Critique de la société moderne

Comprendre le fiqh de la destruction de l’Islam – Du fiqh al aqaliyyat au fiqh des moustad’afines (du fiqh des minorités au fiqh des faibles) – Partie 1

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بسم الله الرحمن الرحيم

Au nom de Dieu, Le Tout-Miséricordieux, Le Très-Miséricordieux

 

Première partie (I) : l’opposition à la vision islamique de l’espace mondial

Dans toute démarche pertinente visant à déterminer les causes d’un problème, il y a souvent une analyse interne et une analyse externe.

L’analyse externe vise à déterminer le contexte et l’environnement, en quoi ils influent négativement, comment ils aggravent ou de quelle manière ils ont fait naître le problème.
Nous en avons déjà fait souvent référence ici et là, les causes historiques, la nature de notre réalité contemporaine, le monde occidental, ses forces et ses pressions, qui font en sorte de ne pas laisser l’Islam libre de s’épanouir dans toute sa réalité, seul maître de son histoire.

Toutes ces entreprises, ces opérations, ces manipulations, ces buts et objectifs sont clairement visibles par tout musulman sincère. Et ils sont d’autant plus faciles à saisir et à comprendre quand il s’agit de pointer du doigt les « autres ».

L’analyse interne, quant à elle, vise à diagnostiquer les faiblesses, savoir où elles se trouvent, comment elles sont apparues, de quelle manière elles aggravent la situation générale. A contrario c’est donc mettre le doigt là ou précisément le mal agit et être donc capable de réfléchir aux solutions. Par contre cette analyse est la plus ardue des deux car elle suppose recul et esprit critique. Elle suppose d’étudier soi-même un corps social dont on est partie prenante. Et islamiquement parlant l’analyse interne est même prioritaire : « Lorsqu’un malheur vous atteint […] vous dites : “D’où vient ce malheur ?” Réponds-leur : “Il vient de vous-mêmes” » (Sourate al-’Imrân, V165).

Le mal absolu est la dénaturation de l’Islam, son occidentalisation (sécularisation), l’amputation d’une grande partie de sa réalité, la fin de sa civilisation. Et tout ceci a d’immenses effets négatifs dans la conscience des musulmans, dans leur vision de ce qu’est l’Islam, dans leurs pratiques quotidiennes et dans la réalité de leur foi. Et c’est ainsi que ce cercle vicieux est en place depuis plus d’un siècle désormais*: séculariser l’Islam pour qu’il sécularise les musulmans, soit en sécularisant les musulmans de sorte qu’eux-mêmes sécularisent l’Islam.

Un orientaliste disait lors de la période coloniale*: «*je n’appelle plus les musulmans à entrer dans le christianisme mais à sortir de l’Islam. Nous avons dépensé beaucoup d’argent, prononcé de nombreux discours, malgré cela nous n’avons pas réussi à dévier un musulman de sa religion. Il est plus facile de détruire que de construire. La destruction du musulman constitue la destruction de la religion elle-même [1].

Or remarquons aujourd’hui que les enfants de ces orientalistes d’antan ont très bien compris que la meilleure des stratégies pour obtenir le meilleur des résultats est de faire détruire l’islam et les musulmans, par des musulmans eux-mêmes, de sorte que tous sortiront de l’Islam sans même en avoir conscience.

Cette stratégie est largement facilitée dans le monde musulman et au delà, par une idéologie de la soumission inconsciente, créée par des individus et groupes issus de la Oumma très largement identifiables (historiquement et islamiquement).

Ces derniers ont mis en place malgré eux toute une nouvelle architecture qui, sous diverses prétextes, n’aboutira qu’à détruire la structure du dogme authentique de l’Islam, celle de l’orthodoxie sunnite et finalement l’identité musulmane. Cela n’aboutira qu’à incorporer l’Islam dans un nouveau Din mondialiste, constitué simplement de sectes (firqa) ou d’écoles (madhab) dont l’une est appelée ”islam” pour mieux berner en douceur les musulmans.

Dialectique et méthodologie de l’imposture

Nous allons voir ici quelles sont les terminologies (mostalahat) et la méthodologie (minhaj) de cette nouvelle idéologie (fikra jadida).

Nous allons analyser de quelle manière leurs innovations (bid’a), leurs visions biaisées et tronquées, leurs erreurs de bonne foi, leurs négligences condamnables, leur manque de rigueur, leurs tromperies, leurs mensonges et leurs propres illusions, s’y prennent de manière méthodique pour délier un à un les liens fondamentaux de l’islam dans nos cœurs et nos esprits : « Les liens de l’islam seront défaits les uns après les autres, et chaque fois qu’un lien sera défait, les gens s’attacheront au suivant. Le premier à être défait sera le lien de la Loi (d’Allah), et le dernier sera le lien de la prière»[2].

Rejet de la dichotomie Dar al Islam/Dar al Koufr

Un des premiers sujets auxquels se sont attaqués ces nouveaux penseurs et leurs chouyoukh, sont de remettre en cause la traditionnelle vision musulmane du monde.
D’un côté le domaine de l’islam, les terres dans lesquelles ses lois, ses valeurs, son ordre, sa culture, son pouvoir règne et domine. Cela que ses habitants et sa population soit majoritairement musulmans ou non (Dar al islam).

De l’autre coté, tout le reste, c’est-à-dire les terres qui ne sont pas sous domination politique de l’Islam. Cela même si la population est majoritairement musulmane. Or, si ces terres ne sont pas dominées par l’Islam, c’est qu’elles le sont par autre chose que l’Islam, cette autre chose n’étant pas l’islam est donc son opposé, le non-islam : al Koufr (Dar al koufr).

Ibn Qayyim dit dans son Ahkam ahlou dhimma : « la majorité (joumhour) a dit le dar al islam est celle qui est la propriété des musulmans et gérée par les lois de l’islam, et ce qui n’est pas administré par l’islam n’est pas un dar al islam ».

Comment s’y sont-il pris pour rejeter ce principe clair et limpide ? Deux méthodes.

1/ Première méthode : la multiplication des terminologies

Bien entendu, puisque ces derniers se réclament d’une certaine tradition scientifique sunnite, ce rejet n’est pas directement frontal, ils préparent toujours le terrain en citant abondamment tels ou tels ijtihad antérieurs, en les extrapolant et en finissant par regrouper toutes leurs propres extrapolations pour donner naissance à des nouveaux ijtihad totalement innovés au-delà même des limites légales de la jurisprudence. On voit apparaître des termes comme :

Dar Al Sulh (domaine de la conciliation)
Dar Ad Da’wa (domaine de la prédication)
Dar ash Shahada (domaine du témoignage)
Dar al Amn (domaine de la sûreté).

Il ne s’agit pas de dire que certaines de ces terminologies n’ont jamais été utilisées par d’honnêtes savants dans l’histoire de la jurisprudence islamique. Mais de montrer qu’aujourd’hui entre des mains malintentionnées non fermement enracinées dans le dogme, et utilisées par des esprits déviants aux méthodes et buts innovés, elles se révèlent être des armes de destruction massive de la conscience islamique des musulmans. Celle qui détruit en eux la pertinence et l’intérêt de garder l’absolue dichotomie Dar al Islam/Dar al Koufr.

Tout est fait comme si tous ces termes ne servaient qu’à noyer le poisson, à leur faire oublier les fondamentaux et notamment ici leur retirer de l’esprit l’idée et la croyance qu’il y a (eu) et doit y avoir un Dar Al Islam : là ou l’Islam est absolument maître chez lui pour défendre son intégrité (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui).

Nous disons bien « absolue dichotomie » car tous ces nouveaux termes ne pourront jamais remplacer la pertinence de ceux mis en place par nos pieux prédécesseurs (salaf salih) et leurs suiveurs (khalafs).
Dar ad Da’wa, Dar Shahada, et Dar al Amn sont utilisés par ces nouveaux penseurs et ”imam” pour désigner l’ancien Dar al Koufr (le monde non-islamique non-musulman) dans lesquels vivent une importante minorité musulmane.

Ainsi pour eux, le monde non-musulman est un monde dans lequel le musulman doit et peut faire de la prédication (da’wa) dans lequel il peut témoigner son islam (shahada) et ou il est en sûreté (amn).
Mais tout cela a pour but de justifier leur présence en Dar al Koufr, pour les inciter à intérioriser comme absolument naturel leur présence en plein milieu de ces territoires.

Cela sans jamais se demander pourquoi ils sont là et pas ailleurs, sans jamais se poser de questions (”dangereuses”), et y vivre paisiblement comme un troupeau de moutons qu’un berger un jour a amenés dans tel ou tel pré, pour y brouter là ou il l’autorise à brouter, en disant comment y brouter en attendant de se faire tondre.

L’utilisation de ces terminologies par ces individus est totalement imparfaite, et ils ont même échoué dans le but qu’ils se sont fixé (redéfinir une vision du monde islamiquement pertinente) puisque ces nouvelles terminologies ne peuvent pas qualifier à elles seules l’ancien Dar al Koufr et donc pouvoir exclusivement le remplacer.

Tout est confus et semble être en réalité une construction pseudo-scientifique bâclée. Explication par l’exemple contradictoire :

Est-ce que les musulmans vivant dans le Dar al Islam n’ont donc pas/plus besoin de da’wa, de rappel à l’ordre et d’incitation au bien et à l’interdiction du mal (amr bil ma’rouf wa nahi ‘anil mounkar) et leur territoire n’est-il donc pas/plus aussi un Dar ad Da’wa ?

