La Turquie Laïque Partie 3 : La République sans Atatürk

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Mustafa Kémal Atatürk meurt 1938 et est remplacé par Ismet Inonü à la tête du pays. Ce dernier est une ancien héros de la guerre d’Indépendance et Premier ministre de 1925 à 1937.

En 1945, le président Ismet Inonü, à la tête du Parti Républicain du Peuple, autorise la présentation d’autres Partis que le sien. En 1946, Celâl Bayar et Adnan Menderes fondent le parti Démocrate qui inscrit la tolérance religieuse dans son programme. Pour contrecarrer cette position, le premier ministre Chemseddin Günaltay, du Parti Républicain du Peuple alors au pouvoir, prend certaines mesures concernant l’islam : il autorise les cours de Coran, la formation d’imams et introduit des cours d’éducation religieuse en primaire pour ceux qui désire les suivre. Mais ces cours doivent-être respectueux du principe de laïcité.

En 1950, le Parti Démocrate remporte les élections et son leader Celâl Bayar devient président. Il nomme Adnan Menderes premier ministre. Menderes desserra l’étau autour des musulmans en permettant l’appel à la prière en arabe, la réouverture de certains tombeaux et la circulation d’ouvrages islamique. En 1951, les cours de religion ne sont toujours pas obligatoire mais désormais il faut faire une demande pour en être dispensé et non plus une demande pour y assister. Les cours de religion sont introduits dans les écoles d’instituteurs. Ces mesures, en apparence favorable à un retour de l’islam, sont en fait des manœuvres politique pour contrôler l’islam et empêcher une contestation de la République laïque, déjà prôné par les musulmans les plus jaloux de leur religion. Pour Menderes, mieux vaut contrôler l’enseignement de la religion et occulter certains aspect gênant pour la République, que d’étouffer la pratique de l’islam qui finirait inévitablement en révolte. C’est pourquoi, en 1953, l’État pousse les instituteurs à sélectionner les parties de la vie du Prophète Mohammed (Sala Llahou `Aleyhi wa Salam) qui concerne l’éthique, le bon comportement, le vivre ensemble, etc… et de mettre de côté les épisodes concernant le destin, la vie de l’au-delà. Pourtant, ces questions sont au centre de la religion islamique, et la question du destin concernent les fondements de la foi musulmane, sans la bonne croyance au destin, la foi n’est pas complète. C’est le but des ennemis de l’islam, et ici de Menderes : désislamiser les musulmans étapes par étapes jusqu’à sa dissolution dans le paysage démocratico-laïque. Et pour toucher encore plus de musulman, en 1956, les cours de religions sont introduits dans l’enseignement secondaire. L’islam y est présenté comme une religion rationnelle, ce qui n’est pas la cas en réalité. Ces manœuvres n’ont pour but que de rendre l’islam compatible avec la République laïque et démocrate turque.

Le gouvernement turc met en place un programme visant à altérer la véritable compréhension de l’islam. Des écoles d’imams sont créés dans se but. Les parents qui ne souhaitent pas mettre leur enfants dans les écoles de la République optent pour les écoles d’imams et donc tombent entre les griffes des ennemis de l’islam qui veulent altérer la religion. Des musulmans voient clair dans le jeu du gouvernement et critique la prise de contrôle de l’État sur l’islam et dénonce ses dérives.

Les diplômés des écoles d’imams ne deviennent pas des imams ou des savants en science religieuse mais se dirigent vers des carrières politiques, juridiques, dans le monde des affaires et des sciences profanes. Ceci est étonnant pour celui qui pense que les écoles d’imams ont vraiment pour but de transmettre le savoir religieux. Mais pour ceux qui ont conscience des manœuvres politiques, ces orientations profanes ne sont pas étonnantes.

Jusqu’ici, l’islam turc étant en sommeil mais depuis les réformes politiques permettant à l’islam de refaire surface, l’islam turc se reconstitue mais va dans le sens voulu par l’État car l’islam turc n’entre pas en contestation avec la République mais fait le jeu de la démocratie, ce qui est contraire à l’islam. Un nouveau type de musulman naît alors : le musulman démocrate qui trouve toute sa place dans le monde démocratico-laïque.

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