont utilisés par ces nouveaux penseurs et ”imam” pour désigner l’ancien Dar al Koufr (le monde non-islamique non-musulman) dans lesquels vivent une importante minorité musulmane.

Ainsi pour eux, le monde non-musulman est un monde dans lequel le musulman doit et peut faire de la prédication (da’wa) dans lequel il peut témoigner son islam (shahada) et ou il est en sûreté (amn).
Mais tout cela a pour but de justifier leur présence en Dar al Koufr, pour les inciter à intérioriser comme absolument naturel leur présence en plein milieu de ces territoires.

Cela sans jamais se demander pourquoi ils sont là et pas ailleurs, sans jamais se poser de questions (”dangereuses”), et y vivre paisiblement comme un troupeau de moutons qu’un berger un jour a amenés dans tel ou tel pré, pour y brouter là ou il l’autorise à brouter, en disant comment y brouter en attendant de se faire tondre.

L’utilisation de ces terminologies par ces individus est totalement imparfaite, et ils ont même échoué dans le but qu’ils se sont fixé (redéfinir une vision du monde islamiquement pertinente) puisque ces nouvelles terminologies ne peuvent pas qualifier à elles seules l’ancien Dar al Koufr et donc pouvoir exclusivement le remplacer.

Tout est confus et semble être en réalité une construction pseudo-scientifique bâclée. Explication par l’exemple contradictoire :

Est-ce que les musulmans vivant dans le Dar al Islam n’ont donc pas/plus besoin de da’wa, de rappel à l’ordre et d’incitation au bien et à l’interdiction du mal (amr bil ma’rouf wa nahi ‘anil mounkar) et leur territoire n’est-il donc pas/plus aussi un Dar ad Da’wa ?

Le Dar al Islam n’est-il pas aussi un Dar al Shahada par excellence ? (et même le plus absolu de tous). Le Dar al Islam est-il toujours un endroit où règne la sûreté pour les musulmans et donc forcément un Dar al amn selon cette compréhension ? Le Dar al Koufr est-il un monde totalement uniforme pour énoncer que les musulmans ont la liberté d’y professer publiquement leur foi ? Comment et selon quels critères juger de cette liberté ?
On pourrait multiplier ce genre de question pour multiplier les contre-sens sans aboutir au résultat souhaité. Non.

Absolument rien ne peut remplacer de manière convaincante la distinction entre Dar al Islam et Dar al Koufr. Sachant que ces deux mondes sont aussi traversés par de multiples réalités qui sont à nuancer, en fonction des contextes politiques, géographiques et/ou régionaux. Mais quoiqu’il en soit cette dichotomie est la plus claire de toutes, islamiquement parlant en tout cas…

2/ Deuxième méthode : le prétexte de la guerre et la terminologie pacifiste

Cette méthode pour réfuter cette dichotomie est politiquement plus sournoise.

Elle consiste à dire (très implicitement) qu’il ne faut pas utiliser cette terminologie de Dar al Koufr car celui-ci renvoie automatiquement au Dar al Harb (domaine de la guerre). Et parfois, pour se justifier, ils réutilisent même les arguments (retournés) que ceux utilisés par la vision orientaliste islamophobe (le comble pour ces individus qui, au départ, voulaient nous libérer de ces archaïsmes remplis de stéréotypes). C’est donc une espèce de honte coupable inconsciente qui est ici dévoilée.

Or dans notre monde régi par l’Organisation des Nations-Unies (contre l’Islam) qui fait de la Paix et des Droits de l’homme son fonds de commerce et impose son ordre inique au monde, les nouveaux penseurs et chouyoukh de l’Islam se refusent d’utiliser le terme Dar al Koufr qui renvoie selon eux au Dar al Harb, c’est-à-dire aux terres à conquérir et aux populations non musulmanes à convertir car justement elles ne sont pas dominées par l’Islam. Cela renvoie donc au jihad, aux croisades, à la violence et à tout ce verbiage humaniste et pacifique.

Or si le Dar al Harb désigne automatiquement un Dar al Koufr, tout Dar al Koufr n’implique pas forcément d’être un Dar al Harb réel dans lequel les actions militaires sont obligatoires pour les musulmans. Car ces actions militaires et son état de guerre, sont toujours laissés à l’appréciation des détenteurs d’autorité (oulat al oumour) selon les intérêts (massalih) de l’Islam et des musulmans (sauf cas de légitime défense ou nulle permission n’est requise pour se défendre des envahisseurs).

Il y a même chez les anciens juristes une simple utilisation linguistique du terme Dar al Harb comme synonyme de Dar al Koufr sans que cela n’implique chez eux l’idée réelle d’un état de guerre, mais plutôt un état d’hostilité et d’opposition politique.

Idée d’hostilité, car justement il n’y a pas eu de conclusion d’accord de paix, de trêve et de relation de bon voisinage avec les autorités islamiques légales représentant le Dar al Islam (une partie ou son tout avec le califat). Tout le contraire, donc, de ce que certains appellent un Dar al ‘ahd (traité),Dar al Sulh (conciliation) ou un Dar al Hudna (trêve), qui restent tous fondamentalement des Dar al Koufr sans être dans la pratique réelle des Dar al Harb, mais pouvant tous potentiellement le devenir au moindre changement de relations politiques et diplomatiques.