Le Dar al Islam n’est-il pas aussi un Dar al Shahada par excellence ? (et même le plus absolu de tous). Le Dar al Islam est-il toujours un endroit où règne la sûreté pour les musulmans et donc forcément un Dar al amn selon cette compréhension ? Le Dar al Koufr est-il un monde totalement uniforme pour énoncer que les musulmans ont la liberté d’y professer publiquement leur foi ? Comment et selon quels critères juger de cette liberté ?
On pourrait multiplier ce genre de question pour multiplier les contre-sens sans aboutir au résultat souhaité. Non.

Absolument rien ne peut remplacer de manière convaincante la distinction entre Dar al Islam et Dar al Koufr. Sachant que ces deux mondes sont aussi traversés par de multiples réalités qui sont à nuancer, en fonction des contextes politiques, géographiques et/ou régionaux. Mais quoiqu’il en soit cette dichotomie est la plus claire de toutes, islamiquement parlant en tout cas…

2/ Deuxième méthode : le prétexte de la guerre et la terminologie pacifiste

Cette méthode pour réfuter cette dichotomie est politiquement plus sournoise.

Elle consiste à dire (très implicitement) qu’il ne faut pas utiliser cette terminologie de Dar al Koufr car celui-ci renvoie automatiquement au Dar al Harb (domaine de la guerre). Et parfois, pour se justifier, ils réutilisent même les arguments (retournés) que ceux utilisés par la vision orientaliste islamophobe (le comble pour ces individus qui, au départ, voulaient nous libérer de ces archaïsmes remplis de stéréotypes). C’est donc une espèce de honte coupable inconsciente qui est ici dévoilée.

Or dans notre monde régi par l’Organisation des Nations-Unies (contre l’Islam) qui fait de la Paix et des Droits de l’homme son fonds de commerce et impose son ordre inique au monde, les nouveaux penseurs et chouyoukh de l’Islam se refusent d’utiliser le terme Dar al Koufr qui renvoie selon eux au Dar al Harb, c’est-à-dire aux terres à conquérir et aux populations non musulmanes à convertir car justement elles ne sont pas dominées par l’Islam. Cela renvoie donc au jihad, aux croisades, à la violence et à tout ce verbiage humaniste et pacifique.

Or si le Dar al Harb désigne automatiquement un Dar al Koufr, tout Dar al Koufr n’implique pas forcément d’être un Dar al Harb réel dans lequel les actions militaires sont obligatoires pour les musulmans. Car ces actions militaires et son état de guerre, sont toujours laissés à l’appréciation des détenteurs d’autorité (oulat al oumour) selon les intérêts (massalih) de l’Islam et des musulmans (sauf cas de légitime défense ou nulle permission n’est requise pour se défendre des envahisseurs).

Il y a même chez les anciens juristes une simple utilisation linguistique du terme Dar al Harb comme synonyme de Dar al Koufr sans que cela n’implique chez eux l’idée réelle d’un état de guerre, mais plutôt un état d’hostilité et d’opposition politique.

Idée d’hostilité, car justement il n’y a pas eu de conclusion d’accord de paix, de trêve et de relation de bon voisinage avec les autorités islamiques légales représentant le Dar al Islam (une partie ou son tout avec le califat). Tout le contraire, donc, de ce que certains appellent un Dar al ‘ahd (traité),Dar al Sulh (conciliation) ou un Dar al Hudna (trêve), qui restent tous fondamentalement des Dar al Koufr sans être dans la pratique réelle des Dar al Harb, mais pouvant tous potentiellement le devenir au moindre changement de relations politiques et diplomatiques.

Dès lors, même si on adopte ces terminologies : d’un côté Dar al Islam, de l’autre un Dar al Harb et un Dar al ‘Ahd, cela ne peut toujours pas remplacer la dichotomie fondamentale, car Dar al Harb et Dar al ‘Ahd appartiennent toujours et tous deux au Dar al Koufr…

Ainsi, l’idée de ne pas utiliser Dar al Koufr à cause de son ”esprit de stigmatisation” prélude selon ces prétendus imams et penseurs, à l’état de guerre, est complètement biaisée car le Dar al Koufr est une qualification juridique d’un territoire qui ne présage en rien la nature des relations politico-diplomatiques qu’entretient ce territoire avec le Dar al Islam…

Ces nouveaux intellectuels, juristes ou imams ont appuyé leur méthodologie de manière complètement inversée comme à leur habitude : ils comprennent l’islam et ses théories en se basant sur le contexte actuel, mais ne cherchent absolument pas à comprendre ce contexte en se basant sur l’Islam et ses fondements (fahm al waqi’ bil islam wa layssa fahmou islam bil waqi’).

Et c’est en se basant sur l’état du monde actuel, et en donnant le caractère de preuve par le fait à cette situation actuelle dans leurs déductions, qu’ils ont voulu revenir sur la traditionnelle dichotomie, alors que tout leur prétendu ”ijtihad”, en sus de ne rien apporter et de ne pas être capable de la remplacer avec une absolue pertinence, entraîne au contraire des effets extrêmement dangereux pour la réalité de l’Islam.

La destruction des frontières-barrières protectrices et Le mondialisme

Car en effet, notre monde actuel est mondialisé, les frontières tendent à disparaître pour laisser place à la libre circulation des hommes, des marchandises et des capitaux. L’uniformisation des lois, des codes, des cultures et des valeurs au niveau de la planète menace l’humanité entière en créant un homme unique, pensant et vivant fondamentalement de la même manière tout simplement déclinée en couleurs et langues différentes (le temps de mettre en place le clonage industriel ?). L’idéologie mondialiste se sert de termes-propagande et de leurs effets comme la démocratie, les Droits de l’homme, l’économie de marché pour réduire l’homme à l’état d’esclave inconscient et heureux de l’être.

Ces nouveaux penseurs et imams de l’égarement ont pris pour prétexte l’état actuel du monde pour détruire la vision islamique et traditionnelle de celui-ci : c’est ainsi qu’ils font délibérément le jeu des forces les plus hostiles à l’islam en accélérant l’acceptation du processus mondialiste dans les consciences musulmanes : il n’y a pas ou plus besoin de Dar al koufr ou Dar al Islam, mais il y a en réalité un unique Dar al shahada al amn al soulh ad da’wa mondial dans la plus pure vision du New World Order. Puisqu’en parallèle, même le Dar al Islam est vidé de sa plus juste définition par tous les courants islamiques (soumis au système) en lui cherchant une simple et petite définition minimaliste pour ne pas troubler l’ordre politique établi.

C’est ainsi que chez certains (peut-être les plus risibles de tous) un Dar al islam est simplement un domaine où l’appel à la prière (adhan) est public, faisant avec cette compréhension de plusieurs villes/régions du monde anglo-saxon ou asiatique un Dar al Islam… Et n’ayant toujours pas compris que cette condition est un indice dans la qualification juridique d’une terre et non la définition elle-même…

Finalement, ce refus d’accepter et de se soumettre à la vision islamique traditionnelle du Dar al Islam et Dar al Koufr, en comprenant la réalité de leurs vraies significations, ne peut être qu’une preuve de l’acceptation du projet mondialiste et du triomphe de sa vision, que cela soit conscient ou non.

Plus de Dar al Islam ni de Dar al Koufr pour mettre en place un Dar al Insanniya uniforme (domaine de l’humanité), pour un être humain uniformisé vivant sous un même et unique ordre politico-culturel : dans la plus pure vision fantasmée du projet mondialiste.

Aissam Aît-Yahya pour Anâ-Muslim

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Notes :

[1] Cité par Momar Kane in “Les musulmans Francophones”, Édition Tawhid, page 50.
[2] Hadith rapporté par Ibn Hibban.
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Aïssam Aït-Yahya : Définitions et conséquences de la sécularisation et de la laïcisation !

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Les origines chrétiennes d'une laïcité musulmane

« La sécularisation est le phénomène par lequel la religion perd de son aura, de sa sacralité,, de son importance et de sa crédibilité dans la conscience des hommes. D’abord au niveau individuel, au sein de sa propre sphère privée, pour ensuite se répercuter au niveau de la collectivité toute entière quand cette « relativisation de la foi », est partagée par tous. La laïcisation est donc finalement l’étape suivante puisque ici, la religion cesse d’être logiquement une convention collective dans l’organisation politique, sociale et juridique de la société humaine. La religion cesse d’être structurante, on lui dénie tout rôle « normatif » dans la sphère publique : elle n’est donc plus une source pour la production de règles sociales et comportementales et plus aucun pouvoir publiquement coercitif ne lui est reconnu. Elle cesse d’être une référence dans le système et le fonctionnement des institutions que les hommes ont mis en place.

[…] Finalement, comprenons bien que sécularisation et laïcisation induisent toutes et automatiquement une refondation conscientisée des rapports entre Dieu et les hommes. La place qu’occupe l’entité divine dans l’esprit des hommes est donc totalement remise en question : lesdeux processus ont le point commun de faire reculer le poids et l’importance de la religion. C’est dans ce sens, qu’il faut comprendre que la sécularisation et la laïcisation favorisent aussi le déisme, le théisme, l’agnosticisme voir l’athéisme, qui était auparavant des attitudes marginale, et même marginalisées, dans les sociétés religieuses pré-sécularisées. »

[Aïssam Aït-Yahya – Les origines chrétiennes d’une laïcité musulmane – Éditions Nawa – Pages 24 à 26]

Aïssam Aït-Yahya : Les minorités musulmanes d’Occident ou comment le pseudo-réformisme détruit l’Islam ?

