Jacques Attali : Doña Gracia Nassi, une Juive d’exception

Publié le Mis à jour le

Née au Portugal en 1510 dans une famille de conversos (= marranes) sous le nom chrétien de Béatrice de Luna, Gracia Nassi épouse un marchand de pierres précieuses et banquier, Francisco Mendez, converso comme elle. À la mort de son mari en 1536, Béatrice rejoint son beau-frère, Joseph Diego Mendez, parti l’année précédente pour Anvers, Juif toujours clandestin. Dans la ville encore sous tutelle espagnole, Joseph fait de la prison, puis renoue avec la puissance : anobli par Charles Quint, il devient banquier de divers souverains européens. 

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Doña Gracia Nassi
Avec lui, Béatrice aide d’autres Juifs en secret à fuir l’Inquisition portugaise. En 1543, à la mort de son beau-frère, elle fuit Anvers avec le jeune fils de ce dernier, Juan Nassi Diego Mendes (= de son vrai nom Joseph Nassi), né au Portugal en 1514 et qui fut à Anvers le compagnon de jeunesse du futur empereur, Maximilien. Ils voyagent en France, passent par Venise, et s’établissent à Ferrare où ils redeviennent juifs et banquiers. Ils abandonnent le nom de Luna : elle reprend celui de Gracia Nassi, et lui, celui de Juan Nassi, nom de jeune fille de sa tante… Ils continuent d’aider des Juifs en secret et dépensent à cette fin tant d’argent qu’une soeur de Gracia Nassi la dénonce à l’Inquisition. Gracia et Juan fuient de nouveau et s’installent cette fois en Turquie en 1553. Banquiers, ils se spécialisent dans le placement à l’étranger des capitaux de marchands juifs ottomans, pour la plupart d’anciens amis d’Espagne ou du Portugal. Juan trouve en particulier 150 000 ducats à prêter au roi de France, Henri II, lequel refusera de les lui rembourser. Devenu proche de Soliman II et l’un de ses financiers, Juan Ha-Nassi le convainc alors de confisquer une flotte française de passage dans un port ottoman jusqu’à concurrence de la somme non remboursée par le monarque français. En 1555, il persuade aussi Soliman de demander au pape la libération de Juifs retenus en otage à Ancône. En 1558, il semble que Gracia Nassi achète au sultan des terres autour de la ville de Tibériade, en Palestine, pour s’y faire un jour enterrer. Elle y investit même assez pour y attirer ces Juifs d’Ancône, dont elle a découvert trois ans plus tôt la terrible situation. Mais le premier bateau d’émigrants est arraisonné par des pirates, ses passagers dépouillés et massacrés; le projet avorte.En 1566, Soliman le Magnifique élève Juan à la dignité de duc de Naxos et lui fait don de l’île éponyme.
Source : Les juifs, le monde et l’argent de Jacques Attali
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