Dès lors, même si on adopte ces terminologies : d’un côté Dar al Islam, de l’autre un Dar al Harb et un Dar al ‘Ahd, cela ne peut toujours pas remplacer la dichotomie fondamentale, car Dar al Harb et Dar al ‘Ahd appartiennent toujours et tous deux au Dar al Koufr…

Ainsi, l’idée de ne pas utiliser Dar al Koufr à cause de son ”esprit de stigmatisation” prélude selon ces prétendus imams et penseurs, à l’état de guerre, est complètement biaisée car le Dar al Koufr est une qualification juridique d’un territoire qui ne présage en rien la nature des relations politico-diplomatiques qu’entretient ce territoire avec le Dar al Islam…

Ces nouveaux intellectuels, juristes ou imams ont appuyé leur méthodologie de manière complètement inversée comme à leur habitude : ils comprennent l’islam et ses théories en se basant sur le contexte actuel, mais ne cherchent absolument pas à comprendre ce contexte en se basant sur l’Islam et ses fondements (fahm al waqi’ bil islam wa layssa fahmou islam bil waqi’).

Et c’est en se basant sur l’état du monde actuel, et en donnant le caractère de preuve par le fait à cette situation actuelle dans leurs déductions, qu’ils ont voulu revenir sur la traditionnelle dichotomie, alors que tout leur prétendu ”ijtihad”, en sus de ne rien apporter et de ne pas être capable de la remplacer avec une absolue pertinence, entraîne au contraire des effets extrêmement dangereux pour la réalité de l’Islam.

La destruction des frontières-barrières protectrices et Le mondialisme

Car en effet, notre monde actuel est mondialisé, les frontières tendent à disparaître pour laisser place à la libre circulation des hommes, des marchandises et des capitaux. L’uniformisation des lois, des codes, des cultures et des valeurs au niveau de la planète menace l’humanité entière en créant un homme unique, pensant et vivant fondamentalement de la même manière tout simplement déclinée en couleurs et langues différentes (le temps de mettre en place le clonage industriel ?). L’idéologie mondialiste se sert de termes-propagande et de leurs effets comme la démocratie, les Droits de l’homme, l’économie de marché pour réduire l’homme à l’état d’esclave inconscient et heureux de l’être.

Ces nouveaux penseurs et imams de l’égarement ont pris pour prétexte l’état actuel du monde pour détruire la vision islamique et traditionnelle de celui-ci : c’est ainsi qu’ils font délibérément le jeu des forces les plus hostiles à l’islam en accélérant l’acceptation du processus mondialiste dans les consciences musulmanes : il n’y a pas ou plus besoin de Dar al koufr ou Dar al Islam, mais il y a en réalité un unique Dar al shahada al amn al soulh ad da’wa mondial dans la plus pure vision du New World Order. Puisqu’en parallèle, même le Dar al Islam est vidé de sa plus juste définition par tous les courants islamiques (soumis au système) en lui cherchant une simple et petite définition minimaliste pour ne pas troubler l’ordre politique établi.

C’est ainsi que chez certains (peut-être les plus risibles de tous) un Dar al islam est simplement un domaine où l’appel à la prière (adhan) est public, faisant avec cette compréhension de plusieurs villes/régions du monde anglo-saxon ou asiatique un Dar al Islam… Et n’ayant toujours pas compris que cette condition est un indice dans la qualification juridique d’une terre et non la définition elle-même…

Finalement, ce refus d’accepter et de se soumettre à la vision islamique traditionnelle du Dar al Islam et Dar al Koufr, en comprenant la réalité de leurs vraies significations, ne peut être qu’une preuve de l’acceptation du projet mondialiste et du triomphe de sa vision, que cela soit conscient ou non.

Plus de Dar al Islam ni de Dar al Koufr pour mettre en place un Dar al Insanniya uniforme (domaine de l’humanité), pour un être humain uniformisé vivant sous un même et unique ordre politico-culturel : dans la plus pure vision fantasmée du projet mondialiste.

Aissam Aît-Yahya pour Anâ-Muslim

_________________________________________________

Notes :

[1] Cité par Momar Kane in “Les musulmans Francophones”, Édition Tawhid, page 50.
[2] Hadith rapporté par Ibn Hibban.
Publicités

Myriam Benraad : Le contexte historique de l’émergence de l’Etat Islamique en Irak !

Publié le

Myriam Benraad met l’accent sur le contexte qui a vu naître l’Etat Islamique en Irak dès 2006.

Myriam Benraad : Comprendre la genèse et l’histoire de l’Etat Islamique !

Publié le Mis à jour le

Myriam Benraad revient sur les origines de l’émergence de l’Etat islamique et pose le contexte historique pour comprendre les agissement de cet Etat.

Entretien entre Wassim Nasr et Myriam Benraad sur l’Etat Islamique !