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Nous avons déjà expliqué comment s’était mise en place la création de nouvelles dénominations pseudo-juridiques pour qualifier l’espace mondial contemporain. Avec une justification par le fait, qui a commencé par revoir et rejeter la notion de Dar al Kufr, puis adopter une vision minimaliste du Dar al Islam, et finissant par une combinaison-fusion des deux, qui aboutira à la totale acceptation par les musulmans abusés d’un seul et unique « Dar » mondialisé. Toutefois, rappelons qu’au départ c’est la nécessité -voire l’exigence- de répondre à certaines problématiques qui a poussé ces nouveaux penseurs et imams, intellectuels et théologiens, à créer ces nouveaux principes, nouveaux principes totalement inacceptables, non pas seulement car les résultats sont faux et même dangereux pour l’intégrité de l’Islam, mais parce que toute la méthodologie de réflexion et d’analyse des problèmes est elle-même gravement erronée.

Ce postulat de départ est de prendre pour fait acquis, la présence de plusieurs millions de musulmans en Occident, issus de l’immigration, immigrés ou convertis (Près de 16 millions en Europe et 3 millions en Amérique du Nord). Or vivant en dehors du monde musulman, il fallait donc des réponses à leurs interrogations et questions nouvelles que suscitait cette présence. Bien entendu, ces imams-théologiens, à la méthodologie innovée, en plus de ne pas être foncièrement enracinés sur le terreau du dogme musulman (condition pour voir fleurir un fiqh islamiquement cohérent), ont de manière très évidente cherché à légitimer d’office et absolument cette présence musulmane en Occident. Sans jamais en discuter les raisons historiques ou la légalité islamique autrement que de manière superficielle et simpliste, en balayant d’emblée les fondements, pour se jeter sur les ambiguïtés, en faisant des cas exceptionnels et leurs permissions (rukhsa) une règle générale, et la règle générale si exceptionnelle qu’elle devient une théorie utopique jamais appliquée (telle la shari’a elle-même)…

Pour cela, ils développèrent l’idée d’un fiqh spécialement adapté aux minorités musulmanes vivant en Occident : le fiqh al-aqalliyât (de qalîl signifiant peu). Prenant pour modèle le Prophète lui-même (sallallahu ‘alayhi wa salam) à la Mecque et ceux des premiers émigrés musulmans en Abyssinie, ce fiqh fait des versets mecquois la base de son existence.

Il ne s’agit pas de remettre foncièrement en cause celui-ci, mais de montrer comment ce genre de fiqh dans des mains peu intègres (théologiquement parlant) qui n’ont pas la conscience et l’éthique que suppose cette tâche, peut causer bien plus de mal qu’autre chose.

Principes méthodologiques de la déconstruction de l’Islam par le fiqh al aqalliyât d’Occident

Tout d’abord, ils partent du postulat ‘alamiyat ul-islam : l’universalité de l’Islam. Notion fondamentale issue de la croyance musulmane : l’Islam est une vérité adoptable et applicable en tout temps et tout lieu (fi kulli makân wa kulli zamân). Pourtant chez eux, lorsque l’on analyse leurs discours, leurs prises de positions et les résultats de leurs « efforts de jurisprudence » (ijtihâd) on remarque très aisément que toutes les modalités sont complètement inversées et en absolue défaveur de l’islam et de ce qu’il recouvre. Puisque l’Islam est universel : finalement c’est donc à l’Islam de faire l’effort doctrinal de se réformer pour épouser l’universalité (occidentale !) et aux musulmans de faire des concessions dans le temps et l’espace où ils vivent. Il faut préciser ce point : on ne remet pas en cause l’idée que le musulman ne peut pas vivre pleinement son Islam et sa pratique dans un pays non-musulman.

Certes, il est évident qu’il y a toujours compromission entre ce que l’on doit faire et ce que l’on peut que faire. Seulement ces compromis doivent être légaux d’un point de vue de l’Islam, dans le but visé et dans son essence, et surtout ne pas amorcer de logique perverse et contre-productive pour l’intégrité de l’Islam lui-même (ce qui n’est pas le cas avec le fiqh al-aqaliyyat de nos nouveaux juristes). Inutile de revenir sur les multiples situations schizophréniques de cette situation, qui de toute façon est islamiquement anormale. C’est notre point de divergence avec eux, puisqu’eux n’y trouvent fondamentalement aucune contradiction. Car c’est que le principe de ‘alamiyat al islam va les aider à alléger le fiqh musulman traditionnel. Trop lourd, trop rigide selon eux. Rendre plus aisé à pratiquer les rites du culte et les autres obligations liés à l’Islam : c’est la notion de tayssir al fiqh (faciliter le fiqh).

C’est de cette manière qu’ils ouvrent ici la boite de Pandore, car c’est donner à un espace historiquement et culturellement non-musulman la capacité et le droit d’influer sur la pratique de la religion elle-même. Non pas de manière temporaire, non pas de manière exceptionnelle, limitée dans le temps, non pas de manière circonstanciée : mais de manière absolue et légale puisqu’à la base, on considère légitime la présence musulmane en Occident (qui n’est plus considéré comme un vrai Dar al Kufr). Finalement ces derniers en arrivent même à accepter l’idée d’un ‘urf gharbi: des coutumes occidentales ”musulmanes” intégrées au fiqh de l’islam lui-même. Ils usent de manière enfantine de paroles de grands juristes qui énoncent qu’en fiqh on peut prendre parfois en compte les  »usages » ; mais ce qu’ils n’ont pas compris c’est que ce sont des usages issus des  »particularismes régionaux » de population musulmane et islamisée depuis des siècles ! Alors qu’à la base et en réalité ici dans notre cas, nous avons une culture majoritaire non musulmane, sécularisée postchrétienne, avec ses valeurs, son mode de vie et ses pratiques totalement non musulmane. Or ces pratiques sont intégrées et légitimées pour la faire entrer dans les modalités même de définition des règles du culte ! Ce n’est donc plus le culte (musulman) qui fonde la culture (majoritaire): mais la culture dominante [occidentale] qui règle le culte de la minorité [musulmane]. Voilà en somme comment on facilite l’assimilation absolue des musulmans à des valeurs qui ne sont pas les leurs et comment on occidentalise l’islam en occidentalisant les musulmans grâce au fiqh perverti. C’est ainsi qu’on comprend que cette notion de ‘alamiyat al islam est une parole véridique par laquelle ces nouveaux théologiens n’obtiennent que le faux, du fait de leurs conceptions et compréhensions erronées (kalimatul haqq yurîdû biha al-bâtil).

Comment le fiqh al aqaliyyat se transforme en fiqh al mustadh’afîn

Dans tout environnement politique et social dans lequel une minorité exogène perd sa cohésion intracommunautaire, l’assimilation est la règle, et elle finira par adopter valeurs et pratiques dominantes. Or dans un environnement coercitif, exigeant de se délester d’une partie de son identité pour faire symboliquement partie d’une communauté nationale, qui plus est, restrictive en termes de liberté, alors le processus d’assimilation radicale est d’autant plus renforcé. Que dire quand cette communauté perd les fondamentaux protecteurs qui définissent son identité et utilise des outils qui lui permettent de s’autodétruire ? Dans ce genre de société -telle la France- le fiqh al aqaliyyat, qui allège prétendument les contraintes et donne des pseudos-solutions à de vrais problèmes, est condamné à n’être qu’une suite perverse de concessions. L’ordre politique négocie peu (surtout pas avec les musulmans considérés comme les derniers représentants de l’ordre ancien à convertir à la modernité) ou ne négocie carrément pas quand il sait que la communauté musulmane n’a aucune cohésion.

Dans ce cas de figure, ce fiqh n’est qu’un fiqh du fait accompli, incapable de donner de vraies solutions, il permet simplement de faire accepter la situation telle quelle aux musulmans. Ce fiqh al aqaliyyat devient même un instrument privilégié du pouvoir dans le processus d’assimilation de ces minorités musulmanes. C’est l’outil de la réforme de l’islam et tous les réformistes qui ont le vent en poupe le savent et l’utilisent. Il y a une création d’un nouvel islam, totalement sur mesure grâce aux outils traditionnels de fiqh.

– Le principe de maslaha wa masfada (avantages et inconvénients) est inversé : la maslaha est celui du système, ce sont ses seuls intérêts qui sont pris en compte en réalité, ses seules vues et objectifs qui constituent la référence derrière toute la fumée qui sert à embrouiller la vision du musulman. Et revenir à la réalité de l’Islam est justement la masfada, la corruption, le trouble à l’ordre public.

– La règle Adh-dharûra tubîhu al-Mahzhûrât stipulant que la nécessité permet exceptionnellement les interdits, est la panacée suprême permettant de rendre licite l’illicite. Dans notre société débridée ultra libérale, individualiste où la surconsommation est la règle, tout devient nécessaire et tout est nécessité… En réalité, la nécessité de vivre comme les ”autres” est finalement la vraie nécessité qui peut et pourra tout permettre.

– Le principe de akhaffu adhararayn consistant dans une situation problématique imposée à choisir le moindre mal, devient une règle qui ne repose sur plus aucune logique de hiérarchie du mal. Justement car la mashala et la mafasda sont elles-mêmes inversées : le mal absolu est donc la solution la plus authentiquement islamique et le moindre mal est la solution ambiguë et innovatrice. Avec leurs conceptions, le mal est ce qui va à l’encontre de ce que souhaite le système, le moindre mal est d’accepter les solutions du système, ses règles du jeu, alors même que les musulmans ont la possibilité et la liberté de choisir d’autres solutions islamiquement plus licites et rationnellement plus viables.

– Le principe de maqassid ash shari’a était un outil servant à déterminer les buts et les objectifs (qasd) généraux de la shari’a, afin de pouvoir trouver des solutions à des problèmes, des indications pour montrer la voie (shari’a) à suivre pour les nouveaux ijtihâd. Mais dans leurs mains déterminer ces buts et objectifs devient la cause ultime pour annuler la shari’a elle-même. Ils croient avoir saisi ces objectifs, donc il devient inutile de garder cette shari’a comme voie législative à suivre.

