Anâ-Muslim : Rappeur et imam, les nouveaux profils de la da’wa

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On ne compte plus ces rappeurs qui usent de références islamiques dans leurs textes, où « la tchatche se mélange au verset du Coran’’.

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بسم الله الرحمن الرحيم

Au nom d’Allah, Le Tout-Miséricordieux, Le Très-Miséricordieux

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Ce qu’il y a de particulièrement pervers dans un système oppressif et manipulateur dans une société libérale-libertaire, c’est que tout peut-être utilisé pour asseoir son pouvoir de domination même les éléments qui paraissent le moins évidents.
Un récent article paru dans Libé intitulé ‘’les rappeurs d’Allah’’ (http://www.lexpress.fr/culture/musiq…ah_489437.html)
nous permet de développer un peu plus le sujet et de le préciser concernant le problème du contrôle social de la jeunesse musulmane par le rap dans ce pays.

Rappelons qu’en France, le contrôle absolu de la minorité musulmane, sa soumission complète, sa docilité envers le pouvoir est une obsession historique. Transformer et manipuler les musulmans est le but messianique de la République universaliste, qu’elle soit coloniale ou postcoloniale.
Le contrôle du culte musulman et de ses fidèles, se fait certes par la création d’instances officielles qui dépendent directement du ministère de l’intérieur (CFCM), de la nomination unilatérale des « partenaires’’ nationaux et locaux par le pouvoir central et ses affiliés.
Elle se fait par l’accès aux mass-médias des intellectuels et/ou imams « musulmans’’ officiels et tolérés.
Sans parler du fait que dans beaucoup de communes, le maire intervient lui-même et très implicitement dans la désignation du responsable de la communauté musulmane locale (qui le récompensera bien sûr comme il se doit).

La dernière des tendances qui s’est manifestée à l’horizon était celle des stars du show-biz, du monde des néons et des paillettes, celui des stars de la musique, du sport et de la télé, bien entendu à condition d’être issus des banlieues et des cités de France (ou d’en avoir le profil).
Leur potentiel de manipulation de la grosse masse de cette jeunesse perdue et sous éduquée est inouï : l’avenir de la da’wa made in Canal + c’est bien eux, La fouine en djellaba et Benarfa en Qamiss…
De tous temps ces « bicots et négros’’ de service se sont toujours sentis obligés de parler de l’Islam, surtout depuis que celui-ci est devenu le sujet et la préoccupation majeure de la France. Mais ici oublions les vieilles techniques de francisation utilisées par les anciennes stars du show biz ou la France Black-blanc-Beurs de l’équipe du mondial 98, tout cela est un échec total.
Comme plus récemment, les fatwas stériles de Jamel Labouzze rendant licite le vin : sa prière au mur des Lamentations et sa soumission au système suffisent à le cramer définitivement par tous les petits de sa Trappes natale… Il n’est désormais le comique que des bobos parisiens, des collabeurs et des blédos du Maroc (qui –de plus- ne savent rien de la réalité de cette vermine, manipulés par la propagande royale de 2M et sa promotion du festival de Marrakech, véritable promotion du vice et interdiction de la vertu…).
Ici nous parlerons donc d’une politique activement engagée dans l’Islam de certaines personnalités issues du show-bizz parce qu’elles sont vues comme « musulmanes’’ par le grand public.

Le cas des rappeurs est le plus explicitement révélateur de cette tendance

En effet comme le souligne l’article à juste titre, on ne compte plus les labels et les collectifs surfant sur le fait islam comme « Din record » ou « la Boussole ».
On ne compte plus ces rappeurs qui usent de références islamiques dans leurs textes, où « la tchatche se mélange au verset du Coran’’.
Et là encore, il y en a pour tous les goûts : sauce mystique soufie pour Abd el Malik le transfuge du rap, à la sauce complotiste et pro Tariq Ramadan pour le dénommé « Médine’’, à la hardcore habache pour Kerry James…
Et nous passons sur tous les autres qui saupoudrent leurs textes d’une dialectique musulmane soit-disant décomplexée.
Ce que n’expliquent pourtant pas les auteurs, c’est que pour certains d’entre ces rappeurs, rappeler et mettre en avant une touche d’islamité à leurs textes est issu d’une stratégie doublement opportuniste : c’est le gage de montrer à ses fans que culturellement ils viennent toujours du même monde qu’eux, mais c’est aussi et surtout, la volonté de ne pas « décrocher’’ de leur public. La hantise pour ces rappeurs c’est aussi d’être vus comme des traitres au moment où politiquement et socialement la pression devient plus forte.
Car la majorité de ce public qui, même en carence idéologique et culturelle, est en perte de repères, fait toujours de l’Islam la référence suprême de leur identité.
Et ces rappeurs, comme n’importe qui, remarquent très bien cette tendance à la réislamisation de la jeunesse des quartiers, qui s’accélère année après année. Ainsi en bon biznessmen qu’ils sont, s’ils veulent vendre, ils ont tout intérêt à suivre cette tendance à l’Islam (en marketing on parle d’adéquation du produit avec la demande des consommateurs)…
Mais il est vrai aussi que pour les autres, il s’agit de véritable motivation personnelle suscitée par leur propre spiritualité.
Quoiqu’il en soit, pour tous, leur vision de l’Islam même revendiquée, publique et assumée comme marqueur d’une « révolte sociale’’ reste et restera toujours un instrument de domination au service du pouvoir et du système.