Publié le Mis à jour le

Pourquoi l’Irak tient-il une place centrale dans la formation de l’organisation de l’Etat islamique ? Comment l’Etat islamique parvient-il à conserver un si large territoire malgré les offensives conjuguées des Kurdes, de la Turquie et de la coalition américaine ? Réponses à ces questions avec deux invités, la chercheuse Myriam Benraad et le journaliste Wassim Nasr, spécialistes de l’Irak et de la mouvance djihadiste.

 

Aïssam Aït-Yahya : Définitions et conséquences de la sécularisation et de la laïcisation !

Publié le

Les origines chrétiennes d'une laïcité musulmane

« La sécularisation est le phénomène par lequel la religion perd de son aura, de sa sacralité,, de son importance et de sa crédibilité dans la conscience des hommes. D’abord au niveau individuel, au sein de sa propre sphère privée, pour ensuite se répercuter au niveau de la collectivité toute entière quand cette « relativisation de la foi », est partagée par tous. La laïcisation est donc finalement l’étape suivante puisque ici, la religion cesse d’être logiquement une convention collective dans l’organisation politique, sociale et juridique de la société humaine. La religion cesse d’être structurante, on lui dénie tout rôle « normatif » dans la sphère publique : elle n’est donc plus une source pour la production de règles sociales et comportementales et plus aucun pouvoir publiquement coercitif ne lui est reconnu. Elle cesse d’être une référence dans le système et le fonctionnement des institutions que les hommes ont mis en place.

[…] Finalement, comprenons bien que sécularisation et laïcisation induisent toutes et automatiquement une refondation conscientisée des rapports entre Dieu et les hommes. La place qu’occupe l’entité divine dans l’esprit des hommes est donc totalement remise en question : lesdeux processus ont le point commun de faire reculer le poids et l’importance de la religion. C’est dans ce sens, qu’il faut comprendre que la sécularisation et la laïcisation favorisent aussi le déisme, le théisme, l’agnosticisme voir l’athéisme, qui était auparavant des attitudes marginale, et même marginalisées, dans les sociétés religieuses pré-sécularisées. »

[Aïssam Aït-Yahya – Les origines chrétiennes d’une laïcité musulmane – Éditions Nawa – Pages 24 à 26]

IslamRéinfo TV : L’imposture de Felix Marquardt !

Publié le Mis à jour le

Felix Marquardt souhaite réformer l’islam pour le rendre compatible avec le Nouvel Ordre Mondial. Il a le soutient notamment de Tariq Ramadan, Mohammed Bajrafil et de bien d’autres imposteurs qui tentent, tout comme lui, de séculariser/laïciser l’islam. Cette vidéo est une réponse à cet ennemi de l’islam qui pense pouvoir berner les musulmans.

Aïssam Aît-Yahya : L’Islam radical, passé et présent !

Publié le

SG-NAWA-Rech-Couv-Ideo23-02-15A2-250x320A travers l’histoire de l’Islam on remarque très souvent que les époques troublées ont donné des musulmans et des musulmanes d’exception. Ces environnements hostiles, ces événements difficiles et douloureux produisent toujours une minorité d’individus dotés d’une Foi, d’une Raison et de qualités au-delà du commun de leurs semblables. Car leur regard, leur intelligence, leurs interprétations et postures ont été aiguisés par le choix fatidique de leurs engagements. Ils sont le fruit d’une Histoire tout en étant l’un des moteurs de celle-ci, alors que la masse, soit soumise, soit collaboratrice, est toujours portée par le courant dominant et n’est en aucun cas capable d’orienter positivement le déroulement des événements.

La fatidique période de la fin du califat de Cordoue (1000-1050) ainsi que la première époque de taïfa [1] qui s’en suivit, fut une cassure irrémédiable dans l’Histoire musulmane d’Al Andalous : le choc politique, social, économique fut extraordinairement fort pour les contemporains, si l’on considère la rapidité du désastre. En moins d’une génération, en moins d’une vie d’homme, on a pu connaître les fastes de la puissance musulmane ainsi que la misère et l’humiliation de la dislocation du califat, des guerres civiles et de l’occupation chrétienne castillane. Lisons certains passages tirés de chroniques des savants et lettrés de l’époque notamment celle d’Ibn Hayyan : « La période précédente m’accorda un répit. A la suite de quoi j’en arrivai au début de cette abominable fitna […] qui disloqua notre concorde (jama’a), jeta par terre le solide royaume, et surpassa toutes les autres guerres civiles musulmanes. Son degré de monstruosité provoqua en moi un traumatisme qui me détourna de vouloir écrire son histoire... » [2]. De Abou ‘Obeyd Al Bakri : « la fitna qui remonte au début des années 400 [1007] et qui perdure jusqu’à nos jours, en l’an 460 [1067] a effacé les traces de ces bourgades et transformé l’aspect de cette prospérité. La plus grande partie de la région de Cordoba est désormais inhabitée du fait de l’exil de ses habitants » [3] ou d’Ibn Bassam : « Allah sait que ce livre est le fruit d’un cœur blessé et d’une pensée affaiblie, en un siècle inconstant comme un caméléon. La cause est mon exil de Santarem, à l’extrémité de l’Algarve d’où j’ai émigré, dans la débâcle et la peur, après que les bandes chrétiennes, vague après vague sont venues à bout de l’homme de haut lignage comme du vagabond…» [4].