– Le principe de fiqh al waqi‘, lui aussi est mal compris : cet outil permet de comprendre la réalité présente à travers les  »yeux et la conscience de l’Islam », afin que les juristes aient la compréhension globale du monde contemporain, ou celle plus précise d’un contexte particulier, pour émettre des solutions en absolue pertinence avec les sources islamiques. Ce principe dans cette compréhension innovatrice devient un des moyens pour que l’islam intègre en son sein la réalité contemporaine quelle qu’elle soit sans la remettre en cause. Ainsi, l’islam assimile son époque sans pouvoir influer sur cette époque. Et pire : ce n’est plus l’Islam qui comprend son temps, c’est le temps présent qui détermine la compréhension de l’Islam.

On pourrait multiplier ce genre d’examen critique et citer d’autres principes, pour montrer que tout cet ensemble au sein du fiqh al aqaliyyat transforme une minorité musulmane en minorité faible incapable de faire face avec son Islam à la réalité contemporaine. Une minorité sous pression qui tombe dans une logique de concession conscientisée par ce fiqh, servant à lui donner bonne conscience : ne sachant pas que ce fiqh les condamne à la faiblesse éternelle et même à la disparition de leurs identités spécifiques. Ou du moins la disparition des vrais marqueurs de cette identité. Le fiqh al aqaliyyat n’est en réalité, ici dans cette méthodologie déviée, qu’un fiqh al-mustadh’afîn (opprimés). Le problème est beaucoup plus grave, car ici, cela ne concerne pas que le fiqh en matière rituelle, cultuelle, vestimentaire ou alimentaire. Mais implicitement, il a touché, touche et touchera davantage le dogme lui-même avec des répercussions gravissimes. C’est comme si cette idée de tayssir al-fiqh se transformait aussi au fur et à mesure de son application dévoyée en tayssir al ‘aqida. Le dogme lui-même est allégé, amputé et modifié, par ce fiqh al-aqalliyat qui donne naissance par son ‘urf gharbi à une aqida al aqalliyat occidentalo-compatible.

Ici, je pourrais prendre des dizaines de cas (fatawas ou déclarations), extrêmement polémiques pour démontrer méthodiquement tout ce processus (les plus perspicaces feront très rapidement les déductions et les liaisons eux-mêmes) mais cela est inutile : il suffit de comprendre tout le mécanisme et d’en vérifier soi-même la validité.

Du fiqh al mustadh’afîn au fiqh fâsid wa mufsid

Rappelons que tout ce fiqh prévalait pour les minorités musulmanes du monde occidental, ce fiqh al-aqaliyyat, son tayssir al-fiqh et son ‘urf gharbi, tout cela déjà conditionné par le refus d’utiliser la notion de Dar al-Kufr et d’en tirer les conclusions qui en découlent. Pourtant, lorsqu’on sait que le phénomène de Mondialisation est un euphémisme pour ne pas dire Occidentalisation du monde, un autre phénomène extrêmement pervers se réalise. Le monde occidental domine indubitablement le monde depuis au moins deux siècles. La démocratie, les droits de l’homme, le libéralisme, la laïcité, le positivisme, le darwinisme, le socialisme (entre autres) sont toutes des philosophies clairement nées et façonnées dans le monde occidental. Et aujourd’hui elles constituent toutes des valeurs universelles, car l’occident s’est imposé universellement au monde. Le monde occidental constitue donc l’absolue référence de toutes les anciennes ères de civilisation. Or, le fiqh al-aqaliyyat et toutes ses funestes implications, développées à l’origine uniquement pour le monde occidental, tend à dépasser son cadre d’origine, et s’étend aussi dans le monde musulman.
Car comme l’Occident constitue la référence absolue, un modèle que tous tendent à suivre, l’islam occidental devient lui-même une référence pour les musulmans censés vivre dans des pays musulmans, au sein de sociétés musulmanes régies par des états musulmans. Cet islam créé en Occident, donc totalement occidentalo-compatible, a été créé dans leurs laboratoires et s’exporte par le phénomène de Mondialisation.

On se rappelle d’ailleurs les paroles de certains hommes politiques français qui disaient bien que l’Islam de France, est un projet qui dépasse même les frontières françaises. C’est ainsi que l’islam acceptable dans le monde occidental devient le seul islam que l’Occident accepte pour le monde musulman. Or les musulmans n’ont pas les moyens de s’y opposer puisqu’ils ont adopté et intériorisé le fiqh de la faiblesse. Ce qui est le plus cynique dans ce processus, c’est que par le phénomène de Mondialisation, les musulmans du monde arabo-islamique se sécularisent massivement et deviennent des croyants et des adeptes des religions séculières. Finalement, les musulmans authentiquement musulmans deviennent une minorité au sein de leurs propres pays, eux-mêmes prêts à avaler ce fiqh al-aqaliyyat finissant par son tayssir al-‘aqida

C’est un véritable cercle vicieux destructeur de la réalité de l’Islam et de la réalité de ce que recouvre l’identité musulmane qui se met en place. La logique de ce processus veut que nous allions tout droit vers l’acceptation par les musulmans d’un Dar Mondialisé qui n’est pour eux ni un Dar al-kufr ni un Dar al-Islam sans même qu’ils ne s’en soucient.

L’adoption d’un fiqh pervers qui ne se sert d’outil qu’à des fins de contorsions idéologiques et de manipulations scientifiques des sources authentiques et des règles véritables. Un phénomène de tayssir al-‘aqida, qui créé une nouvelle religion toujours dénommée islam mais complètement vidée de sa substance originelle et acceptable par le nouvel ordre politique mondial. La création de musulmans ”nominaux”, adeptes en réalité de religions séculières, refusant et combattant eux-mêmes les points les plus fondamentaux du dogme islamique.

Qui sont les musulmans qui résisteront à ce phénomène, et comment le combattront-ils efficacement, sont les deux seules inconnues de toutes ces évidences.

Aïssam Aït-Yahya

Source : Nawa édition

Youssef Girard : De la shu’ubiyya au sein de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone !

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dszeezezaz

« Et c’est ainsi que Nous t’avons révélé un Coran arabe, afin que tu avertisses Oum al-Qoura [la Mecque] et ses alentours ». [Coran 42 : 7]

Dans l’histoire de la civilisation arabo-islamique, le mouvement de la shu’ubiyya (1) fut une réaction anti-arabe qui se développa à partir du VIIIème siècle de l’ère chrétienne et qui atteint son apogée au IXème siècle en Irak. Réaction au développement de la culture arabo-islamique dans différents domaines, le mouvement de la shu’ubiyya fut portée par les kuttâb d’origine perse, araméenne ou copte qui vivaient en concurrence ethno-sociale avec leur environnement arabe. Selon al-Jahiz (776-869), les kuttâb (2) distillaient de « pompeuses maximes persanes » et dénigraient la tradition arabo-islamique alors que, socialement, ils étaient entièrement dépendants de leurs employeurs arabes. Cette contradiction entre leurs références culturelles et leur position sociale expliquait leur ressentiment anti-arabe.

Les partisans de la shu’ubiyya faisaient la promotion de l’idée de suprématie des non-arabes en déniant aux Arabes toute importance dans le passé comme dans le présent. Les shu’ubites dénigraient les Arabes en les attaquant sur différents plans. Par exemple, ils affirmaient que les arts et les sciences étaient uniquement le produit des cultures grecques ou indiennes car les Arabes ne leur avaient strictement rien apportés. Les partisans de la shu’ubiyya critiquaient aussi les méthodes militaires « rudimentaires » des Arabes comparées à celles des Sassanides ou des Byzantins qu’ils avaient pourtant largement dominées sur le champ de bataille. Ils dénigraient également leurs origines bédouines dénuées de raffinement car, selon les shu’ubites, seuls les Perses ou les Byzantins étaient capables d’éloquence, de bonne conduite ou de délicatesse.

En raison de leurs arguments bien trop rudimentaires, les partisans de la shu’ubiyya n’ont pas constitué une réelle menace pour l’unité de l’Empire abbasside (750-1258). Toutefois, ils ont pesé sur les orientations futures du monde arabo-islamique en essayant d’en remodeler les institutions et les valeurs politiques et sociales existantes. Pour al-Jahiz, l’une des principales figures de l’opposition à la shu’ubiyya, le danger principal de ce mouvement résidait dans l’attaque de l’islam s’abritant derrière le masque mystifiant de la critique virulente des Arabes. En d’autres termes, en attaquant les Arabes les partisans de la shu’ubiyya visaient l’islam qui avait permis aux Arabes de bâtir une civilisation florissante. De ce fait, la réponse au mouvement de lashu’ubiyya fut à la fois arabe et islamique. A la suite de l’action d’al-Jahiz et d’autres, la shu’ubiyya fut finalement réduite à néant en Irak.

Une nouvelle shu’ubiyya apparut en Andalousie au XIème siècle. Cette nouvelle shu’ubiyya était essentiellement portée par des Berbères et des Européens – Galiciens, Francs, Basques ou Germains – qui réutilisaient les arguments polémiques anti-arabes développés en leur temps en Irak. Finalement, les partisans de la shu’ubiyya andalouse n’eurent guère plus de succès que leurs prédécesseurs mésopotamiens.

Au cours de l’histoire de la civilisation arabo-islamique, certains ont perçu différents mouvements comme des formes réactualisées du mouvement de la shu’ubiyya du VIIIème siècle. Pour Sami A. Hanna et George H. Gardner, des idées aussi diverses que l’ottomanisme ou l’occidentalisme au XIXème siècle ou l’internationalisme, le régionalisme ou le socialisme au XXème, peuvent être considérées, sous certains aspects, comme des formes renouvelées de la shu’ubiyya car ils ont eu essentiellement pour fonction commune d’essayer de saper la conscience communautaire arabe. Néanmoins, ces idéologies ont fini elles-mêmes par susciter automatiquement une réaffirmation de l’identité arabo-islamique (3).