Sans en refaire l’historique, rappelons que le rap originel et la culture de rue qu’il véhiculait (dès les années 90 en France), prônait l’insoumission, la révolte, voir l’émeute et pire la révolution. Il était radicalement anti système, il prônait la solidarité de quartier, ethnique, religieuse, de classe (qu’importe le dénominateur commun), il appelait à l’union contre les autres, contre le système et ses représentants (les « flics’’ notamment). Mais dès la fin des années 90 le rap ‘’commercial’’, en réalité rap libéral-libertaire, a supplanté et tué dans l’œuf le rap historique.
Car bien entendu son potentiel était beaucoup trop subversif et nuisible, politiquement beaucoup trop dangereux s’il venait à s’organiser en dépassant le cadre de la culture hip-hop.
Aujourd’hui, la réislamisation grimpante fait que ce rap-là n’est plus en phase avec cet élément de plus en plus prégnant de la jeunesse afro-maghrébine qui constitue le gros du public : « C’est donc un rap sacré, réconcilié avec la religion des parents, qui grandit à l’ombre du rap « profane », hédoniste et capitaliste, couvert de chaînes en or et envahi de bimbos en string. Un rap qui dresse en français des louanges à Allah et devient un moteur de « réislamisation » des jeunes dans les banlieues. ».
Sauf que les auteurs de cet article, qui bien entendu se récusent à donner au facteur « islam » un pouvoir décisif dans le processus de changement politico-social (idée politiquement incorrecte) ce n’est absolument pas ce rap qui est acteur et moteur de réislamisation, c’est la réislamisation qui touche une partie du Rap obligé de se mettre à jour

Encore une fois ce rap là n’aura rien de subversif, ni de politiquement nuisible même dans sa version islamique. Le pouvoir et son système n’ont déjà pas toléré l’existence d’un rap contestataire, ce n’est pas pour voir le risque d’avoir un rap antisystème nourri de l’Islam. Aïssam Ait Yahya, expliquant le lien entre la spiritualité soufie d’Abd el Malik et le but de son rap, avait déjà écrit dans son premier livre en 2010 : « Avec cette originalité chez Abd el Malik lorsque l’on remarque que sa vision de la foi « musulmane » est en adéquation avec la fonction sociale de sa musique : « Pour moi, le rap est la musique du 21e siècle. Elle est totalement en phase avec son époque. Même le gangsta rap, avec son consumérisme, sa misogynie et ainsi de suite, nous en apprend sur notre époque. Il ne faut pas s’arrêter à la pointe de l’iceberg. Il faut aussi prendre en compte sa facette conscientisée.’’ Et le frère Aïssam en conclut que : « En effet, le rap consumériste et individualiste est à la subversion politique ce que le soufisme innovateur est à la spiritualité : une dégénérescence pathologique qui n’a pas d’autre but que d’être plaisant et conforme aux exigences sociales du système Dominant. ». On pourrait montrer d’ailleurs, dans le prolongement de son dernier livre sur le lien entre Irja et Laïcité, qu’en réalité une grande partie de ces rappeurs -parmi ceux qui restent entre le rap gangsta et le rap muz- usent très souvent dans leurs textes « musulmans’’ d’une vision laïque et moderne de l’islam : « il n’y a que Dieu qui peut me juger » ou « j’ai de comptes à rendre qu’à Allah » ou « la justice des hommes je m’en fous y a que Dieu qui peut me juger » et bien d’autres textes prouvent que leur définition de la foi et vision de la foi tiennent de l’irja (inconscient ici) qui est une porte de l’idée laïque en Islam… Ce qui entre donc complétement dans le cadre du processus de sécularisation des musulmans.
D’ailleurs un « spécialiste » du salafisme, Samir Amghar ne s’y est pas trompé, en expliquant :
« La marche des beurs en 1983 et la lutte pour l’intégration menée par les grands frères ont été ressenties comme des échecs par les jeunes de la deuxième et de la troisième génération. La seule utopie sur le marché des utopies, c’est donc l’islam, pas le syndicalisme. Epouser une religion particulière est une façon d’inverser la domination sociale, politique, économique. Ce n’est plus le regard des autres qui prime, mais celui de Dieu. Le rap musulman s’inscrit alors dans une forme contemporaine de dawa, c’est-à-dire une sorte de prosélytisme convivial où le rappeur se fait imam. »