On est frappé par leur torpeur, se lamentant sur leurs villes dévastées, sur l’état de leur population, contrastant avec les parades des armées chrétiennes. Il y a le clan des lettrés, chuyûkh et oulémas qui se lamentent passivement comme nous venons de le voir, mais il y a aussi le clan des collaborateurs qui, tous, après la chute du califat, sont rentrés au service de tels émirs, de tels sultans, de tels ou tels walis, se partageant le califat comme un immense gâteau, se disputant des miettes, toujours prêts à se combattre mutuellement, mais toujours conciliants, généreux, affables, amicaux voire fraternels avec les royaumes et princes chrétiens qui dévoraient méthodiquement le Dar al Islam. Ces courtisans et homme de pouvoir sont beaucoup trop nombreux pour être énumérés (de même qu’il sera impossible de tous les énumérer aujourd’hui…).

Les appels au jihad, à la reconquête et à la résistance ne rencontraient que très peu d’échos parmi la population, car rares étaient les chuyûkh andalous qui y appelaient. Encore plus rares étaient ceux qui y participèrent. Les chroniques ne signalent qu’un cas singulier et révélateur : le Cadi et cheikh ‘Ali Ibn Qassim Ibn ‘Achara. Remarquable, car il n’était justement pas andalou mais originaire de Salé au Maroc… Témoignant du fait que la plupart des mutawi’a (volontaires du jihad) n’étaient, ne venaient et ne viendraient que du Maghreb.
Cette seule information, quatre siècles avant la fin du dernier royaume musulman d’Andalousie en 1492, nous fait comprendre aujourd’hui, qu’Al Andalous, était bel et bien condamnée à disparaître. Parmi les militants, les insoumis, les rebelles, ceux qui n’acceptaient pas la fatalité, et qui luttèrent intellectuellement, par la plume, par le savoir, par la raison, par le texte contre le système pervers qui se mettait en place, et vers ceux à quoi il amenait inéluctablement l’ensemble de la société musulmane d’Al Andalous : il y avait Ibn Hazm Az-Zâhirî (994-1064). Sa vie entière fut passée à l’ombre de la décomposition du pouvoir califal et de l’effritement de la puissance musulmane.

Dès lors, il n’avait qu’une idée en tête, le rétablissement du Califat islamique légal, l’épine dorsale de la puissance musulmane, le critérium suprême de la légitimité politique musulmane. Ainsi il va s’engager dans une voie sans retour, périlleuse, difficile, et dangereuse, de celles qui hypothèquent les opportunités de carrière et de vie tranquille, rangée à l’abri des soucis de toutes sortes. Cette voie est celle de la critique radicale, de l’insoumission à l’ordre politique, de l’indépendance intellectuelle, basée sur un Islam total et sans concession. Très vite, il sait que l’épreuve va être difficile et même historique : «…c’est une épreuve qui nous a été imposée qu’Allah nous en libère ! Une fitna vers le mal qui par bien des aspects serait trop long de rapporter, a détruit les pratiques religieuses sauf chez ceux qu’Allah a préservés » [5]. Et Ibn Hazm n’est pas du genre à se lamenter, mais à attaquer le cœur des problèmes, et comme la cause est politique, c’est tout le système politique qui s’est mis en place après le califat qu’il va remettre en cause, sans langue de bois, sans belles paroles soporifiques, sans autres excuses à faire dormir un insomniaque ; c’est clair et sans appel : « la cause fondamentale en est que chaque responsable de ville et de forteresse partout dans notre andalous, du premier au dernier est un bandit de grand chemin, un agent de fasâd à travers le pays. Ce que vous constatez de vos propres yeux, ce sont leurs attaques contre les biens de musulmans gouvernés par un prince adverse, c’est la licence qu’ils octroient à leurs troupes de piller toute région […] c’est le fait qu’ils imposent aux musulmans des taxes non coraniques. » [6]. L’ordre islamique étant rompu, le dîn étant émietté, la population musulmane d’Al andalous se soumet aux caprices, aux passions des nouveaux potentats qui ne cherchent qu’à satisfaire leur soif de pouvoir personnel, elle se soumet donc à un nouvel ordre avec ses règles, ses lois et ses codes, en un mot à un nouveau dîn… Interprétation contemporaine diront certains ? Relisons alors Ibn Hazm : « …c’est un scandale abject, une violation des lois de l’Islam, un démaillage, maille après maille, une création d’une nouvelle religion alors que les prérogatives appartiennent à Allah seul » [7]. Il est vrai que les mêmes causes donnent toujours les mêmes effets, et que les paroles les plus magistrales de nos prédécesseurs sont toujours celles qui nous donnent l’impression d’avoir été prononcées aujourd’hui. Ibn Hazm, comme Ibn Taymiyya trois cent ans plus tard, comme d’autres les siècles suivants, savaient et comprenaient très bien que la soumission des musulmans à un autre ordre temporel que celui de l’Islam, les « dés-islamisaient » au profit d’une autre religion.

