Aïssam Aît-Yahya : La réalité religieuse de l’Éducation Nationale !

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Histoire et IslamL’école, à l’heure de la mondialisation triomphante, n’a plus la seule vocation d’instruire, mais de modeler, de former et avant cela, de transformer.

D’ailleurs historiquement le changement de dénomination est très révélateur en France : en moins d’un siècle nous sommes passés du Ministère de l’Instruction Publique à celui de l’Éducation Nationale. La première dénomination manifestait une part de neutralité car nous étions dans une simple logique de transmission passive du savoir (mais incompatible et paradoxale avec les bases idéologiques progressistes de la IIIe République). Or, avec la seconde, il y a désormais la volonté affichée et active de prendre en charge totalement l’individu par un État tutélaire, celui de la mère-patrie [1] qui cherche à se substituer à la famille, au groupe d’appartenance ou à la communauté pour en faire un éternel enfant-citoyen qui même une fois adulte n’a pas le droit de s’émanciper de sa tutelle, et d’ailleurs ne le souhaite pas.

C’est pourquoi on peut dire que « L’école ignore de nos jours des savoirs de l’esprit qui donnent l’intégrité, la volonté, la force, la force et la persévérance. L’indépendance est rarement de mise à l’école; l’indépendance acceptable est une indépendance canalisée en fonction des canons qui assurent la reproduction d’un certain modèle de société« . Mais il s’agit aussi de rappeler qu’avec un État d’une nature très particulière tel que la France, certaines discipline enseignées ont un objectif clairement théologique.
C’est-à-dire, que la ou les religions séculières (laïcité, humanisme, démocratie, rationalisme…), qui ont créé l’État moderne français, ont donné à certaines disciplines une fonction religieuse : transmettre à tous les citoyens le même mythe des origines, le même dogme et la même foi. Comme nous l’avons déjà dit précédemment , c’est bien l’Histoire qui est la base élémentaire de l’élaboration de cette culture nationale française. Or comme le disait le philosophe Alain : « Culture et culte sont des mots de la même famille » ainsi la culture nationale renvoie directement à l’idée de culte national ou tout simplement à l’idée de religion national.

Dès lors, on ne s’étonnera pas que pour Jules Ferry, l’école doit enseigner la « religion de la patrie« , et l’histoire tel qu’elle est comprise et inculquée par le clergé de la république française est donc ici comparable au Livre de la Genèse dans la Bible pour les religions judéo-chrétiennes : un récit religieux.
En France sûrement plus qu’ailleurs, les manuels scolaires d’histoire ont donc toujours eu un but prosélyte : convertir. Encore une fois, on ne prêche pas un converti, mais on cherche avant tout à convertir les autres, les nouveaux arrivés, les différents, les étrangers aux mœurs, traditions et croyances tout aussi étrangères, en d’autres mots : les païens de la république laïque, qu’ils soient nés en France ou non, qu’ils soient étrangers ou même Français de souche. [2]
Prenons par exemple, le plus célèbre des manuels d’Histoire français jamais rédigés, intitulé « Le petit Lavisse ». Ce manuel, réédité près de 50 fois en 1876 jusqu’au début des années 50, a eu le temps de former plusieurs générations d’élèves et de professeurs. Dès les premières pages, le ton est donné : « Dans ce livre tu apprendras l’histoire de la France. Tu dois aimer la France parce que la nature l’a faite belle, et parce que son histoire l’a faite grande« . On le voit bien, l’injonction est ici clairement assimilable à un ordre religieux tels les commandements de la Bible, et il ne s’agit là que de l’un de ses nombreux commandements. Il n’est donc pas étonnant que certains aient appelé Le petit Lavisse : « L’Évangile de la République« .

Il es évident que ce genre de manuel d’histoire, vu aujourd’hui comme une caricature par les historiens eux-mêmes, n’existe plus en France. L’enseignement de l’histoire n’est plus aussi explicitement « religieux » dans les messages qu’ils véhiculent, car il y a été tout simplement « modernisé », il utilise des méthodes beaucoup plus subtiles pour arriver aux mêmes objectifs.

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[1] Patrie vient du latin « Pater » signifiant Père : la mère-patrie peut-être alors comprise comme la fusion symbolique de la mère et du père dans une seule et même entité artificielle, devant recevoir l’unique et absolue piété filiale…

[2] Tel était le but des historiens de la IIIe République : éradiquer les particularismes régionaux, leurs cultures et histoires, en les réduisant à des folklores soumis à l’histoire officielle française écrite à Paris.

Source : Aïssam Aît-Yahya dans « Histoire et Islam : Comprendre la Naissance d’une Science », pages 12, 13 et 14.

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Une réflexion au sujet de « Aïssam Aît-Yahya : La réalité religieuse de l’Éducation Nationale ! »

    Oum Kenz a dit:
    avril 30, 2014 à 6:39

    A reblogué ceci sur Les délices de l'Islamet a ajouté:

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