Émergence d’une nouvelle shu’ubiyya dans l’hexagone

A l’instar d’expressions plus récentes de certaines formes de shu’ubiyya, au sein de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone, une réaction anti-arabe s’est exprimée selon des modalités particulières largement déterminées par le contexte social existant en France. La vieille idée selon laquelle les Arabes n’auraient rien apporté dans le domaine culturel ou scientifique, n’est plus soutenue que par une poignée d’« intellectuels » révisionnistes (4). De ce fait, au sein de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone, les idées de la shu’ubiyya se sont essentiellement exprimées contre l’« Arabe réel » c’est-à-dire contre le travailleur immigré maghrébin, le « blédard » et, par extension, contre le monde arabe contemporain et sa culture. Évidemment, cette nouvelle shu’ubiyya a été largement définie par l’idéologie dominante en Occident qui représente l’Arabe comme la figure même du « barbare » c’est-à-dire le représentant d’une culture autre pouvant être menaçante pour l’Occident.

Le discours néo-shu’ubite a eu essentiellement pour but de marquer et d’exprimer la distance existante entre les « citoyens français de confession musulmane » et les Arabes, en dénigrant ces derniers. Par exemple, redéployant le vieil argument shu’ubite selon lequel la culture arabe serait particulièrement frustre, les néo-shu’ubites se sont plu à dénoncer le « traditionalisme » de la culture maghrébine ou arabe qu’ils rejettent. Aiguisant leurs critiques, les néo-shu’ubites ont même remis en cause l’islamité réelle des Arabo-musulmans qui seraient incapables de distinguer religion et tradition. Contrairement à ces peuples « frustres », les néo-shu’ubites font nettement la différence entre la culture arabo-islamique, qu’ils rejettent, et la religion musulmane qu’ils prétendent souvent mieux comprendre en raison de leur culture occidentale « supérieure ».

Ce discours néo-shu’ubite n’est pas apparu ex nihilo du jour au lendemain. Il a été construit et transmis patiemment à un large public pendant des années avant de parvenir à se répandre massivement au sein du corps social de la communauté musulmane vivant en France. Actuellement, il se trouve dans une position quasiment hégémonique au sein de la « communauté musulmane organisée ».

A partir des années 1980, nombre d’associations musulmanes ont réduit l’Islam à une « simple » foi transcendante éludant par là son caractère de civilisation immanente. Cela marquait les débuts du développement du discours néo-shu’ubite. Réduisant l’Islam à une simple pratique cultuelle, les questions prioritaires de ces associations, et des intellectuels musulmans proches d’elles, portaient sur la compatibilité de la foi musulmane avec son environnement occidental : « Comment être musulman et français ? » ou bien « comment être musulman dans un environnement laïc et républicain ? ». Dans cette perspective, ces associations s’attachèrent à expliquer qu’il n’y avait pas de contradiction entre le fait d’être citoyen français, de respecter le cadre légal républicain et laïc et le fait d’être pleinement musulman. Pour exprimer leur identité française ou européenne, elles firent la promotion d’un « islam de France », d’un « islam gallican » ou encore d’un « islam européen » détaché de toute référence à la culture et à la civilisation arabo-islamique.

Malgré l’opposition à laquelle ces associations ont dû faire face de la part des autorités françaises et des médias, cet islam désincarné, « internationaliste » ou «shu’ubite», était naturellement compatible avec l’idéologie assimilationniste dominante en France bien que la préservation de pratiques cultuelles musulmanes restait problématique pour les assimilationnistes intransigeants qui souhaitaient une dilution complète de l’être musulman dans l’occidentalité. La profusion de « F », pour « français » ou « de France », dans les sigles de ces organisations musulmanes gravait jusque dans leur nom cette volonté de promouvoir un islam désincarné, détaché de ses racines civilisationnelles, compatible avec la logique de l’idéologie assimilationniste française. En raison de cette compatibilité, l’« islam de France » ou l’« islam européen » désincarné est un instrument efficace du pouvoir politique français pour instaurer un contrôle culturel, idéologique et organisationnel, de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone. L’idée d’un « islam de France » permettait de couper les musulmans de leur identité civilisationnelle pour les enfermer dans une perspective uniquement hexagonale.

La construction d’un « islam de France » ou d’un « islam européen » passait nécessairement par un rejet ou une minoration de l’identité arabe au sein de la civilisation islamique et au sein de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone. La construction de cet « islam » n’était, d’une certaine manière, qu’une façon de redéployer l’idéologie néo-shu’ubite au sein de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone. Au fil des ans, le discoursnéo-shu’ubite s’est approfondi et développé pour devenir hégémonique au sein du monde associatif des « citoyens français de confession musulmane ».

Exemple d’une première expression du discours néo-shu’ubite

En 2003, Dounia Bouzar et Saïda Kada publiaient un livre, L’une voilée, l’autre pas, Le témoignage de deux musulmanes françaises (5), qui fut l’une des expressions les plus abouties de l’idéologie néo-shu’ubite de ce moment historique fortement marqué par les débats sur la question du port du hijab. Cet ouvrage n’était nullement un ouvrage conceptuel traçant des perspectives théoriques et pratiques mais uniquement l’expression d’une idéologie construite en amont, notamment par Tariq Ramadan dont Saïda Kada se réclamait explicitement.

Selon Nadjib Achour, cet ouvrage est « une véritable profession de foi assimilationniste » reposant sur une mise en avant « de l’identité française » par un « rejet du passif familial ou historique » et par une « rupture avec la sphère civilisationnelle » arabo-islamique. En réalité, ces deux éléments n’en forment qu’un seul : celui de l’opposition radicale à l’identité arabo-islamique qu’elle soit portée par la famille, l’histoire ou, plus largement, par une civilisation. Cette opposition à l’identité arabo-islamique représente le cœur même de l’idéologie néo-shu’ubite des « citoyens français de confession musulmane » qui, en découplant l’islam comme religion transcendante et l’Islam comme civilisation immanente, cherchent à se départir de toute marque d’identité arabo-islamique.

Dans le cadre de cette idéologie néo-shu’ubite, en introduction, les auteures affirment que « le foulard est un phénomène français. Les jeunes filles qui le portent sont françaises, elles revendiquent et mettent en avant leur francité » (6). Saïd Kada explique que « l’idée de double culture est bien loin de nous. Nous nous sentons et nous nous revendiquons pleinement françaises » (7). Selon nos deux auteures, cette génération se revendique de l’identité de « Français musulmans » ou de « musulmans français ». De ce fait, il n’est nullement question ici d’une quelconque référence à la civilisation arabo-islamique car nos deux auteures se définissent uniquement comme françaises ayant pleinement « réussi » leur assimilation à la société française. Le fait de se réapproprier une terminologie – « Français musulmans » – ayant eu cours dans l’Algérie colonisée est une manifestation de la prégnance de l’idéologie coloniale assimilationniste au sein de la communauté musulmane malgré un héritage des combats anticolonialistes revendiqué par Saïda Kada. La réappropriation de cette terminologie permet aussi de déceler une partie des origines coloniales inavouées du discours néo-shu’ubite.

L’identité française hautement revendiquée passe, chez nos deux auteures, par le rejet de la culture arabo-islamique incarnée par la « génération des parents ». Selon Nadjib Achour, les deux auteures « ne sont pas avares en qualificatifs méprisants pour évoquer cette culture religieuse du Maghreb, réactivant par la même de vieux poncifs coloniaux ». Ainsi, « la génération des parents » se voit « exclue du champ de la religiosité islamique, car, pour Dounia Bouzar, la culture religieuse des parents « n’est pas l’Islam mais les traditions » » (8). Dans le même sens, contre une « tradition arabe » indéfinie, Saïda Kada affirme revendiquer « la modernité à partir de l’Islam » (9). Elle précise que Tariq Ramadan « nous a aidés à distinguer ce qui relève de la culture de ce qui relève de la religion » (10) en venant « rassurer toute une génération de jeunes qui avaient envie de vivre pleinement leur Islam dans leur pays sans savoir s’y prendre » (11). Pleinement compatible avec l’idéologie assimilationniste française, la distinction faite par les néo-shu’ubites entre religion et civilisation permettait de critiquer et de rejeter l’ensemble de l’héritage civilisationnel arabo-islamique tout en restant religieusement musulman.

Cette distinction permettait aussi de développer une autre orientation centrale dans le discours néo-shu’ubite : l’occidentalisation de l’islam ou, autrement dit, la production d’un islam « européen » ou « français ». La volonté d’occidentaliser l’islam est clairement énoncée par Dounia Bouzar et Saïda Kada dans leur ouvrage. Saïda Kada se réfère à une lecture « réformiste » de l’islam, qui consisterait à « réinterpréter nos sources à la lumière du contexte occidental du XXIème siècle » (12). Cette réinterprétation des sources islamiques revendique ostensiblement sa francité puisque Saïda Kada affirme que sa génération a commencé à penser « l’Islam en français » (13) en se dégageant des représentations étrangères, pour ne pas dire arabes, de l’islam. Développant l’idée de réinterprétation des sources islamiques, cette relecture permettrait, selon Dounia Bouzar, de «désethniciser l’Islam » (14) c’est-à-dire, selon la vieille obsession des partisans de la shu’ubiyya, de faire œuvre de « salubrité publique » en désarabisant la religion musulmane.

Dans sa critique, Nadjib Achour explique clairement que Dounia Bouzar et Saïda Kada se font, en fait, « les adeptes d’un vieux rêve du colonialisme français, celui d’une rupture définitive des Maghrébins avec le monde arabe par le biais de la déculturation et de l’assimilation » (15). Ce « rêve du colonialisme français » s’accordait pleinement avec la vieille ambition des shu’ubites de lutter contre toute forme d’identité arabe au sein de l’islam.