Et Ibn Hazm disait déjà de ces détenteurs de la force militaire et donc souvent aussi de l’autorité politique que « s’ils apprenaient que dans l’adoration de la croix il y avait de quoi faire marcher leurs affaires, ils s’empresseraient de se convertir. Nous les voyons rechercher l’aide des chrétiens et permettent à ceux-ci de s’emparer des femmes des musulmans, de leurs enfants et de leurs hommes, emmenés en servitude dans leurs pays. Que de fois leur cèdent-ils des villes et des places-fortes, dont les chrétiens chassent l’Islam et qu’ils peuplent de cloches ! Qu’Allah les maudisse tous ! Qu’Il leur afflige le châtiment avec l’un de ses sabres» [8]. Mais que dirait donc Ibn Hazm s’il voyait l’état des nôtres actuellement, tous convertis aux religions séculières et soumis à ces nouvelles religions et qui participent de manière claire et consciente à la destruction de l’Islam au sein même des consciences musulmanes ? Ibn Hazm voulait ébranler les consciences, il voulait frapper fort les esprits de ses contemporains, les secouer violemment afin qu’ils réagissent.
Pour cela il a aussi compris qu’il fallait surtout s’attaquer aux sorciers et aux magiciens, non pas à ceux qui jettent des sorts en ayant recours à des forces obscures, mais ceux qui savent utiliser le savoir des mots et des paroles du savoir religieux, afin d’ensorceler les consciences musulmanes. Mettant en garde les musulmans contre ces fonctionnaires qui ont fait leurs demeures les antichambres des palais des tyrans partout dans le monde arabo-musulmans (ou ceux qui « squattent » les mairies, préfectures et ministères en France) Ibn Hazm écrit : « Ne vous trompez pas ! Que ne vous égarent ni les iniques, ni les prétendus juristes qui habillent d’une peau de mouton un cœur de bête sauvage, qui décorent du nom de bien le mal des gens mauvais, et qui les aident dans leurs iniquités » [9].

Les œuvres d’Ibn Hazm débordent de ce genre de diatribes effrénées, de paroles aussi acerbes que tranchantes. Il luttait contre un système en décomposition menaçant de décomposer les musulmans eux-mêmes. Il faut dire que si le Maghreb n’était pas aussi proche d’Al Andalous, elle aurait été perdue par l’Islam bien avant 1492 encore… Et avec les Almoravides, les Almohades jusqu’aux Merinides, le Maghreb a envoyé durant trois siècles des centaines de milliers de volontaires au jihad cherchant à stabiliser le front… Mais peine perdue, car à quoi bon stabiliser le front, si idéologiquement la bataille dans les consciences andalouses était déjà perdue ? Rappelons que toute la clique de roitelets andalous et leurs fonctionnaires assermentés étaient très réticents à faire appel aux Almoravides de Youssouf Ibn Tachfine : il faut attendre la prise d’une des plus grandes métropoles musulmanes, Tolède, pour que la population d’Al Andalous prenne peur. C’est sur une initiative de certains savants de Cordoue que fut prise cette décision, et sans prendre conseil auprès de leurs « Wali amr » ou « hukam shar’i ». Ce n’est qu’après la bataille et la victoire de Zallaqa [10], que les imams et lettrés de toutes sortes se rallient en masse aux Almoravides (ce qui n’est pas sans rappeler certaines girouettes « professionnelles du ‘ilm » dans le monde arabe après la chute de Ben Ali, Kadhafi et Moubarak, auprès d’eux contre leur population, et finalement s’excusant de leurs erreurs de jugement et ralliant la réalité quand elle s’impose à eux…). Puis finalement, quand les rois d’Al Andalous comprirent que la récréation andalouse était finie, ils n’hésitèrent pas à vouloir s’allier aux chrétiens pour défendre leurs misérables trônes face aux Almoravides.

Ibn Al Kardabouss rapporte le dialogue qu’il y a eu entre le scrupuleux Youssouf Ibn Tachfine et les savants andalous qui lui déclarèrent : « – Ces chefs [rois d’Al andalous], il est illicite de leur obéir et il ne faut pas qu’ils gouvernent, parce qu’ils sont des fusâq et des libertins (fajarra). Débarrasse-nous-en ! – Comment en aurais-je le droit ? J’ai conclu un pacte avec eux, de ne pas les renverser ?– S’ils avaient conclu un pacte avec toi, voici qu’ils l’ont rompu. Ils ont envoyé un message à Alphonse, au terme duquel ils se rallient à lui contre toi, afin de te faire tomber entre ses mains et lui céder leur pouvoir. Hâte-toi de les renverser tous ! Nous en serons responsables devant Allah. Si nous commettons un péché c’est nous qui devrons en rendre compte et non toi. Mais si tu les épargnes alors même que tu peux les vaincre, ils livreront le reste du pays aux chrétiens et c’est toi qui en sera responsable devant Allah ![11] » C’est dire, que ces « grand imams » commencèrent à revenir à ce que Ibn Hazm écrivait quelques années auparavant : « Il est vrai que ce verset : {Et celui d’entre vous qui les prend pour alliés est des leurs} doit être compris selon le sens apparent, et que celui-ci est donc un kâfir au même titre que les autres incroyants. Ceci est une vérité sur laquelle ne divergent pas deux Musulmans. »[12]. C’est peut-être ainsi qu’il faut comprendre le puissant militantisme social et politique d’Ibn Hazm, en tant qu’agent anti-dissolvant de la foi musulmane qui, s’il était entré aux services des plus puissants roitelets d’Al Andalous, en étant moins « radical » et plus conciliant, aurait pu réaliser une carrière plus prestigieuse encore que celle de son père auprès du célèbre Abi Amir Al Mansour. Toutes ces analyses sociales et politiques « radicales » ont été confirmées par d’autres, mais toujours en retard, tous n’avaient pas son regard visionnaire, tous n’étaient pas aussi engagés et scrupuleux.