Ainsi, ces nouveaux rappeurs ne resteront que des agents de manipulation sous contrôle du système qui n’ont ni la rengaine politiquement hardcore de l’ancien rap historique, ni la posture militante potentiellement exploitable de l’Islam : en somme des prêcheurs de bonne parole républicaine, citoyenneté et civisme, à rassurer les mamies les plus craintives.
Bien entendu, politiquement, ils seront des relais nationaux et intra-communautaires obligés des intérêts de partis quand il sera nécessaire de mobiliser électoralement les citoyens musulmans. Finalement ces rappeurs-prédicateurs sont : « Croyants [avec une foi laïque, NDA], pratiquants [mais pas trop] et tolérants [surtout], ces rappeurs se produisent en concert devant des jeunes filles en hidjab, pratiquent les cinq prières quotidiennes [après ou avant la boite de nuit] et prônent « l’amour comme seul vêtement, comme le manteau du prophète »… »
Dès lors, ils peuvent même tenir des conférences sur des sujets qui les dépassent (mais de nos jours popularité rime avec pertinence), avoir la notoriété pour écrire avec des intellectuels reconnus, et écrire même leurs autobiographies… Tel dernièrement, La tête de Fouine qui nous a sorti la sienne et dans laquelle il montre qu’il peut passer très facilement du Whisky et du shit à l’éducateur de cité qui explique ce qu’est l’islam et que surtout : ‘’l’islam des barbus c’est pô bien’’. Mais sentant la contradiction au fond de lui, entre son infâme soumission au système et son obligation de tenir le lien avec son public, il est forcé de rappeler quand même à son public son seul « fait de gloire » : avoir été accusé à tort d’être un incendiaire de synagogue… Ce qui explique aussi le pourquoi de la collabeuration avec Patrick Bruel, soutien inconditionnel de l’entité juive.

Obligés d’avoir une face « islamique » ou sincères, il n’en reste pas moins qu’ils ne pourront qu’aider le système dans sa volonté de créer cet islam de France et de contribuer à renforcer le contrôle des musulmans, en aucun cas, être vecteurs d’une autonomisation et d’une élévation de la conscience musulmane globale dans les intérêts de l’Islam.
Et en réalité dans ce milieu fassadique et nauséabond la sincérité est très rare pour pouvoir être citée : seul Fabe et Diam’s ont été les plus logiques et visiblement les plus sincères en mettant un terme à une carrière qui aurait plus tenu à la schizophrénie qu’autre chose.
Dès lors footballers-prédicateurs et imams-rappeurs, cette nouvelle espèce risque d’être pire que tout ce que nous avons connu.
Certes leur potentiel de nuisance est en dessous de zéro pour les musulmans ayant le minimum requis, mais devant la masse de nos jeunes et pour le système ils servent de disjoncteur et ont l’utilité d’une déviation. Car ces fans qui les « questionnent sur Dieu, le Coran, la religion, leur suggèrent des thèmes de chansons… » auront de grande chance de rejoindre, une fois mûrs et matures, la masse de ces musulmans, profondément musulmans mais uniquement dans les aspects sous parfait contrôle du système.
Un islam complétement sécularisé (voire laïque en France), auquel la société libérale garantit le minimum sous réserve de lui prêter totale allégeance sans vouloir autre chose et sans vivre la contradiction.
Certes cela relève encore de l’utopie mais la stratégie méritait d’être soulignée…

Source : http://www.ana-muslim.org/rappeur-imam-les-nouveaux-profils-dawa/

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