Emblématique d’un moment historique singulier, le discours développé dans l’ouvrage de Dounia Bouzar et Saïda Kada a été, par la suite, dépassé dans le sens d’un surcroît d’affirmation de « francité » de la part des « citoyens français de confession musulmane ». Ce surcroît d’affirmation de « francité » était intimement lié à un contexte de stigmatisation continuellement accrue de l’islam et des musulmans en France. Dos au mur, nombre de musulmans vivant dans l’hexagone ont accepté de faire le jeu des institutions étatiques en donnant toujours d’avantage de gages de loyauté envers la France et en renforçant continuellement l’orientation assimilationniste préalablement définie. Dans ce cadre, le discours néo-shu’ubite de rejet de l’héritage civilisationnel arabo-islamique a encore été accentué en se droitisant nettement.

Manipulations « soraliennes » du discours néo-shu’ubite

La droitisation du discours néo-shu’ubite a plusieurs origines parmi lesquelles l’islamophobie affichée par une partie des organisations – politiques, syndicales ou associatives – de gauche au nom d’une laïcité marquée par le legs colonial. Le rejet et la stigmatisation des musulmans souhaitant s’inscrire dans des perspectives alternatives par les organisations de gauche a largement bénéficié aux musulmans conservateurs (16). Ce contexte a permis à Tareq Oubrou de développer sa ligne idéologique portée sur la droite de l’échiquier politique français (17). Enfin, l’influence d’Alain Bonnet de Soral, alias Alain Soral, sur une partie significative de la sphère associative musulmane a favorisé la diffusion des idées nationalistes françaises avec les préjugés coloniaux anti-arabes qu’elles charrient.

Aspirant au titre de « directeur de conscience » des « citoyens français de confession musulmane », Alain Soral a largement repris et utilisé le discours néo-shu’ubite anti-arabe en le radicalisant et en lui adjoignant les idées de la « droite des valeurs » coloniales. Toutefois, si Alain Soral a pu manipuler les idées néo-shu’ubites au profit des intérêts de son camp politique, c’est parce qu’elles étaient manipulables. Dans un article publié en décembre 2009 (18), qu’Égalité et réconciliation considère comme un « texte essentiel », Alain Soral explique sa « vision » de l’« islam français » qu’il souhaite voir fleurir dans l’hexagone. En réalité, loin d’être un article théorique de haute volée, ce modeste papier se contente de formuler les injonctions faites à l’endroit des musulmans par une partie de la « droite nationale » française.

Dans cet article, Alain Soral explique que « le positionnement politicien de Marine Le Pen est excellent pour le FN » car la « critique de l’Islam radical, c’est la défense de la France ». Cette critique d’un « Islam radical », évidemment jamais clairement définie, passe par un dénigrement systématique de ceux qu’Alain Soral qualifie de « jeunes barbus de trois jours » et de « jeunes filles à foulard pour la frime et la drague ». De ce fait, Alain Soral se déclare favorable à ce que « les musulmanes enlèvent leur foulard dans l’espace public » comme devraient le faire, selon lui, les porteurs de kippas. En réalité derrière les « jeunes » hommes et les « jeunes » filles qu’il stigmatise, Alain Soral est apeuré par la « surenchère identitaire » de cette jeunesse qui menacerait l’identité française « éternelle ».

Selon le président d’Égalité et réconciliation, le fait qui « exaspérerait » particulièrement les Français, c’est « l’arabisation de la France ». Cette « arabisation de la France » « est d’abord la conséquence de l’immigration, de cette immigration à marche forcée contre la volonté des peuples – de tous les peuples, Français comme Maghrébins – voulue par le mondialisme ». Contre cette « arabisation de la France » à défaut de pouvoir déislamiser les musulmans, Alain Soral propose de désarabiser l’islam en coupant les musulmans vivant dans l’hexagone de l’héritage civilisationnel arabo-islamique pour qu’ils ne demeurent plus que des « musulmans cultuels » sans identité spécifique. En cela, le discours d’Alain Soral rejoint celui des néo-shu’ubites qui, pendant des années, se sont employés à découpler l’Islam civilisationnel et l’islam cultuel. La résonance du discours d’Alain Soral au sein d’une partie significative de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone n’est pas étrangère à cette perspective commune de ces deux courants idéologiques – néo-shu’ubite et « soralien ».

Contre « l’arabisation de la France », Alain Soral s’empresse donc de rappeler « qu’Islam ne veut pas nécessairement dire arabe » et qu’il peut donc se développer en France un « islam national » non-arabe pour ne pas dire anti-arabe et anti-immigré. Ainsi, pour Alain Soral, « les nationalistes par patriotisme véritable » ont pour devoir de « donner la parole à cette nouvelle génération de Français musulmans patriotes, qui sont bien plus nombreux que les femmes en burqa ». Ces « Français musulmans patriotes », Alain Soral les somme de dire à leurs concitoyens « gaulois » qui « souffrent » de « l’arabisation de la France » : « que l’islam n’est pas une religion arabe, mais universelle » (19) « et que s’ils sont de confession musulmane, en tant que patriotes français, ils sont aussi résolument contre l’immigration, le mondialisme et l’arabisation du pays » ; « qu’ils sont plus encore […] pour l’indépendance de la France et pour la francisation de l’Islam » (20).

Poursuivant ses injonctions anti-arabes à l’endroit des « Français musulmans patriotes », Alain Soral leur ordonne de dire « aux citoyens français de souche » : « qu’une mosquée n’a pas en France à être un monument d’importation orientale » ; « que la foi authentique ne se réduit pas à ses signes temporels et contingents et qu’ils sont donc, eux aussi, contre les minarets inutiles et autres signes ethniques dans l’espace public » ; « qu’en résumé, ils sont eux aussi contre la colonisation » de la France par l’immigration arabo-musulmane.

Énonçant des exigences s’apparentant aux cérémonies de réédition de l’époque coloniale, le président d’Égalité et réconciliation ne s’arrête pas à ses injonctions à l’endroit des musulmans. N’étant pas musulman et n’ayant reçu aucune formation islamique, Alain Soral s’autorise à définir la norme musulmane comme le faisait l’administration coloniale en son temps (21). Ainsi, il affirme que « rien dans les cinq piliers de l’islam, rien dans [la] théologie » n’interdit « la francisation de l’Islam », bien « au contraire ». Dans ce sens, il explique qu’« il n’y a donc aucune obligation que le musulman français se présente à nous en babouches, avec coupole et minaret » (22). Cette position hostile aux « coupoles » et aux « minarets », au nom d’une « francisation de l’Islam », permet à Alain Soral de justifier auprès de son public de « Français musulmans patriotes » le résultat du référendum Suisse sur l’interdiction des minarets, initié par la « droite nationale » suisse en novembre 2009.

Radicalement assimilationniste, le programme d’Alain Soral est un véritable appel à un « viol des consciences » des musulmans vivant dans l’hexagone dont il exige qu’ils renoncent à leur histoire et à leur identité arabo-islamique. Le seul avenir acceptable en France pour la communauté musulmane, selon le président d’Égalité et réconciliation, passe par une dépersonnalisation radicale et une francisation intégrale. Ce programme peu original n’est finalement que le redéploiement du vieux plan mis en œuvre par l’État français dans l’Algérie colonisée vis-à-vis de « ses populations indigènes ».

Le « Français musulman patriote » : aboutissement du discours néo-shu’ubite

Lentement préparé par le discours néo-shu’ubite, certains cadres communautaires musulmans nettement orientés à droite de l’échiquier politique français ont succombé au programme « soralien » de « viol des consciences » des musulmans vivant dans l’hexagone. Aujourd’hui, ils développent et diffusent les idées d’Alain Soral au sein de la communauté musulmane en leur donnant un pseudo-cachet islamique.

Pur produit de l’aile droite du milieu associatif musulman hexagonal et influencé par Alain Soral, Camel Bechikh pousse l’idéologie assimilationniste, néo-shu’ubite et déculturante du discours sur le « citoyen français de confession musulmane » jusqu’au bout de sa logique (23). Après plusieurs années d’engagement, le président de l’association de Fils de France souhaite être cohérent avec lui-même en défendant l’idée d’un « islam franchouille », dernier avatar du discours sur l’islam dans l’hexagone. Nullement en rupture avec les développements précédents, cet « islam franchouille » n’est que l’accouchement droitier de ce qui était en gestation depuis de nombreuses années. Pour Camel Bechikh, les musulmans vivant dans l’hexagone doivent dépasser le discours du « citoyen » français promu depuis près de trente ans pour défendre le « patriotisme français » s’enracinant dans un amour de la terre. Il est nécessaire que les musulmans développent un « rapport charnel » à un pays « vieux de 3 000 ans » comme l’avait défendu Charles Maurras en son temps puisque le fondateur de L’Action française est une référence revendiquée par Camel Bechikh (24).

Ce « patriotisme » des « Français musulmans » repose clairement, dans le discours de Camel Bechikh, sur une discrimination claire entre le cultuel et le culturel. N’ayant strictement rien d’original, cette distinction est la pierre angulaire du discours néo-shu’ubite depuis plusieurs années. Les musulmans seraient d’un coté adeptes de l’islam au niveau cultuel et de l’autre profondément attachés à la « culture française ». Pour ce faire, selon Camel Bechikh, l’association Fils de France « insiste sur une chose » essentielle à ses yeux de « Français musulman patriote » : la séparation entre la notion d’Islam avec un « I » majuscule représentant l’Islam civilisationnel et la notion d’islam avec un « » minuscule incarnant la religion musulmane détachée de l’espace et du temps. En tant que « Français musulman », Camel Bechikh se revendique uniquement de la « civilisation européenne et française » en séparant nettement ce qui relève de l’Islam civilisationnel de ce qui relève de l’islam spirituel désincarné. Pour lui, les musulmans vivant dans l’hexagone doivent vivre l’islam en « i » minuscule, c’est-à-dire uniquement comme spiritualité transcendante et en aucun cas comme une civilisation immanente. Cette discrimination entre l’Islam civilisationnel et l’islam spirituel doit permettre, selon Camel Bechikh, un processus positif d’« acculturation des musulmans » (25).