Méditons tout cela, à l’aune de notre époque, et au filtre de notre propre réalité tant française qu’internationale. Certes, notre environnement politique et social oppressif n’est pas de la même nature que celui de l’époque d’Ibn Hazm qui ferait plutôt penser à ce qui se passe actuellement dans le monde arabo-musulman, et en Syrie particulièrement. Mais les acteurs sont les mêmes, il n’y en a toujours eu que trois grandes catégories :

– La minorité collaboratrice, conciliante, soumise, partie prenante de l’ordre établi, elle est institutionnalisée par le pouvoir, elle a seule la légitimité de la représentation de l’islam et des musulmans. L’hypocrisie et la traîtrise ne sont parfois même plus suffisants pour décrire certains d’entre eux, car ces qualificatifs supposent encore un minimum de conscience islamique. Ils finissent toujours par croire, tous, à leurs mensonges, qui au départ ne se nourrissaient pourtant que du « Juste Milieu » et de « Moindre Mal » et du néo-fiqh [13].

– La masse des musulmans du commun qui incline ici et là, subit, tombe souvent dans le fatalisme et la résignation, accaparée par son propre instinct de survie, par ses objectifs à court terme et la satisfaction de ses intérêts immédiats, contemplatrice et manipulable…

– La minorité active, militante, se basant sur des convictions inébranlables, active sur tous les fronts, éveillée à déjouer toutes les ruses, toutes les manipulations, appliquée à dénoncer le faux, le mensonge et les illusions. Ils ont le regard constamment rivé sur les horizons lointains, la raison en constante méditation, le cœur sensible, les mains tranchantes, une volonté d’acier : mais par-dessus tout, ils ont conscience qu’ils représentent le verrou d’une forteresse qui, s’il venait à être ouvert, serait conquise une fois pour toutes.

Qui sont les nouveaux Ibn Hazm [14] ? Qui avait donc tort ? De qui se souvient-on aujourd’hui ? Qui sont les volontaires (mutawi’ûn) à la stabilisation du front idéologique ?
Les temps corrompent, les volontés faiblissent, les dogmatiques finissent par être pragmatiques jusqu’à la lie, le « juste milieu » en est réduit au « juste selon la pensée conforme », et le reste est considéré comme radical. Mais finalement : qui est acteur de l’histoire et qui ne fait et ne fera que la subir ? Chacun d’entre nous est capable de réaliser ces analogies : ceux dont les consciences ont gardé un minimum de lucidité.

Ce qu’il faut retenir ici c’est que tout système politique qui domine un lieu à un moment donné de l’histoire, cherche à exclure, minorer et stigmatiser la minorité active et militante qui lui fait face. Ce système a le temps pour lui, il possède d’immenses moyens de persuasion, il sait bien que si ces interlocuteurs n’ont pas de bases solides, de fondements, de principes inaliénables, et poursuivent en plus des buts mondains, ils ne pourront que se résigner, infléchir, en un mot se soumettre, et les plus malins ou vicieux sont ceux qui arriveront à faire croire qu’ils résistent et qu’ils ne lâchent rien…. {Ils aimeraient bien que tu transiges avec eux afin qu’ils transigent avec toi} (Coran 4.120).

Mot de fin 

Quant à moi, en ces heures de compromission et de soumission tous azimuts à l’islam de France et à ses projets de réforme: que tous sachent que je ne transigerai pas avec les points de nos convictions et croyances ainsi que leurs implications, même si je reste absolument ouvert au dialogue, à la compréhension de ce contexte et de ses modalités et aux échanges.
Dès lors, il est clair que je suis perçu comme « radical » par certains, car refusant d’adopter le Juste Milieu définit par un système avec lequel je n’ai pas à avoir à transiger, si je ne le souhaite pas. La limite comme pour toute personne dans ce pays est la loi, rien que la loi, dont j’ai le droit « constitutionnel » mais aussi humain et incontestable de contester la légitimité (cela quand ce n’est pas le devoir islamique de le faire…). Car elle est là aussi la véritable citoyenneté et son paradoxe : si nous sommes de véritables « citoyens » comme certains n’arrêtent pas de le répéter pour se justifier en s’humiliant #notinmyname, alors comme n’importe quel autre véritable citoyen natif de ce pays, j’ai le droit d’être un opposant critique acerbe à ce système sans me justifier autrement que parce que c’est mon droit ou « mon bon plaisir »…

