Aissam Aït-Yahya : La laïcité, une religion séculière

Publié le Mis à jour le

9782953390971« Dans nos sociétés actuelles, affirmer que les idéologies séculières sont des religions est de l’ordre de la subversion. Beaucoup d’individus dont les consciences « laïques » ont été formatées et conditionnées par la Modernité puis déstructurées par l’actuelle postmodernité, se refusent dans leur illusions, à croire qu’ils sont toujours des êtres religieux adeptes de nouvelles religions et reproduisant des comportements « religieux ». Mais ils sont victimes d’une vieille manipulation qui est toujours d’actualité, les empêchant de comprendre la réalité du terme Religion, et s’ils la comprennent, ils ne peuvent l’appliquer objectivement à eux-mêmes, d’où l’importance de définir correctement ce terme :

« Le terme religion a donc pris, dans le vocabulaire postmoderne, une telle connotation négative, péjorative, qu’il est dès lors impossible de l’appliquer à soi-même. A priori, ce sont les autres, qui ont des convictions religieuses. Mais pour maintenir l’illusion de la neutralité, de l’absence de religion, bon nombre d’intellectuels continuent de faire appel à une définition commode de la religion, une définition vétuste, datant du XIXe siècle qui par un curieux hasard exclut la religion postmoderne. L’ironie de la situation est que nos élites sont très versées dans la tâche d’analyser et de déconstruire les métarécits des autres, mais de mettre en lumière leurs propres présupposés; il y a un autre niveau de difficultés… »

Ce n’est qu’une fois que l’on travaille profondément sur l’analyse du terme religion, que l’on soit anthropologue, sociologue, historiens des idées, savants de l’islam ou un individu lambda, que l’on comprend la duperie et que l’on peut percevoir la réalité des religions actuelles :

« Le discours officiel postmoderne affirme qu’à la suite du processus de laïcisation, la religion a quitté la scène publique en Occident et que cette place est restée vide… Dans la situation actuelle, il n’y a lieu de penser que nous faisons face non pas à l’absence réelle de religion mais plutôt à la présence d’une religion d’un genre nouveau; une religion sans credo, sans catéchisme, sans temple ou cathédrales visibles et sans dirigeants religieux notoires. Il s’agit en grande partie d’une religion dont le pouvoir tient justement à son invisibilité. »

Les doctrines séculières contemporaines sont des religions, par ce qui les caractérise dans leurs fonds et par les formes qu’elles prennent. Elles sont des dogmes obligatoires, des rites à accomplir, des croyances, des cultes, elles ont leurs prophètes, leurs livres sacrés, leurs saints, leurs prêcheurs, leurs hérétiques et leurs infidèles. Elles sont des religions humaines (créer par les hommes) terrestres immanentes pouvant même prétendre à une certaine transcendance dans leur formes les plus mystiques.

Elles ne sont invisibles que pour les seuls individus qui ont subi une sécularisation de leur consciences, les empêchant de percevoir une réalité que d’autres repèrent et décryptent aisément.

Ouvrage : De l’idéologie musulmane française, éloge d’une insoumission à la modernité (pages 106 / 107)

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