Dans la perspective assimilationniste de Camel Bechikh, l’immigration historique ou plus récente est profondément dépréciée. Historiquement, pour le président de Fils de France, les premiers travailleurs immigrés maghrébins étaient des sous-prolétaires non pas en raison de la structuration raciste de la société française mais parce qu’ils ne « maîtrisaient » pas les codes culturels français. Cette perception dépréciative repose sur une omission de l’histoire de l’immigration maghrébine et de ses luttes politiques (26). Toutefois, s’il dévalorise l’immigration historique, Camel Bechikh se montre nettement hostile à l’immigration dans la France actuelle.

Par leurs références civilisationnelles non-occidentales, les immigrés récents originaires du monde arabo-musulman ont, selon Camel Bechikh, une influence négative sur la communauté musulmane vivant en France car ils contribuent à préserver son identité arabo-musulmane. Soutenant la politique étatique d’assimilation, rebaptisée « intégration » depuis Jacques Soustelle, le président de Fils de France s’oppose résolument à l’immigration notamment en raison du rôle nocif qu’elle a sur l’assimilation des « Français musulmans ». Selon Camel Bechikh, l’immigration empêche les musulmans d’intégrer pleinement la culture française. Afin de préserver la France de ces éléments allogènes intrus, il devient « vital », pour Camel Bechikh, « de stopper l’acquisition quasi systématique de la nationalité après seulement quelques années de présence sur le sol français ». Pour les enfants d’immigrés nés en France et ayant acquis la nationalité française par le « droit du sang », Camel Bechikh est ouvertement hostile à la « double nationalité » car elle constitue « un frein à l’acculturation » (27).

Cette hostilité à l’immigration a un caractère central dans le discours du « Français musulman patriote » Camel Bechikh car elle est, avec la mondialisation, l’un des deux grands dangers qui menacent la France « plurimillénaire » dans sa souveraineté et son identité éternelle. La mondialisation ne serait pas tant une menace du fait de ses conséquences sociales destructrices qu’en raison du remplacement des bistrots « franchouilles » par des « kebabs » importés. Au-delà de ce danger « terrifiant » de la mondialisation par le « kebab », les flux migratoires incessants mettent en « péril » l’« économie du pays », le « vivre ensemble » notamment parce que ces flux ne sont plus « assimilables ». De ce fait, pour Camel Bechikh, il est maintenant nécessaire de fermer les frontières afin de pourvoir « intégrer, assimiler, acculturer » les « nouveaux français » pour qu’ils deviennent de « vrais français » (28).

La même perception d’une immigration nuisible et menaçante se retrouve dans la prose d’un autre « Français musulman patriote », Abdelaali Baghezza. Celui qui se fait appeler Albert Ali est, à l’instar de Camel Bechikh, le produit d’une synthèse de l’aile droite du milieu associatif musulman et des idées développées par Alain Soral. Pour Abdelaali Baghezza, chaque société connaît un « « optimum de diversité », un seuil d’altérité à ne pas dépasser » au-delà duquel elle risque de sombrer dans le chaos. Selon Abdelaali Baghezza, la France d’aujourd’hui a largement dépassé ce seuil puisque nous serions face à une déplorable « colonisation à l’envers, une substitution de population et de cultures dans les quartiers populaires ». Dans le cadre de cette « substitution de population », la ville « cosmopolite » de Saint-Denis serait devenue le symbole d’une « oppressante Babélisation, destructrice de cohésion » (29).

En reprenant quasiment mot pour mot les propos d’Alain Soral, Abdelaali Baghezza ne se fait que le ventriloque du président d’Égalité et réconciliation. Comme aux plus belles heures de la colonisation, Alain Soral dispose du verbe et Abdelaali Baghezza l’emprunte. Cette attitude servile de colonisable correspond parfaitement à ce que Malek Bennabi appelait la « colonisabilité gesticulante » (30), c’est-à-dire l’incapacité à penser par soi-même d’individus qui se font « promener » au gré des aléas de la lutte idéologique.

Plaidant en faveur de positions hostiles à l’immigration, dans la même perspective que Camel Bechikh mais de manière plus « offensive », Abdelaali Baghezza défend l’idée que les immigrés ne seraient pas seulement une menace pour la France mais aussi une menace pour l’islam en France. Selon lui, l’immigration creusera à long terme « le cimetière de l’Islam en Europe et entravera définitivement toute éclosion d’un ijtihad musulman rénové ». Bien plus, l’immigration serait « le trou noir » de l’« appauvrissement » et de la « décomposition sectaire » (31) de l’islam dans l’hexagone. Toutes ces plaies devant s’abattre sur l’islam en France, selon l’oracle Abdelaali Baghezza, résultent essentiellement de la culture arabo-islamique des migrants que notre « Français musulman patriote » rejette viscéralement. La culture arabo-islamique et la dimension civilisationnelle de l’islam doivent être définitivement écartées pour pouvoir « acculturer » les musulmans vivant dans l’hexagone et créer un « islam de France ».

Dans leur désir de promouvoir le « patriotisme français » au sein de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone, Camel Bechikh et Abdelaali Baghezza cherchent à réhabiliter le passé colonial de la France en adoptant les thèses classiques de l’histoire révisionniste des partisans de l’Empire colonial français. Ainsi, Camel Bechikh dénonce la perception d’une « France sans cesse coupable » notamment de son « aventure coloniale ». Peu importe que la France n’ait jamais reconnu ses crimes coloniaux, qu’elle ait voté des lois reconnaissant « le rôle positif de la présence française outre-mer » (32) ou encore que ses dirigeants défendent toujours son passé colonial (33), pour Camel Bechikh « toute une génération de nos compatriotes, de vieille souche ou nouvellement français, radote les litanies de la colonisation » (34).

Dans une perspective similaire, Abdelaali Baghezza appelle à « réviser notre propre histoire familiale et coloniale ». A l’instar de tous les révisionnistes en matière d’histoire coloniale, Abdelaali Baghezza renvoie dos à dos la violence oppressive des colonialistes (35) et la violence libératrice des colonisés en voulant « souligner les atrocités commises par les uns » et par les autres. Dans cette perspective, comme tous les héritiers de l’« Algérie française », Abdelaali Baghezza revient uniquement sur « le sort malheureux des Harkis » et « les tortures pratiquées par les « moudjahidines » du FLN » (36). Cette façon de mettre le terme moudjahidine entre guillemets est évidemment une manière de contester ce titre aux combattants de l’indépendance algérienne et de dévaloriser encore une fois leur lutte. Il est vrai que défendre l’Algérie et au-delà la civilisation arabo-islamique les armes à la main contre l’impérialisme français ne peut être que condamnable aux yeux du « Français musulman patriote » qu’est Abdelaali Baghezza.

Sortir de l’impasse du discours néo-shu’ubite

Ces appels à la dépersonnalisation et à l’assimilation, ces orientations anti-arabes et anti-immigrés, venant de cadres communautaires musulmans doivent être compris dans le cadre des rapports de domination communautaire existants en France. Communauté paria, pour reprendre un concept de Max Weber, la communauté musulmane vit au niveau le plus bas de l’échelle communautaire à l’œuvre en France. Cette position de dominé structurel produit, comme l’avait étudié Ibn Khaldoun en son temps, une volonté de s’assimiler aux dominants – les vainqueurs – de la part des dominés – les vaincus. Au XIVème siècle, l’auteur de la Mouqaddima écrivait : « On voit toujours la perfection (réunie) dans la personne d’un vainqueur. Celui-ci passe pour parfait, soit sous l’influence du respect qu’on lui porte, soit parce que ses inférieurs pensent, à tort, que leur défaite est due à la perfection du vainqueur. Cette erreur de jugement devient un article de foi. Le vaincu adopte alors les usages du vainqueur et s’assimile à lui : c’est de l’imitation pure et simple. […] on observe toujours que le vaincu s’assimile au vainqueur, dont il copie les vêtements, la monte et les armes » (37). Ibn Khaldoun ajoutait : « C’est au point qu’une nation, dominée par sa voisine, fera grand déploiement d’assimilation et d’imitation » (38).

Ces rapports sociaux entre les vaincus et les vainqueurs poussent certains musulmans à « surjouer » leur rôle de « bon français », de « patriotes », afin de donner des gages de loyauté aux dominants qu’ils souhaitent imiter dans l’espoir d’une assimilation improbable. Ces gages de loyauté les poussent à rejeter toujours davantage l’héritage civilisationnel arabo-islamique, à se distancier du monde arabe et à prendre des positions hostiles envers les immigrés et les Arabes. Au-delà des conséquences politiques immédiates de ces orientations politiques et intellectuelles plus que contestables, elles auront in fine des conséquences irréversibles sur le rapport des musulmans à la spiritualité islamique que les « Français musulmans patriotes » affirment vouloir préserver. L’attaque systématique de l’héritage civilisationnel arabo-islamique, du monde arabe et des Arabes débouchera inexorablement sur une attaque de l’islam en tant que spiritualité transcendante. La critique systématique des Arabes est depuis longtemps un moyen détourné pour saper les fondements de l’islam.