Personne par exemple, n’ira dire à Alain Badiou qu’il n’est pas un bon citoyen français, car il est un « intellectuel dissident » farouche opposant à cette démocratie, ni à Emmanuel Todd parce qu’il n’est pas Charlie… Tout cela alors qu’un « intellectuel de la dissidence » vend de la soumission patriotique à sa meute de franco-maghrébins, mais ne tolérera justement pas qu’un de ceux-là use de ces mêmes droits dont il se sert, mais pour l’inverse si l’envie lui en chantait, en lui renvoyant sûrement à la figure ces origines bougnoulesques pour le rappeler à l’ordre « patriotique »…

Ainsi on remarque bien que la citoyenneté version Tarik Ramadan ou version Alain Soral est sensiblement la même : l’arabo-musulman citoyen doit montrer patte blanche, plus blanche que le reste des citoyens, pour soit être « intégré » ou soit pour être « patriote ». Ce que certains imams-prédicateurs nous martèlent aussi avec leur compréhension viciée et sans ‘izza du « montrer le bon exemple » : le bon exemple « islamisé » de citoyen soumis qui rejoint finalement le vieux ancien bon exemple de nos pères immigrés souriant et toujours serviable…

Qu’est ce qui change au final ? Absolument Rien, mais chez certains leaders d’opinion, l’optimisme naïf se nourrie de n’importe quel ridicule faits-divers « positif »  en éludant les évolutions sociétales clairement antimusulmanes, et les autres mouvements de fonds, du genre tel mairie a finalement accordé un permis de construire pour une mosquée ou Lindsay Lohan lit le coran  « #leschosesavancent ».

Ma conception de la citoyenneté est toute autre, si toutefois elle existe vraiment pour nous : elle est totalement différente et décomplexée et se veut « expérimentale » car elle se mesure justement par l’utilisation maximale de son droit à la critique et à la subversion ! C’est aussi comme ça qu’on la mesure réellement, et que l’on est capable de dire si elle existe vraiment, ou bien alors si elle n’est qu’un odieux mensonge de plus ! Mais là, sur ce créneau, il n’y a pas beaucoup de monde pour tester la réalité de cette citoyenneté. Notre expérience, la réalité que nous vivons tous, les faits-divers et affaires d’État, nous montrent déjà où se trouve la vérité. En plus de nous dire qui est le proche de cette vérité, qui est le naïf et qui est le menteur manipulateur. Alors certes, l’adjectif radical sera utilisé pour mes positions et mes conclusions (en attendant le jour d’être contredit par les faits et par des idées).

Ibn Hazm, modèle historiquement radical dont j’ai exposé ici les positions historiques, n’est qu’un nom parmi d’autres, comme des milliers d’autres noms de notre histoire. Un de ces noms que certains nains actuels nous disent qu’il faut laisser dans nos bibliothèques et oublier, pour les suivre eux, imams et chuyûkh de la réforme, qui luttent contre ses idées « radicales ». Et dans ce cas j’invite les lecteurs à comprendre que l’adjectif « radical » dans un environnement tel que le nôtre est tout sauf une insulte, en lisant ce qu’en disait le politologue allemand Hans Herman Hope : « En fait, il ne faut jamais avoir la moindre hésitation à s’engager dans un radicalisme (« extrémisme ») idéologique. Non seulement tout le reste serait contre-productif, mais plus important encore, seulement les idées radicales, en effet, des idées radicalement simples peuvent remuer les émotions des masses ternes et indolentes. Et rien n’est plus efficace, pour persuader les masses, que de cesser de coopérer avec le gouvernement et que d’exposer de façon constante et sans relâche, la dé-sanctification et le ridicule des gouvernements et de ses représentants comme des fraudes morales et économiques : empereurs sans vêtements sujets au mépris et cibles de toutes les moqueries » [15].

Aïssam Aït Yahya

[1] Taïfa, littéralement partie ou morcellement (de l’arabe ملوك الطوائف) les royaumes « morcelés ». Après la chute du califat de Cordoue, une multitude de principautés, royaumes et émirats se constituèrent sur ses ruines. Indépendants les uns des autres, ils se formèrent toujours autour de grandes cités-Etats (Cordoue, Séville, Grenade, Saragosse, Tolède, Valence, etc.), désunies et en luttes fratricides constante, on peut voir la période de Taïfa comme celle de la fitna par excellence dont seuls les Chrétiens tirèrent profit. Il y eut dans l’histoire d’Al andalous, trois périodes dites de Taïfa. Celle de l’époque d’Ibn Hazm fut la première (1031-1086), elle se poursuivit jusqu’à la réunification des Al Mourabitoun.

[2] Ibn Hayyan (987-1076), historien andalou. Passage rapporté par Ibn Bassam dans Dahira T2, page 576. (وأنسأتني المدة إلى أن لحقت بيدي منبعث هذه الفتنة البربرية الشنعاء المدلهمة، المفرقة للجماعة، الهادمة للملكة المؤثلة، المغربة الشأو على جميع ما مضى من الفتن الإسلامية، ففاضت أهوالها تعاظما أدلهني منها، نفس الخناق، وبلل الرماق؛ فاستأنفت من يومئذ تقييد ما استقبلته من أحداثها؛)

[3] Abou Obeyd Al Bakri (1014-11094), faqih, géographe et botaniste.