Al-Jahiz nous a déjà enseigné cela au IXème siècle. A propos du lien entre les positions hostiles aux Arabes et le rejet de l’islam au temps de la première shu’ubiyya, l’auteur du Livre des animaux écrivait : « En fin de compte, la masse de ceux qui sont sceptiques à l’égard de l’islam ont été inspirés par les idées de la shu’ubiyya. Une polémique qui dure tourne au conflit. Si un homme déteste une chose, il déteste celui qui la possède, ou lui est associé. S’il déteste la langue arabe, il déteste la péninsule arabe, et s’il déteste la péninsule, il aime quiconque la déteste. Les choses ne font donc qu’empirer pour lui, jusqu’à ce qu’il renie l’islam du fait que ce sont les Arabes qui l’ont véhiculé » (39).

Dans l’histoire de la civilisation arabo-islamique les différents mouvements shu’ubites ont systématiquement suscité des réaffirmations de l’identité arabo-islamique un temps menacée. Face à la position hégémonique du discours néo-shu’ubite quels anticorps la communauté musulmane vivant dans l’hexagone va-t-elle être capable de produire pour préserver son identité arabo-islamique ? Cette capacité à répondre à ce défi est déterminante car il en va de l’avenir même de cette communauté qui pourrait bien disparaître définitivement par un processus de dépersonnalisation et d’assimilation.

Ces anticorps seront nécessairement produits par ce que Malek Bennabi appelait « le capital historique essentiel » (40) qui permit aux peuples du Maghreb de résister au colonialisme français. Ce « capital historique », constitué par le legs civilisationnel de la culture arabo-islamique, représente l’âme sans laquelle la communauté musulmane vivant dans l’hexagone ne pourra pas écrire sa propre histoire et se retrouvera définitivement balayée par le temps. Une communauté est constituée par « la foi, la culture, la fierté du passé » et tant qu’elle « ne les a pas perdues », elle « est libre » même si elle est enchaînée (41). Cette leçon fondamentale que nous enseigne l’histoire du Maghreb contemporain, devrait retenir notre attention car la communauté musulmane ne pourra pas résister aux tempêtes qui la menacent, sans s’enraciner profondément dans son patrimoine spirituel, historique et civilisationnel.

Notes de lecture :

(1) Cf. « Shu’ubiyya » in. Encyclopédie de l’Islam, Tome IX, Leyde, E.J Brill et Paris, Maisonneuve et Larose, 1998, pages 533-536

(2) Pluriel du mot kâtib qui désignait les écrivains, les secrétaires et les différents fonctionnaires des bureaux de l’administration sous toutes ses formes.

(3) Cf. Hanna Sami A., Gadner George H., « Shu’ubiyya up-dated », in.Middle East Journal, N° 20, 1966, URL : http://books.google.fr/books?id=zsoUAAAAIAAJ&pg=PA80&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false

(4) Cf. par exemple, Gouguenheim Sylvain, Aristote au mont Saint-Michel : les racines grecques de l’Europe chrétienne, Paris, Ed. Seuil, 2008.

(5) Cf. Bouzar Dounia Kada Saïda, L’une voilée, l’autre pas, Le témoignage de deux musulmanes françaises, Paris, Albin Michel, 2003. Sur la critique de cet ouvrage, nous renvoyons à l’article de Nadjib Achour, « Voile et assimilation : colonisabilité dans le discours des Français musulmans », 24/09/2011, URL : http://www.hoggar.org/index.php?option=com_content&view=article&id=1203:voile-et-assimilation–colonisabilite-dans-le-discours-des-francais-musulmans&catid=193:achour-nadjib&Itemid=36

(6) Ibid., page 15

(7) Ibid., page 93

(8) Achour Nadjib, « Voile et assimilation : colonisabilité dans le discours des Français musulmans », art. cit.

(9) Bouzar Dounia, Kada Saïda, L’une voilée, l’autre pas, Le témoignage de deux musulmanes françaises, op. cit., page 97

(10) Ibid., page 98

(11) Ibid., page 133

(12) Ibid., page 40 – Dans son article, Nadjib Achour souligne la relative faiblesse théorique de cette « réinterprétation » qu’il qualifie de « tourisme scripturaire ». Cf. Achour Nadjib, « Voile et assimilation : colonisabilité dans le discours des Français musulmans », art. cit.

(13) Ibid., page 133

(14) Ibid., page 92

(15) Achour Nadjib, « Voile et assimilation : colonisabilité dans le discours des Français musulmans », art. cit.

(16) La polémique autour de la participation de Tariq Ramadan au Forum Social Européen tenu en France en 2003 fut l’une des expressions de ce rejet d’une partie de ces organisations de gauche.

(17) Sur les différences théologiques et politiques entre Tariq Ramadan et Tareq Oubrou, Cf. Ternisien Xavier, « L’islam de France entre gauche et conservatisme », Le Monde, 01/03/2003, URL : http://fiqh.joueb.com/news/l-islam-de-france-entre-gauche-et-conservatisme

(18) Cf. Soral Alain, « A l’ombre du minaret en flammes », 31/12/2009, URL :http://www.egaliteetreconciliation.fr/A-l-ombre-du-minaret-en-flammes-2978.html

(19) Pour nous, il ne s’agit pas de débattre du caractère universel de l’islam mais de mettre en évidence qu’Alain Soral se permet de définir l’islam à la place des musulmans et sans maitriser le corpus des sources islamiques. De plus, il leur ordonne impérativement d’adopter la vision de l’islam qu’il a définie.

(20) Soral Alain, « A l’ombre du minaret en flammes », art. cit.

(21) Cf. Gafsia Nawel, Invention du mariage musulman : le cas tunisien, Paris, LGDJ, 2008.

(22) Soral Alain, « A l’ombre du minaret en flammes », art. cit.

(23) Nous nous appuyons essentiellement sur la présentation faite par Camel Bechikh du projet de Fils de France à l’occasion de la 29ème Rencontre annuelle des musulmans de France organisée par l’UOIF, 12/04/2012, URL: http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=XRuUJs5FPic#!

(24) Cf. Notamment son interview au journal L’Action française, 19/04/2012, URL : http://www.filsdefrance.fr/articles/redecouvrir-la-france-entretien-avec-laction-francaise/

(25) Présentation faite par Camel Bechikh du projet de Fils de France à l’occasion de la 29ème Rencontre annuelle des musulmans de France organisée par l’UOIF.

(26) Sur cette question Cf. Boubaker Ahmed, Hajjat Abdellali (dir.), Histoire politique des immigrations (post)coloniales : France, 1920-2008, Paris, Ed. Amsterdam, 2008

(27) Interview au journal L’Action françaiseart. cit.

(28) Propos tenus par Camel Bechikh sur France-Info, 06/04/2012, URL :http://www.youtube.com/watch?v=W8-YlMQ1Cq0&feature=share

(29) Albert Ali, « J’ose Marine malgré son islamophobie », 12/03/2012, URL :http://oumma.com/11656/jose-marine-malgre-son-islamophobie

(30) Bennabi Malek, Le problème des idées dans le monde musulman, Alger, Ed. El Bay’yinate, 1990, page 125

(31) Albert Ali, « J’ose Marine malgré son islamophobie », art. cit.

(32) Cf. La loi française n° 2005-158 du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés. Autre exemple, le 28 novembre 2011,  l’ancien officier putschiste pro-« Algérie française », Hélie Denoix de Saint Marc, a été fait grand croix de la Légion d’honneur par le Président de la République, Nicolas Sarkozy. Cette décoration officielle est une manière de réhabiliter l’action des partisans de l’« Algérie française ».

(33) Par exemple lors d’un discours prononcé à Caen le 9 mars 2007, Nicolas Sarkozy affirmait : « La France n’a jamais cédé à la tentation totalitaire. Elle n’a jamais exterminé un peuple. Elle n’a pas inventé la solution finale, elle n’a pas commis de crime contre l’humanité, ni de génocide. Elle a commis des fautes qui doivent être réparées, et je pense d’abord aux harkis et à tous ceux qui se sont battus pour la France et vis-à-vis desquels la France a une dette d’honneur qu’elle n’a pas réglée, je pense aux rapatriés qui n’ont eu le choix au moment de la décolonisation qu’entre la valise et le cercueil, je pense aux victimes innocentes de toutes les persécutions dont elle doit honorer la mémoire. Mais la mode de la repentance est une mode exécrable ». URL : http://www.francophonie-avenir.com/Index_MD_Sarkozy,_discours_de_Caen.htm

(34) Interview au journal L’Action françaiseart. cit.

(35) Rappelons seulement que la violence coloniale en Algérie fut de nature génocidaire et qu’elle ne peut en aucune manière être mise sur le même plan par sa nature, son ampleur et ses destructions que les violences révolutionnaires du FLN. Sur la violence génocidaire de la France, nous renvoyons à notre article, « Le passé génocidaire de la France en Algérie », URL : http://www.ism-france.org/analyses/Le-passe-genocidaire-de-la-France-en-Algerie-article-16433

(36) Albert Ali, « J’ose Marine malgré son islamophobie », art. cit.

(37) Ibn Khaldoun, Discours sur l’Histoire universelle, al-Muqaddima, Paris, Sindbab, 1997, page 227

(38) Ibid., page 228

(39) Cf. « Shu’ubiyya » in. Encyclopédie de l’Islamart. cit.

(40) Bennabi Malek, Mémoires d’un témoin du siècle, Alger, Ed. Samar, 2006, page 42

(41) Bennabi Malek, « Ben Badis le mystique » Révolution Africaine n°219 du 30 avril 1967 in. Mondialisme, Alger, Dar el-Hadhara, 2004, page 123

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Source : http://www.ism-france.org/analyses/De-la-shu-ubiyya-au-sein-de-la-communaute-musulmane-vivant-dans-l-hexagone-article-16982