[4] Ibn Bassam (décédé en 1148), Al dakhira fi mahasinahl al jazira, T1, p.19. (وعلم الله تعالى أن هذا الكتاب لم يصدر إلا عن صدر مكلوم الأحناء، وفكر خامد الذكاء، بين دهر متلون تلون الحرباء؛ لانتباذي كان من شنترين قاصية الغرب، مفلول الغرب، مروع السرب؛ بعد أن استنفد الطريف والتلاد، وأتى على الظاهر والباطن النفاد، بتواتر طوائف الروم، علينا في عقر ذلك الإقليم؛ وقد كنا غنينا هنالك بكرم الانتساب، عن سوء الاكتساب، واجتزأنا بمذخور العتاد، عن التقلب في البلاد؛)

[5] Rissalatou Ibn Hazm. ( فهذا أمر امتحنا به نسأل الله السلامة . وهي فتنة سوء أهلكت الأديان إلا من وقى الله تعالى . لوجوه كثيرة يطول لها الخطاب)

[6] Ibid( وعمدة ذلك ؛ أن كل مدبر مدينة أو حصن في شيء من أندلسنا هذه ، أولها عن
آخرها محارب لله ورسوله صلى الله عليه وسلم ، ساع في الأرض بالفساد . للذي ترونه عيانا من شنهم الغارات على أموال المسلمين من الرعية التي تكون في ملك من ضادهم . وإباحتهم لجندهم
قطعةالطريق. ضاربون للجزية والمكوس والضرائب على رقاب المسلمين . مسلطون لليهود و النصارى على قوارع طرق المسلمين . معتذرون بضرورة لا تبيح ما حرم الله غرضهم منها استدامة إنفاذ أمرهم ونهيهم)

[7] Ibid. ( وهذا هو هتك الأستار ونقض شرائع الإسلام وحل عراه عروة عروة، وإحداث دين جديد، والتخلي من الله عز وجل)

[8] Ibid. ( والله لو علمواأن في عبادة الصلبان تمشية أمورهم لبادروا إليها، فنحن نراهم يستمدون النصارى فيمكنونهم من حرم المسلمين وأبنائهم ورجالهم يحملونهم أسارى إلى بلادهم، وربما يحمونهم عن حريم الأرض وحسرهم معهم آمنين ، وربما أعطوهم المدن والقلاع طوعاً فأخلوها من الإسلام وعمروها بالنواقيس، لعن الله جميعهم وسلط عليهم سيفاً من سيوفه)

[9] Ibid. (فلا تغالطوا أنفسكم ، ولا يغرنكم الفساق والمنتسبون إلى الفقه ، اللابسون جلود الضأن على قلوب
السباع. المزينون لأهل الشر شرهم .الناصرون لهم على فسقهم)

[10] ou Bataille de Sagrajas. Remportée en 1086 par les Al-Mourabitoun et les Andalous. Elle stoppe les avancées chrétiennes permises par la chute du Califat de Cordoue.

[11] Rapporté par Ibn Khaldoun, Kitāb al-ʻibar et Ibn al Kardabous dans Tarikh al Andalous.

[12] Al Mouhallahbilathar, T11, p138.

[13] Voir sur le blog le texte « Les minorités musulmanes ou comment le pseudo-réformisme détruit l’islam »

[14] Ibn Hazm est mort (rahimahullah), près de 20 ans avant que les Al-Mourabitoun n’arrivent en Andalousie. Bien qu’il fut un farouche partisan du califat des Omeyyades et que Youssouf Ibn Tachfine reconnaissait la légitimité du califat abbasside (puisque les Omeyyades n’existaient plus…). Nul doute qu’Ibn Hazm aurait été de leurs partisans. Peu avant sa mort, les musulmans subissaient défaite sur défaite et nombre d’offensives chrétiennes, notamment de Ferdinand Ier de Léon et de Castille. Plusieurs places fortes et villes sont prises, avec massacres, réductions en esclavage et expulsions des populations musulmanes (Ferdinand impose le tribut au roi de Saragosse, envahit Tolède, prend la place stratégique de Coïmbra et gagne la bataille de Graus).

[15] In fact, there must never be even the slightest wavering in one’s commitment to uncompromising ideological radicalism (“extremism”). Not only would anything less be counterproductive, but more importantly, only radical—indeed, radically simple—ideas can possibly stir the emotions of the dull and indolent masses. And nothing is more effective in persuading the masses to cease cooperating with government than the constant and relentless exposure, de-sanctification, and ridicule of government and its representatives as moral and economic frauds and impostors: as emperors without clothes subject to contempt and the butt of all jokes” Hans-Hermann Hoppe, Democracy—The God that Failed: The Economics and Politics of Monarchy, Democracy, and Natural Order, New Brunswick, N.J.: Transaction Publishers, 2001), p94